C.V JOUR
Joiwis dans le ventre de la t>.ilrine; autre figure de Jésus- Chriat.
Agité d’un de ces transports que nous avons rein.'vrqués dans les prophètes, et que nous avons vus dans Jérémie, Jonas ne veut point aller préi luT aux ^inlvlles leur perte prochaine de peur que St Dieu leur pardonnait, comme son immense honte l'y portait toujours, les peuples païens ne se confirmassent dans leur incrédulité, et ne méprisassent ses menaces, et les discours de ses prophètes. Et pressé par cet esprit prophétique, qui le poussait au dedans avec une force invincible à annoncer la ruine de Ninive, U lui dit ; Voilà, S4*igneur, une parole que je ne pui.s porter : je sais (fue vous êtes un Dieu clément , plein de miserteorde et de patience, d’une compassion infinie, et toujours prêt à pardonner aux hommes leur tnalice ^ : vous pardonnerez encore à cette ville
* Jtretm. xxv, I6, 27. - > Ibid, xxx.il.— > /Aid. xxvi, W, 31. — ♦ /Aid. I, b; XVI. 8. — »dwn. 1, 8, 3. — ® /Aid. I\,3.
Infidèle. On ne nous écoutera plus, quand nous parlerons en votre nom : nous annoncerons en vain à Juda et à Israël la rigueur de vos jugements : votre facilité et votre indulgence ne fera qu'endurcir les hommes dans le mal. Car il faut suppléer tout ceci, puisque nous l'avons déjà trouvé dans Jérémie. O üeigneur ! ôtez-moi la n>, continuait Jonas* : car il vaut mieux mourir, que d’étre trouvé un prophète menteur, et exposer ha prophétie à la dérision. On voit, en passant, que les âmes touchées de ces impressions divines, sont élevées audessus de tout , et la mort ne leur coiUe rien. Dans celte extrême détresse, non - seulement il lâcha, comme Jérémie, de ne point écouter la prophétie, et de s'étourdir lui-méme contre cette voix; mais pressé par cet esprit prophétique, il s'enfuit de devant le Seigneur ; et s'embarque à Joppé >, pour aller de la terre sainte où il était , h l'autre extrémité du monde. Car encore qu'on ne .sache pas précisément quelle était la ville de Tharsis, on convient qu’elle était extrêmement éloignée du côté de l'Occident.
Il ne faut pas se persuader que le saint prophète crût que Dieu ne le verrait plus, ou qu'il sortirait de son empire, lorsqu'il irait dans les terres lointaines. Car nous l'entendrons bientôt dire aux naiitonniers : Je suis Hébreu, et je révère le Dieu du ciel qui a fait la mer et ta terre De sorte qu'il voyait bien qu'on ne pouvait échapper a sa puissance, ni sortir de son domaine. Cette face de Dieu , qu'il tâche de fuir; cette présence, qu'il veut éviter : c'est la face que Dieu montrait intérieurement à ses prophètes : c’est la présence, dont il éclairait leur esprit , lorsqu'il daignait les inspirer. Cesl cette facÆ que Jouas crut pouvoir éviter en s'éloignant de la terre sainte et du milieu du peuple d'Israël, où Dieu avait accoutumé de répandre la prophétie. Il s'éloigna donc tout ensemble et de la terre sainte et de Mnive, où U ne crut pas que Dieu vouldt le ramener malgré lui d'un pays si éloigné. Mais il ne fut pas plutôt embarqué, que Dieu fit souffler un vent imf)étueux : et ta temf)éte fut si violente, qu'on craignait à c/utque tnnment que le vaisseau ne s'entr ouvrit. I»eridant que chacun invoquait son Dieu avec de» cris effroyables , et qu'on jetait dans la mer toute la charge du vaisseau; Jona.s , sans s'étonner d'un si grand péril , car nous avons vu souvent que ces âmes fortes qui sont sous In main de Dieu ne craignent rien que lui seul, descendit au fond du vaisseau, et dormait d'un profond sommeil U C’est quelque trait de Jésus, qui , dans une semblable tempête, dort tranquillement sur un coussin , et laisse remplir de flots le vaisseau où il était avec scs dis<Mples^. Par un semblable mystère, et pour montrer qu'on n'a rien à craindre quand on a Dieu avec soi, et qu'il n'y a eu tout cas qu'à s’abandonner à sa volonté; Jonas dormait parmi tant de cris, et tant d'horribles
* Jon. 1,3. -- * Ibid. 3. — * Ibtd. 1 , 9. — ♦ Ibid, i, &. — 5 .Murv. »V, 37, 3S.
eM MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE.
