‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 228 sur 273 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CS QUI s’est passé DiJiS LE CÉNACLE, ET AVAM QUE JÉSUS-CHBIST SOBTIT.

PREMIER JOUR

Cénacle préparé.

Nous continuerons à partager rcs Méditations en journées ; et nous lirons le premier jour dans le chapitre XXVI de saint Matthieu* les versets 17, 18, lîi;du XIV' de saint Marc, le verset 12 jusqu’au 17; et du xxir de saint Luc, depuis le verset 7 jusqu’au 13.

Ju prtmier jour des azymes la Hn duquel il fallait immoler l’agneau pascal, les discipies vinrent n Jésus : et comme ils savaient combien il était exact à toutes les observances de la loi , Ut lui demandèrent où U roulait qu'on lui préfMirdt la pâque * Ce sont les disciples qui lui en parlent. Les maîtres , à l’exemple de Jésus-Christ, doivent accoutumer tous ceu.x qui sont à leur charge, à songer d’euxmêmes à ce que requièrent la loi de Dieu et son service, et à demander sur cela l'ordre du maître.

£1 Jésus leur dit : Mlez à la vUle, à un certain homme*. Les évangélistes ne le nomment pas : et Jésus même, sans le nommer à ses disciples, leur donna .seulement des marques certaines pour le trouver. AlleZt dit-il à cilié. En y entrant, vous y rencontrerez un homme gui portera une cruche d'eau : vous le suivrez ; et entrant dans la ma'uon où il ira , cous direz au maître : Où est le lieu où je dois manger ta pAque avec mes disciples? et il vous wio/j<rera une grande salle tapissée : préjxtrez-nous-y tout ce qu'il faudra.

Saint Marc nous apprend qu’il donna cet ordre à deux de ses disciples; et saint Luc nomme saint Pierre et saint Jean.

Voici quelque chose de grand qui se prépare et quelque chose de plus grand que la pâque ordinaire , puisqu’il envoie les deux plus considérables de ses apôtres; saint Pierre qu'il avait mis à leur tête , et saint Jean qu’il honorait de son amitié particulière. Les évangélistes ne marquent point que ce fdt son ordinaire d’en user ainsi aux autres p.1ques , ni aussi qu’il eiH accoutumé de choisir un lieu où il y eût une grande salle tapissée. Aussi les saints Pères ontils remarqué, que cet appareil regardait l'institution de l’eucharistie. Jé.sus-Christ voulait nous faire voir avec quel soin il fallait que fussent décorés lieux consacrés à la célébration de ce mystère. II n'y a que dans cette circonstance, où il semble n’avoir pas voulu paraître pauvre. I.es chrétiens ont appris par cet exemple tout l’appareil qu’on voit paraître, des les premiers temps, pour célébrer avec honneur l’eucharistie, selon les facultés deséglises.Maisoe qu'ils

* >tatth. XXVI , 17. Marc XIV, 12. — * Matlh, XXV|, IA. — 1 Luc. XXII, A, luctt«|.

doivent apprendre principalement, c’est à se pr^ | parer eux-mêmes à la bien recevoir : c'esl-a-diTB à lui préparer, comme une grande salle, un cirardif- i laté par l'ainour de Dieu , et capable des plus^i- ’ des choses; avec tous les ornements de la griwet des vertus , qui sont représentés par celte lapisserir î dont la salle était parée. Préparons toutâ Jésus qv vient à nous : que tout soit digne de le recevoir.

I.e signe Que donne Jésus de ce porteur d’eau, devait faire entendre à ses disciples que les actions les plus vulgaires sont dirigi^s spécialement parli divine providence. Qu'y avait-il de plus ordinaire, et qui parût davantage se faire au hasard, que la rencontre d’un homme qui venait de quérir de i'»9 à quelque fontaine hors de la ville? et qu'y avait-il qui parût dépendre davantage de la pure volonté, pour ne pas dire du pur caprice de cet homme, qw de porter sa cruche d’eau dans cette maison , au n»* ment précis que les deux disciples devaient rolrtr dans la ville ? Et néanmoins cela était dirige serre tement par la sage.ssede Dieu; et les autres actioA) semblables le sont aussi a leur manière, et pourd’autrès fins que Dieu conduit : de sorte que s'il am» si souvent des événements si remarquables par en rencontres, qu'on appelle fortuites, il fauteroin que c'est Dieu qui ordonne tout, jusqu'à nos moindres mouvements, sans pourtant intéresser Dotrr liberté, mais en dirigeant tous les mouvenieiiUàcn lins cachées.

Cet exemple nous fait voir que Jésus avait dn discijiles cachés, que ses apôtres ne connaisuiftt pas: si ce n'est quand de certaines raisons Tobli* geaient à les leur déclarer. Ainsi , quand il voulu: faire son entrée dans Jérusalem , il envoya encor' deux de ses disciples à un village qu’il leur désicra; et leur ordonna d’en amener une ônesse qu’ils v trouveraient avec son ânon : les assurant qu'aoni* tôt qu'ils diraient que le Seigneur en avait nJfaiTt, on tes laissera 'U aller ' . Il avait donc plusieurs disciples de cette sorte , et à la ville et à la rampasm^dont il connais.sait la Hdélité et l'obéissamT : et orpendant il ne les découvrait à ses disciples que dar^ le besoin; leur apprenant par ce moyen ladisrrrtion avec laquelle ils devaient ménager ceux qui v fieraient à eux, quand ce ne serait que pour neirar point faire de |>eine inutile, et ne leur |»ortit attirw de haine sans nécessité. Celle discrétion des disciples leur fait taire encore dans leurs évangiles, H « longtemps après la mort du Seigneur, le nom de «lu' dont il avait ainsi choisi la maison , aussi bien que de celui où il envoya quérir l’ânon et l’ànesse. Ihw taisaient pas de inêiiie d'autres noms : et, K exemple, non-s«‘ulement on a renurque que relui q« lui aida à porter sa croix, était un noinine .Sunoo Cyrénéen; mais on circonstancié encore quiVr/ud père d‘. tlc.xandre et de Hufas * , connus pamu Irt fidèles. Tout se doit faire avec raison : il y adespersonnos qu'il faut nommer pour mieux circonstaiwicr les choses; il y en a d'autres qu'une certaine discre tion oblige de taire.

' Matlh. XXI, î, 3. Marc. Xl, 8,3. Luc. lix.»,3< "

* Marc. XV, 2i.

iitizod by Goo^C

MlîniTATIO^S SUR I/ÉVANGILE.

Saint Pierre et saint Jean trouvèrent les choses comme Notre-Seisneur les leur avait dites. Jje porteur d’eau ne manqua pas de se trouver à l’endroit de la ville par où ils entraient , et d’aller à la maison que Kotre-Seigneur avait choisie : comme l’ânon s’etait trouvé à point nommé à l'entrée de ce village, lié à une porte entre deux chemins. Il se trouva aussi la, avec beaucoup d’antres personnes inconnues un homme t/ni <if manda aujc deujr disciples ee gu'ils roulaient faire de cet iliion F.t il semblait que le hasard l’eilt fait parler; mais non : car c’était précisément celui qui devait laisser aller cet animal au premier mot des disciples, selon la parole de leur maître. Enfin il se trouva que cet ânon n’avait jamais été monté. ( jr il le fallait ainsi pour acconqtlir le mystère, et pour montrer que le Sauveur devait unjourmouler et conduire un peuple indocile, c’est-à-dire, le peuple gentil, qui jusqu’à lui n’avait point de loi, ni personne qui l’edt pu dompter. Tout est conduit, les petites choses comme les plus grandes; et tout cadre avec les grands desseins de Dieu.

Voilà donc tout disposé. I.e grand cénacle tapissé est prêt; on y attend le .Sauveur. Voyons maintenant les grands spectacles qu’il y va donner à ses fidèles. Contemplons , croyons, profitons ; ouvrons le cccur plutôt que les yeux.

U' JOUR

Ij pSque. La vie du chrétien n’est qu’un passage.

Lisons les paroles de saint Jean, xttt, 1. Devant le jour de Pâques, Jésus sachant que son heure était renue de passer de ce monde à son Père; comme il avait aimé les siens, qui étalent dans le monde, U les aima jusqu'à la fin.

ün sait que le mot de pâque signifie passage. Une des raisons de ce nom, qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu , c’est que la fête de Pâques fut instituée lorsque l’ancien peuple devait sortir de l’Egypte, pour p.asser à la terre promise à leurs pères; ce qui était la figure du passage, que devait faire le peuple nouveau, de la terre à la céleste patrie, 't oute la vie chrétienne consiste à bien faire ce passage; et c’est à quoi Hotre-Seigneur va diriger plus que jamais toute sa conduite, ainsi que saint Jean semble ici nous en avertir.

