‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 230 sur 273 · VII · texte numérisé non relu

VII

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

plus en sa |)uis.s.ince , mais en la vôtre : Prenez-te, ditnl, il est à vous: C'esl mon corps livré fmur vous', vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n'est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps : et vous serez deux dans une chair; qui est le droit de l'Épouse, et l'accomplissement parlait de ce chaste, de ce divin mariage.

L'usage passe, mais le droit demeure. On n'est pas toujours dans ce chaste embrassement ; mais on y est de désir, on y est de droit. Ainsi , dit notre Sauveur, gui me mange demeure en moi , et moi en lui*: il n'y demeure pas pour un moment ; cette jouissance mutuelle a un effet permanent : Qui me mange, qui jouit de moi, demeure en moi: mais l'union est réciproque : demeure en moi, et moi en lui. Que cette union est réelle ! que l'effet en est permanent! Le corps de Jésus-Christ est en ma puissance : j'ai reçu ce droit sacré par le baptême; je l'exerce dans l'eucliaristie : mon corps est donc au Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour. Comme mon Père est vivant, et que je vis pour mon Père; ainsi celui qui me mange vivra pour mol 3 ; il ne respirera que mon amour ; il n'aura de vie que celle qu’il recevra de moi.

C’est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre , dans ce bienheureux, dans ce cher souvenir, l'amour de Jésus-Christ nous presse, pendant que nous pensons que si un seul est mort pour tous, tous aussi sont morts; et un seul est mort et ressuscité pour toits, afin que ceux qui vivent ne virent plus pour eux-mtmes , mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux t.

Prenons donc ce corps sacré avec transport , avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : Si, dit-il nous sommes transportés en notre esprit, et hors de nousmêmes, c'est pour Pieu. Oui , à la présence de ce corps , je suis hors de moi ; je m'oublie moi-méme : je veux jouir de l'Époux, et de lui seul. Quoi! Je prendrais ce qui est uniavec Jésus-Christ, jusqu'à faire un corps avec lui, pour funir à une impudique, et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne plaise ‘■I Mais tout ce qui partage mon coeur, tout ce qui en ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle , est |K)ur moi cette impudique qui veut m'enlever à Jésus-Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent : Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour l'impureté , mais pour Jésus<!hrist , et Jésus-Christ aussi est pour mon corps 7. Voici le parfait accomplissement de cette parole : l’eucharistie nous explique toutes les paroles d’amour, de correspondance, d'union, qui sont entre Jésus- Christ et son Église, entre l'Époux et l'Épouse, entre lui et nous.

Dans le transport de l'amour humain , qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore , qu'on vou-

‘ Lue. XXII, ta; I. Cor. VI, 16. — ’ Joan. vi, bl.-~*Ibid. SS. — ' M. Cor. T, It, 15. — • Slid 13. — • I Car. Vf, 16, J6. — ' Itid. 13.

drait s'incorporer en toutes maniérés, et , coran’i disait ce poctc, enlever jusqu'avec les deaK « qu’on aime, pour le possMer, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel , est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : Prenez, mangez, ceci est mon corps : dévorez, engloutissez, non une partie , non un morceau , mais le tout.

Mais il faut que l’esprit s’y joigne; car qu'estoe aussi que s'unir au corps, si on ne s'unità l'esprit ? Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un méme'esprit avec ùti'.W n’a qu'une même volonté, un même désir, une même félicité, un même objet , une même vie.

Unissons-nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit. Qu’on ne dise point : L’esprit suffit : le corps est le moyen pour s’unir à l’esprit; c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous : c'est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. Sous sommes faits participants, dit saint Pierre de la nature divine; parce que Jésus-Christ a aussi participé à notre nature. Il faut donc nous unir à la chair que le Verbe a prise , afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, et que nous devenious des dieux , en prenant des sentiments divins.

Ihirifions donc notre corps et notre esprit , puisque nous devons être unis à Jésus-Christ, selon l'un et selon l'autre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps conçu d'une vierge, né d’une vierge. Purifiez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main, qid nous le donne, soit plus pure que la lumière; que votre bouche , qui le consacre, soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes. O quel ^ly^ tère! avec quelle pureté doit-il être célébré! U mariage est saint et honorable entre tous ; et la couche nuptiale est sans tache * : mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l’Agneau. Par cette sainte insUtution de la continence, que l'Église a toujours eue en vue , les doctes le savent , depuis le temps des apôtres; qu'elle a enfin établie, quand elles pu , dès les premiers siècles, partout où elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Église d'Occident, et dans celle de Rome spécialementconsacrée et fondée par les deux princes des apôtres , saint Pierre et saint Paul ; l’Église veut préparer à ce corps vierge , à ce corps formé d'une vierge , des ministres dignes de lui , et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. Prenez, mangez , ceci est mon corps ; purifiez votre corps, qui le doit recevoir; votre bouche où il doit entrer. La pureté de la boqche, c’est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction ; la pureté de la bouche, c’est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence; la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Époux , et renoncer à toute autre joie qu'à celle de le posséder. Amru! amen!

* I. Cor. \l, 17. —* II- Prl. I, i. — » ttetr. Xlll, 3

MÉDITATfONS SUR L'ÉVANGILE.

XXV JOUR

L'ereharislie Htlr de la rdnlialoo dca pdcbés.

Matth. XXVI, 27, aa.

Euvez en tous : ceci est mon sang, le sang de ta nourette alliance ; le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés '. C'est ici la partie la plus étonnante du mystère, et celle aussi, comme on voit, où Ji^sus parle avec plus de force. Qu’il nous donne à manger la chair de son sacrilicc, la chairde la pdque; c’est la coutume; c’est le dessein de ce sacrifice : mais jamais on n’en a bu le sang, ni celui d’aucune victime, encore qu'on edt mangé les chairs, itoise, dit saint l’aul, ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi , prit du sang des rictimes avec de l'eau, et en jeta sur le livre même et sur tout le peuple, en disant : C'est le sang du testament que Dieu a déjà fait/Mur vous *. Voilà, ce semble, tout ce qu’on peut faire du sang des victimes ; en arroser tout le peuple, mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. .Moïse dit, en jetant le sang des victimes sur le peuple : reci est le sang de l'alliance; à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsqu’il dit : Ceci est mon sang de la nouvelle alliance. C’est donc du sang en l’une et en l’autre occasion. Tout le peuple en est touché, mais différemment ; car ilen est touclié par aspersion sons Moïse; et l’aspersion qu’ordonne Jésus, c’est de le boire : c’est la bouche, c’est la langue, qui en doit être arrosée par cette aspersion : Buvezen tous , dit-il , car c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; te sang répandu en rémissiondes péchés >.

