‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 232 sur 273 · XI. as. — * 1- Vor. 2», 25. —I Ephci. V, 30. — ^ l for. xl · texte numérisé non relu

XI. as. — * 1- Vor. 2», 25. —I Ephci. V, 30. — ^ l for. xl

l’un , ou qui reçoit l’autre , ou qui rei;oit tous les deux , reçoit toujours également son salut. I.a substance n’en est pas plus dans tous les deux que dans l’un des deux ; car où est toute la substance de Jésus-Christ, là est aussi , pour ainsi parler, toute lu substance du salut et de la vie. Car, comme dit l’Église elle-même , dans le saint conci le de Trente ' , le même qui a dit ; Si vous ne mangea ma chair, et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas ta vie en vous, a dit aussi : Quiconque mange de ce pain aura la vie étemelle : et le même qui a dit : Qui mange tna chair et boit mon sang, aura la vie étemelle , a dit aussi : l^e pain que je donnerai, est ma chair pour la vie du monde : et le même qui a dit : Qui mange ma chair et boit mou sang demeure en moi, et moi en lui, a dit aussi : (,iui mange ce pain , vivra éternellement : et Qui me mange, vivra pour moi *.

Sur ce fondement inébranlable l’Église a administré la communion en plusieurs manières différentes. Elle l’a donnée dans l’Église, elle l’a portée aux absents; les malades l’ont eue sous l’une des especes, les petits enfants l’ont eue sous l’autre; les fidèles l’ont emportée dans leur maison , encore que Jésus-Christ n’cdt rien fait ni rien dit de semblable, et l’ont emportée sous la seule espèce du pain. Les Grecs ont mêlé les deux espèces, et les ont données au peuple toutes deux ensemble. Tout est bon, pourvu qu’on ait Jésus-Christ des mains de l'Église. Car c’est là l’effet véritable que doivent opérer dans chaque fidèle ces différentes manières de communier ; elles doivent, dis-je, nous apprendre que la plus parfaite et la plus nécessaire disposition qu’il faut apporter à l’eucharistie , c’est d’en approcher avec un sincère et parfait attachement à l’Église. Elle est le corps de Jésus-Christ : il faut être incorporé à l’Église, pour l’être au Sauveur.

0 Jésus! je le crois ainsi ; malheur à ceux qui chicanent contre votre Église! C’est chicaner et disputer contre vous-même. Si l'on écoute ces chicanes, on doutera de son baptême. Vous avez dit : Baptisez, plongez dans l'eau, en signe qu'on est enseveli avec moi ; mais votre Église se contente de jeter quelques gouttes d’eau sur la tête. Vous avez dit : Enseignez , et baptisez ; et ceux qui croiront et seront baptisés , seront sauvés La foi et l’instruction sont marquées dans ces paroles comme la préparation au baptême ; et au contraire , on nous baptise avant que nous soyons capables d’être instruits et de croire; et l’instruction n’est plus ce qui nous prépare au baptême, mais c’est le baptême qui nous rend dociles pour recevoir l’instruction. On nous reçoit sur la foi d’autrui ; d’autres disent en notre nom : Je crois. Je renonce; et votre Égli.se accepte la réponse, sans qu’il en soit rien écrit dans votre parole. Quelle sûreté pour nous, si nous n'entendons que la foi constante de l’Église, que l’interprétation de l’Église , que la pratique inviolable de l’Église est aussi bien votre parole, que votre parole même rédigée dans vos Écritures! Oui, ce que

1 Sent. X\l, cap. I. — * Joan. Vl , W , 51, &7, 58 , 5»-

— ' Marr. »VI , 16.

MÉDITATIONS SUD L’ÉVANQILE.

vous avez écrit dans les coeurs , et que rÉglise a toujours prêche , est la vérité. Je vis en cette foi , et je m'unis d'esprit et de coeur à votre Église et à sa doctrine; protestant sincèrement devant vous que je suis content de vos sacrements, suivant qu'elle me les administre, elle que vous eu avez établie la dispensatrice.