La première chose que nous devons remarquer, c’est que nous devons faire cette pôque , nu ce passage, avec Jésus-Christ. Et c’est pourquoi cet évangéliste commence le récit de cette pôque de Noire-Seigneur par ces mots : Devant te jour de Pâques, Jésus sachant qu'il devait passer de ce monde à son Père.

O Jésus I je me présente à vous, pour faire ma pôque eu votre compagnie : je veux passer avec vous du monde à votre Père, que vous aver. voulu qui fût le mien. Le monde passe, dit votre apôtre’ : la figure de ce monde passe^\ mais je ne veux point passer avec le monde, je veux passer

■ .Viirc. XI, * , 6, 0. — ’ /. JosH. n, 17. — ’l. Cor. VII, 31.

à votre Père. C’est le voyage que j’ai à faire, je le veux faire avec vous. Dans l’ancienne pôque, les Juifs qui devaient sortir de l’Égypte, pour passer à la terre promise, devaient paraître en habit de voyageurs, le hâton a la main , une ceinture sur les reins, afin de relever leurs habits, leurs souliers mis à leurs pieds, toujours prêts à aller et à partir; et ils devaient se dépêcher de manger la pâque', afin que rien ne les retînt, et qu’ils se tinssent prêts à marcher à chaque moment. C’est la figure de l’état où se doit mettre le chrétien pour faire sa pôque avec Jésus-Christ, pour passer à son Père avec lui. O mon Sauveur! recevez votre voyageur, me voilà prêt, je ne tiens à rien; je veux passer avec vous de ce monde à votre Père.

D’où me vient ce regret de passer? Quoi! je suis encore attaché à cette vie? Quelle erreur me retient dans ce lieu d’exil? Vous allez passer, mou .Sauveur! et, résolu que j’étais de passer avec vous, quand on me dit que c’est tout de bon qu’il faut passer, je me trouble , je ne puis supporter ni entendre cette parole. Lôclie voyageur! que crains-tu? Le passage que tu vas faire, est celui que le .Sauveur va faire aussi dans notre évangile : craindras-tu de passer avec lui? Mais écoute : Jésus sachant que son heure était renue de fxt.s.ser de ce monde ’. Qu’y a-t-il de si aimable dans ce monde, que tu ne veuilles point le quitter avec le Sauveur Jésus? Le quitterait-il, s’il était bon d’y demeurer? .Mais écoute, encore un coup, chrétien ; Jésus passe de ce monde pour aller à son Père. S’il fallait seulement sortir du monde , sans aller à quelque chose de mieux ; quoique ce monde soit peu de chose, et qu’on ne perdit pas beaucoup en le perdant, on pourrait y avoir regret, parce qu’enfin on n’aurait rien de meilleur. Mais, chrétien, ce n’est pas ainsi que tu dois passer. Jésus passe de ce monde, mais pour aller à son Père. Chrétien, qui dois aller avec lui, tu pas.ses à un père; le lieu d’où tu sors est un exil; tu retournes à la maison paternelle.

Passons donc de ce monde avec joie; mais n’attendons pas le dernier moment , pour commencer notre passage. Lorsque les Israélites sortirent d’Égypte, ils ne devaient pas arriver d’abord à la terre promise ; ils avaient quarante ans à voyager dans le dé.sert ; ils célébraient néanmoins leur pôque, parce qu’ils sortaient de l’fîgypte, et qu’ils allaient commencer leur voyage. Apprenons à célébrer notre pôque dès le premier pas : que notre passage soit perpétuel : ne nous arrêtons jamais; ne demeurons point, mais campons partout à l’exemple des Israélites : que tout nous soit un désert, ainsi qu’à eux; soyons comme eux toujours sous des tentes; notre mai.son est ailleurs ; marchons, marchons, marchons; passons avec Jésus-Christ ; mourons au monde, mourons-y tous les jours : disons avec l’apôtre : Je meurs tous lesjourst : je ne suis pas du monde; je passe, je ne tiens à rien.

' Exod. \ll. II. — ’ Joan. xill, t. — * I. Cor. XT, 31.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

IID JOUR.

l>Avi>in«til fies plf<(1s. PulMn»r« de lesu<;-rhrlfil ; soo humilité. Jvaa. xni, I, 6.

Comme il arait toujours aimé les siens, il les aima Jusqu'à la fin*. En ce moment de son paslorsqu’il les allait quitter, il les uirna plus que jamais, et leur donna des marques plus sensibles de son amour. C'était la consolation qu'il leur voulait laisser en les quittant. En effet, tout ce qu’il leur dit est plus tendre; tout ce qu'il fait, plus rempli d’amour : témoin l'eiuhanstie qu’il leur va donner. Mais voici par où il commence. Jprf.s te souper, le diable ayant d^Jà mis dans te cœur de Judas , fds de Simon Iscariote , te dessein de le tirrer : Jésus sachant que son Père lui avait tout mis entre les mains, et qu'if était sorti de Dieu, et qu'il y retournait ; il se lera de table, quitta ses habits, et mit un linge derunt lui; puis ayant rersé de l’eau dans un ba.ssin , il commença à tarer les pieds de ses disciples, et les essuya avec te linge qu'il avait attaché autour de lui *. Voilà notre lecture d'aujourd’hui. Qu’elle e.sl b'ileî qu’elle est ravissante! Mon .Sauveur, vous me remplissez de consolation par la lecture de votre Évaiiftiie! En quelque endroit que je l'ouvre, j’y trouve partout ce.s consolations, et des paroles de vie éternelle ; mais je ne sais si j’y ai lu rien de plus touchant que cet endroit. Mou Sauveur, augmentez ma joie dans cette sainte lecture, afin | que la eljaste délectation dont elle me remplit m’üte tout le godt des joies du monde. Mais pour cela il faut pe.scr toutes les paroles.

Jprés le souj)cr^ : saint Jean va parler d’un autre souper, om il était couché sur le sein de Jésus ; où Jésus donna a Judas le morceau tiympé^. Voilà donc un outre souper. Il y en eut deux, dont le dernier se fit après le lavement des pieds; et ce fut celui où il Inslitua reucharistie : sou|>er de cérémonie, qui peut-être fut précédé du souper de l’agneau pascal. Je n’entre pas dans CPS questions, je ne cherche qu’à m'édilier : et il me suflit d'entendre que le festin où l'eucharistie fut instituée fut un festin particulier, qui fut tout plein de mysicre, comme nous le verrons bientôt. Que le premier donc soit celui où l’on satisfit au besoin. Voilà Jésus qui se lève, et qui sort de table; et pour préparer ses disciples au mystérieux festin qu'il leur préparait, il leur lave les pieds.

Jésus sachant que son Père lui avait tout remis entre les mains, et qu'il était sorti de Dieu et retournait à Dieu^. Arrêtons-nous t saint Jean est ici tout occupé des grandeurs et de la puissatice de Jésus; et il nous veut remplir de celte idée, afin que la peinture qu'il nous va faire de son humilité et de sou amour soit plus vive. Arrêtons-nous donc, encore un coup, et goûtons cette première parole : Son Père lui a tout remis entre les mains, selon ce qu’il a dit

» Joan. XIII, I. — * Ibid. 3, a, 4, 5. 2. — ♦ Ibid.

23 , 2»1. — * Joan XIII , 3.

lui-même : Tout a été mis <entrc mes mains pnr mon Père El ailleurs ; i.a toute -puissnncf m'est donnée dans le ciel et dans la terre*. Kt quoique cette puissance lui appartint nalurdhment, parce que dés le comineneeiiipiit il eUii Dieu, toujours résidant en Dieu et inséparable de lui, Pt qu'il était ce Verlic-Dieu, par qui Dieu a tout tire du néant; le Père par ce moyen ne pouvant avoir aucune créature qui ne soit U créature «lu Fils et ne lui doive le mên)e hommage, conformément à celle paro!e ; 7om/ est n mai, est à vous; et tout ce qui est a ros», est a moi ^ : néanmoins cette puissance lui vrnail de son Père, qui, la lui ayant déjà donix^ par son éternelle naissance, la lui donnait au tem|»s de sa passion d’une façon particulifrf, parce que c'était par sa passion qu’il devait tout acquérir, et avoir à titre d'achat et d’acquisiiio'^ ce qu'il avait déjà naturellement et par le drol de sa naissance. Kt celui à qui tout est don» d’une manière si excellente, c’est celui qui oocf va laver les pieds. Voilà où saint Jean eo veui venir. Humilions-nous donc de notre côté. OJe sus! je me .souinet.s à votre empire; à celui qs! vous avez sur moi, comme Créateur, à celui que vous avez comme Rédempteur : vous êtes iw» souverain Seigneur, mon doux et unique Mailr«; /bus êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d'hraCl 4. Quelle obéissance ne vous dois-je pa<. étant à vous à tant de titres , et par des titn^ 6* ectte nature, si autiientiques , si immuables, « aimables, si divins!

