XIII . 15; XTi. 20. 2|. — * Luc. XXII . 15 lUi
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
cortir le sang de la délivrance, devait , comme beaucoup d'autres victimes de l'ancienne alliance , non-seulement être immolée , mais encore mangée , et que Jésus-Christ voulut se donner ce caractère de victime, en nous donnant à manger à perpétuité ce même corps , qui devait être une seule fois offert pour nous à la mort ; c'est pourquoi il disait : Xaidéslré avec ardeur de manger avec vous cette pàque avant que de mourir ■ . Ce n'était pas 1a pêque légale, qui allait flnir, que Jésus-Christ désirait avec tant d'ardeur de manger avec sesdisciples ; il l'avait souvent célébrée et mangée avec eux : et une autre pêque faisait ici l'objet de son désir; et c'est pourquoi quand il dit : J'ai désiré avec ardeur démanger avec vous cette pàque , la pique de la nouvelle alliance; c'est de même que s'il disait : J'ai désiré d’être moi-même votre pique , d’être l’agneau immolé pour vous, la victime de votre délivrance; et par la même raison que j'ai désiré d'être une victime véritablement immolée, j'ai désiré aussi d'être une victime véritablement mangée : ce qu’il accomplit par ces paroles ; Prenez , mangez : ceci est mon corps donné pour vous ■ : c’est la pique d'où doit sortir le sang de votre délivrance. Vous sortirez de l'Égypte, et vous serez libres aussitôt après que ce sang aura été versé pour vous : il ne vous restera plus qu’à manger à l'exemple de l'ancien peuple, la victime d'où il est sorti. C’est ce que vous accomplirez dans l’eucharistie que je vous laisse en mourant, pour être éternellement célébrée après ma mort. Manger les chairs de l'agneau pascal , était aux Israélites un gage sacré qu'il avait été immolé pour eux. La manducation de la victime était une manière d'y participer ; et c’était en cette sorte qu'on participait aux sacrifices pacifiques, ou d'action de grâces, comme il est marqué dans la loi^. Saint Paul dit aussi que tes Israélites qui mangeaient la victime , par là étaient rentlus participants de ta'ulel et du sacrifice , et s’unissaient même à Dieu à qui il était ofjert ; de même que ceux qui mangeaient les victimes offertes aux démons, entraient en société avec eux*. Si donc Jésus est notre victime, s’il est notre pàque, il doit «avoir ces deux caractères : l’un d’être immolé pour nous à la croix, l'autre d'être mangé à la sainte table comme la victime de notre salut. Et c'est ce qu’il désirait, avec tant d’ardeur, d'accomplir avec sesdisciples. L’un et l'autre caractère devait être également réalisé en sa personne : comme il devait être immolé en son propre corps et en sa propre substance, il fallait qu'il fût mangé de même: Prenez, mangez: ceci est mon corps livré pour vous: aussi véritablement mangé qu'il est véritablement livré; aussi présent à la table où on le mange qu'à la croix où on le livre à la mort, où il s’offre épuisé de sang pour l'amour de vous.
Entrons donc, comme dit saint Paul*, dans tes mêmes dispositions où a été le Seigneur Jésus. M il a désiré avec tant d’ardeur de célébrer celte
* /,««-. XXII, is. — » .U11//A, XXVI, en. — * Inc. x\ii, la. - ' Ln it III , 7. — * I ê"T. X , is, la, 20, ai.
pàque avec nous, ayons le même désir de faire la pàque avec lui. Cette pàque est la communion ; Jésus a faim pour nous de cette viande céleste : il désire d’être mangé, et par ce moyen d'être en tout point notre victime. Ayons la même ardeur de participer à son sacrifice , en mangeant ce divin corps immolé pour nous. S'il est notre victime, soyons la sienne. Offrons nos corps, comme dit saint Paul , ainsi qu'une hostie vivante , sainte et agréable'. Morti^ns nos maisvais désirs ; éteignons en nous toute impureté, toute avarice, tout orgueil ‘ ; humilions-nous avec celui qui , se sentant égal à Dieu , n'a pas laissé de s'anéantir lui-même, en se rendant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix *. Prenons des sentiments de mort : si nous sommes à Jésus-Christ, si nous le mangeons, crucifions notre chair avec ses vices et ses convoitises*. C’est là notre pàque : notre pàque, c'est d’être unis avec lui pour passer de cette vie à une meilleure, des sens à l'esprit, du monde à Dieu. C'est à ce prix que nous pourrons nous rendre dignes de manger avec Jésus- Christ la pàque qu'il a tant désirée, et de nous nourrir de la chair de son sacrifice.
XVlll' JOUR.
Jésas-ChrUt mange la pAque avi>c noui : nous derons la manger avec lui.
Usez les mêmes paroles de saint Luc, xxii ,
I (6 , t6, et .appuyez sur ces mots : avec vous , de- \ vaut que de souffrir.
Jésus, qui nous a institué un baptême, a voulu , le recevoir iui-méme; Jésus, qui nous a institué I Teucliarislie pour être notre pAque, a voulu avant toutes choses la recevoir avec nous. Il est notre chef, comprenons-Ie bien; car c’est là le grand mystère de notre salut. Il est notre chef : et ce qui est fait pour nous, il le prend lui-même. Il commence en sa personne l'usage du baptême : il commence aussi en sa personne Pusai^e de l'eucharistie. Quand il est baptisé, nous sommes baptisés en lui : nous recevons aussi en lui l’eucharistie qu'il reçoit. Il ne faut donc point douter qu’en l’instituant ü ne la reçoive; il ne faut, dis-je, point douter qu’il n'ait mangé ce qu’il a présenté à ses disciples. Quoi donc, aura-t-il mangé sa propre chair? cela fait horreur. Homme charnel! que craignez-vous, et jamais ne cesserez-vous d’écouter vos sens ? Ignorez-vous le pouvoir de celui qui vous parle? S’il se donne lui-même à manger aux siens , d’une manière qui , loin de leur faire horreur, leur inspire de la confiance, du respect et de l’amour; qui doute qu’il n’ait pu se inxinger lui-même en cette sorte? Sans quoi il c’aurait pas dit : J'al désiré avec ardeur de manger avec vous cette pàque^. Or cette pAque, cet agneau pascal, nous avons vu que c’était son propre corps. Il le mange donc d’une manière aussi réelle, et tout ensemble aussi élevée au-dessus des sens, qu’il nous le donne : et c’est là sa pAquo et la nôtre; c'est son
I • Philip. Il, 6. — * Rom. \||, |. — * m, R. —
I ' Philip. Il, 8, S. — > Gui. V, 21.