LVI* JOUR

Adoratioa, exposiUon, réserve de reucharisUe.

Mon Sanveur, puisque les chicanes des rebelles de votre Église me conduisent à une grande intelligence de votre vérité , je veux encore considérer celles qu'ils lui font sur l'adoration , sur la réserve , sur l'exposition de votre adorable sacrement.

Un ne voit point, disent-ils , dans les paroles de l'Évangile, que les apôtres aient adoré le corps et le sang de Jésus-Christ en les recevant. Et voit-on qu'ils aient adoré Jésus-Christ , qui bien constamment était assis avec eux en sa forme visible et naturelle O mon Dieu! ces disputeurs ne verront-ils jamais que, quoi qu'ils répondent, ils se font à eux-niéme leur procès? Les apôtres adoraient-ils Jésus-Christ en sa propre et naturelle figure? Mais ils le croient sans qu'il soit écrit en ce lieu-là. Ne l'adoraient-ilspas? Et que veulent-ils donc conclure de ce qu'il n'est pas écrit qu’ils l'aient adoré dans l'eucharistie?

Mais que ces hommes, qui se croient subtils, et appellent les autres grossiers , sont grossiers euxinémes ; puisqu'ils n'entendent seulement pas quelle est la véritable adoration ! Car à nous tenir, mot à mot , à ce qui est écrit dans l'histoire de la cène , et sans chercher à suppléer un endroit de l'Évangile par les autres : croire en Jésus-Christ , lorsqu'il dit : Prenez, mangez; teci est mon corps ' ; le croire, dis-je, sans hésiter et sans disputer, lorsqu'il dit une chose si étonnante : faire ce qu'il dit, et manger ce pain apparent , avec une foi certaine que c'est son vrai corps ; en faire autant du sacré calice ; faire un acte de foi si pur et si haut, n'est-ce pas adorer Jésus-Christ? Mais discerner avec saint Paul ce corps du Sauveur; le discerner tellement qu'on entende que c'est le corps, non-sculcraont d'un homme, mais d'un Dieu, et le vrai pain descendu du ciel ; y mettre son espérance , y chercher sa vie, y attacher tout son amonr; n'est-ce pas en- , core l'adorer parfaitement? et qu'ajoute à cette foi : la génuflexion , l'inclination du corps, son proster- I iiement, en un mot l'adoration extérieure, sinon : un témoignage sensible de ce qu'on a dans le cccur?

C'rogez-vous an Fils de Dieu? dit le Sauveur à l'aveugle-né qu'il avait guéri : Qui est-il, répondit-il, q/!a que croie? C'est eebtigui cous parle, répondit Jésus : et l'aveugle repartit : J'y crois, .•ieigneur ; et se prosternant , il t'adora *. Que lit-il en se prosternant devant lui sinon de répéter d'une autre manière , et par un autre langage , ce Je crois ; qu'il venait de prononcer avec la bouche? Et ceux ' qui di.scnt : Je crois sans se prosterner devant lui , j

< Mans. xxvi,xs. — ■ Joas. IX, JS. se. a; '

l'adorent-ils? ou ceux dont on n'a point écrit qu'ils l'aient fait , l'adorent-ils moins que les autres? Él cette femme qui le toucha pour être guérie', ae l'avait-elle pas déjà adoré dans son coeur avant que de se jeter à ses pieds? Et quand les apôtres disent au Sauveur : Seigneur, augmentez-nous la /oi‘, ne connaissent-ils pas tout ce qu'il est, et ne l'jdorent-ils pas intérieurement comme un Dieu, encore qu'alors ils ne fussent pas à genoux devant lui?