IV' JOUR

Tout remis cotre tes mains de Jésris-Christ, spêdakaw'

te> dus. Ibid.

Tout lui a été remis en main par son /Vre' Ce tout, qui lui a été remis en main par son Pere, est principalement ce tout dont il a dit : Tontrf que mon Père me donne, vient à moi^. F.t ce /o*.‘ c’est son Eglise ; c’est dans son Église specialeffleuî les saints, et parmi les saints ceux qui le sont jusqu'à la lin, et, en un mol, les élus. Voilà «tout bienheureux qui est spécialement remis par le Pe^ entre les mains de Jésus, et dont il a dit lui-mém'' I/s étaient a rous , et vous me tes avez donsi* Et un peu devant : / bus qvez donné puissance toute chair, sur tous les hommes, a votre fils, o/s qu’il donne la rie étemelle a tout ce que rousib avez donné": . Ajoutons toujours : Et celui à qui \e Père a remis en inain tout ce qui lui est de plu» cher, c’est-à-dire ses élus, ses bien-aimes, c'est celui qui va nous laveries pieds. Mon Sauveur, *wis vous aliaissez jusque-là! Il est juste que je ma* bnis.«e devant vous. Mon Sauveur, que je sois di cc tout que votre F*ére vous a donné, allô qtie vous lui donniez la vie éternelle! J’en serai, s» je suis fidele à votre grâce, si je garde vos corninamiements. Donnez-moi ce que vous me cont-

‘ Vrt//A. XI, 27. — • Ibid. \xvm, 19. — * WH. 'Ç — * Ihid. 1, 4D.“ * Vatlh. Xl , 27, — V». 37- — Wtf*

Mil, 0,2.

Digitizeo* -ile

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

mandez; afin que je sois de ce troupeau l>éni, dont vous avez dit : A/ez brebis entendent ma voix , je les connais , et elles me suivent ; et Je leur donne la vie étemelle. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout; lid-méme gui me fa donné, est au-dessus de toutes choses : et l’on ne peut rien ôter de mes mains non plus que des siennes, parce que mon Père et moi ne sommes qu'un'. Qu'y a-t-il à craindre après cela? Rien du tout, sinon de manquer à sa vocation; il n'y a qu'è s'abandonner à ces mains toutes-puissantes, et à dire à Jésus : O Seigneur! j'espère en vous; Je me livre à vous, je ne serai point conjondu *.

V' JOUR

Jé«ifr<;brtet, vrai Dieu, et vrai homme. Juan, xiii, .V.

La même lecture, et s'arrêter i ces paroles : Jésus sachant que tout lui était remis entre les mains, et qu’il était sorti de Dieu, et qu'il retourtiaU à Dieu s. Sorti de Dieu sans altération , sans succession , sans ordre de temps , avec une inexplicable pureté, comme le rayon sort du soleil sans s'en séparer, et toujours portant en lui-même toute la vertu de son principe ; ce qui fait que saint Paul l'appelle, Y éclat et le rejaillissement de la gloire de son Pères : sorti néanmoins, non par extension comme le rayon qui n'est que la lumière étendue, et portée bien loin au dehors ; mais sorti de Dieu comme la pensée sort de l'esprit , en y demeurant toujours : sorti de lui, par conséquent, comme quelque chose de vivant, ou plutêt comme la vie même ; ce cpii fait dire à saint Jean , que fa vie était en fui ^ : c'est-à-dire qu'elle y était comme dans le Père, qu'elle y était comme dans sa source; selon ce qu'il dit lui-même de sa propre bouche : Comme le Père a la oie en lui-mème ; ainsi a-bll donné au Fils d'avoir la vie en lui-mème *. Il est donc sorti de Dieu de cette manière , vivant de vivant , vie de la vie; sorti par la parfaite connaissance qu'il a éternellement de lui-même , comme sa pensée , son intelliftence, sa sagesse;commesa parole intérieure, par laquelle il se dit à lui-même tout ce qu'il est; comme l'expression vive et naturelle de ses perfections et de tout son être ; comme portant en lui-même toute sa beauté ; comme étant sa vive et parfaite image , et Yempreinte de sa substance t. Sorti par conséquent comme un autre lui-même, comme son Fils, de même nature que lui; Dieu comme lui; mais un même Dieu avec lui , un même Dieu que lui : parce qu'il ne sort pas par l'effusion d'une partie de sa substance; mais il sort de toute sa substance, puisque sa substance ne souffre pas de division ni de partage : de sorte que sa substance, sa vie, sa divinité lui est communiquée tout entière; lui est commune avec le Père , à qui il ne reste rien de propre et de particulier que d'être Père : comme il ne reste à la source que d'être la source, tout le

' Joau. X, J7, M, X», 10. — 'Pm. XXX, I. — ijoan. xiil, a. — • fitbr. I , a — • Joan. !,*.— • Ibid, v, Ifl. — ’ Btbr. 1,3.

BORSUET. — TOIIB III.

reste, pour ainsi parler, passant tout entier dam le ruisseau.

Voilà, autant qu'il est permis aux hommes do bégayer , voilà , dis-je, ce que c'est que sortir, d i Dieu. Oc sont les expressions dont se sert l'ficri ture sainte, pour aider notre faible intelligence, pour l'élever au-dessus d'elle-mêine. Et tout cela nous est dit en abrégé dans le symbole de Nicée, lorsqu'il y est dit que le Fils de Dieu est engendré et sorti de la substance de son Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu d'un vrai Dieu, de même substance que son Père, et un même Dieu avec lui , pareeque le Seigneur notre Dieu est un seul Dieu, et que tout ce qui est Dieu et vrai Dieu, ne peut être qu'un; l'unité étant la substance et l'essence même de la divinité. Mais pourquoi se perdre aujourd'hui dans ces sublimes pensées ? si ce n'est pour considérer avec saint Jean , par une ferme et vive foi, que vous, mon Sauveur, étant Dieu, égal à Dieu, un et même Dieu avec votre Père, d'où vous êtes sorti en demeurant éternellement dans son sein ; néanmoins vous avez voulu vous rabaisser jusqu'à laver nos pieds, vous humiliant de cette sorte devant votre créature pour nous apprendre à nous humilier, non-seulement devant vous , mais encore devant nos frères , devant nos égaux, devant des hommes faits comme nous, devant nos inférieurs, si notre bassesse naturelle nous permet de mettre quelqu'un en ce rang.

VI» JOUR

Jéxiu.<;hrixt Dieu de Dieu, sorU de Dieu. Ibid.

Encore la même lecture , le même mot : Sorti de Dieu '. Vous êtes, mon Sauveur, sorti de Dieu ; sorti premièrement dans l'éternité, conformément à cette parole de Michée : Sa sortie est des les jours de l’éternité • ; d'une parfaite coexistence avec Dieu, de qui vous sortez : autrement , vous ne seriez pas le rayon de ce soleil , vous ne seriez pas l'éclat de sa gloire, ni l'empreinte de sa substance, puisque sa substance c'est l'éternité ; vous ne seriez pas sa pensée , vous ne seriez pas son Fils , le Fils parfait d'un Père parfait; d'un Père toujours parfait, pour produire, pour engendrer, comme pour être. Vous êtes donc sorti de Dieu dans l'éternité, avant tous les temps; mais sorti de Dieu dans le temps, lorsque votre Père qui vous engendre, et vous porte éternellement dans son sein , unit à votre personne qui lui est égale et coéternelle, dans le sein de la bienheureuse Vierge , la nature humaine tout entière , c'est-à-dire une ême unie à un corps humain, afin que le même qui est Dieu parfait filt aussi homme parfait ; Fils de Dieu et Fils de Marie, le même Fils, le même Dieu. En cette sorte, ê Jésus ! vous êtes encore sorti de votre Père éternel, parce que vous n'avez point eu d'autre Père que lui ; et que la mère que vous avez eue est demeurée vierge, n'ayant été rendue féconde qu'à cause que te .Çainl- EsprUest survenu en elle, et que la vertudu Très-

• Joan XIII , 3. — • Hich. v, 3.

MÉDITATIONS SUU L’ÉVANGILE.

Haut l'a eomerte de ton oniAre Conçu d’une manière si pure et si divine , celle dont vous êtes nè ne l'est pas moins : puisque conçu du Saint-Esprit, vous êtes né de Marie toujours vierge -, et vous sortez en cette sorte pour paraître aux hommes, comme vous dites vous-méine : Je suis sorti de mon Pire, et je suis venu dans le monde ■ ; non que vous soyez venu où vous n'étiez pas; mais vous avez paru, où vous ne paraissiez pas ; et voilà votre sortie dans le temps, lorsqii'étant fait homme mortel, vous avez paru parmi les mortels.