Cette différence des deux testaments est pleine de mystère. Une des raisons qui étaient données aux anciens pour ne point manger le sang, c'est à cau.se qu'il était donné, dit le Seigneur, afin qu'étant répandu autour de l'autel, it soit en expiation de tws âmes et en propitiation pour nos péchés; et pour cela j'ai commandé aux enjanis d'tsrael, et aux étrangers qui demeurent parmi eux, de n'en manger pointé On leur défend de manger du sang, à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés : et nu contraire le Fils de Dieu veut qu’on le boive , a cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés.

C’est par la même raison qu’il était écrit : Toute rirlime qu'on immolera pour expier le /léché dans le sanctuaire ne sera pas mangée, mais elle sera consumée par te feu * : et cette observance signifiait que la rémission des péchés ne pouvant p.ns s’accomplir par les sacrifices de la loi, ceux qui les offraient demeuraient sous l’interdit, et dans une espèce d’excommunication, sans participer à la victime qui était offerte pour le péché. Mais , par une raison contraire, Jésus-Christ ayant expié nos Ames , et ayant parfaitement accompli la rémission des péchés , par l’oblation de son corps et l’effusion

■ Mullh. XXVI , 2S. SSarr. xiv, 24. Lue. xxll , 20. — • Exad. XXIV H !i-. IX, 19, M. — ‘Malin. xxvi,27. — ‘ierit xvil Il 12. - S tbiil. VI, au.

de ion sang, il nous ordonne de manger ce corps livré pour nous, et de boire le sang de la nouvelle alliance, versé pour ta rémission des péchés; pour

nousmontrer qu’elle était faite, et que nous n’avions

plus qu'à nous l'appliquer.

Godtons donc dam l’eucharistie la grâce de la rémission des péchés, en disant avec David : Bienheureux ceux à qui leurs iniquités sont remises , et dont les péchés sont couverts. Bienheureux celui à qui le Seigneur n'impute point de péché, et qui ne s'impose point à lui-méme', dans la pensée qu’il U qu’ils lui sont pardonnés. Et encore : .Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon âme, bénis le Seigneur et n 'oublie pas ses bienfaits .CesI lui qui remet tous tes péchés; c'est lui qui guérit toutes tes maladies.... Une nous a pas traités selon nos péchés ; il ne nous a pas rendu ce que méritaient nos fautes... .éutant que le levant est loin du couchaul , autant il a éloigné de nous nos iniquités ■.

Quel repos a une conscience troublée deson crime, et alarmée de la justice divine qui la presse , de godter dans le corps et dans le sang de Jésus la grâce de la rémission des péchés, et par là même d’eu effacer tous les restes !

Apprenons que l’eucharistie est un remède des péchés. Si nous nous purgeons des grands, elle effacera les petits , et nous donnera de la force pour éviter et les petits et les grands.

C’est le péché qui met la séparation entre Dieu et nous. Se purifier des péchés , c'est ôter tout empêchement, et rendre les embrassements entre l’Époux céleste et son Église plus ardents , plus purs, plus intimes.

XXVI' JOUR

léxux-Chrlst notre victime et notre nourriture.

Dieu a tant aimé te monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie étemelle ’.

Qu’est-ce à dire , qu’il a donné son Fils unique ? C’est qu'il l’adonné à la mort, ainsi qu’il avait dit auparavant : comme .Moïse a élevé te serpent dans te désert , il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé* : c’est-à-dire qu’il soit élevé et mis en croix. C’est donc ainsi que Dieu a donné son Fils unique : il l'a donné à la mort , et à la mort de la croix.

Mais comment est-ce que Dieu a fait pour donner son Fils unique à la mort? Le Fils de Dieu, en qui est la vie et qui est lui-même la vie, peut-il mourir Afinqu'il pdt mourir. Dieu l'a fait homme, l'a fait Fils de l'homme d’une manière admirable, incompréhensible, très-véritable, très-réelle, mais singulière , qui étonne toute la nature ; et par ce moyen s'est accompli ce que Dieu voulait , que le Fils de l'homme, qui est en même temps le Fils de Dieu , fdt élevé à la croix , et donné à la mort pour la vie du monde.

' Pt. XXXI. 1,2. — . tbiâ. en, I ,2, 3, 10, Il 'Jom,

III , IS. — * Ibid. 14.

nos.' F.T. — Tove III.

MÉDITATIONS SÜH I.ÉVANGII.E .

r.po

/)i^u (lonr niant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique. Il l'a prcinièrcinent doiinÿ «u jnoiicle, quand il s'i^t fait homme; et il l'a en seennd lieu donné au monde, quand il l'a donné pour eniUre la victime. La même chair qu'il avait prise, pour se rendre scmhlable à nous et s'unir à nous, il nous la donne de nouveau, en la donnant pour nous en sacrifice.

Voilà deux choses qui devaient être accomplies dans la cJiairde notre Sauveur : l'une, que le Fils de Dieu devait venir en chair, pour s'unir à nous et nous être semblable , l'autre , que le même Fils de Dieu devait s'immoler dans la même chair qu'il avait prise , et l'offrir pour nous en sacrifice. Une troisième chose se doit accomplir en cette chair immolée : il faut encore qu'elle soit mangée pour la consommation de ce sacrifice, en gage certain que c'est pour noos que le Fils de Dieu l'a prise et qu'il l'a offerte, et qu'elle est tout à fait à nous. C'est une troisième merveille qui doit s'accomplir dans la cliair de Jésus-Christ. Comment le fera-t-il ? Nous faudra-t-il dévorer sa chair, ou viveou morte, en sa propre espèce et nature ? Kt puisqu'il faut que son sang nous soit aussi bien donné à boire que sa chair à manger, afin que, donné ainsi , il nous soit en gage que c'est pour la rémission de nos péchés qu'il a été répandu , faudra t-il avaler ce sang en sa propre forme ? A Dieu ne plaise ! Dieu a trouvé le moyen que , sans rien perdre de la substance de son corps et de son sang, nous les prissions seulement d'une manière différente de celle dont ils sont naturellement exposés à nos sens. Par ce moyen, nous avons toute la substance de l'un et de l'autre ; et Dieu, en nous les donnant dans une fonne étrangère , nous sauve l'horreur de manger de la chair humaine , et de boire du sang hmnain , en leur propre forme.