Qui ne voit donc que croire à Jésus, qui dit: CM est mon corps , ceci est mon sang ; et les recevoir dans cette foi , et discerner que ce corps est le corps d'un Dieu , par lequel la vie nous est donnée: quand on n’y verrait que cela , et qu'on ne trouverait pas dans le reste de l’Écriture ce qui est ddà Jésus-Clurist, c'est un acte d'adoration de la nature la plus haute, et que tous les prostemements qu'on fera à Jésus-Christ n'en seront que Feipression et le témoignage ? C’est donc avec raison qu'on joiol dans l'eucharistie Fadoration intérieure et Fettérieure , c'est-à-dire , le sentiment et le signe , la foi et le témoignage. Cestavee raison , comme le rapportent les saints, qu'on manifestait an dehors, parla posture du corps , l’abaissement de l'esprit; et que nul ne prend cette chair, qu'il ne l’oit premièrement adorée : ce sont les mots de saint Augustin > , et le témoignage constant de la pratique de l'Église. Mais pourquoi chercher ces térnolçruges , quand manger, quand boire ce corps et ce sang, comme le corps et le sang de Dieu, et y attachant son espérance, c'est une si haute adoration, qu'on voit bien qu'elle doit attirer toutes les autres ?

Vous me dites ; Pourquoi exposer? oft cela csl-il écrit? l'ancienne É.glise l’a-t-elle observé? Grossier et charnel, lequel est te plus, ou d'exposer dans l'Église le corps du Sauveur, ou le porter avec toi . et le garder dans sa maison ? Et ce dernier est-il plus écrit que l’antre ? Qui ne voit donc w h substance étant écrite et bien entendue par l'Eglise; tout le reste qui en est la suite a été diveraemcel pratiqué, selon la sage dispensation de la même Église, pour Fédillcation du peuple saint?

Allons de ce pas, ne tardons pas davantage: allons adorer Jésus qui repose sur l'autel. Ah! c'est là qu'on me le garde; c’est de là qu'on me l'apportera un jour en viatique , pour me faite heureusement passer de oette vie à l'autre. Pain des voyageurs , qui serez un jour le pain des compréhensetirs, le pain de ceux qui vivroot dans la céleste patrie, je vous adore; je crois en vous; je vous désire ; je vous dévore en esprit : yous êtes ma nourriture , vous êtes ma vie.

LVII' JOUR

Letacrlllee.

A Dieu ne plaise que nous oubliions la saian action du sacrifice, et le mystère de la consécration ! Je vois un autel ; on va offrir un sacriüre. I« sacrilice des clirétiens; le sacrifice et l’oWatwo

' l.«c vni . »3 . t* . V7. — V Ibid, XVII . 6. — ’ f v" '* !'*■ XCVIII, tt. 9.

MÉDITATIONS SÜR L’ÉVANGILE.

puiw, dont il Mt écrit, qu'elle deoait être oj/erle depiiU le soleil levant jusques au couclùmt O n'est plus ce sacrifice qui ne devait être offert que dans le temple de Jérusalem, et en un lieu particulier choisi de Dieu ; c'est un sacrifice qui doit être offert parmi les Kentils et dans toutes les nations de la terre. Où est donc l'appareil du sacrifice ? où est le feu ? où est le couteau ? où sont les victimes? Cent taureaux , cent génisses ne suffiraient pas pour exprimer la grandeur dé notre Dieu. On offrait aux faux dieux mêmes des hécatombes , c’est-à-dire des bceufs par centaines ; je ne vois rien de tout cela.