C'est ainsi que vous êtes venu dans le monde en qualité d'homme; mais en même temps vous êtes demeuré comme Dieu dans le sein de votre Père , selon ce que disait saint Jean votre précurseur : Personne n'a jamais ru Dieu; mais le Fils unique gui es! dans le sein de son Pire nous en a raconté les merveilles nous l'a fait connaître. Et , comme vous dites vous-même, Personne n'est monté au ciel que celui gui est descendu du ciei, à savoir, le Fils de l'homme qui est dans le ciel < : vous en êtes descendu , et vous y êtes. Comme Dieu vous ne quittez jamais le ciel , qui est le lieu de la gloire de votre Père, et vous ne le pouvez jamais quitter. Comme homme mortel vous avez quittécette gloire , qui vous était naturelle , et vous nous avez paru dans la bassesse : et vous vous êtes /ail homme, et vous avez habité au milieu de nous, et nous avons vu votre gloire, comme In gloire du Fils unique plein de grâce et de vérité

étais comment est-ce que saint Jean a dit qu'il avait vu votre gloire? Est-ce à cause qu'il vous a vu re.ssuscitéet montant aux deux? ou même qu'il vous a vu transfiguré sur le Thabor? Tout cela entre dans sa pensée ; mais il déclare qu'il vous a vu dans votre gloire, lorsqu’il vous a vu plein de grâce et de vérité; plein de la grâce des miracles, et guérissant tous les maux de nos corps ; plein de la grâce qui nous sanctifie , puisque vos apfitres vous disaient : O Seigneur, augmentez-nous In /oi®! et que cet afiligé vous criait du fond de son coeur : Je crois, Seigneur! aidez mon incrédulités .C'esxionc ainsi que saint Jean vous a vu plein de grâce, et par la même raison il vous a vu plein de vérité; parce que vous annonciez la vérité aux hommes par vos prédications, et qu'en même temps vous la leur mettiez dans le cœur par l’inspiration de votre grâce, les illuminant tout ensemble et au dedans et au dehors. Nous avons donc vu votre gloire, même au milieu de vos bassesses; parce que nous y avons vu la vérité et la grâce dont vous étiez plein, et plein non-seulement pour vous, mais encore pour nous : puisque nous avons tout reçu de votre plénitude , et grâce pour grâce *, comme le disait saint Jean- Baptiste votre précurseur.

Nous voyions donc alors votre gloire au milieu de vos infirmités ; et si nous ne la voyions pas tout entière-, si en même temps que nous nous voyions des yeux de la foi, comme le Fils unique de Dieu,

» Lur. I, .TS. — * Joan. XVI , W. — ? Ibid. I, 18. —4 Ibid. III , 13. — ‘ Ihib. 1 , H. — • Luc. XVII , 6. — ’ Marc. Il , 33. — * Joan. I, 18.

nous vous voyions des yeux du corps comme le dernier des hommes , comme l'homme de douleuii et tout rempli d'infirmités , comme un ver et non pas comme un homme ; c’est qne vous cachiez voloatairement votre gloire ; vous en suspendiez l'effet : ce n’était point par force que vous étiez dans rabaissement; c'était par amour et par bonté, ht néanmoins avec cette gloire dont vous étiez plein, et que vous aviez apportée en sortant de Dieu, veai venez nous laver les pieds ! Quand donc j'aurais de la gloire, je la voudrais supprimer. Mais je n’en ai point : je n'ai rien ; je ne suis rien ; et il ne s'apt que d'abaisser, ou plutdt il ne s'agit que de teuir bas un pur uéaiit.

Vil' JOUR.

Jvsus-Cbrijit sorti de la gtolre de Dieu , y devait retoumn.

Joaa. XIII, 3.

Les mêmes paroles : Sachant qu'il était sorlidt Dieu, etqu'ilg relournail'. Celui qui est sortide Dieu de cette manière, ne peut pas qu'il n'vrc tourne. Il y avait en lui une grandeur , qui dievaà enfin l'emporter. Il ne pouvait s'abaisser que par conde.scendance , pour s'approcher de nous; pour nous apporter scs gr.âces ; pou r nous donner un parfait modèle d'humilité, de douceur, de patience, dr toutes les vertus; pour se rendre la victime dr nos péchés. Pour cela il fallait qu'il descendit jusqu'au tombeau; mais, comme dit saint Pierre. a ng pouvait pas être détenu >. Et il fallait qw la vie qui était en lui, prévalût. Il fallait donc aussi que s'il quittait sa gloire, il la reprit bientôt; s'il s'humiliait jusqu’à la mort, et à la mort de le croix. Dieu devait ensuite l’exaller et lui dossir un nomqui fût au-dessus deloul nonO, pouraeeomplir aussi ce qu'il a demandé à son Père : Idon Pen, glor’ijiez-moi en vous-méme decelte gloire que j’ai eue en cous, avant que te monde fût*. C’est oeq« veut dire saint Jean par ces paroles : Sachant qt’é sortait de Dieu, et qu’il y retournait. Car il n'élail pas possible qu'il demeurât toujours séparé d'tuie gloire qui lui était si naturelle; et non-seulemeol il y devait retourner, mais encore nous y rametier avec lui :cequi aussi luiafaitdire : MonPerejt veux que là où je suis , ceux que vous m'avezdosnés y soient aussi avec moi ;qfin qu’ils ctmtempM ma gloire, que vous m avez donnée, parce que ma m'avez aiméacant la création du monde^. La contempler, c'est en jouir , c’èst y participer, selon ce que ditsaint Jean : Nous lui serons semblables, perce que nous le verrons comme il est ®. Et c’est I'kcomplisseinent de ce qu’il a dit : /e leur ai donné le gloire que vous m’avez donnée, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un; et que le monde tache que vous les avez aimés, comme vousm ore; aimh.

Que ceux qui aiment Jésus-Christ godtcnt ea paroles ; et qu’ils goûtent encore celles-ci -. Je m'en

* Joan. xrir, 3 — * Xct. n, as. — s Philip, rr. 8,0. — r Joan. XVII , 6. — S Ibid. XV, ra , as. — < I. Ibid, m , Z- — r Ibid. XVII, aa , 33.

vais vous préparer la place :et quand Je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé la place, je reviendrai, et je vous retirerai à moi; ajin que là où je suis, vous y soyez aussi '.Voilà donc la manière dont Jésus-Christ devait retourner à Dieu-, voilà ce que veulent dire ces paroles de saint Jean : était sorti de Dieu, et y retournait. Et lorsqu’il fut sur le point d'accomplir ce glorieux retour, étant tel, et se sachant tel, comme le remarque saint Jean , il voulut bien nous laver les pieds. Silence, silence encore un coup ; taisez-vous , mes pensées ; laissez-moi contempler Jésus aux pieds de ses apôtres, à nos pieds de tous, et aux pieds de tous ses Gdèles, qu'il regardait dans ses apôtres.

VIII' JOUR

Jécav.CttriBt en vient au lavement dea pieda. Joan. xui, 4.

Lisezif.4 et 5. Use levade table, etUposases habits ; les habits d'honneur que portaient les personnes libres, et ne se laissant que cette sorte d'habits que ceux qui servaient avaient accoutumé de garder. Et ayant pris un linge , U se t’attacha devant lui : de mot à mot, il s'en ceignit. Se ceindre, en général, était la posture de celui qui allait servir, selon ce qui est écrit : Que vos reins soient ceints ; et un peu après : .fcyei comme les serviteurs qui attendent leurs maitres;et un peu après : le mallre se ceindra lui-méme, et fera asseoir à table ses fidèles serviteurs ; il viendra lui-méme les servir *. Voilà en général ce que c'est que se ceindre; mais se ceindre d'une linge est l'habit d’un service encore plus vil , qui est celui de laver les pieds. Et remarquez que Jésus fait tout luiméme ; lui-méme il pose ses habits; il se met luiméme ce linge ; il verse l’eau lui-méme dans le bassin ; de ces mêmes mains qui sont les dispensatrices de toutes les grâces; de ces mains qui sont les mains d'un Dieu, qui a tout fait par sa puissance; de ces mains dont la seule imposition, le seul attouchement guérissait les malades et ressuscitait les morts; de ces mêmes mains, il versade l’eau dans un bassin , il lava et essuya les pieds de ses disciples. Ce n'est pas ici une cérémonie ; c'est un service effectif qu’il leur rend à tous , et le service le plus vil, puisqu’il faut se mettre à leurs pieds pour le leur rendre ; il faut laveries ordures et la poussière qui s’amassaient autourdes pieds en marchant nu-pieds, comme on faisait en ces pays-là. Voilà ce que fait Jésus, sachant tout ce qu'il était, dès l’éternité, et dans le temps, et ce qu’il allait devenir par sa résurrection , et son ascension triomphante. Fénétrez-moi , ô Jésus! de votre grandeur naturelle , et de vos bassesses volontaires; aGn que du moins dans ma petitesse naturelle, je n’aie point de difUculté à me tenir bas , et à servir mes frères !