MÉDITATIONS SDR L’ÉVANGILE.
passage et le nâtre. Jé m'en vais, dit-il Je monte vers mon Wr« et vers le votre , vers mon Dieu et vers le vôtre', le moeU vers lui, parce qu'il est mon Père et mon Dieu ; vous y inonlerez aussi avec moi, parce qu’il est, quoique d’une autre manière, votre Père et votre Dieu. Nous avons donc, vous et moi , à accomplir ce passage, où nous passons du monde à Dieu.
Hais quand Jésus retourne à Dieu, il retourne au sein de sou Père, au lieu de son origine, à son lieu natal, pour ainsi parler, où il est toujours, et qu’il ne peut jamais quitter : il retourne à son propre bien, ù sa propre gloire : il retourne en quelque faqon à lui-mèine : il vit de lui-mème. La vie était en lui, comme elle était dans le Père : il est lui-méme la vie : Il est la nôtre, il est la sienne : il est la nôtre, et nous avons besoin de le manger; il est la sienne, et il n’a besoin, pour ainsi parler, que de se manger lui-méme. C'est le mystère qu’il accomplit par cette pôque, qu’il désirait tant de manger avec ses disciples. Nous le mangeons, nous vivons de lui ; il se mange, il vit de lui-méme, et il retourne à son Père , pour jouir dans son sein de cette vie; et c’est pourquoi il ajoute : Je vous dis en vérité que je ne mangerai point de cette pâque si désirée, jusqu’à ce que le mystère en soit accompli dans le royaume de Dieu •. Dans ce bienheureux royaume ma pôque sera accomplie , parce que j'aurai passé du monde à mon Père. Mais ma pôque , c’est aussi la vôtre ; et parce que je suis votre chef, et que vous êtes mes membres , il faut que vous fassiez le même passage. Mangez donc la victime du passage : mangez mon corps, et passez à Dieu avec moi ; commencez à y passer en esprit : vous y passerez un jour en personne et selon le corps, lorsque vous ressusciterez par la vertu de mon corps , qui aura sanctiOé le vôtre. Alors la pôque sera accomplie en vous comme elle le va être en moi; vous passerez ô ma gloire : votre corps y passera comme votre ôme, et il sera revêtu d'immortalité; et tous ensemble , le chef et les membres, nous jouirons de la gloire et de la félicité de notre passage, et il n’y aura plus rien à désirer pour le parfait accomplissement de notre pôque. Célébrons-en donc, en attendant, le sacré symbole dans l'eucharistie , et mangeons avec Jésus- Christ la pôque si désirée.
Mon Sauveur, par combien de prodiges y signalez-vous votre amour envers nous ! c’est vous qui nous donnez ce sacré banquet. Vous êtes la viande qu’on y mange : vous êtes celui qui la mangez, puisque ceux qui la mangent sont vos membres, c'est-à-dire sont d’autres vous-même. Remplissonsnous donc de Jésus-Christ : on lui est uni dans ce banquet corps à corps, ôme à ôine, esprit a esprit. Qui est digne de cette union (') [sinon celui qui peut dire avec l’apôtre : Je vis, non plus moi; mais JésusChrist vit en moi^J? qui est déjà en
s ■ Luc. XXII , IS. — ■ Jeun. XI , 17. — ‘ Luc. xvil, IS.
(*) Lm moU placés cnire deox | j M not pas dans l'original.
quelque faqon un Jésus-Clirist , pour le devfli;i encore davantage en s'y unissant? Qu’il n'y ait donc plus rien d'humain en nous. Revétons-nms, comme dit saint Paul ', de léotre-Seigneur Jésus Christ, de sa bonté , de sa douceur, de son humilité, de sa patience, de son zèle, de son immeiue charité; ne respirons que le ciel, où Jésus-Chrïil est assis à la droite de son Père ; qu’il n'y ait phu que notre corps qui soit sur ta terre; mais que nous vivions dans le ciel‘, comme en étau citoyens. Soyons affamés de Jésus-Christ, de son royaiime, de sa justice, car il est aussi affamé de nous : Udé sire d'un grand désir de manger avec nous cetli péque; de nous unir à lui, et d’agir sans cesse sur nous et en nous par son esprit , pour nous reiiÔR de plus en plus conformes à lui , jusqu’à ce qo'n noos mettant entièrement avec lui, nous lui soyons tout-à-fait semblables, en te voyant jere s face, et te! qu'il est^. Et c’est là cette pJquf. qu'il accompHro dans le royaume de Dieu, daa> le teste que nous méditons. Amen! amen!
XIX* JOUR
L'cucbariilie ménorial de U mort du Siravrar.
Avant que de souffrir. Ce sont les derniém paroles du verset 15 du chapitre xxii de saint Luc. Cherchons avec humilité pourquoi il falh:t que Jésus-Christ instituât et qu’il mangeôt crut pôque avec ses disciples avant que de souffrir, plutôt qu'après et lorsqu’il fut ressuscité.