Quelle simplicité du sacrifice chrétien! Je ne vois qu’un pain sur l'autel , quelques pains au plus, un peu de vin dans le calice. Il n’en faut pas davantage pour faire le sacrifice le plus saint, le plus auguste, le plus riche qui se puisse jamais comprendre. Mais n’y aura-t-il point de cluiir, n'y aurat-il point de sang dans ce sacrifice ? Il y aura de la cluir, mais non pas la cliairdes animaux égorgés; il y aura du sang , mais le sang de Jésus-Clirist : et cette chair et ce sang seront mystiquement séparés. Kt d'où viendra cette rliair, d'où viendra ce sang? Il se fera de ce pain et de ce vin ; une parole toutepuissante viendra qui de ce pain fera la chair du Sauveur , et de ce vin fera son sang : tout ce qui sera proféré par cette parole, sera dans le moment ainsi qu'il aura été prononcé; car c'est la même parole qui a fait le ciel et la terre , et qui fait tout ce qu'elle veut dans le ciel et dans la terre. Cette parole prononcée originairement par le Filsde Dieu, a fait de ce pain son corps, et de ce vin son sang. Mais il a dit à ses apôtres : Faites ceci : et ses apôtres nous ont enseigné qu'on le ferait jusqu’à ce qu’il vint : DOKEC VEMST * ; juSqu'au dernier jugement. Ainsi la même parole répétée par les ministres de JésuiçChrist, aura éternellement le même effet. Le pain et le vin se changent ; le corps et le sang de Jésus-Christ en prennent la place. O Dieu I ils sont sur l'autel ce même corps, ce même sang; ce corps donné pour nous, ce sang répandu pour nous. Quelle étonnante merveille! C'est une merveille pour nous ; mais ce n'est rien d'étonnant pour le Fils de Dieu, accoutumé à faire tout par sa parole. Tu es guérie^ : on est guéri : Tu es vivant •* : on vit, et la vie qui s'en allait est rappelée. Il dit : Ceci est mon corps ; ce n'est plus du pain ; c'est ce qu'il a dit : il a dit ; Ceci est mon sang : ce n'est plus du vin dans le calice, c'est ce que le Seigneur a proféré; c'est là son corps, c'est le sang; ils sont séparés; oui, séparés; le corps d'un côté , le sang de l'autre : la parole a été l'épée , le couteau tranchant qui a fait eette séparation mystique. Kn vertu de la parole, il n'y aurait là que le corps, et rien là que le sang : si l'un se trouve avec l'autre, c'est à cause qu'ils sont inséparables depuis que Jésus est ressuscité : car depuis ce tempslà il ne meurt plus. Mais pour imprimer sur ce Jésus , qui ne meurt plus , le caractère de la mort qu'il

• MuUirh. I. II. — * !, Cor. XI, 21 , 35 , IS. — • * V«irr, V, 34 - * Jfhtn. Il . 13 . t\.

a véritablement soufferte, la parole vient, qui met le corps d'un côté, le sang de l'autre, et chacun sous des signes différents ; le voilà donc revêtu du caractère de sa mort, ce Jésus autrefois notre victime par l'effusion de son sang , et encore aujourd'hui notre victime d'une manière nouvelle par la séparation mystique de ce sang d'avec ce corps?

Mais comment ce corps , comment ce sang ? Cela se peut-il? et un corps humain peut-il être sous cette mince étendue ? Qui en doute , si la parole le veut? I.a parole est toute-puissante : la parole est l'épée tranchante, qui va aux dernières divisions; qui saura bien , si elle le veut , ôter à ce corps ses propriétés les plus intimes, pour ne nous en laisser que la nue et pure substance : car c'est cela qu'il me faut ; c'est à cette pure substance que le verbe divin est uni ; car son union est substantielle; son union sa fait dans la substance : celle qu'il veut avoir avec moi, se fera aussi par la substance de son corps et de son sang ; il l'a dit; et cela est fait dans le moment.

Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel I Jo le crois bien ; la parole sait ôter au sens tout eo qu'elle veut, lorsqu'elle veut exercer la foi. Jésus- Christ, quand il a voulu , s’est rendu invisible aux hommes : il a passé au milieu d'eux sans qu'ils le vissent ; deux disciples , à qui il parlait , ne le connurent qu'au moment qu'il le voulut : Marie le prit pour le jardinier jusqu’à ce qu'il l'edt réveillée, et lui edt ouvert les yeux par sa parole. Il entre, il sort; et on ne le volt ni entrer ni sortir : il parait, il disparaît comme il lui plaît. Qui doute donc qu'il ne puisse nou.s rendre invisible ce qui par lui-même ne le serait pas? La parole, ce glaive trancliaut, est venue , et a séparé de ce corps et de ce sang , non-seulement tout ce qui pourrait les rendre visibles, mais encore tout ce par où ils pourraient frapper nos autres sens.