F.t comment a-t-il fait cela ? Il a pris du pain , et il a dit : Ceci est mon corps, mon vrai corps , mais sous la figure du pain; il a pris une coupe pleine de vin , et il a dit ; Ceci est mon sang, mon vrai sang, sous la figure de ce vin dont J'ai rempli la coupe que Je vous présente. Comme donc , afin que son Fils étemel et immortel pfit mourir, il l'a fait Fils de l'homme ; ainsi afin qu'on pdt manger cette chair et boire ce sang , il a fait ce corps , pain d'une certaine manière; puisqu'il a revêtu son corps de l'espèce et de la forme du pain : il a voulu que son sang fdt encore versé dans nos bouches , et couhit en nous sous la forme et la figure du vin. Nous avons donc toute la substance de l'un et de l'autre ; les figures anciennes s'accomplissent, notre foi est contente, notre amour a ce qu'il demande ; il a Jésus-Christ tout entier, en sa propre et véritable substance; et l'figlise le mange: l'I-iglise le rei;oit ; comme épouse elle jouit de son corps ; elle lui est unie corps à corps , pour lui être aussi unie c<cur à cŒur, esprit à esprit. Comment tout cela s'est-il pu faire ? Dieu a tant aimé le monde : l'amourpeut tout; l'amour fait, pour ainsi dire, l'impossible pourse contenter, et pour contenter son cher objet. Dieu a fait aussi pour nous l'impossible; Je dis

pour nous, car pour lui, il n’y en a point; tout lui est possible. Mais ce qui était impossible à la natuic à faire, et au sens humain à comprendre, il l'a fait : son F'ils est devenu le Fils de l’homme ; et il s'est approché de nous ; la nature humaine , qu'il a mi.se en quelque façon entre lui et nous , n'a point empêché que ce ne soit lui-même en personne qui vint à nous, même comme Dieu ; au contraire , il y est venu par l'homme même, et la chair qu'il a prise a été notre lien avec lui. De même, quand le Fils de l'homme a été donné à la mort , il a été vrai que le Fils de Dieu mourait lui-même, dans la nature qu'il avait prise. S'il faut ensuite manger cette chair donnée pour nous en sacrifice , son amour en trouvera le moyen ; Prenez , mangez .- ceci est mon corps: ne vous informez pas de la manière, c'est la substance qu'il vous faut ; car c'est à la substance qu'est unie la divinité et la vie. Sous la figure de ce pain , c'est mon propre corps ; sous la figure de re vin , c'est le même sang qui a été répandu pour vous. Mangez , burez : tout est à vous ; ne songez pas à ce que vos sens vous présentent ; c’est à votre foi que Je parle ; c'est à elle que Je dis : Ceei est mon corps. Souvenez-vous donc que c’est moi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu'un Dieu, nul autre cpie le Fils de Dieu , par qui tout a été fait, ne pourrait parler de cette sorte. Souvenezvous que, sous la figure de ce pain et de ce vin, c'est mon corps, c'est mon sang , que Je vous donne, ae corps donné à la mort , ce sang répandu pour vos péchés.

Et comment tout cela s'est-il fait? Dieu a tant aimé le monde. Il ne nous reste qu'à croire, et à dire avec le disciple bien-aiiné : Mous avons ern n l’amour que Dieu a eu pour nous '. I-a belle profession de foi! le beau symbole! Que croyez -vous, chrétien? Je crois i'amourque Dieu a pour moi. Je crois qu'il m'adonné son Fils; Je crois qu'il s'est fait homme ; je crois qu'il s'est fait ma victime ; je crois qu'il s’est fait ma nourriture, et qu'il ro’a donné son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l’autre. Mais comment le croyez-vous ? C'est que Je crois a son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut, qui le fait. Lui demander un autre roumetit, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.

.Si nous croyons à cet amour, imitons-Ie. Quand il s'agit de la gloire de Dieu et de son service, notre zèle ne doit rien trouver d'impossible. .Siross pouvez croire, dit-il , tout est possible à celui ?»< croit *. Remarquez : si cous pouvez croire : toute la difficulté est de croire ; mais si une fois vous croyez bien, /ouf t-oKs es? possible. Dieuentredans les desseins de votre zèle ; et sa puissance vient a votre aide. L'obstacle que vous avez à vaincre u est pas dans les choses que vous avez à exécuter pow Dieu : il est en vous-même, il est en votre foi ' cous pouvez croire. Mais Dieu nous aide à rroiw- Je crois , Seigneur ! Aidez mon incrédulité^.

’ 1. Joon. fV. IC — * V<»rr. IX , 23- — ^

MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

XXVIl* JOUR.

lTotre*Selgnrar avait promifl sa chair rt soq <wng dans reuchailstie. JiMin. vi , na , i9.

Pnur comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans l’eucharistie , il faut encore écouter ce qu’il en dit en saint Jean, vi. Nous trouverons qu’il y fait trois choses. Il y explique premièrement ce qu’il nous donne ; secondement , le fruit qu’on en doit tirer; troisièmement, le moyen d’en tirer ce fruit.

Ce qu'il nous donne, c’est lui-méme, et c’est sa chair et son sang : et dès qu’il en parle, les hommes s’écrient : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger ' ? L'homme raisonne toujours contre lui-méme, et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus, pour nous préparer au mystère qu’il devait laisser à son Église au jour do la cène, dit qu’il nous donnerait sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu’il leur parlait delà chair d’un homme pur, du fils de Joseph, voilà leur première erreur; d’une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps, voilà la seconde : d’une cliair enfin qu’ils consumeraient en la mangeant, c’était la troisième.