Il avait dessein dans ce mystère de nous reodrt sa mort présente; de nous transporter en espnl au Calvaire, où son sang fut répandu, et coula à gros bouillons de toutes ses veines. Ceci, dit-il est mon corps , donné pour vous , rompu pna TOUS , et percé de tant de plaies : ferf est uim sang répandu pour vous*. Voilà ce corps, 'oih ce sang, qui nous sont mis devant les yeui. comme séparés l’un de l’autre. Afin que tout adrôt à son dessein, il fallait que ce mystère fill institué à la veille de cette mort sanglante, Is nuit même ois if devait être livré , comme remarque saint Pau|é, lorsque Judas machinait fOu noir dessein, et qu’il était prêt à partir pour l’exécuter. Que dis-je, prêt à partir ; // port i‘ les table ^ où lui et les autres disciples mangeaient pour la dernière fois avec leur maître, où il mnit de leur donner son corps et son sang, et à Judas comme aux autres : il part à ce moment pour l’aller livrer : dans deux heures il le mettra entre les mains de ses ennemis ! Jésus est lui-même déjà tout troublé de sa mort prochaine, du trouble mystérieux que nous avons vu : c’est en cet état, c’est parmi ce trouble , et la mort , pour ainsi parler, déjà présente, qu’il institue la nouvelle pài|»e-
Toutes les fois donc que nous assistons, que nous communions à son mystère; toutes les fois que nous entendons ces paroles : fcci est mo" corps, ceci est mon sang; nous devons nous sou-
• Gu/. Il , M. —• itom xm. II. — s Ht» rn--
* I. jouH. III, 2. — S Vfir/A. XXVI , 26, 28. Luc. XIII. te-® — a I. Cor. XI, 2a. —I Joau. xill, 30.
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MÉDITATIONS SUR LÉVANGILE.
venir dans quelles rônjooctures , à qnelle nuit, au milieu 'Je quels discours , elles furent proférées. Ce fut en disant devant, ce fut en répétant après ; lin de vous me trahira : la main de celui qui me trahira , est avec moi a Us table L'institution de la cène est faite dans cette conjoncture ; pendant que les apdtres , avertis de la perfidie d'un de leurs compagnons , se regardaient les uns les autres, et demandaient avec étonnement et avec frayeur : Serais moi? que Judas le demandait luimême, et que le Sauveur lui dit : Oui, c'est vous, vous l'avez dit‘; ajoutant encore , pour lui faire sentir qu'il lisait au fond de son coeur ses noires machinations : Va, achève, malheureux : /ois promptement ce que tu as à faire C'est au milieu de ces actions et de ces paroles; et pendant qu'il désignait des yeux et de la main , celui qui allait faire le coup ; c'est, dis-je, parmi toutes ces choses , qu’il institua l'eucharistie.
Ne la mangeons donc jamais , n'assistons jamais à la célébration de ce mystère , que nous ne nous transportions en esprit à la triste nuit où il fut établi, et que nous ne nous laissions pénétrer des préparatifs affreux du sacrifice sanglant de notre Sauveur; car c’est pour cette raison que saint Paul , en racontant cette institution , nous remet devant les yeux cette nuit affreuse : /ai , dit-il, appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; que le Seigneur Jésus, la nuit où il devait être livré, prit du pain; et te reste t. C'est dans cette nuit; songez-y bien , et remarquez cette circonstance.
Il pourrait sembler que l'eueharistie étant un mémorial de cette mort, en devait être précédée. Mais non : c'est aux hommes , dont les connaissances sont incertaines , et la prévoyance tremblante, à laisser arriver les choses, avant que d'ordonner qu’on s’en souvienne. Mais Jésus, bien assuré de ce qui allait arriver, et du genre de mort qu’il devait souffrir, sépare par avance son coqts et son sang : Ceci est mon corps , ceci est mon sang, dit-il ‘ : mon corps livré; mon sang répandu : souvenez-vous-en : souvenez-vous de mon amour, de ma mort , de mon sacrifice , et de la manière admirable dont s’accomplira votre délivrance.
Ainsi quand Dieu institua la pâque , à la veille de la délivrance du peuple de Dieu ; lorsque tout le monde était en attente de ce qu'il ferait la nuit suivante, pour accomplir cet ouvrage, il leur dit : Immolez un agneau , prenez-en le sang, laoez-en vos portes : je viendrai, je verrai ce sang, et je passerai; l'ange exterminateur ne cous frappera pas; et j'épargnerai à cette tnarque les maisons des Israélites , pendant que je remplirai celles des Égyptiens de carnage et de deuil , en faisant mourir tous leurs premiers-nés : et ce sera la le coup de votre délivrance. C’est ce que Dieu dit dans rExode<>. Mais que dit-il dans le même lieu?/ ’oiu renouvellerez tous les ans la même cérémonie; vous 'immolerez un agneau, vous le mangerez avec
' Maltlk. xwi, SI. Luc. XXII, 21. — ’ Miillh. XXVI, 22, 2S. — r JiMlu, XIII ,27. — * 1. Cirr. XI ,21. — * Uatth. XXVI , 2S, 28. Luc. XXII, 19, 20. — * üxoi. III, a, S, 7 , 12, 13, 23.
les mêmes observances ; et quanti vos enfants vous demanderont : Quelle est eette religieuse cérémonie? vous leur répondrez : C'est la victime que mms célébrons en mémoire du passage du Seigneur, lorsque, frappant toute l'Égypte , ilépàrgna, ilpassa les maisons des Israélites, et nous délivra par ce moyen de la servitude où nous étions’.
Dieu donc , qui savait ce qu’il voulait faire , en institua aussi le mémorial, avant que la chose filt arrivée; afin qu’en faisant la pdque, non-seulement ils se souvinssent de leur délivrance, mais qu’ils se souvinssent encore que ce sacré mémorial avait été établi à la veille d’un si grand ouvrage, et pendant que tout le peuple était en attente d’un si grand événement.