Mais Je vois tout ce que je voyais auparavant; et si j'en crois mes sens , il n'y a que pain et que vin sur cette table mystique. Le pain y est-il ? le vin y est-il? Non; tout est consumé. Un feu Invisible est descendu du ciel : la parole est descendue, a tout pénétré au dedans de ce pain et de ce vin : elle n'a laissé de substance sur la table sacrée , que celle qu'elle a nommée ; ce n'est plus que chair et sang. Et comment? La parole est toute-puissante ;

' tout lui a cédé , et rien n’est demeuré ici que ce qu'elle a énoncé : ce feu a tout cliangé en lui-même : la parole a tout changé en ce qu'elle a diL

Mais je vois le même extérieur? Oui , parce que la parole n'a rien laissé que ce qui lui était nécessaire pour nous indiquer où il fallait aller prendre ce corps et ce sang , et tout ensemble pour les cou- I vrir à nos yeux. Les anges ont apparu en forme ' humaine : le Saint-Esprit même s'est manifesté I sous la forme d'une colombe : la parole veut que lecorpsdeJésus-l'.hrist nousopparaisse sous les es- I pèces du pain, parce qu'il fallait un signe pour : nous annoncer où II fallait l'aller prendre ; cequ'elin ! veut, s'accomplit. Elle a consumé toute la suhstaiice ; ce que vous voyez est comme la cendre que

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

c« feu divin a laissée : mais plutfit ce n’est pas la cendre, puisque la cendre est une substance, et ce qui reste de cet holocauste n’est que l'enveloppe sacrée du corps et du sang : c'est enfin ce que la parole a voulu laisser pour nous marquer la présence occulte, quoique véritable, de ce corps et de ce sang de Jésus-Christ, qu'elle voulait bien mettre là en vérité et en substance, mais qu’elle ne voulait montrer qu'à notre foi. N'en disons pas davantage? car tout le reste est incotnpréliensible , et n'est vu que de celui qui l'a fait.

Voilà le signe que Jésus-Christ nous a laissé, signe auquel nous reconnaissons qu'il est véritablement présent. Car la parole nous le dit; et il ne faut pas être en peine de la manière dont elle exécute ce qu'elle prononce ; il ne faut songer qu'à ce qu'elle signifie. Car elle a en elle-même une vertu pour faire tout ce que veut celui qui l’envoie. // a, dit-il , envoyé sa parole, et elle les a guéris, et elle Us a arrachés des mains de la mort'. Sa parole ne revient point inutile : elU fait tout ce qu'il a ordonné'. Entendez donc encore un coup cette parole ; Ceci est mon corps. S'il avait voulu laisser un simple signe, il aurait dit ; Ceci est un signe : s'il avait voulu que le corps fdt avec le pain, il aurait dit : Mon corps est ici. Il ne dit pas : Il est ici , mais Ceci lest; par là il nous définit ce que cVtait , et ce que c’est. Quand on vous demandera ; Qu’est-ce que ceci? il n’y a qu'un mot à répoudre : C'est son corps; la parole a fait cette merveille.

Elle n'en demeure pas là. Sortie de la bouche du prêtre comme de celle du Fils de Dieu, elle a fait sur le saint autel ce changement prodigieux : elle tourne ensuite sa vertu sur nous tous, qui assistons au sacrifice ; elle éteint en nous tous nos sens : nous ne voyons plus; nous ne goûtons plus, par rapport à ce mystère. Ce qui nous paraît pain , n'est plus pain : ce qui nous parait vin , n'est plus vin ; c'est le corps, c'est le sang de Jésus-Christ. Nous n'en croyons plus le jugement de nos sens; nous en croyons la parole : elle a tout changé, et nousmêmes nous ne sommes plus ce que nous étions, des hommes assujettis à leurs sens , mais des hommes assujettis à la parole. En cet état nous approchons du saint autel : Venez, le désiré de mon coeur! sitivit iix ti anima hba : monàmea soif de vous : en combien de manières ma chair mus désire-t-etU^t Oui, ma chair prend part au désir de l'àine : car c'est en elle que s'accomplit ce qui cause à l'àme ces transports. Mon cœur et ma chair se réjouiront dans U Dieu vivant* : tous mes os crieront ; Seigneur, qui est semblable à vous ? ? Qui vous est semblable en puissance? Mais qui vous est semblable en bonté et en amour ?