biffîements des vents et des Ilots, jus<iu'à ce qu'on l’éveilla, à peu près de la niétne rnnniere qu'on Ht le Sauveur, en lui disant? Pourquoi (U)rpnez-vous? iiUH^iuez aussi votre Dieu, afin qu'il se souvienne de nous , et que nous tie fiérissions iras ' . I.a main de nieu ne <|uiUait pas le saint prophète. 11 sentit d’ahord (jue la tejnjHHe était envovee contre lui : il vit jeter tranquilleineiit le sort, que les passagers jetaient eiKre eux pour découvrir le sujet de la tempête : il le vil tomber sur lui sans s’effrayer ; car il avait toujours dans l’esprit que la mort lui f'tait meilleure , que d'aller prophétiser fwur être dédit, et faire blaspliémer la prophétie ■ : et il dit hardiment aux nautonniers, qiiils voulaient éiiarpner : JeUz-moi dans lu mer sans hésiter, el h temfu^te cessera ; car je sais bien que c'est pour moi qu'elle est excitée Cependant ils le respectèrent, étonnes de sa prodigieuse tram]uillité, et encore plus de la grandeur du Dieu qu'il servait. Car comme on lui demanda qui il étut, il avait répondu qu’il était Hébreu, et que le Dieu qu'il craitjnail était le Dieu du ciel, et le Créateur de la terre et de la mer : et ils faisaient les derniers efforts pour arriver a terre, sans qu'il eu cotUdi la vie à un si grand homme. Mais plus ils ramaient , plus la mer s’enfait : en sorte qu'ils furent contraints de jeter Jouas dans la mer, eu prenant Dieu à témoin, que e'elail à regret qu'il» le noyaient, et qu’ils étaient innoeenls de sa mort ; et aussitôt f agitation de la mer cessa *. El voilà déjà, en ligure de notre Sauveur, tout ce peuple sauvé par la mort , comme l’on croyait, du saint pmphete, à laquelle il s’élail lui-même volontairement offert. Mais ce n’est pas la tout le mystère; et le reste nous est expliqué par le Sauveur même, lorsqu’il dit : Celte maïuaise race, demande un signe, et il ne lui en sera f)oini donne d autre , que te signe du prttphèle Jouas : car comme Jouas fut trois jours et trois nuits dans les entrailles delà txlleine , ainsi le Cils de l'homme sera tro'is jours et trois nuits dans le cœur de fa terre
L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de eel énorme pnissmi : car il y chanta ce divm cantique** : J'ai crié du fond de l'abime,et cous avez écouté ma voix : les eaux m'ont environné : tous VOS goujfres et tous vos Jtots ont fïassé sur moi : et j'ai dit : Je suis rejeté de devant vos yeux; mais je reverrai encore cotre saint temple. Il sent donc (pi’il sortira de cet abîme; et il le recommence encore en celle sorte : Lis eaux m'ont pénétré jusqu'au fond : l'ahime m’a entouré : ta mer a couvert ma télé : j'ai descendu au fond de la mer, el jusqu'à la racine des montagnes : je suis enferme fume toujours dans tes soutiens de ta terre.1. Il ny a point de ressource, dans la puissance «‘rcée. Mais cous, 6 Seigneur mon Dieu, vous me retérerez d'un si grand mal, el vous me preserN crey. de la corruption. Au milieu de mes angoisses, je me suis ressouvenu du Seigneur, afin que ma prière parvint jusqu'à votre saint temple.
' JoH. I, 0. P/rd. IV, 3. —* lùùl. I, 12, 13- — ■ * /6»rf. », 13, Xir, a», lo. — * Jon U. i, 3. 6.
Ceux qui me/tent leur confanre dans de fatissti divinilés , abandonnent ta miséricorde qui les p«nii sauver, el renoncent à la sainteté : mais moi je vous ai immoté par ma voix un sacrifice de louange : •‘ous me sauverez, et je rendrai au .Seigneur ie.s vœux que je lui ai faits pour ma délivrance lit le Seigneur commanda au jmi.ssnn , et il jeta Jonas sur ta /cnc', eu figure de notre Sauveur, dont il est écrit; qu*</ fat libre enlre les morts*, comme Jouas l’avait été d.ins cet abîme vivant, qui l’avait englouti ; et a qui David a fait dire au milieu des ombres de la mort : J'ncais toujours le Seigneur en vue , fHirce qu'il est a ma droite, fwur m 'emp^ cher d'Hre ébranlé : c’est fxnir ce/a que mon oxv a tressailli, que ma langue a été remplie de joie, et que mon eorji>s s'est reposé en paix : pareeqv vous ne lais.ferez pas mon rime dans C enfer, d que vous nej>ermeltrfz jxtsque t'otre saint éprour* la corruption. Au milieu de la mort , vous m am montré le chemin jxmr retourner a la rie, et me remplirez de la joie que donne la rue de rvtn I face^. (”cst à peu préset avec la force qui convr. naii au Sauveur plus qu’à Jouas, aceoniplir ce qu’jvail dit ce propliete : Je reverrai votre sai»i temple^.