IX* JOUR

Pl«rre refaxe de se laisser laver les pieds; puis il obéit.

Joan. XIII, 6, a.

Que saint Pierre était pénétré de ces grandeurs

' Joan. XIV, a, 3. — * Luc. xn, as, 3S, 37. '

et de ces bassesses de son maitre , lorsqu’il s'écrie tout transporté : Quoi , Seigneur, vous me laveriez les pieds ■ ! Vous? à qui? à moi : 77<, mihi. Vous, le Fils de Dieu! à moi, un pécheur. Il lui disait autrefois : Retirez-vous de moi. Seigneur, car je suis homme pécheur » ; un homme, un mortel , un néant; mais, ce qui est encore pis, un pécheur : -/A retirez-vous de moi; je ne puis souffrir votre approche. A plus forte raison , maintenant , que vous veniez me laver les pieds , et me rendre un sen-ice si indigne de vous ; un maitre à son disciple ; un Seigneur, et un tel Seigneur, à son esclave : .Jh! .Seigneur! quoi que vous disiez, je ne le souffrirai jamais ; jamais vous ne me laverez les pieds Le caractère de saint Pierre était la ferveur. Elle n'était pas encore bien réglée, mais elle était extrême ; et quoique Jésus lui dit : l’ous ne savez pas encore ce que je veux faire, mais vous le saurez bientôt, et en son temps; comme s’il eût dit : Laissez-moi faire, je sais ponrquoije le fais; Pierre s’obstine, pour ainsi parler, et contraint Jésus de lui dire ;.Sije ne tous lave, vous n’aurez point de part avec moi. Et en même temps , avec la même ferveur qui lui faisait dire : Jamais vous ne me laverez les pieds ; il s’écrie : .-/A.' Seigneur! nonseulement les pieds; mais encore les mains et la Me*. Il ne savait pas encore ce que c’était d’être lavé par Jésus , et dans quel baptême il fallait être plongé à son exemple .- il n’avait pas encore pénétré cette parole de son maître : J'ai à être baptisé d’un baptême*-, il faut que je sois baptisé de mon propre sang, et je réserve ce baptême de souffrance à mes serviteurs ; je leur laverai les pieds , je leur laverai les mains, je leur laverai la tête parce baptême. Pierre ne savait pas encore tout ce mystère; il ne savait pas encore parfaitement combien nos pensées, combien nos actions étaient impures; ni combien nous avions besoin que notre tête et nos mains fussent lavées. Et néanmoins, possédé du désir d’être avec son mallre , et d'avoir part avec lui , à l’abandon, il s’écrie ; Je vous liv-re tout , les pieds, les mains, la tête même; lavez-moi comme vous voudrez ; je veux être avec vous quoi qu’il en coûte ; à quelque prix que ce soit, je veux vous avoir ; faites ce que vous voudrez, non-seulement de mes pieds, mais encore de mes mains et de ma tête. Vous serez écouté, Pierre; vos pieds et vos mains seront lavés; vous serez crueiQé comme votre maître; votre tête aura son partage dans votre cruciGement, et vous serez cruciGé la tête en bas. C’est ainsi que votre maître vous lavera : voilà le bain qu’il vous prépare : Eous ne le savez pas encore; mais on vous le fera savoir en son temps. O Seigneur! non-seulement les pieds , mais encore les mains et la tête. Imitons saint Pierre ; abandonnons-nous à notre Sauveur. Kous ne savons pas encore ce qu'il veut faire de nous ; notre faiblesse ne le pourrait pas souffrir ; mais , quoi que ce soit , mon cœur est prêt : mon cœur est prêt, 6 Dieu * ! encore un coup, je vous livre tout ; pieds et mains , tout ce

* ./eee. XIII, «. 7. — ’ Zmc v, S. — xiil, 6. — ' Rul. 7, B, s, J Luc. XII, 60. — 1 Pt. I.M, B.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

(jiiejesiiis, la 11*1? iiiAiif , et l'Jine dont elle est le M<ige.

X' JOUR

Sa laver dn moindm tache», fous fies purs, mais non pas tous. Juan, xill ,8, lu.

Kn Orient, dans les pays chauds, l'usage du bain était fort frn|uent, et après qu'un s'était lavé le matin, et pendant le jour, il ne restait plus sur le soir que de se laver les pieds pour sc nettoyer des ordures qu'on amassait en allant et venant. C'est le sens de cette parole de l'Épouse : J'ai lavé mes pieds . pourquoi voutei vous que je me lève pour /es so/ir' ? Jcsus-Clirist sc sert de cette similitude, |H)ur faire entendre à ses fidèles qu'apres s'étre lavé des grands |>éehés, il reste encore le soin de se purger de ceux que l'on contracte dans l'usage de la vie humaine, lesquels, bien que plus |>etits U comparaison des autres , ne laissent pas en eu.xinémes d'étre toujours grands , parce qu'une dme qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui l'offense ; et si elle négligeait de se purifier de ces fautes , elles la mettraient dans un état funeste , aRaiblissant insensiblement les forces de l'.'lmc : en sorte qu'il ne lui restcraitque très-peu de résistance contre les grandes tentations; ce qui la ferait succomber trop aisément, parce que ces tentations violentes ne peuvent être vaincues que par une Ires-ardente charité. C'est ce que Jésus-Christ nous apprend par ces paroles : Celui qui a été lavé n’a {dus besoin que de lacer ses pieds , et il est pur dans loul-ie reste ; et cous , cous êtes purs , mais non pas tous'. Jésus-Christ nous apprend donc, par cette parole, qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés; et c'est ce qu'il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer tout le mystère , le soin qu'il prend de laver les pieds à ses apôtres, au moment qu'il allait instituer l'eucharistie et les y faire participer, nous apprend que le temps où nous devons nous appliquer ù purger ces fautes vénielles , c'est celui où nous nous préparons à la communion , où il s'agit de s'unir parfaitement avec Jésus-Christ; à quoi ces péchés apportent un si grand obstacle, que si on mourait avant que de les avoir expiés , la vision bienheureuse en serait retardée, et peut-être durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d'autant plus obligé à purifier ces péchés avant la communion, que c'est par elle principalement qu'on s'en doit relever, les autres étant lavés par un autre sacrement; et la négligence de purger ces fautes IMUvant aller ù un excès qui rendrait l'attache à ces péchés non-seulement dangereuse, comme elle l'est toujours, mais encore mortelle. Car relui qui ne se soucie des péchés qu'à cause qu'ils damnent , montre que c'est la peine qu’il craint , mais qu'il n’aime pas véritablement la justice , c'est-à-dire, qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé; et il doit craindre de perdre bientôt, par son extrême laugueur, tout ce qui lui reste de ce feu divin. La-

‘ (ont. v,3. — • Joati *m. |0,

vons donc soigneusement, non-seulement nosnuito et notre tête, mais encore nos pieds, avant que d'approcher de l'eucharistie ; autrement l'Épout viendra à nous avec une espèce de dédain : et encore que ces péchés journaliers n’empêrhent pas qu'il ne nous dise , ainsi qu'aux apôtres ; l'aus êtes purs ; il nous avertit néanmoins de nous en purger, quand nous voulons nous approcher de son corps et de son sang avec toute la pureté requise. Et il fait bien voir combien est grande cette oWisation , lorsqu'en lavant les pieds à ses apôtres, pour leur inspirer le soin de se purifier de ces péchés, il leur dit : .Vi Je ne vous lave : c’est-à-dire, si je ne lave ces taches des pieds : vous n aurez jmsl de part avec, moi ' ; non-seulement à cause quelles retardent , comme on vient de voir, la vision bienheureuse, et la parfaite union avec Dieu; imù encore à cause que la négligence de les nettoyer peut causer de dangereuses froideurs entre l'àim et Jésus-Christ , et même dans un certain degré devenir mortelle. Lavez-vous donc , chrétien , laser vous de tous vos péchés, jusqu'aux plus petits, lorsque vous devez approcher de la sainte table Lavez vos pieds avec soin , renouvelez-vous tout i fait, de peur qu'il ne vous arrive de manger iodé gnement le corps du Sauveur ; puisque vous vover si clairement que ce péché, qui peut-être ne serait que véniel par sa nature, deviendrait mortel par l'attache que vous y auriez. Et quand même vous ne seriez pas tout à fait indigne , de cette indignité qui nous rend coupables du corps et du sang du Sauveur, nous pourrions nous rendre indignes des grandes grâces, sans lesquelles nous ne pouvMH vaincre les grandes faiblesses, ni les grandes tenta lions dont la vie est pleine. Nous pourrions noof rendre indignes de cette parfaite conynunicatioo avec l'Époux, et causer entre lui et n^us, sinon la rupture, du moins ces froideurs qui sont des dispositions à la rupture même.

