‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 235 sur 273 · I.a meue est la oonUaunUon de la cène de Jésus*Chrlst · texte numérisé non relu

I.a meue est la oonUaunUon de la cène de Jésus*Chrlst

Ibid.

Reeonnaisssons donc, chrétiens, que toutes gréces abondent dans ce sacriRce. Jésus est mort une fois, et n'a pu être offert qu'une fois en cette «orte; autrement il faudrait conclure que la vertu de eette mort serait imparfaite; mais ce qu'il a fait line fois de cette manière, qui était de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son dme avec tout son sang, il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu , par saint Paul , qu'il ne cesse de se présenter pour nous; et dans son Église, où tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort.

Peuple racheté, assemblez-vous pour célébrer lès miséricordes de votre Père céleste par Jésus- Christ immolé pour vous. Où est le corps de Jésus, là est le lieu de votre assemblée : où est ce corps , là tes aigles doivent accourir’. Et qu'y ferons-nous? qu'a fait Jésus? U a pris du pain : U a béni ; il a rendu grâces dessus : il a fait de saintes prières : il a pris une coupe • : il a fait de même dessus. Le prêtre fait comme lui ; on mange , on boit ce corps et ce sang; on dit l'hymne, et on se retire. Soyons attentifs; suivons le prêtre qui agit en notre nom, qui parle pour nous ; souvenons-nous de la coutume ancienne d'offrir chacun son pain et son vin, et de fournir la matière de ce sacrifice céleste. La cérémonie a changé , l'esprit en demeure; nous offrons tous avec le prêtre ; nous consentons à tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il dit. Et que dit- il? Pries, mes frères, que mon sacrifice et le votre soient agréables au Seigneur noire Dieu. Et que répondez-vous ? Que le Seigneur le reçoive de vos mains. Quoi ? notre sacrifice et le vôtre. Et que dit encore le prêtre? Souvenez-vous de vos serviteurs, pour qui nous vous offrons. Est-ce tout? il ajoute ; ou gui vous offrent ce sacrifice. Offrons donc aussi avec lui ; offrons J ésus-Clirist, offrons-nous nous-mêmes avec toute son Église catholique, répandue par toute la terre.

Iæ prêtre bénit, il rend grâces sur ce p.ain et sur ce vin , qui va être changé au corps et au sang; il prie pour toute l'Église : bénissez, rendez grâces, priez. On vient à cette spéciale bénédiction, par laquelle on consacre ce corps et ce sang : écoutez , croyez, consentez. Offrez avec le prêtre ; dites .dmen ^ur son invocation, sur sa prière. J.e voilà donc ; il est présent; la parole a eu son effet; voilà Jésus aussi présent qu'il a été sur la croix, où il a paru pour nous par l'oblation de lui-même’; aussi présent qu il est dans le ciel , où il parait encore pour nous devant la face de Dieu <. Cette consécration.

*«i,, -jn. — - tout. XXVI, Jfi, M, >J, Kl. — J Hrb. IX , 3e. — « me 34.

cette sainte cérémonie, ce culte plein de sang, n néanmoins non sanglant, où la mort est partoil, et où néanmoins l'hostie est vivante, est le vni culte des chrétiens; sensible et spirituel, simple et auguste , humble et magnifique en même temps.

Quoi! durant un si grand mystère, pas un soupir sur vos péchés, pas un sentiment de componrtion! Vous assistez de corps seulement! Eh quoi! Jésus n'est-il ici que selon le corps ?son esprit n'est, il pas aussi avec nojis ? Et que veut donc dire le prêtre, lorsqu'il nous salue, en disant ; Doaraci vOBiseuH : Le Seigneur est avec vous ; £taat voire esprit, répondez-vous. C'est donc à l'espn'i du prêtre, à l'esprit du sacrifice, que vous vonies vous unir; et votre corps est là comme mort, uu esprit, sans foi! Quoi donc, vous ne sentez riei! Vous ne songez pas que ces espèces sacrées sou l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur, et comme le drap mortuaire dont il est couvert! Vous assistez au tombeau, où est votre Féit qui est mort percé de plaies pour vous sauver; n vous êtes insensibles ! Vous vous réveillez à «i paroles; mais songez-vous bien que ce Jésus» présent ne veut pas vous voir avec le moindre nsseotiinentcontrevotrefrère;ou, pour parler coanx I lui, avec le moindre ressentiment de votre frén contre vous ■ ! Vos autres dérèglements ne lui causent pas moins d'horreur. Allez, hypocrites, ne m’honores que des lèvres, et dont te cour al loin de moi ■ : retirez-vous. Non : revenez ; raoinaj vous ; rentrez en vous-mêmes : donnez du moins as soupir au déplorable état de votre âme. Dites : > confesserai à Dieu mon péché, et vous me lem remis >. Oui ; vous le pourrez confesser avec tant de componction et de si bon coeur, qu'il vous sen pardonné à l'instant.