Il n'appartenait pas à Jonas, qui n’était que U figure, d'avoir tous les traits de la vérité, ni dV voir parmi les morts cette liberté qui était réserva au Sauveur, ni de prédire lui-même et sa niortrt sa résurrection. Mais à cela près il n’y avait rifo qui resseiiibiàl mieux à In mort et au tombeau, que le ventre de ce poisson ; ni rien qui rejirésentàt phü vivement une véritable et parfaite résurrectioo. que la délivrance de Jonas. Adorons donc celui qat n’a lais-sé aucun trait ni aucun iota dans les prophètes, non plus que dans la loi , qu’il u’ait parfaitement accompli : el apprenons à ne perdre januu l'espérance dans quelque abîme de maux où nous soyons plongé.s; puisque Jonas est sorti du veotr» delà haleine, et Jesus-Glirist notre chef du tonibeao et de l'enfer, assurant ses membres, qui sont srs fidèles, d'une semblable délivrance.
c\r JOUR.
Prédicatiofl de Jonu à Ninhc.
Pour achever l'histoire de Jonas, puisque relk de notre Sauveur nous y a conduits; aussitôt qtir la haleine l'eut rejeté sur le rivage , le voila de nouveau repris par l’esprit de la prophétie : el le Seigneur lui ordonne d'aller prêcher à Ninive , qu'Hlf périrait dans quarante jours Dieu ne voulut point que Jouas y mit la condition : Si elle ne faisait pénitence. Cette ville la fit toutefois dans le sac et dans la cendre : et Dieu voulut faire voir qu’il était toujours prêt par .sa bonté, à rétneter sa sentence, sans même l'avoir promis. Ecoutons sur ce su;**! la parole de Jésus-Christ ; Ixs gens de éSinirt s'élèveront contre cette race dans te jugement , et la fb;i//awincron/,- parce qu’ils ont fait pénitenct
' go«. 11,7 el 8<*q. —*/**. i.xxwn, fl. — * xv, ». ^cf. Il , 13. — ' Jnn. Il, b.— * Ibid. III, I, 3.
MEDITATIONS SCU L’EVANGILE.
è la prcdicaHon de Jonas : el relui ci est plus que Jouas F«isons donc i;cnilencc, puisque Jésus iiU'ine nous y cxliurle par son Evangile, par les pressantes el continuelles impulsions de son Saint- Esprit : et n’allcndons pas que les Ninivites s’élèvent contre nous au dernier jour; car la couviclion serait trop forte , la confusion trop inévitable.
Jonas ne résista point à cette fois* : la main de Dieu le serrait de trop près : mais après la miséricorde que Dieu eut exercée envers Niiiive, le prophète fut afnige d’une affliction extrême ; et transporté de colère, il pria le Seigneur, et il lui dit : Jevousprie, Seigneur, n'cst'ce pas la cequejedix«<5, pendant que fêtais encore en monjHjys : que cous étiez Ifon et i'idiilgenf Jusqu'à i'in/mi^ : qu’ainsi vous pardonneriez a Niiiive; que les paroles de vos prophètes seraient méprisées ; et que sans se soitcierde vos menaces, ni rompre le cours de leurs crimes, les peuples s’attendraient toujours avons fléchir par la pénitence, apres avoir impunément nerompli leurs mauvais dès\rs? Seigneur , je vous prie , Jàiles’inoi mourir: la mort me sera plus douce que la rie. An même lemp.s il se retira de la rille * , et alleiidait dans le voisinage, quel en serait le sort : car à peine voulut-il croire que Dieu pardonnât tant de crimes, et augmenlAt la licence par cet exemple d'impunité. Mais Dieu qui le voulait revêtir de l'esprit de la nouvelle alliance, qui est une alliance de miséricorde , de réconciliation et de pardon , et lui ôter cet esprit dur qui devait comme régner en ce hmips-là à cause de la dureté du cœur de l'homme, séeha, comme on sait, la branche verte qu'il avait fait élever sur la tête de Jonas, pour le défendre de l'ardeur hnllante du soleil, et des vents de ces pays-là, qu’il avait excités exprès^. Et comme Jonas s'en affligea Jusqu'à désirer la mort : l'a t’ajyVges , lui dit le .Seigneur®, (le ce rameau vert que tu n’as pas fait, et la naissancc duipiel ne Va coCdé aucun trarail : et lu ne VCU.X pas que faie pitié de l'ouvrage de mes mains, el de cette ville immense , si digne de compassion , quand ce ne serait qu’à cause du nombre iiiÜni des enfants qui ne connais:ent pas le bien cl le mat, el de tant d'animaux f Car, ù Seigneur! votre bonté s’étend jusqu’à eux , conformément à cette parole du psalmisle ; f ous sauverez les hommes et les animatix, jHirce qu'il vous a plu, ô mon Dieu ! de multiplier votre misérieordet. T’renons donc l’esprit de douceur ; el ne nous laisson.s point transporter par ce zèle, qu’on voit paraître même dans les saints de l’Ancien Testament : car Jésus dit à ses disciples, qui le voulaient imiter, et à l’exemple d’Élle*, faire descendre le feu du ciel : fous ne savez de quel esprit vous êtes 9.