Contre la première : Je suis, dit-il, le pain vivant descendu du ciel’. La chair que nous mangeons n’est donc pas la chair du fils de Joseph ; c’est la chair du Fils de Dieu , une chair conçue du Saint- Fjprit, et formée du sang d’une vierge. Le Saint- Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très, llautvouscouvrira de son ombre; et ta chose sainte qui naîtra de vous aura le nom de Fils de Dieu L Qton NAScETua bx tb sanctuü. Sanctuh, au substantif, pour ceux qui savent un peu la gram- ^ire , et qui entendent la force de ce neutre, c’estànlire une chose substantiellement sainte : manière de parler qui fait voir que la sainteté est subsUntielle en Jésus-Christ. Pourquoi ? Parce que sa personne est sainte par elle-même , par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. Et c‘est pourquoi, continue l’ange , U sera appelé le Fils de Dieu. Qu’est-ce à dire, il sera appeUI est-ce qu’il ne le sera pas essentiellement, et qu’on lui en donnera le nom par quelque figure? A Dieu ne plaise ! au contraire , il le sera appelé parexcellenee 1^ Père , qui l’engondre dans l’éternité, l’engendrera dans le sein de Marie ; lavertudu Trés-Ilaut la couvrira de son ombre, s’insinuera dans son sein ; et ia cliair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge sera formée par le Saint-Esprit. Ce sera donc une chair sainte, de la sainteté du Élis de Dieu , qui se l’unit : elle sera pleine de vie, source de vie: vivante et vivifiante par ellemême. Ainsi la première erreur est détruite.

Pour réfuter la seconde, qui consistait à s’imaginer que la vie que Jésus-Christ promettait par M œair serait cette vie commune et mortelle, il répété, il inculque, dans tout son discours, que cest la vie éternelle, tant de l’âme que du corps, qu’il nous veut donner : La volonté de

■ Jmin — ‘ 45, (3. —> Luc. I,.35.

mon P^e est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés , et que je les ressuscite au dernier jour Qui mange de ce pain, de cette

viande céleste, de machair, que je donnerai pour la oie du monde , vivra éternellement ’.

Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s’imaginaient une chair qu’on consumerait en la mangeant, il leur dit : Cela vous scandalise f Vous serez donc bien plus étonnés quand vous verrez le Fils de t homme monter au lieu d'où il est venu •. Comme s'il disait : On mangera ma chair, je l’ai dit; mais je n’en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D’où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d’une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du fils de Joseph; ni que je vous parle d’une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d’une cliair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant : La chair, en ces sens , ne sert de rien : c'est l'esprit qui vivifie : tes paroles que je vous dis sont esprit et vie^. Quoiqu’il n'ait parlé, pour ainsi dire, que de sa chair, que de son sang, que de manger celle-là, que de boira l’autre; tout ce qu’il a dit est esprit, c’est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l’esprit ; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que nous désirons la vie, autant devons-nous désirer cette cliair qui nous la donne , qui la contient, qui est la vie même. Il est sorU de moi une vertu; je l'ai sentie sortir*. C’était une vertu pour guérir les corps : combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes? Approchons-nous donc de cette cliair, toucbons-la, mangeons-la : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos âmes, et qui dans son temps la donnera à nos corps.

Il en est de même du sang de Jésus :'ee sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c’est le sang du Fila de Dieu, le sang du Nouveau Testament, comme il l’appelle lui-même; et c’est-àdire, comme l’interprète saint Paul», le sang du Testament étemel, par lequel le grand pasteur des brebis a été tiré de la mort. Il est donc lui-même ressuscité des morts par la vertu de son sang; parce qu'il devait entrer dans sa gloire par ses souffrances. C’est par ce même sang , par ce sang du Testament et de l’alliance éternelle, que nous devons aussi hériter de son royaume , et avoir la vie éternelle. Mangeons, buvons, vivons, nourrissons-nous, unissons-nous à la vie par cette chair, par ce sang vivifiant. Il les a pris pour s’approcher de noua. Ce n'est pas aux anges qu'il a voulu s'unir; c'est la postérité d'dbraham, c’est la nature humaine , qu'il a voulu prendre. Et parce que les hommes sont composés de chair et de sang, il a voulu aussi tire composé de Tun et de

■ Joan. VI , as, sa ri SB. — • Ibid. 65 , 63. — > Ibid. 64. —

‘ Luc. VIII, 46. — * Hrbr. XIII,*).

MÉDITATIONS SÉR L’ÉVANGILE.

l'autre' ;c'esl p.ir la qu'il s’unit à nous, et c’est par là qu’il nous sauve. Nous l’avons dit souvent , et il ne se faut point lasser de le dire ; cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut, la source de notre vie; |Kirce qu’il lésa pris |)oar nous; parce qu’il les a offerts pour notre salut; parce qu’il nous les donne encore pour nous vivilier. Allons avec une sainte avidité à cette viande céleste ; tout y est esprit et rie.

XXVIII' JOUR

La Ibl donne rintetllRenoe de ce mystère. Joan. «l, ta, 70.

Ce n’est pas tout de savoir quel don nous recevons de Jésus-Christ, il faut encore apprendre de lui deux choses très-nécessaires; dont l’une est le fruit que nous en devons retirer, et l’autre est le moyen de le recevoir. Tout cela nous est expliqué dans le même chapitre vi que nous avons . commencé. Mais ce qu’il y faut d’abord entendre , c’est que Oicu seul nous en peut donner l’intelligence ; conformément à cette parole : N'e murmurez point entre vous ■■ personne ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé, ne le tire'. Alin donc de venir à Jésus, et pénétrer ses paroles , il faut être tiré pat le Père. Et qu’est-ce qu’être tiré par le Père , sinon être enseigné de Dieu, comme ajoute le Sauveur : Il est écrit dans tes prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Ceux qui ont oui ta voix de mon l’ere , et qui ont appris ce qu'il leur enseigne, viennent à moi’. Ainsi être tiré de lui , c’est écouter sa voix , et être enseigné par la douce et toute-puissante insinuation et inspiration de la vérité. Quand on est instruit de cette sorte , on ne murmure point de scs paroles ; on les entend , on les godte : et c’est pourquoi il dit à la fin : H y en a parmi vous qui ne croient point ; et c'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne leur est donné par mon Père *. Celui-là donc est tiré à Jésus-Christ, à qui il est donné de croire. Le Père nous tire à Jésus-Christ , quand il nous inspire la foi. Je crois. Seigneur, je crois ; je ne suis pas de ceux qui veulent se retirer de vous, à cause de la hauteur de vos paroles ; au contraire, je suis de ceux qui vous disent avec saint Pierre : Maître , à qui irions-nous? vous avez des paroles de We étemeUe : nous arons cru et connu que vous êtes le Christ , le FiLs de Dieu*. Croyez donc et connaissez : croyez premièrement comme vrai enfant de l’Eglise , docile et soumis, et vraiment enseigné de Dieu. Apres avoir été enseigné de Dieu , et avoir été doucement tiré à la foi, vous le serez encore à l’intelligence, autant qu’il est nécessaire pour confirmer votre foi; et vous direz en toute occasion , mais particulièrement dans la communion : Nous avons cru et connu que vous êtes le Christ , te Fils de Dieu *.