La nouvelle pfique est instituée dans le même esprit ; et toutes les fois qu’on la célèbre parmi nous , et on la célèbre non pas tous les ans , comme la pdque ancienne, mais tons les jours ; toutes les fois, dis-je, qu’on la célèbre, et que nos enfants, qui nous la verront célébrer avec tant de religion et de respect, nous demanderont : Quelle estcettecérémonie? nous leur dirons : C’est le mystère que Jésus- Christ institua avant sa mort, mais cette mort déjà présente, pendant qu’on tramait le noir complot qui le devait mettre en croix le lendemain; pour nous laisser un mémorial de cette mort, et la perpétuer en quelque sorte parmi nous. Venez, venez, mes enfants; préparez-vous à communier avec nous, et souvenez-vous de votre Sauveur immolé pour l’amour de vous.
Il fallait donc pour accomplir l’ancienne figure de la pàque, il fallait que la nouvelle pâque qui devait être le mémorial étemel de la mort de Jésus- Christ. fdt instituée avant cette mort. J'ai désiré, dit Jésus, delà manger arec vous avant que de souffrir *. Et qu’était-ce , en effet , que la pâque ancienne, si ce n’etait la figure de la véritable délivrance du peuple de Dieu? Immolez un agneau, prenez-en le sang , larez-en vos portes , je vous délivrerai à cette marque t.Dieu avait-il besoin du sacrifice d’un agneau, pour acconiplirses ouvrages? avait-il besoin d’un signal, et de cette marque de sang, pour connaître les maisons qu’il voulait épargner? Tout cela manifestement se faisait en notre figure, pour irous apprendre que nous ne serions délivrés que par le sacrifice de Jésus-Christ , l’agneau sans tache immolé pour le péché du monde , et en vue du sang de son sacrifice. Et Jésus-Christ établit le mémorial d’un si grand bienfait comme Dieu avait établi celui de la délivrance du peuple ancien , avant que la chose fdt arrivée; afin que nous connussions que notre Dieu n’est pas comme les hommes, qu’il sait prévoir toutes choses, et les faire comme il convient à un Dieu.
Accoutumons-nous donc, en assistant an saint sacrifice, et encore plus en communiant, à nous remplir la mémoire de la mort de notre Sauveur , et de la nuit où il fut livré. Regardons l’institution de l’eucharistie comme un nouvel engagenient
' F.xnd. XII, 25, 2e, 27. — ’Luc. XXU, 15.— t Lxod. XII, a, «, 5.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
qu'il prenait encore avec nous et avec son Père , pour se dévouer à la mort. Et quelle merveille, qu’il l'ait prévue à la veillequ'elle arriva ; puisque nonvculemeiit il l’avait prévue longtemps auparavant , comme Ota le voit en tant delieuideson Évangile; mais encore , comme on le voit dans la loi et dans les prophètes , dès l'origine du monde , par tant de prédictions, par tant de ligures admirables?
XX" JOUR
Parolev üo Jéaui , pour toucher tudu de componcUoo. youn. XJli , lu, 27.
Rappelons à notre mémoire toutes les paroles de Jésus-Christ sur le sujet de Judas, dans cette nuit , dès le lavement des pieds, y oui étei purs, disait-il , mais non pas tous. Car il sarait qui était celui qui itevait le trahir ; et un peu après : Je ne fmrle pas de vous tous; je connais ceux que fat choisis ; tnais il faut que F Écriture soit accomplie, où il est dit : Celui qui mange à ma table lèvera te pied contre moi ; et Je vous le dis avant que la chose arrive, afin que vous connaissiez qui je suis, lorsqu'elle sera arrivée '.
Ce n'était pas seulement pour l’instruction de ! ses fidèles disciples que J ésus-Christ parlait ainsi; c'était pour la conversion de ce perHde. Car qu'y a-t-il de plus puissant pour convertir un pécheur, que de lui dire : Tu es vu ; comme Nathan disait à David ; C'est vous qui êtes cet homme ■ ; vous êtes cet adultère , cet homicide : vous l'avez fait en secret, et moi je le découvrirai à toute la terre? Et David, averti de cette sorte, confessa son péché, et commença sa pénitence. C'est ainsi que le Sauveur lui-mémedità Judas’: C'est toi, c'est toi, malheureux ! tu cachesen vain tes noirsdesseins ; tu vas en vain chercher les Juifs dans le secret et parmi les ténèbres de la nuit ; tu es vu; on lit dans ton cœur : perfide, tu veux trahir ton .Sauveur. Pourquoi nous cachons-nous, malheureux, si nous ne pouvons éviter les yeux de Jésus-Christ? N'est-ce pas assez que Dieu nous voie? Le comptons-nous pour rien, et ses yeux nous sont-ils indifférents?
Il poursuit; et de peur de n'étre pas assez entendu : Un de vous, dit-il, me trahira... Ils se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il voulait parler ; et comme ils lui demandaient chacun en particulier : E.st-ce moi. Seigneur 1 U | leur répondit : Celui qui met ta main au plat avec mol me trahira s. Mais comme plusieurs pouvaient l'y mettre ensemble, et que ce signal n'était pas précis, Pierre fil signe à Jean, le disciple bien- aimé de Jésus , qui reposait dans le repas sur sa poitrine, qu'il lui demandât qui c 'était : Et c'est celui, ditJésus, àquije donnerai un morceau trempé ; et Vagant trempé, il le donna à Judas fits de Simon [ Iscariote^. I.e voilà bien connu et bien désigné par j ton nom, par sa famille, par son caractère. Il s'appelait Judas, son père était Simon, le titre ' de sa famille était Iscariote, {'homme de meurtres,
' Joan. un. 10. II. IS. 10. — ’ II. Rrfj. xn, 7. 13. — | I SInUH. XXVI. 2'.. — ' Jonii. XIII . 21 . -J3. .VallS XXVI. 23. xa. — • Juan, xiii . aa. ot. 26.
parce qu’il devait tuer le Sauveur , et parce qu'il îlevait enfin se tuer lui-méme. Où fuiras-tu , malheureux? tu es vu : ta destinée est marquée. Et nous, sommes-nous moins vus, quand nous trahissuos notre maître , quand nous allons souvent de l'église, souvent de la table même du Sauveur , où? à quel complot? à quelle entreprise? Dieu le sait! quand nous nous cachons pour vendre notre maître ; à qud prix ? qui n’en rougirait , et oserons-nous le penser?