LVIIl' JOUR.

Simplicité et grandeur de ce sacrifice.

Que le sacrifice des chrétiens est grand, qu'il rst auguste! mais qu'il est simple! qu'il est hum-

' /•».cvi,ai.->n.n,ii.->/'j.uu,2.-Wtid nxvui,

J. ^ ‘ lUitl. XXXIV, 10.

ble! Un peu de pain, un peu de vin, et quatre paroles le composent! Je reconnais le caractère du Seigneur Jésus. Qui voyez-vous? un homme : Qui croyez-vous? un Dieu. Saint Paul dit ; {/vi mua géra ce pain ■ ? il ne parle que de pain , direz-vous Il parle de ce qui parait, et il se plaît à marquer ce qu’il y a d'humble, de commun, de familier dan. ce sacrifice; mais pénétrez la simplicité de cetlparole ; voyez ce qui suit , ce qui précède : roo. entendrez alors quelle force, quelle grandeur il i a dans celle parole : <jui mange ce pain. Car rr pain , c'est-, à-dire , ce pain fait corps ; ce pain en apparence, mais corps en effet; ce pain par qui un autre pain, et le vrai pain de vie éternelle, nous eu donné. Voilà ce que veut dire ce pain. Il faut entendre de même le calice du Seigneur. Les calices qui ont servi à l’eucharistie ont été des matière, les plus précieuses , et cela dès l’origine du christin nisme, et même durant le temps des persécution, et de la pauvreté de l’Église. Je ne m’en clou» pas ; Jésus-Christ nous a fait entendre de quoi wi corps était digne, quand il a permis et approim qu’on employât tant de parfums exquis, noa-m lement à l’bonorer pendant sa vie , mais encart i l’oindre après sa mort.

Mais quoiqu’il approuve ces choses , et que ne Église les imite , elle n’est point attachée à cet appareil extérieur. I..a persécution lui peut dter f« et l’argent , dans lesquels elle sert le Fils de Dito: peut-elle lui faire perdre la richesse de son sacrifier’ Non : un peu de pain , un peu de vin lui pcuieii fournir de quoi offrir à Dieu le plus auguste sacrifice , et de quoi donner à tous les fidèles le plus magnifique repas. Voilà les vraies richesses de l’Eglàc les autres non-seulement lui peuvent être ùlccs mais elle-même elle s'en est souvent défaite. Elir a loué ses évêques , qui , pour assister les pauvres, se réduisaient à porter le corps de Jésus-Christ dais un panier, et son sang dans un simple verre; ccsi qui employaient les vaisseaux sacrés à racheter In captifs, à acheter de la place pour enterrer m morts. Il faut donc avoir du zèle pour honorer In mystères, et ni l’or ni les pierreries ne doivesi point être épargnés pour exciter la révérence de. peuples. Mais cependant n’oublions jamais que a qu'il y a de vraiment riche dans ce sacrifice, c'esi ce qui est le plus caché , le plus humble. Mais q» fait là Jésus-Christ ! Je ne vois pas qu’il y hw rien qui soit digne de lui. C'est cela même quied grand : car c’est par là qu’il fait voir que toute « grandeur est en lui-même : c’est en cela qu’il (*• voir que toute sa grandeur, aussi bien que l«ii' notre félicité, est dans sa mort. Plus il est anéanti, plus il est mort , plus il nous transporte sa vie. gne mémorial d'un Dieu , qui s’est anéanti Immême.

LIX' JOUR

L'Agneau devanlle dp Ok«i t. <•

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