* Heb. Il, U, 16. — 'Joun. VI, 43, 44. — /èlrf. *S. — /Hé , V I. 65 , 66. — * IbiJ. 6» , 70. — 6 Ibid. 70.

Ce n’est pas assez; au jour suivant nous irons plus loin, s’il plaît à Dieu. Prions le Père de Jésus-Christ, qui a bien voulu être le nôtre, qu'il nous tire , qu’il nous enseigne au dedans , qu’il nous fasse entendre sa voix et pénétrer sa parole.

XXIX' JOUR

U vie éternelle «I le trait de reucbarlsUe. Joan. vi. H, 3s, 37.

I.e même chapitre. Nous y devons trouver deux choses ; la première est le fruit spirituel que nous devons tirer de l'eucharistie ; la seconde est le moyen d’en tirer ce fruit. Pour le fruit, il est aisé de i’entendre : ce fruit est de nous détaclier de la vie, et de nous attacher à Dieu. Cest sur quoi Jésus-Christ s’explique clairement par ces paroles : Fn vérité, en vérité, je vous te dis : vous me cherchez , non pas parce que vous avez ru des miracles ; mais parce que vous avez mangé des pains que j’ai multipliés dans le désert, et que vous en avez été nourris. Travaillez , non point à la nourriture qui péril, mais à celle qui ne péril pas, que le Fils de l'homme vous donnera ■ cor c'est celui que le Père céleste vous a désigné, n imprimant sur lui son sceau et son caractère'. et en confirmant sa doctrine et sa mission par tant de miracles. Vous vous expliquez, mon .Sauveur! Votre dessein est de nous détacher de la nourriture et de la vie périssable, qui fait tous nos soins, à la. quelle nous travaillons toute l’année ; et transporter notre diligence et notre travail à la nourriture et à la vie qui ne. périt point. En.seignez-moi, mon .Sauveur : tirez-moi de cette manière admirable , qui fait qu’on va à vous : dégodtez moi de tous les soins qui n’ahnutissent qu’à vivre pour mourir : faites-moi goûter cette vie où l’on oe

meurt jamais.

Quel miracle faites-vous , afin que nous croyions en vous ' ? Que faites-vous de si mer. veineux? Il est vrai, vous nous avez rassasiés de pain dans le désert. Mais ce pain est-il coinp.5rable à la manne que Moïse a donnée à nos pères, de laquelle il est écrit : tt leur a donné a manger le pain du ciel. Le pain que vous nous avez donne était le pain de la terre : et il y a autant de différence entre vous et Moïse, qu’il y en a entre U

terre et le ciel.

On voit clairement, par ce discours, qu’ils ne songeaient qu’aux moyens de sustenter celte vie mortelle ; et que ce n’était pas sans raison que Jésus-Christ leur avait reproché leurs désirs char-

nels. Car ils ne portent point leur pensée pms loin que la manne, dont leurs corps furent nourris dans le désert; ni ils ne connaissent d autre ciel , que les nuées d’où elle leur avait été envoyée; sans songer qu’elle n’avait été appelée le pain du ciel, et le pain des anges, qu’en ligure de Jésus-Christ, qui leur devait apporter la '» éternelle. Il se sert donc de l’expression dont

■ J, SOI. VI, 36, 57. — * fbiil. 30, 31

MEDITATIONS SUR I/ÉVANGILIÎ.

ri^crilure se sert jx)ur relever la merveille de la manne, 6 élever les esprits au vrai pain des anà la vérité qui les rend lieureux, et qui s’élant incarnée s'est rendue familière et sensible aux hommes pour les faire vivre.

Il leur dit donc quH est descendu du ciel; que qui vient à lui n’a jamais faim, et que qui croit en lui n'a Jamais soif ; qu’il est par consé- (|iieiit le vrai /min « , la vraie nourriture des âmes qui viennent à lui par la foi; qu'il ne faut pourtant pas que les hommes espèrent de le pouvoir atteindre par sa divinité, ni de s'y unir en elleméme; que c'est un objet trop haut pour une nature pécheresse, et livrée aux sens corporels; qu’il s'est fait homme pour s’approcher d’eux; que la chair qu'il a prise, est le seul moyen qu'il leur a donne pour s'unir à lui; et que pour cela il l’a remplie de la divinité même, par conséquent d'e.sprit et de grâce, ou, comme parle saint Jean, de grâce et de vérité ; et ailleurs : L’esprit ne lui est /Hts donné avec mesure : et nous avons tous reçu de so?i esprit »; que de là donc il s'ensuit que nous avons en lui la vraie vie, la vie éternelle, la vie de Tâme et du corps : cl non pas prér’isémcnt en lui comme Fils de Dieu , mais en lui comme Fils de l'hoinnje : car c’est par là qu'il commence. Travaillez à vous préparer la nourriture qui vous sera donnée par le Fils de rhomme : pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel , c’est-à-dire le Fils de Dieu , et que vous croyiez que sa chair, par laquelle il veut vous vivilier, est pleine d’esprit et de vie.

Ainsi la lin où il veut venir est de nous faire vivre; mais de la vie éternelle, et selon l’âme et selon le corps tC'esé, dit-il, la volonté de mon Père, que je ne />erde rien de ce que mon Père m'a donné , et que, pour donner la vie au corps comme Tâme, Je U ressuscite au dernier jour ; et encore ; / os pères ont mangé la manne , et sont morts : celui qui mangera de ce pain u/vra éternellement

C’est donc là le fruit de l'eucharistie; elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre, et pour cela nous donner la vie éternelle; dans l'âme, par la manifestation de la vérité; et dans le corps , par sa glorieuse résurrection. Seigneur, qu’ai-je à désirer? de vivre; de vivre en vous, de vivre pour vous, de vivre de vous et de votre éternelle vérité, de vivre tout entier, de vivre dans l’âme, de vivre même dans le corps; de ne perdre jamais la vie, de vivre toujours! j’ai tout cela dans reticharistie, j'y ai donc tout, et il ne reste qu'à jouir.

XXX* JOUR

Désir ioMllablp de IVucharUlle. Joan, vi , M , «o , «7.