Ils furent extrémetnent affligés à ces parula du Sauveur, de savoir qu’un de leur compagnie devait trahir leur maître. Quel scandale pour les Juifs : C’est un méchant , ses propres disciples le livrent, et ne le peuvent plus souffrir! Quelle douleur à ceux qui avaient de l'amour pour leur maître, de lui voir faire un tel affront! Quand quelqu'un offense le Sauveur, ce devrait être une affliction pour tous ses disciples; c’est-à-dire, pour tous les chrétiens. Tous furent affligés, et lui denuntdatent : S'est-ce pas mot‘ , qui suis ce traître et ce malheureux ? Et Judas, qui devait se confondre et se convertir en voyant l’horreur et l’affliction que ce discours causait à tous ses frères , loin d'en être touché , prend avec les autres un air de confiance et dit comme eux : Seigneur, est-ce moi? et lésas lui répondit : Cous l'avez dit, c'est vous-méme’! Cependant il n’est point ému; et content défaire bonne mine, il persiste dans son dessein. Vous en êtes étonné! Mais quoi? quand vous machiner quelque crime , et que vous faites cependant bonne contenance, Jésus ne vous voit-il pas? Ignorez-vous qu’il ne vous dise : C'est vous-méme? N’est-ce pas pour vous qu’il dit : Ix Fils de l'homme s'en va. ainsi qu'il a été écrit de lui? Il n'y a pour lui rien de surprenant, ni de nouveau dans cette entreprise : mais malheur à celui par qui le Fils de l'hon»t seralivré! Ilvaudrait mieux pour cet homme qsü neût jamais été^. Il ne dit pas :ll vaudrait raieut absolument : car par rapport au conseil de Dieu . et au bien qui revient au monde de la trahison de Judas , il faut bien qu'il vaille mieux qu'il ait été : mais la puissance de Dieu n'empêche ni n'eicnsc la malice de l'homme. Le bien qu’il tire de notre crime ne nous justifie pas. Malheur, malheur à cet homme, par qui Jésus est offensé ! Il vaudrait roiem pour cet homme qu'il n'edt jamais été , puisqu'il est né pour son supplice , et que son être ne lui sert de rien que pour rendre sa misère éternelle.
Disons donc , non plus sur Judas , mais sur loni les pécheurs endurcis, et sur nous-mêmes : Malheur, malheur à cet homme! Maudit soit lejov de ma naissance, disait Job, disait Jéirmie. en la personne des méchants et des réprouvés: lb> mère , pourquoi m'arez-vous conçu? Malhnreu celui qui est renu annoncer à mon père : I n fi‘ vous est né! Pourquoi le sein de ma mère «a-H? pas été mon tombeau ? Huit affreuse , nuit malheureuse , où j'ai été conçu ! (fue ce soit une nuit elhor rcur, de tourbillon et de temi>éte ! que les étoiles U g luisent jamais! que l’aurore n'en i/isii/"’./®
' Stilllh x\ti.22 — ■ iWrf. 25. — ' ;6irf. SI
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
mais robscurilé , puisqu'elle ne m'a pas étouffé en \ tenant au monde, et n’a pas fait de moi un arorton l Mais s’il fallait que je naquisse, pourquoi m'at-on nourri f Çue ne suis-je mort dans mon enfance! Et pourquoi fallait-il prolonger mes jours pour augmenter mes malheurs avec mes crimes ' ? Il n'y aurait de remède à mes maux que le néant , et je ne l'obtiendrai jamais. Je subsisterai malheureux pour honorer la puissance de Dieu par mon supplice, pour être en butte à scs traits , pour être un spectacle de sa rengeastee'. Éternellement, éternellement : ahi malheureux que je suis! malheureux, encore un coup! IJisoiis sans cesse, malheureux ! disons-le pendant qu'il est temps : viendra le temps qu'on le dira inutilement , et qu'il ne servira de rien de connaître son malheur.
Malheur à celui par qui le Fils de l’homme sera trahi; malheur à lui! Jésus le plaint; s'il le plaint, s'il en a pitié, il veut qu'il se convertisse ; ce n'est pas en vain qu'il dit ; Il vaudrait mieux pour cet homme que jamais il ne fût né'^. Il est encore temps de se convertir; mais après le crime consomme , la miséricorde épuisée, tant de salutaires avertissements rendus inutiles, il n'y a plus pour lui de miséricorde. Jésus lui parle pour la dernière fois avant son crime : Fais vite ce que tu as à faire*; de même qu'il dira bientôt : Dormez maintenant, et reposez-vous , le Fils de l'homme va être livré*. C'était dire : Il serait honteux de dormir en cette occasion , veille^ donc. Le Fais vite dit de ce ton , veut donc dire ; A'e te fais pas , tu es connu , tu es découvert; reconnais-toi aussi toi-méme, ne passe pas outre : ou bien, Fais rite pour moi , car je suis pressé de souffrir, et de sauver les hommes ; mais pour toi , que veux-tu faire ? ami Judas , quel est ton dessein? Pourquoi viens-tu? tu trahis le Fils de l’homme avec un baiser^. Ah! tu es encore mon ami , si tu le veux ; et ce baiser, qui est de ta part un baiser de traître, pourrait encore être de la mienne un bai.ser d'ami et de Sauveur, si tu avais recours à ma clémence?.
Reviens, reviens, prévaricatrice d’Israël; et pourquoi voulez-vous périr, maison de Jacob? Pour moi, je ne veux point la mort du pécheur; mais qu'il se convertisse , et qu'il vive.