^igneur! lavez-moi les pieds, afin que je dise avec l’Épouse ; Je me suis lacé les pieds; puù j/ les salir de nouveau f La pureté est un attrait ponr conserver la pureté : plus un habit est blanc, plus les taches qui sont dessus se font remarquer ; plus on est net, plus on doit éviter de se souiller; dans le désir d'être rangé arec ceux dont il est écrit, qu'l/s sont sa/is tache devant le trône de tJin' C’est à quoi il faut aspirer, et se souvenir de cette belle doctrine de saint Augustin ; qu'encore qu'on ne puisse vivre ici sans péché, on en peut sortir sans péché, parce que, comme les péchés y abondent , les remèdes pour les guérir n'y manquent pas.

Xf JOUR.

Jodos lavé comme les autres. Joan. xm, to. II.

Cous êtes purs, mais non pas tous : ear il sareil qui était relui qui le devait trahir, et c'est pour cela qu'il dit : / ous êtes purs ,tnais non pas tous ’ Et cependant , quoiqu'il le connût , et que le ditiUe

' JtMot. XIII. s. — * .Spor. XIV, S.~^Joün XIII. 10. U-

MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE

fût déjà entré dans son cœur ■ pour lui inspirer le ilessein de livrer son inaitrc , il lui lave les pieds comme aux autres; et il l'avertit qu’il voit son crime , pour le porter à se corriger ! Arrêtons-nous à considérer avec saint Paul ‘ la bonté de Dieu qui nous attend , disons plus , qui nous invite à la pénitence; pendant qu'aeec notre dureté et notre cœur Impénitent; nous nous amassons à nous-mêmes des trésors de haine. Telle était la disposition de Judas.

Que de Judas parmi les chrétiens! Que de malheureux , que mille démonstrations des bontés de Dieu ne peuvent détourner de la résolution de mal faire! Ne soyons point de ce nombre. Si nous en avons été, n'en soyons plus; songeons du moins qu'il nous voit, qu’il voit celui qui le doit trahir et cepeiHiant il lui lave les pieds; une eau sainte lui est présentée dans la pénitenee ; Jésus est prêt à le recevoir à son amour et à ses grâces , pourvu qu'il se lave et se repente.

XII' JOUR

Ijvcnwot des pieds commandé. Bonté et humUité. Jimh. xui, la, 16.

Il fallait joindre l'instruction de la parole â celle de l'exemple. Jésus reprit ses habits, et s'étant remis à table; avant que de reprendre le souper qu'il avait interrompu, avant que d'en venir au repas céleste , il y parla en cette sorte : b'ous voyez ce que je viens de faire : vous m'appelez votre Maitre et votre Seigneur ; et vous avez raison , car JC Je suit ^ Continuez la lecture, 14, 15, 16.

Vous y apprendrez que le Sauveur nous enseigne à rendre à nos frères le service que nous pouvons, même corporel, même sans y être tenus. Celui de laver les pieds était alors en grand usage , comme il parait par ces paroles de saint Paul,oû il compte parmi les conditions de la veuve qu'on devait choisir pour servir les pauvres ; qu'elle ait été hospitalière, quelle ait lavé les pieds des saiitts*. Choisissons à cet exemple quelque service de cette nature, qui revienne à celui-là selon nos mœurs. Par exemple, allons servir les malades dans un hôpital; ou plutôt encore quelque malade qui soit sans secours , et qui ait besoin d’un tel service : et toutes les fois que nous le rendrons à quelqu’un, rendons-le comme Jésus-Christ, le plus sérieux, le plus effectif, et par conséquent le plus humble qu'il se pourra; et que ceux qui rendent quelquefois aux l>auvres de tels services par cérémonie , comme les princes, les prélats, les supérieurs des communautés, entrent dans l'esprit de cette cérémonie : qu’ils entrent dans une profonde et sincère humilité ; qu'ils considèrent que dans le fond notre nature est servile, que nous sommes nés serfs par le péché , et que la différence des conditions ne peut pas effacer;ce titre.

Ne servons pas seulement nos frères avec humilité comme a fait le Sauveur ; mais servons-les avec amour, en nous souvenant de cette parole ;

' Jtxtn. XIII. 2. — * Il , '1 ,'V — - * Joiin \iii , 12, 13

— ‘ I Tim. V. 9, in.

Jésus ayant toujours aimé les siens, il les aima jusqu'à la fin'. Ce ne fut donc pas seulement pour pratiquer l'humilité, et [nous en donner l’exemple , qu'il lava les pieds à ses disciples; mais ce fut par un tendre amour, par le plaisir qu'il avait a leur montrer combien il les estimait; pour relever la dignité de la nature humaine tombée dans la servitude. Servons donc nos frères dans le même esprit, par estime, par tendresse, et pour honorer Jésus- Qirist en eux.

Dans un sens moral, mais très-véritable et trèssolide, nous nous lavons les pieds les uns aux autres, lorsque nous prenons soin de nous avertir mutuellement de nos fautes, toujours prêts à les excuser, ne souffrant pas qu’on déshonore notre prochain dans les moindres choses, et le purgeant par ce moyen même des plus petits défauts ; et cela, non-seulement par humilité, de peur qu'en jugeant les autres, nous nous attirions à nous-mêmes un sévère jugement pour nos défauts; mais par une sincère et véritable tendresse pour tous les chrétiens qui sont nos frères , et pour tous les hommes, qui sont notre chair.

Jésus-Clirist, après avoir dit : Faites comme je vous ai fait', et avoir montré aux hommes le service qu’ils doivent rendre à leurs semblables; afin de leur faire entendre à combien plus forte raison ils doivent servir ses ministres, il ajoute ; Celui qui reçoit ceux que j'envoie , me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé Le bel enchaînement : de remonter des ministres de Jésus-Christ à lui-même, et de lui-même à Dieu son Père! Accoutumons-nous à regarder Jésus- Christ dans nos pasteurs, et dans Jésus-Christ toute la majesté de son Père.

F.n tenant ces discours à ses apôtres, Jésus- Christ y insère toujours quelque chose du traître Judas pour les confirmer, non-seulement dans la foi, en leur faisant sentir qu’il savait tout; mais encore dans les sentiments de bonté et d'humilité ; puistjue connaissant, comme il dit, ceux qu'il avait choisis, et sachant les noirs desseins de ce traître, il n'avait pas laissé de lui laver les pieds; et nonseulement cela , mais encore de le taire mettre à sa table, de lui servir à manger comme aux autres, et, ce qui est au-dessus de tout, de lui donner, comme aux autres, son corps et son sang.

XIU' JOUR.

Trouble de létut : C/n dt vota me trahira. Joan. xjii , 2i.

Jésus ayant dit ces choses , se troubla en son esprit t cl ge déclarai en disant : (Jn de vous tnc trahira. Ce trouble dans IMine sainte et dans Tesprit de Jésus, est digne d’une attention extraordinaire. Ce qui se présente d'abord à notre esprit , c’est la cause de ce trouble ; (Jn de vous me trahira. Le crime, la trahison ,1a perfidie d’un des disciples de Jésus, c’est ce qui lui cause ce trouble intérieur. Ce qui le trouble donc , en général , c'est le péché : c’est, en particulier, les péchés de ceux

' MU. I. — * Ihid U. — * Ihid. 20.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

qui lui étaieut le plus nuis, comme Judas, qu’il avait mis au nombre de ses apôtres. Quand il songeait que sa passion , par laquelle il venait détruire le péché , devait introduire dans le monde tant de nouveaux crimes, des crimes si énormes, si singuliers, si inouis, la traliison d’un Judas, les inhumanités des Juife , leur ingratitude , en un mot , le déicide ; c’est là ce qui lui causait , plus que tout le reste ; ce trouble intérieur ; et on ne se trompera pas en croyant que c’était là la partie la plus amère xle son calioe.

Nous voyons trois endroits principaux, où il est parlé du trouble de la sainte Ame de Jésus ; celui-ci , au chapitre xii du même évangile, à. 27 , lorsqu’il dit ; .Von Ameeit troublée i et dans le chapitre zi, ÿ. 33, où voyant les larmes des Juifs et de Marie sœur de Lazare, qui pleuraient sa mort, il frémit en son esprit , et se troubla bà-méme.