Seigneur, donnez^nous toijours ce pain* : ce pain dont 'vous avez dit qu’il donne la vie éternelle. C’est ce que di.sent les Juifs : et ils expriment par la le désir de toute la nature humaine,

‘ Joan. M. 33. 35, 4«. — * ibùf.t. Ij, ic; m, 31. —

Ibid. VI, .m. in.fco. lb,d 3»

ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement : elle veut ne manquer de rien; en un mol, elle ^eul être heureuse, crest encore ce qu’exprimait la Samaritaine, lorsque Jésus lui ayant dit : O fenune! celui qui boit de l'eau que je donne n'a jamais soif : eWt répond aussitôt : Seigneur, donnez‘moi cette eau , que je n'aie jamais soif, et que je ne sois pas ol)ligée à venir ici puiser de l’eau ' dans un puits .xi profond , avec tant de peine. Encore un coup , lu nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir ni faim ni soif; elle ne veut avoir aucun t>esoin, aucun désir à remplir, aucun travail, aucune fatigue : et cela, qu'est-ce autre chose, sinon être heureuse? Voila ce que veut la nature humaine, voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens; elle a soif des plaisirs des sens; elle vent exceller; elle a soif des honneurs du inonde. Poui parvenir aux uns et aux autres, clic a suif de richesses; sa soif est insatiable : elle demande toujours, et ne dit jamais ; C'est assez; toujours plus et toujours plus. Elle est curieuse; elle a soif delà vérité; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut satisfaire : elle en ramasse ce qu’elle peut par-ci par-là, par de bons, par de mauvais moyens : et comme toute âme curieuse est légère , elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu’elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif? venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l’homme qui vous l’administre; à sa chair, à son sang, où est tout ensemble et la vérité et la vie; parce que c’est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, maisduFilsde Dieu. OSeL gneur, donnez-moi toujours ce painl Qui n'en serait affamé? qui ne voudrait être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter?

Mais, pour nous piquer davantage du désir d'en approcher, Jésus-Christ nous dit que ce n’est pas une chose aisée ou commune. Il faut être aimé de Dieu, touché, tiré, prévenu, choisi. Voyez combien de ses auditeurs s'en éloignent, combien murmurent, combien se scandalisent! Ses disciples même se retirent d'avec lui ; il y en a même parmi ses apôtres qui ne croient pas. Plus ces infidèles se rebutent, plus les vrais disciples doivent s’approcher. Venez, écoutez; suivez le Père qui vous tire, qui vous enseigne au dedans, qui vous fait sentir vos besoins, et en Jé.sus-Cbrist le vrai moyen de les rassasier. Mangez, buvez, vivez, nourrissezvous , contentez-vous , rassasiez-vous. Si vous êtes insatiables, que ce soit de lui, de sa vérité, de son amour : car la Sagesse éternelle dit en parlant d’elle-méme : Ceux qui me mangent auront encore faim , et ceux qui me boivent auront encore soi/*, Hé! nou.x venons d’entendre de sa bouche : Celui qui boit de l’eau que je donnerai n’aura jamais soif^\ et encore ; Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi naura jamais soif*. Il n'nura jamais ni faiiu

» Joan.xy , 10, Il , 13 , Î5. ’ EtcH. XIIV, 20.-5

i IV , II. — * tbid. >1, 3-^.

MEDITATIONS SIR LÊVAINGILE.

ni Boif d’autre chose que de moi ; mais il aura une faim et une soif insatiable de moi : et jamais il ne cessera de me désirer. Kn même temps qu'il sera insatiable, il sera iiéanmuiiis rassasié; car il aura la bouche à la source : Les fleuves d'eau vive iiii sortiront des entrailles. L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau Jaillissante pour la vie éternelle Il aura donc toujours soif de ma vérité; mais aussi il pourra toujours boire, et je le mènerai à la vie où il n’aura plus même à désirer; parce que je le réjouirai par la beauté de ma face, et je remplirai tous ses dés^s. f'enez donc, Seigneur Jésus, venez; l'Esprit dit toujours : f 'enez : l'Épouse dit toujours : feriez. fous tous qui écoutez, dites : f'enez : et que celui qui a soif vienne ; vienne qui voudra recevoir gratuitement l'eau vive *. Venez, on n’exclut personne : venez , il n’en coûte rien , il n'en coûte que le vouloir. Viendra le temps qu’on ne dira plus : Venez. Quand cet Époux tant désiré sera venu, alors on n'aura plus besoin de dire ; Venez. On dira éternellement ; .4men: il est ainsi, tout est accompli : Alléluia ^ : louons Deiu ; il a bien fait toutes clioses; il a fait tout ce qu’il avait promis, et il n’y a plus qu’à le louer.

XXXI' JOUR

Itouveaux murmuratran caphamaltes. Joue, vu, et.

Ecoutons un peu nos murmurateurs; je ne dis pas ceux du peuple juif, les Capharnaïtes, et les autres dont II est parlé dans saint Jean. Écoutons les murmurateurs chrétiens, qui font semblant de s'éloigner du sentiment des murmurateurs de Capharnaüm, et qui disent : Nous ne leur ressemblons pas. S'ils avaient compris que ce manger et ce boire , dont le Sauveur leur parlait, était la foi, ils n'auraient pas murmuré, ils n'auraient pas à la lin abandonné Jésus-Christ. Ainsi tout le dénoûnient, c’est qu’il faut avoir la foi , et que tout le reste iie sert de rien , conformément, disent-ils, à celte dernière explication du Sauveur ; C'est Cesprtt qui vivf/ie ; la chair ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie 4.

Mon Sauveur, je ne suis pas ici recueilli devant vous pour disputer, ni pour faire une controverse, mais comme vous ne permettez pas en vain les hérésies , et que vous voulez tirer des contradicteurs un plus grand éclaircissement de vos vérités , J'écouterai les murmures des hérétiques, pour mieux entendre, pour mieux goûter votre vérité. Ils sont , Seigneur, je le crois , ils sont vraiment , quoi qu'ils disent, de nouveaux Gapharnaïtes , qui viennent étourdir votre Église douce et modeste, et vos enfants qui ne sont pas disputeurs , ni contentieux , mais fidèles, du bruit de cette question : Comment celui-ci nous peut-il donner sa chair à manger Et ils répondent hardiment : Il ne le

■ Jnam. vu, -VS; iv , li. — ' ,tpoc. un, 17, ao. — > tlut. XIV, 4. — * Ilod. VI, f.l, — I Jnon. VI, 63.