XXI' JOUR
Pacte et Irahivon de Judas. Joan. xiii, 37, ao.
Et après qu’il lui eut donné le morceau trempé, .Satan entra en lui ; et Judas f ayant reçu , il partit incontinent*. C'était lé le dernier avertissement qu'il devait recevoir de Jésus-Christ avant qu'il allât consommer son crime. Ce signal donné à saint Jean de servir Judas à table , de lui présenter un morceau qu'il avait trempé pour lui , n'en était pas moins à ce traître, selon la coutume, une marque d'honneur et de familiarité. Ce fut apparemment
'Job. m.1 ,3, 3. et sfi\.JeTtm. XV, 10; XX , 11, ISet acq. - * Exud. IX, 16. Rom. ix, 17. — > .Val/A. xxvi, 21. ¥arc. xiv.tl. — * Joan. VH, 27. ‘ .Valth. nvi, • IbUI. &o. Imc.
HKii, 4.H. — ' Jt'Ttm. ni , 12 tzfch. sxxiif, II. — ' Joan. xiii , M. 27.
dans le même temps qu’il lui dit ; C’est toi' , je te connais ; cc qui était la manière de l’avertir la pins pressante. Judas y fut insensible ; et en même temps Satan s’empara de lui‘. Dès auparavant il lui avait mis dans le cœur de trahir son maître*. Mais maintenant, après ce morceau, il entre en lui, il se met en possession de ce malheureux , et il lui est entièrement livré. Et voilà un moment après qu’il sort de la comp.agnie de Jésus, pour ne plus y revenir que pour le livrer.
Il reçut bien un autre morceau , si on peut l’appeler ainsi , mais qui n’est point marqué en particulier, parce qu’il fut donné à tous; ce fut le corps du Sauveur. Ôir saint T.uc marque expressément, qu'il dit encore après la cène ; la main de cetui qui me trahira est avec moi dans cette table J. Il a mis sa main jusque sur la viande céleste , jusque surla coupe qui est remplie de mon sang : morceau funeste, breuvage terrible pour Judas! Je ne puis douter que sa communion impie et sacrilège ne hâtât sa perte, et ne lui fût une occasion de scandale contre son maître. Car encore que l’fà-riture ne marque point en ce lieu que Judas ait été scandalisé du mystère de l'eucharistie, il suffit qu’elle nous le marque en un autre endroit. Judas fut du nombre de ceux qui munuurèrent à Capharnaüm à la première proposition de ce mystère. Ce fut lui qui donna occasion au Sauveur de demander â ses apôtres : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller avec les autres qui me quittent ? Car comme saint Pierre lui «ut répondu au nom de tous, ainsi qu'il avait accoutumé : Seigneur, à qui irionsnous? Cous avez des paroles de vie étemelle; et nous avons cru et connu que vous êtes le Christ , le Fils de Dieu; Jésus lui lit bien connaître qu'il ne recevait pas sa déclaration pour tous, puisqu'il repartit : iVe vous ai-je pas choisi vous douze? et il y en a un de vous qui est un diable. Et, dit saint Jean , il entendait Judas , fils de Simon Iscariote , qui le devait livrer encore qu'il fdt un des douze.
Cette parole nous fait voir que Judas fut un de ces impies murmurateiirs , à qui la promesse de Jésus, de donner son corps à manger, et son sang à boire, fut un scandale. S'il fut scandalisé de la promesse, on doit croire qu'il ne le fut pas moins de l'eRet. Judas fut précipité de crime en crime. Aveuglé premièrement par son avarice .qui lui faisait dérober l’argent dont son maître [avait fait le gardien*, il s'accoutumait à murmurer contre lui. Il commença ses murmures à l'occasion de la promesse de l'eucharistie; il les continua lorsque Marie répandit tant de précieux parfums sur la tête et sur les pieds du Sauveur, et il crut qu’elle lui ôt.vil tout l’argent qu’elle employait pour cela?. Il partit incontinent après, pour aller faire son marché avec les Juifs'.Un esprit corrompu tourne tout en poison. Le sacré banquet de l’eucharistie acheva de
* yatth. JllTI, 25. — * Joan Xiri , 27. — * Ibià. 2. — * Lhc. xkii, 21. — ^ Joan. T|.<M),6M. flv , 70. 71, Tl. Ibid. XII , 4. — ' Ibid. 5. 0. — * Mattk. XXVI, 13, li. Marc. XIT, ‘ <0.
MliDITATIONS SUR L ÉVANGILE.
p«rdrc le traître disciple; et ce fut en sortant de cette table sacrée qu’il alla premièrement à la trahison , et de là au désespoir et au cordeau.
Jésus , qui fait tout pour notre salut , permit que Judas reçût le don sacré arec les autres; afin que nous vissions les effets funestes d'une communion indigne. Voyez le bien-aimé disciple à la table du Sauveur, et y reposant sur sa poitrine ; voilà l'image de ceux qui communient dignement. Ils se reposent sur la poitrine de Jésus ; à l’exemple de saint Jean , ils apprennent à cette source les secrets célestes : comme lui ils sont honorés de la familiarité et des caresses de leur maître : et fidèles imitateurs de sa chasteté, de sa bonté, de sa douceur, qui sont les vrais caractères de saint Jean , ils sont dignes d'étre , cnmnK lui , ses disciples bien-aimés. Voyez de l’autre côté un Judas à la communion ; la disposition où il est, celle où il entre ; ô Dieu, quelle opposition! quel effroyable contraste! qui ne tremblerait à cette vue I
XXII* JOUR
iDStltuUon de reucharlstie.