Il n’y a nul doute, dans l'endroit où nous sommes , que le sujet de son trouble ne fdt le crime de Judas et de tous ceux qui devaient coopérer à sa mort, car l’évangéliste le remarque, lorsqu'il dit qu’il se Iroobla et qu’il dit en même temps : Un de vous me fraAira. On doit croire aussi que lorsqu’il dit , à la veille de sa passion ; Mon Ame est troublée, c’était là principalement ce qui le troublait; c’était, dis-je, le péché, puisque rien ne méritait tant de l’émouvoir. Enfin s’il a paru si troublé à la mort de Lazare et aux larmes qu’elle fit verser, il 'ne faut pas croire que la seule mort du corps lui causât ce frémissement et ee trouble : c’est qu’il regardait la mort de l’Ame dans celle du corps qui en était la figure; il regardait que c’est le péché qni a amené la mort dans le monde. Lazare était l’image du pécheur, et du pécheur dans son état le plus funeste et le plus affreux , qui est celui où l’on est par le péché d’endurcissement et d’habitude, lorsqu’on pourrit dans son crime.

Ainsi, ee trouble que Jésus ressentit Ici dans son esprit, c’est l'horreur dont il fut saisi en considérant le péché : c’est ce qui lui causa ce saisissement qu’il fit paraître en frémissant. Et s’il nous est permis de ^nétrer dans ses sentiments les plus intimes ; ce qui le troubla le plus vivement en celte occasion , c’est qu’il regarda le mauvais effet que sa mort et le mérite de son sang répandu , devaient produire dans les pécheurs , en leur étant une occasion de s’abandonner au péohé , par l’espérance qu’elle leur donnait d’en obtenir le pardon. C’est là ce qu’il y a de plus horrible dans le péché, d'y faire servir la bonté de Dieu et la grâce de la rédemption. Si c’est là ce que le |>écbé a de plus horrible , c’est là aussi, par conséquent, ce qui causait au Sauveur le plus d’horreur, le plus de saisissement, le plus de trouble.

Et, pour venir au troublequ’il ressentit aux approches de sa mort, il n’était pas seulement causé par les crimes , par les cruautés , par les injustices et les perfidies qui devaient le mener au dernier supplice ; mais encore, parce qu’il voyait qu’il en serait en quelque façon l’occasion innocente. Car encore que bien éloigné de donner lieu à la jalousie

et aux injostioes des Juifs il n’ait rien omis pour les corriger, et que leur malice seule fdt la cause de leurs fureurs : néanmoins il ne laissait pas d'être véritable que la sainteté de Jésus , sa doctrine, ses miracles, ses vives et pressantes répréhensions , qui devaient opérer leur salut excitèrent eette jalousie , et cette haine implacable contre Jésus-€hrist; et que Judas prit occasion de s’éloigner de lui, des paroles qu'il avait dites en faveur de Marie lorsqu’elle avait épanché sur lui tant de parfums précieux.

Il faut ajouter à tout cela , qu’il avait à souffrir la mort comme Injuste punition de tous les péchés dont il était chargé; et il y allait en quelque façon comme coupable. Ainsi l’horreur du péché le saisissait; il s’en voyait tout environné, tout pénétré. Il voyait, ô cruel spectacle pour le Sauveur du genre humain ! il voyait croître le péché par le mauvais usage qu’on ferait de sa mort. Elle faisait dire à plusieurs qu’il n’était pas le Fjls de Dieu; que tous les miracles par lesquels il l’avait prouvé, n’étaient qu’illusion. Elle était scandale aux Juifs, et folie aux gentils , et aux fidèles mêmes. Quelle occasion de vengeance! puisqu’eu général tous ceux qui ne voudraient pas en profiter, en devenaient plus coupables, plus punissables, plus damnes. Combien était touché de leur malheur ce bon Sauveur, qui aimait si tendrement tous les hommes, particulièrement ses fidèles, et qui ne s’était fait homme que pour les sauver! O Jésus ! c’est ce qui troublait principalement votre sainte Ame : c’est ce qui lui causa cette émotion , et les autres que nous verrons dans la suite. Ayons donc horreur du pèche ; et voyons , dans le trouble de Jésus , combien notre conscience en devrait être troublée.

XIV joua.

Qu'ot-o. que le trouble <le Jtsnsl/oaH. xm. SI.

Il me semble , ô mon Sauveur ! que vous me faites entendre en quelque façon ce que c’était que ce trouble , dont il est si souvent parlé dans votre Évangile. Cest déjà bien certainement un trouble dans l'intérieur; autrement l’Évangéliste ne dirait pas ; Il se troubla dans son esprit; ni lui-même ; Mon âme est troublée. Blais qu’est-ce donc , dans son intérieur, que ce trouble, si ce n’est l’horreur d’un grand mal, d’un mal extrême, du plus grand de tous les maux , qui est le péché avec toutes les affreuses circonstances qu’on vient de voir que Jésus avait en vue ; horreur qui , excitée dans son Ame sainte, rejaillissait sur le corps, et y causait des effets à peu près semblables à ceux que nous éprouvons à la vue des objets les plus fâcheux ; à quoi il faut ajouter, an temps de la passion ; ce que je vais tâcher de pénétrer avec le secours de l’Écriture?

I.e trouble de l’Ame consiste principalement dans la diversité des pensées qui nous montent dans fesprit à l’occasion des objets extraordinaires. Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi s'éléee-ttil tant de différentes pensées dans votre cœur T dit Jésus lui-même à ses disciples ' , lorsqu’il les vit si ef-

■ iw. XXIV, 38.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

frayé» de ce qu’il leur apparaissait après sa mort.

Ces pensées, dont l’âme est distraite et agitée, en sorte qu’elle ne sait quel parti prendre et à quoi se déterminer, c’est ce qui la trouble : elle ne se possède plus, elle n’est plus maîtresse d’elle-méme.

Oserons-nous dire qu’il y a eu quelque chose de semblable dans l’àme sainte de Jésus? Maintenant, dit-il , mon àme tsl troublée ; et que dirai -Je 9 Dirat-je à mon Père : Mon Père , saueezrmoi de cette heure affreuse où j’aurai tant à souffrir? Maie c’ett pourcette heure-tà que je tuù venu: mon Père, glorifien votre nom'.

Voilà cette diversité de pensées : on voit une espèce de perplexité dan» ce» paroles : Que diraiieîuat espèce d'irrésolution dans celles-ci. Que demanderai-je à mon Père ? qu’il me délivre de tant de maux ? Mais tout se termine enfin par s’abandonner tout entier à Dieu et n’avoir pour objet que sa gloire. .... . ,

Y a-t-il eu une véritable irrésolution da^ la sainte âme de Jésus ? A Dieu ne plaise ! car firrésolution ne venant que de la faiblesse de la raison , lorsqu’on ne voit pas assez clair pour se déterminer à ce qu’il faut faire , une telle disposition pouvaitelle se trouver dans l’âme du Sauveur, à qui la sagesse éumelle était unie et ne cessait de la diriger dans tou» ses mouvements ? Mais encore qu’il n’y edt point une véritable irrésolution dans une âme si ferme et si éclairée , il y a eu quelque chose de semblable; puisqu'il a souffert en lui-méme ces différentes peusées , que causent d’un côté l’horreur naturelle d’une mort accompagnée de tant de terribles circonstance» , et , de l’autre , une parfaite détermination à s’y livrer, parce que Dieu le voulait ainsi.

XV JOUR

L’horreur du péché, «use du trouble do Itotre-Sclgneor.

Joan. XIII,

Pour comprendre combien cet état est fâcheux cl afnigeant , il ne faut que se souvenir que ce qui faisait l’horreur de Jésus-Christ n’était pas seulement la mort douloureuse qu’il avait à souffrir. Car encore que cette horreur de la mort et de la douleur soit naturelle au genre humain,’ et que JésusChrist l’ait dd prendre avec toute sa vivacité en prenant notre nature tout entière ; c’était le péché qu’il regardait comme l’objet qui lui était le plus opposé , et qui faisait son aversion. Il regardait la mort, ainsi qu’on l’a vu, corarne l’effet, comme la peine du péché; la sienne était causée par mille énormes péché» : elle en augmentait la griéveté et le nombre , à la manière qui a été dite. Ah ! quel calice! combien grande, combien excessive en est I amertume! ...

Un ancien Père raconte la disposition de trois solitaires dans les injures qu'on leur faisait. L'un se recueillait en lui-méme, et e.xaminait en trem- j blant s’il ne s’était point emporté, s’il n’avait point i manqué de patience. L’autre regardait celui par qui

il était outragé comme un homme qui s’attirait à lui-nièine de grands maux par les justes jugements de Dieu , et il en était attendri jusqu’à en pleurer. Mais les larmes du dernier étaient bien plus abondantes , et bien plus amères; parce qu'il s'attachait à considérer que les outrages qu’on lui faisait étaient autant d’offenses contre Dieu , dont encore il avait été l’occasion quoique innocente. Laissons la première disposition, qui ne peut convenir au .Sauveur : mais les deux autres étaient en lui d’autant plus vives , qu’il avait plus de tendresse pour les hommes , une impression beaucoup plus forte des jugements de Dieu, et une horreur du péché au-dessus de tout ce qu’on peut penser.