peut pas, au pied de la lettre : il faut entendre spirituellement, c’est-à-dire, selon leur pensee, il faut entendre figurément tout ce discours. Qu'un est grossier, continuent-ils, de préparer autre chose que la foi et que l’esprit pour manger votre chair et votre sang ! Éx'outons donc ces hommes si spirituels, si élevés, qui regardent avec dédain votre humble troupeau , parce qu’il croit simplement à votre parole , et ne cherche point à en détourner le sens ni la force , pour contenter sa raison. Donnez-moi la grâce, ô Seigneur ! de décourrir leurs vaines subtilités, et les pièges qu’ils tendent aux ignorants, qui en même temps sont superbes. Car ils passent jusqu’à cet excès de nous prendre pour de vrais Capharnaïtes, à cause que nous ne voulons pas croire avec eux, qu’avoir dit quered l'esprit qui vivifie, c’est avoir dit qu’on ne mange votre chair et qu’on ne boit votre sang que par la foi. Voici donc leur explication : La chair ne sert de rien, c’est-à-dire qu’il ne sert de rien de manger réellement votre chair : .Mes paroles smI esprit et vie, c’est-à-dire, tout ce que j’ai dit de ma chair et de mon sang n’est qu’une figure. Voib Seigneur, ce qu’ils disent ; mais je ne vois point tout cela dans votre Éïvangile. Je le vais relire. Seigneur, et en peser de nouveau toutes les paroles : et j’espère non-seulement croire toujours d'une ferme foi, comme je le crois, mais encore entendre clairement, si vous le voulez, que ces murmurateurs se trompent; qu'ils vous font dire a que vous ne dites pas. Mais , Seigneur, je remettrai à un autre temps cette humble lecture : aujourd'hui j’ai assez gagné de m’être humilié, et d'avoir soumis mon esprit à la foi de votre Église catholique.

xxxn* JOUR.

Notre -Seigneur nous donne à manger le même mqu

qu'il a pris pour nous. Joan. vi, Z9 , 33 , 60 , 65, 69.

L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. Je suis le pain de vie : ceisi qui vient à moi n'aura jamais faim; et erhii qui croit en moi n'aura jamais soif : qui rrvit en moi a la vie étemelle '.Il est donc constant que c'est par la foi que nous devons profiter de cette céleste nourriture, pour en recevoir la vk éternelle : et il ne s'agit plus que de savoir et qu’il nous enseigne aujourd’hui, que nous devons croire pour cela. Or il nous enseigne clairement qu’il faut croire deux choses ; la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel et qu'il a pris une chair humaine, en laquelle il est venu à nous; la seconde, que pour avoir part la vie qu'elle contient, il la faut manger.

I.a première de ces vérités est clairement enseignée dans ces paroles si souvent répétées : Je suis descendu du ciel : cen'estpar Moisequi vousitinne le vrai pain descendu du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne te vrai pain descendu du cieii

I Jufin. VII , 99, 36, i7.

MÉDITATIONS SUR I/ÊVANGILE.

car te )>ain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne ta rie au monde ■ ; et encore : Je suis descendu du ciel pour faire la volonté de mon\Pére, et ressusciter tout ce qu'il m’a donné • ; et encore : C’est ici te pain descendu du ciel ; et encore ; Je suis te pain descendu du ciel ; et encore : C’est ici te pain descendu du ciel

Voilà donc le fondement de toute la doctrine du Sauveur très-clairement eipliqué : qui est qu'il est descendu du ciel,c’est-à-dire qu'il s'est incarné, qu'il a pris chair.

Mais la seconde vérité, qu'il faut manger cette cliair pour avoir part à la vie qu'elle contient , n'est pas moins expliquée ni moins inculquée dans tout le discours du Fils de Dieu, à commencer par ces paroles : Elle pain que je donnerai, c’est ma chair pour la rie du monde ; ou comme porte l'original : Le pain que Je donnerai est nui chair, que Je donnerai pour la rie du monde < : ce qui ayant donné lieu aux Juifs de dire entre eux : Comment est-ce qu’il noÊis i>eut donner sa chair à manger * ? le Fils de Dieu s'explique encore davantage, et insiste de plus en plus à dire : Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang , vous n’aurez /loinl la rie en vous (parce que la vie est pour vous dans cette chair que j'ai prise); et sans discontinuer : (Jui mange ma chair et boit mon sang aura ta vie éternelle Il ne se lasse point de le répéter, puisqu'il ajoute aussitôt après : Car ma chair est rralment viande , et mon sang est vraiment breuvage : qui mange ma chair et boit mon sang demeure en mol, et moi en lui; qui me mange vivra pour moi ; qui mange de ce /min aura la vie éternelle s.

Ou voit comme Jésus-Christ enfonce, pour ainsi dire, toujours et de plus en plus dans la matière : il introduit le discours de ia nourriture céleste à l'occasion du pain matériel qu'il venait de leur donner : et il en vient jusqu’à dire qu'ii faudra manger sa chair et hoire son sang : ce qu'il inculque aussi pressamment qu'il a fait son incarnation; nous enseignant clairement par là que nous devons aussi réelieraent manger sa chair et hoire son sang, qu'il les a pris l'un et l'autre : et c'est là notre salut, c'est notre vie; car par ce moyen il ne prend pas seulement en général une chair liumaine, il prend la chair de chacun de nous, lorsque cliacuii de nous reqoit la sienne . Alors il se fait homme pour nous, il nous applique son incarnation ; et, comme disait saint Hilaire, il ne porte , il ne prend la cliair que de celui qui prend la sienne ; il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est iucamé, si nousmêmes nous ne prenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'ccuvrede notre sàlut se consomme dans i'eucliaristie, en mangeant lachair du Sauveur. Il y faut apporter la fui; car c'est par là qu'il commence ; il faut croire en Jésus-Ciirist qui donne sa cJiair à manger, comme il faut croire à Jésus-Christ desce.'idu du ciei, et revêtu de cette chair. Ce n'est pour-

‘ VI , as, 35, sa. — * rsid. as, .w. i— Ibid. 50, si , s». — ' Ibid. il. —‘Ibid. 53, M. — s Ibid. bS.—' Ibid. M, L- . SS , sa.

tant pas la foi qui fait que Jésus-Christ est descendu du ciel , et a paru en chair ; ce n'est non plus la foi qui faitquecettecliairestdonnéeà manger. Croyons ou ne crayons pas, cela est; croyons ou ne croyons pas , Jésus-Qirist est descendu du ciel en chair humaine; croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ doune à manger la même cliair qu'ii a prise; car il est dit absolument : Ceci est mon corps • ; et non pas -.Cécité sera, si vous y croyez; comme il est dit absolument, te I erbe a été fait chair •; le Verbe est descendu du ciel en terre ; et non pas : tt est fait chair par votre foi : et il descend du ciel si vous y croyez. O vérité de la chair mangée! je vous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu , la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation! Ah! celui qui ne croit pas qu'on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance , ne croit pas comme il faut que vous l'avez prise ; et il n'a point de part au pain de vie.