Lisez les paroles de l’institution de la cène , en saint Matthieu , xxvi , 26 , 27 , 28 ; en ajoutant les paroles des autres auteurs sacrés , qui sont du même sujet. Peiulant qu'ils soupaient; comme ils mangeaient encore ( suivant le grec ), Jésus prit du pain, lebénit, et, après avoir rendu grâces' , le rompit, et le donna à ses disciples , en leur disant ■■ Prenez , mangez ; ceci est mon corps , donné pour vous .faites ceci en mémoire de moi'. Et prenant la coupe, après le souper, U rendit grâces , et la donna à ses disciples, en leur disant : Jluvez-en tous; c'est mon sang; le sang de la nouvelle alUance, qui est répandu pour plusieurs en rémission de leurs péchés : toutes les fois que vous le boirez , faites-le en mémoire de moi^. Voilà tout ce qui regarde l’institution. Seulement au lieu que saint Luc fait dire au Sauveur : Ceci est mon corps donné pour vous; saint Paul lui fait dire : Ceci est mon corps rompu pour vous i : toujours dans le même sens; il est livré à la mort, il est froissé de coups, percé de plaies , violemment suspendu à une croix ; en ce sens rompu et brisé : voilà le corps que Jésus nous donne; le même corps qui allait bientôt souffrir ces choses, qui les a maintenant souffertes. Kneore un mot sur le texte. Au lieu que la Vulgate traduit : le sang qui sera répandu pour vous; l’original porte : qui est répandti , qui se répand; en temps présent, dans saint Matthieu et dans saint Marc : et sur le corps , le ntérae original porte dans saint Paul : le corps qui est rompu; qui se rompt, pareillement en temps présent. Et, en effet , dans saint Luc, la version porte , aussi bieç que l’original : qui est donné, qui se donne : quod DATUR, et non pas un futur, sera donné^; dans le même sens que Jésus disait : Pûque sera dans deux jours, et le Fils de l’homme sera livré^ ; est
il.Cor. XI, St.— 'ivc. XXII, 10. — 'iàiif. SO. I. Cor. XI, as. * Ibid. 31 , dans le grec. — ^ Luc. XXII , 19. — • Statlh. XXVI , 3.
livré, selon le grec : il le va être; fourrage esl en train, on tient déjà le conseil pour trouver le moyen de le prendre et de le faire mourir' : f,t le Fils de l'homme s'en ta , comme il a été écrit at lui : mais malheur à celui par qui le Fils ie l'homme sera livré! est livré, selon le grec'. Il parle toujours en temps présent, à cause que a perte était résolue, tramée pour le lendemain, et qu’on allait dans deux lieures commencer à procéder à l'exécution ; et afin aussi qu’en quelque temps que nous recevrions son corps et son sang, nou regardassions sa mort comme présente.
Chrétien , te voilà instruit : tu as vu toutes les paroles qui regardent l’établissementde ce mystère: quelle simplicité ! quelle netteté dans ces paroles! il ne laisse rien à deviner, à gloser : et s'il y faol quelque glose, c’est seulement en remarquant que, selon la force de l’original , il faudrait traduite : Ceci est mon corps, mon propre corps ; te méat corps qui est donné pour vous : Ceci est mon sang, mon propre sang ; le sang de ta nouvelle allimeei le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés. Car c’est aussi pour cette raisonquele syries, aussi ancien que le grec, et fait du temps des apôtres , lit : Ceci esl mon propre corps ; et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu’on sou donne , ce qu'on fait de ce pain et de ce vin, c'est le propre corps de Jésus, son propre sang. Voili la glose s’il eu faut. Quelle simplicité, encore un coup! quelle netteté! quelle force dans ces paroles! S’il avait voulu donner un signe, uiie resseniblauce toute pure , il aurait bien su le dire : il savait bien que Dieu avait dit, en instituant la circoncision : Fous circoncirez votre chair : ce sera le signe de l’alliance entre vous et moi Quand il a propose des similitudes, il a bien su tourner son langage d'une manière à le faire entendre ; en sorte que personne n’en doutôtjamais iJe suis la porte: celui qui entre par moi, sera sauvé *. Je su s lacigne , et vous les branches ; et comme la branche ne porte de fruit qu'attachée au cep ; ainsi pou n'en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi'. Quand ilfait des comparaisons, des similitudes, les évangélistes ont bien su dire : Jésus dit cette panbote ; il fil celte comparaison. Ici , sans rien pi^ parer , sans rien tempérer, sans rien expliquer, ni devant, ni après, on nous dit tout court : Jésus dif-' Ceci est mon corps ; ceci est mon sang ; mon corps donné; mon sang répandu: voilà ce que je vous donne. Et vous, que ferez-vous en le recevant .'Souvenez-vous éternellement du présent que je vous fais en cette nuit ; souvenez-vous que c’est moi qui vous l'ai laissé, et qui ai fait ce testament; qui vous ai laissé cette pôque, et qui l'ai mangée avec vous avant que de souffrir. Si je vous donne mon
corps commedevantétre, comme ayantété livré pour
vous; et mon sang comme répandu pour vos pèches; en un mot, si je vous le donne comme une victime: mangez-le comme une victime ; et souvenez-vouique c’est là un gage qu’elle a été immolée pour vous. O mon
* .VaUà.xxvi, a. — * Ibid. 34. Varc. xlT, 31. Lue. SXU, 33. - > Gen. Xïll, II. — < Joan. X, 9. — ‘Ibid. XV, S
MÉOITATIOJJS SUR LÉVANGILE.
Sauveur ! pour la troisième fois , quelle netteté ! quelle précision ! quelle force ! Mais en même temps queRe autorité et quelle puissance dans vos paroles! Femme, tu es guérie ■ : elle est guérie à l'instant. Ceci est mon corps; c’est son corps : Ceci est mon soitÿ/c’est sonsang.Qui peut parler en cette sorte, sinon celui qui a tout en sa main? qui peut se faire croire, sinon celui à qui faire et parler c’est la même chose?