Ne blâmons donc pas le zèle de Jonas, qui était convenable au temps ; et louons Dieu au contraire , de lui avoir inspiré la douceur qui devait un jour paraître en Jésus-Christ, et de l’avoir forcé à préciter sa miséricorde. Ne condamnons pas aisément
» xtl. 41. — * Jon. III, 3 » /Ait/. IV, 2.—' Ibift.
3, 5. — * Jbid. 8, 9. — ‘ Ibid. 10, II. — ’ Ps. xxW, 7, 8. — • IV. Rrg. I, lü. — * Luc. ix, W.
I lesaiiit prophète; parce queces mouvements des prophètes, et la communication de Dieu avec eux, sont un grand mystère qu'il ne nous est pas {lermis de pénétrer. Non que je m’attache opiniâtrement à vouloir excuser de faute e^ saint homme : ear Dieu se plaît quelquefois à faire paraître son bras dans le crime nidine, et à s'assujettir les âmes les plus rebelles : mais c’est que ce qui se passe entre Dieu et ses prophètes, est bien caché; et qu’il leur fait sentir sa secrète voloulé par des voies bien éloignées des nôtres. Et il ne faut s’étonner , ni de ses paroles, ni même de sa fuite. Car Dieu pousse ces âmes qu'il tient sous sa main, et les ramène luimême; et il veut leur faire sentir par des expériences réelles, la force invincible de cette main souveraine sous laquelle ils sont. Souvenons- nous du saint homme Job, que Dieu reprend avec tant de force, de son ignorance, el d»*s paroles qu’il avait proférées*; et de qui néanmoins il dit ensuite par deux et trois fois, qu'il a parlé droitemeut *. Suspendons donc notre jugement dans les violentes agitations de ces fîmes prophétiques; et gardons-nous bien de tirer à conséquence ce qui se passe en elles : soit que ce qui leur arrive soit une simple permission de Dieu; soit qu'on ii’y puisse trouver, en approfondissant la matière , une réelle influence de sa main, dans tout ce qui nous y paraît un grand péché. Si Jonas parait si troublé desinisériconles de Dieu, croyons que c'était, selon l’esprit de ces temps, un zele pour la Justice, el pour la vérité de .sa parole. S'il fuit devant Dieu, entendons qu’il voudrait pouvoir se fuir lui-même, plutôt que de fournir aux hommes une occasion de mépri.ser Dieu : et en quelque sorte qu’il faille juger de cette fuite, admirons la main de Dieu qui le soutient; qui lui envoie parmi la tempête ce sommeil mystérieux qui témoigne la tranquillitéde son ôme, et ligure celui de Jésus-ClK'istdaiisla nacelle. Imitonsson intrépidité, à la vue de la mort présente ; sa charité, lorsqu’il veut mourir pour sauver les compagnons de son voyage; sa prière et sa prophétie jusque dans le ventre de la baleine. Prions donc avec lui , et à son exemple , en quelque état que nous soyons , en quelque abîme que nous nous sentions plongés. Admirons aussi reflicace de sa prédication ; el ne faisons pas moins pour Jésus-Christ, nous qui sommes chrétiens, que les Ninivites, qui n'elaienl que des intidèles , éloignés de l’alliance de Dieu, firent pour Jonas. Enfin en contemplant ces vives figures que le Saint-Esprit nous a tracées de Jésus-Christ, préparons-nous à entendre fa vérité qui a été accomplie en sa personne. Amen, amen.
* Jtib. XXXVin, XXXIX, XL.XI.I. — • Itid. xlii, 7,8.
Diÿiiizeu uy vjuu^Ii
MEDITATIONS SUR I.’ÉVANGII.E.