XXXIII* JOUR

PnUenee réelle du corps et du sang de lésns-Cliiist dans

rrucharlsUe. Joam. Vl, M, 5S, bd, S7. Siistth. xavi, 56,

Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme : Prenez , mangez : ceci est mon corps : Si vous ne buvez son sang : buvez-en tous : ceci est mon sang. De dire qu'il n'y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles; que l'une n'est pas la préparation et la promesse de l'autre , et que la dernière n'est pas l'accomplissement de celle qui a précédé, c'est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard. Visiblement il a parlé en saint Jean , chapitre vi , pour préparer l'institution de l'eucharistie. Il a dit en saint Jean : Travaillez d Ut nourriture que le Fils de Chomme vous donnera; et encore r El le pain que Je donnerai , c'est ma chair que Je donnerai , /Mur la vie du monde i. Il la donnera , dit-il ; c'est visiblement une préparation et une promesse , arec laquelle il ne faut pas s'étonner que rinstitution et l'exécution ait un rapport si manifeste ; autrement on pourrait dire de même que lorsqu'il est descendu dans le Jourdain , et que le Saint-Esprit y est descendu sur lui visiblement < , il ne songeait ni à consacrer l'eau, ni à nous montrer l'esprit, desquels il a dit que nous renaîtrions. Mais si la manifestation de la Trinité dans son baptême a préparé la déclaration qu'il en voulait mettre dans le nôtre, lorsqu'il a dit : .Jllez, baptisez au nom du Père, et du Fils, et du Saint. Esprit^-, et que son baptême et le nôtre aient entre eux un rapport si manifeste, et en aient en même temps un pareil avec ce qu'il a dit en saint Jean : Al vous ne renaissez d’eau et du Saint-Esprit^ : on doit croire qu'il a aussi préparé l'institution de l'eucharistie , et que ce qu'il a dit en saint Jean, chapitre vi, est fait pour cela : et sans tout ce raisonnement la chose parle.

■ Ualli. IWI.ZS. — ’ jann I , U- — 3 /6irf. VI, 57, SJ. — 1. ai, 31; ni, b. — i tfanA. ixviii, ig. — ‘Jviin. m.a.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

eo6

l.e rapport des paroles qu'on lit dans saint Jean , et de eelles de l'institution, est visible ' ; là manger, et ici manger: là boire, et ici boire; la la chair, et ici la chair; ou , ce qui est la même chose, le corpt : là fc tang, ici le sang ; là le manger et le boire, btchairel /e.<on(/ séparément; et ici la même chose. Si cela ne fait pas voir précisément que tout cela n'est qu’un seul et même mystère . une seule et même vérité, il n’y a plus d’analoqie ni de convenance; il n'y a plus’ de rapport ni de suite dans notre foi , ni dans les paroles et actions du Sauveur. Mais, si le manger et le boire de saint Jean est le manger et le boire de l’institution, donc en saint Jean, c’est un manger et un boire par la bouche; puisque dans l’institution visiblement c’en est un de celte nature. Si la chair et le sang, dont il est parle en saint Jean, n’est pas la chair et le sang en esprit et en figure , mais la chair véritable et le sang véritable , en leur propre et naturelle substance, il en est de même dans l’institution : et l’on ne iieut non plus interpréter ; Ceci est mon corps; ceci est mon sang, d'un corps en figure, d un sang en ligure , (jue dans saint J<?an • Si vous ne nianfjez ma chair, et si vous ne buvez mon sang, de la figure de l'un et de l’autre. Or qui pourrait seulement songer que Jésus-Christ ait voulu dire; Si vous ne mangez ma chair en figure, et mon sang de meme, il ii'g a point de vie pour cous .et, ma chair en figure est craiment viande, et mon sang en figure est vraiment breuvage, et ainsi du reste.» cela serait insensé. Il ne l’est donc pas moins de dire , que ceci est mon corps : ceci est mon sang, ne soit pas la vérité; mais la figure de l’un et de l’autre.

Vous dites que souvent, dans l'Écriture, manger, c’est croire; boire, c’est croire; et que cest la le manger et le boire dont il est parlé dans saint Jean. Mais puisque manger et boire à la fois, c’est la même chose; Jésus-Christ ne se serait pas arrêté jusqu’à quatre fois réitérées à distinguer le manger d’avec le boire, ni la viande d’avec le breuvage , s'il n’avait pas regardé à autre chose. Visiblement donc il a regardé aux paroles de l'institution , où manger, c’est prendre par la bouche; où boire, c’est boire dans une coupe et en avaler la liqueur. Ainsi , quoi qv.’il en soit des autres passages, où manger et boire, c’est croire; dans l’endroit que nous méditons, il n'est plus permis de dire que le manger et le boire soit un manger et un boire impropre et allégorique, ni autre chose qu’un manger et un boire véritable et proprement dit , un manger et un boire par la bouche du corps.

Je le crois ainsi, mon Sauveur! si vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang : c’est-à-dire si vous n’obéissez à cette parole ; Prenez, mangez : ceci est mon corps; buvez, ceci est mon sang : et il n’y a d’autre différence entre ces paroles sinon que par l’une vous promettez, dans f autre vous donnez; dans l’une vous préparez, dans l'autre vous instituez; dans l’une vous vous étendez davantage sur le fruit, dans l’autre vous vous attachez plus pré-

cisément à exposer b chose même. Mais partout, c’est le même corps , le même sang , reçu de la même manière, et toujours pour la même fin, qui est des'iinir, substance à substance, à la chair et au sang que vous avez pris. Encore un coup, voilà, mon .Saui eur, ce que je crois. La foi me vivifie; Il est certain : mais cette foi qui me vivifie, c’est de croire que vous avez pris une chair humaine, un sang humain, et que voiisme les donnez aussi véritablement à manger et à boire , même par la bouche du corps , que vous les avez pris dans le sein de votre bienheureuse mère.

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