Mon âme , arrête-toi ici , sans discourir : crois aussi simplement, aussi fortement que ton Sauveurs p.arlé, avec autant de soumission, qu’il fait paraître d’autorité et de puissance. Encore un coup, il veut, dans ta foi, la même simplicité qu'il a mise dans ses paroles. Ceci est moncorps ; c'est donc son corps : Ceci est mon sang; c'est donc son sang. Dans l’ancienne façon de communier, le prêtre disait : Le corps de Jésus-Christ ; et le fidèle répondait : Amen : Il est ainsi ; Le sang de Jésus-Christ , et le fidèle répondait ; Amen : Il estainsi. Tout était fait, tout était dit, tout était expliqué par ces trois mots. Je me tais, je crois, j’adore ; tout est fait, tout est dit.
xxrn* JOUR.
Fnrit de reacbarblie : vivre de 1a vie de lé>df*Chrlst.
Ibid.
Mon âme, tu as établi le fondement; tu as cru en simplicité, par un simple acte. Rpannhe-toi maintenant, dans la méditation d’un si grand bienfait; développe-toi à toi-même tout ce qu’il contient, tout ce que Jésus t’a donné par ce peu de mots. Vous êtes donc ma victime, 6 mon Sauveur! mais si je ne faisais que vous voir sur votre autel et sur votre croix , je ne saurais pas assez que c'est à moi , que c’est pour moi que vous vous offrez. Mois aujourd’hui que je vous mange, je sais, je sens pour ainsi parler, que c’est pour moi que vous vous êtes offert. Je suis participant de votre autel , de votre croix, du sang qui y purifie le ciel et la terre , de la victoire que vousy avezremportéesur notre ennemi, SUT le démon , sur le monde , victoire qui vous fait dire : Le monde vous affligera, mais prenez courage ; fai vtiincu te monde ' .
Si vous vous êtes offert pour moi , donc vous m’aimiez : car pour qui donne-t-on sa vie , si ce n’est pour ses amis ? Je vous monge en union avec votre sacrifiée; por conséquent avec votre amour : je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité; je le ressens tel qu’il est ; j’ensuis pénétré. Vous venez vous-même me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d’un amour semblable au vôtre. Ali ! je vois maintenant , et je connais que vous avez pris pour moi cette chair humaine; que vous en avez porté les infirmités pour moi; que c’est pour moi que vous l’avez offerte; qu’elle est à moi. Je n’ai qu’à la prendre , à la manger, à la posséder, à m’unir à elle. En vous incarnant dans le-seln de la sainte Vierge, vous n’avez pris qu’une chair individuelle : maintenant vous
1 Iw. XIII , IS. — * Jonn. XVI, as.
prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier : vous vous l’appropriez, elle est à vous : vous la rendez comme la vôtre par le contact, par l’application de la vôtre; premièrement pure, sainte, sans tache ; secondement, immortelle, glorieuse : je recevrai le caractère de votre résurrection , pourvu que j’aie le courage de recevoir œlui de votre mort. Venez, venez, chair de mon Sauveur; oharbon ardent, purifiez mes lèvres, brûlez- moi de l'amour qui vous livre à la morL Venez,, sang que l’amour a fait répandre; coulez dans moa sein, torrent de flamme. U Sauveur! c’est donc ici votre corps, oe même corps peroé de plaies. Je m'unis à toutes;c'est par là quetout votre sang s'.est écoulé pour moi. Vous languissez , vous mourez, voue pwsez; c'est ici votrepassage: je .passe, j'eapire avec vous. Que m’est le monde, rien du tout. Je suis crucifié au monde, et le monde à moi. Il ne nie plaît pas, et je ne veux pas lui plaire. Il ne me goûte .pua;; tant mieux pour moi, pourvu que je ne le goûte pas aussi. I.a rupture s’estfailede part et d'autre.: ce n’est pas comme quand l’un aime et l'autre h.iit.: je ne puis souffrir le monde , qui de son côté .ns me peut souffrir : tel qu'est un mort à J'égard d'un mort, tel est le monde pour moi, et moi pour le monde. Heureuse rupture! Mais le monde dira ceci, dira cela; le monde dira que je veux encore lui plaire dans ma séparation : qu'importe qu’il dise? Je suis attaché à ta croix avec Jésus-Christ ; fe vis, non plus mot, mais Jésus-Christ en moi; et ce que fai de vie dans lachair,je Caienlafol du Fils de Dieu , qui m'a aimé, et s'est livré pour moi '.
Si je suis encore touché d’un amour humain , Je vis encore ; si je hais celui qui me hait, je vis encore; si je ressens les injures, je vis encore; si je suis touché du plaisir, je vis encore; si la douleur me pénètre, je vis encore. Adieu, adieu; je m’en vais : je ne suis plus de rien; je ne suis plus moi : c'est pour Jésus-Christ que Je vis , c'est Jésus- Christ qui vit en moi. C'est ainsi qu’il faudrait être ; c’est le fruit de l’eucharistie ; ha! quej’en suis loin! mais je n’y viendrai que par elle.
XXIV' JOUR
Par la commuDloa , le fldéte oonaoiniDe en an avec Jésas- Clirist. .Vatih XXVI, se.
Ceci est mon corps ■ : c’est donc ici la consommation de notre union arec le Sauveur : son corps n’est pas à lui, mais à nous; notre corps n’est pas à nous , mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance , le mystère de l’Époux et de l’Épouse. Il est écrit; Le corps de L Époux n’est pas en sa puissance, mais en celte de l'Époux^. Sainte Église, chaste Épousedu Sauveur; âmechrétienne, qui l’avez choisi pour votre Époux dans le baptême, en foi, et avec des promesses mutuelles ; le voyez-vous , ce corps sacré de votre Époux; le voyez-vous sur la sainte table où on le vient de consacrer? il n’est
‘ c,(il. Il, 19, 10; n, M. — • ir<i«a. XXVI, te. — M. for.