Quand donc il lui plaisait , quand il était convenable , et il l’était principalement dans le temps de sa passion, de se livrer tout entier à ce sentiment de compassion pour les pécheurs , et d’horreur pour le péché même ; ce qu'il souffrait est inexplicable : et il ne faut pas s’étonner de lui avoir entendu dire : Mon àme est troublée • ; ni de lui entendre dire bientôt : Mon àme est triste Jusqu'à la mort'.

Mon Sauveur ! ce trouble de votre sainte âme était nécessaire , d’un côté, pour exciter et pour guérir l’insensibilité de la mienne , qui , loin d’étre troublée de son péché , n’en sent ni le poids ni la blessure ; et de l’autre , pour expier ce trouble de mes sens émus par les diverses passions qui me tyrannisent tour à tour. Seigneur, guérissez-moi de tant de maux ; que je cesse d’étre insensible au péché; que je cesse d’étre si sensible aux plaisirs et aux douleurs qui viennent du corps, oi'i je me trouve plongé par l’acquisition et la perte des biens périssables.

XVI* JOUR

Cfc trouble était vokmialie en Notre-Selgneur et uceesuln

pour Doui. Ibid.

Comment s’accorde ce trouble , cette agitation , et, pour tout dire à la fois, cette profonde tristesse de l’âme de notre .Sauveur, avec la parfaite union du Verbe, et la bienheureuse jouissance qu’elle attirait avec elle? C’est un mystère qu’il ne faut pas espérer de pénétrer en cette vie. Il nous suffit de penser que, comme l’union de l’âme avec le corps a ses règles, qui font que l’âme, selon ses divers rapports et ses différents objets, a des sentiments, reluit des impressions, forme des pensées contraires en quelque façon les unes aux autres , ce tpii donne lieu non-seulement aux philosophes, mais encore à l’apôtre même, de distinguer l’dnie d’avec l’ej/irifï, c’est-à-dire de distinguer l’âme comme en deux parties , et la partie animale d’avec la spirituelle et la raisonnable ; ce qui souffre encore plusieurs autres subdivisions, en sorte qu’il semble quelquefois qu’il y ait plusieurs hommes dans un seul homme, tant ces sentiments différents sont véritables et vifs de» deux côtés : ainsi l’union du Verbe avec l’âme, et par l’âme avec le corps, et encore celle du Verbe fait homme avec les fidèles

■ Jouit. XII, Î7. — * .Va»*, xin.as. - t llrb iv, n.

< Joan. XII, S7, as.

MÉDITA'nONS SUR L’ÉVANGILE.

qui sont ses membres, et avec tout le genre humain qu'il porte en lui-méme, ont leurs règles prescrites par le Verbe même , qui , demeurant toujours immuable , excite dans l'dnie qui lui est unie et appropriée de cette admirable manière qui la fait être véritablement l'dme d’un Uieu, des sentiments différents, selon les divers rapports qu'elle a avec lui , avec son corps naturel , avec son corps mystique, avec tous ses membres, et en un mot avec tous les hommes; en sorte qu'il a dd souffrir par rapport i nous, et, comme parlent les Pères, par économie, par dispensation, par condescendance, ce qui n'edt point convenu à son état s’il n’edt été qu’une personne ordinaire et particulière : d’où aussi il est arrivé que , sans aucune diminution de la force qui le tenait invinciblement et inviolablement uni à la volonté ds Dieu, et au Verbe qui réglait tous ses mouvements ; par le ministère qu’il exerçait de chef , de victime, de modèle du genre humain, il a dd souffrir les délaissements et les faiblesses que demandaient l’expiation de nos péchés, l’exemple qu’il nous devait, et les grdees qu’il fallait nous mériter par ce moyen. C’est pour nous que sans déroger à la vérité de cette parole ; Je ne suis pat seui, car mon Père demeure avec moi', il n’a pas laissé de s’écrier : Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'avezrvous délaissé ’i C'est pour nous que tout heureux qu'il était dans la haute partie de lïime, par la jouissance du Verbe qu'il ne pouvait pas ne pas posséder, puisqu’il faisait avec lui une seule et même personne; il a fallu qu’il pdt dire selon la partie inférieure : Je suis triste Jusqu'à la mort; et encore : L'esprit est prompt, mais la chair est infirme > ; et le reste que nous trouverons dans la suite. Car ces peines intérieures faisaient partie de ce qu’il devait souffrir pour le péché ; ces faiblesses faisaient partie du remède qu'il devait apporter aux nôtres , et de l’exemple qu'il nous devait donner pour les soutenir et pour les vaincre. Il fallait qu'il y edt en lui des infirmités, des détresses , des désolations, des délaissements auxquels nous pussions nous unir pour porter les nôtres. Cest par là qu'ü est devenu ce pontife compatissant , qui sait nous plaindre dans nos maux , à cause qu il les a expérimentés , et qu'il a passé par toute sorte d’épreuoes ; tenté, comme dit saint Paul -i, ainsi que nous, en taules choses , à la réserve du jtéché.

C’est pour toutes ces raisons , et sans doute pour beaucoup d’autres qui ne sont pas encore révélées , que l’âme de Jésus-Christ a été livrée par le Verbe aux horreurs, aux troubles, aux faiblesses, aux délaissements que nous avons vus; qu’elle s’y est livrée elle-même volontairement, en s'appliquant aux objets capables de les exciter, et se mettant dans des dispositions qui y étaient le plus convenables : ce qui fait dire à saint Jean, qu'if était troublé à la vérité ; mais aussi qu’i'/ se troublait lui-méme^, n'y ayant rien de forcé dans le trouble

' JntW. XXT, 32. — ’ V-tUh. XXVII, 40. — > finit. XXI, 38, 41. — ‘ //,6, IV. ISi V, 2, 8. — XII, 27; \l, 3J.

qu’il souffrait , et au contraire tout y étant dirigé et ordonné par le Verbe qui présidait dans cette personne adorable , et par l'âme qui t’abandoniiail à cette conduite , de toute sa volonté et de toute sa pensée.

C’est par une intime participation de ces états du Sauveur, que des âmes saintes , au milieu du trouble des sens, et parmi des angoisses inexplicables , jouissent dans un certain fond , d’un imperturbable repos , où elles sont dans la jouissance autant qu’on y peut être en cette vie. Elles n’oat donc qu’à s’unir au trouble, aux infirmités, aux délaissements de Jésus , pour, par ce moyen , trouver leur soutien dans l’union intime qui le tenait si inséparablement attaché à la divinité, et aux ordres de la sagesse ineréée.

Ainsi le saint homme Job, poussé en quelque façon de deux esprits opposés , pendant qu’il dispute avec Dieu , pour soutenir devant lui son innocence; qu’il fulmine, pour ainsi dire,conht lui , et qu’il lui fait son procès , comme à celui qui l’a condamné par un jugement inique et par une espèce d’oppression et de calomnie ■ : pénétré n même temps de sa souveraine justice, il lui demande pardon avec une humilité admirable, et reconnaît en tremblant, qu’il n’y a point de sainteté irrépréhensible à ses yeux * : et pendant que les objets affreux que Uieu lui metdansfesprit, même durantson sommeil , sans lui vouloir laisser aucun repos, semblent lui faire perdre tout courage, jusqu’à dire qu'il ni au désespoir, qu’// en est réduit au cordeau, et a se défaire lui-méme J ; dans le fond de sa conscience il jouit du repos îles justes , et pousse la confiance jusqu’à dire : Quand Urne tuerait, j'espérerai en lui ; et encore : Mon témoin est dans le cid, et celui qni me justifie dans les lieux hauts : mes amis sont des discoureurs : c'est devant cousqte mes yeux répandent leurs larmes *.

xvir JOUR.

J’ai désiré d’un ffrand désir de manger reUe pâgue.

Oirist uolre pdc|ue. Lue. xxu, i&.

Pendant que Jésus parlait à ses disciples de celui qui le devait trahir, ils continuaient le souper : et le Fils de Dieu voulant établir la nouvelle pique par l'institution de l’eucharistie , la commen(;a par ces paroles : J'ai désiré d'un grand désir <U nwni* ger cette j)àque avec vous , devant que de seuffrir^ : ce qui fut suivi , comme on verra, de l ifts* titution de l'eucharistie : et cette institution , et » grand désir qu’il nous témoigne en ce Heu. de faire avec nous cette pâque , avant que de souffrir, fait partie de l’amour immense dont Jésus, qui arait toujours aimé tes siens, les aima, conuM dit saint Jean .jusqu'à tajin

Pour donc entrer dans son dessein , et dans drt dis|K)silions convenables aux siennes, souvenonsnous que la pûque, la sainte victime d’où devait

• Job. X. S; xni.3; XVI, IS; xvil, 3; xix, fl; J;*' 5, O. — » tbid. n, l'i tl «XI. — * lléid. TU , 14, 15, —

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