LXIV JOUR

La eonuDunton. Il faut oommunter au motos en Horit.

Ibid.

On vient à la communion : heure terrible ! heure désirable! l.e prêtre a communié : préparez-vous; votre tour viendra dans un moment. Commuuiri d'abord en esprit; croyez, adorez, désirez. Cest ma viande, c'est ma vie; je la désire, je la veuv Vous n'êtes pas préparé à communier; pleurez, ge missez. Hélas ! où est le temps où nul n'assistait que les communiants , où l'on chassait , où Ton reprenait, du moins où l'on blâmait ceux qui assistaient au banquet sacré sans manger ? Fin effet . y assister sans manger, n'est-ce pas déshonorer le festin cl eu m^riser les viandes ? Quel mépris ! quelle maladie’ quel dégoût ! Mais ce n'est plus la coutume. Êcoutez ce que dit l'Église dans le rmneile de Trente : Le saint concile désirerait que tous ceux qui assistent au sacrifice y participassent i. Pourquoi le saint concile le désire-t-il, si ce n’est que Jésus- Christ le désire? Car il ne se change en viande que pour être mangé. L’Église désire donc que vous communiiez, vous tous qui assistez au sacrifice

' Mallh. V, 3,1. — • Ibid. IV. 7 , s. - ' Fs xi>i. s - • Sfts. nu, cap O.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Le concile toutefois ne dit pas qu'il désire; il dit qu’il désirerait : O/ttarel sancta synodits. Pourquoi ? l’Église n’ose former un désir absolu d’un si grand bien; elle désirerait que tout le inonde le fit, que tout le monde en fdt digne. O prêtre, désirez aussi que tout le monde communie avec vous ! Et vous tous qui assistez, répandez à ce désir de l'Église et de son ministre. Si vous ne communiez pas , encore un coup, pleurez du moins, gémissez, reconnaissez en tremblant que le chrétien devrait vivre de manière qu’il pût communier tous les jours. Promettez à Dieu de vous préparer h communier au plus tût ; vous aurez communié du moins en esprit. Le prêtre communie : le prêtre aclicve, affligé de communier seul; ce n’est pas sa faute; il ne faut pas laisser de dresser la table, encore que tous n’en approchent pas. Telle est la libéralité, telle est la bonté du grand Père de famille. Enfln donc le sacrifice est consommé ; retirez-vous avec douleur de n’y avoir pas eu toute la part qui vous était destinée.

LXV' JOUR

l.'sction de grâces. xvvi, au.

/•;( après aroir dit l'hymne, ils t'en alléreat a la nionlagne des Oliviers Ils y allèrent à la vérité; mais avant que Jésus-Christ partit, il se passa plusieurs choses, que nous verrons dans la suite. Arrêtons-nous un moment sur cet hymne, sur ce cantique d’action de gréccs et d'allégresse, par lequel Jésus et ses apôtres finirent le saint mystère. Que pouvaient chanter ceux qui étaient rassasiés de Jésus-Christ, et enivrés du vin de son calice, sinon celui dont ils étaient pleins.’ L'Jgneau gui a été immolé est vraiment digne de recevoir la force, la divinité, ta sagesse, ta puissance, l'honneur, la gloire, la bénédiction. Et j entendis toute créature gui est au ciel, sur la terre, sous la terre, sur la mer et dans la mer, et tout ce gui est dans ces lieux , gui triaient en disant : d celui gui est assis sur te trône et à l'.Igneau , bénédiction , honneur, gloire, et puissance aux siècles des siècles ‘ !

Ix monde chante les joies du monde ; et nous que chanterons-nous après avoir re<;u le don céleste, que les joies éternelles?

Le monde chante ses passions , ses folles et criminelles amours ; et nous que chanterons-nous sinon celui que nous aimons?

Le monde fait retentir de tous côtés ses joies dissolues; et qu'entendra-t-on de notre Imuche, après avoir bu ce vin gui germe les vierges sinon des cantiques de sobriété et de continence? Remplis de la mort de Jésus-Christ, qui vient de nous être remise devant les yeux, et de la chair de son sacrifice, que chanterons-nous, sinon ; Le monde est crucifié pour moi , et moi pour te monde Et-

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne , sans réciter le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi! Moïse et l'ancien peuple chantèrent

' Mallh. XXVI. 10. —• .Vgor. v, Il , 11. — ’ Zni A ix. 17 — I C.iï. VI. II.

avec tant de joie le cantique de leur délivrancq après être sortis de l’Égypte et avoir passé.la mer llouge! tJiantez aussi, peuple délivre, chantez le cantique de Moïse et le. cantique de l’Agneau, en disant : Que vos truvres sont grandes et admirables , ô Seigneur, Dieu tout-puissant t Que vos voles sont Justes et véritables, û Hoi des siècles l .Seigneur, qui ne vous craindrait , et gui ne glorifierait votre nomf car vous seul éles saint : toutes les nations viendront , et adoreront devant votre face : parce gue vos jugements sont manifestes '. t'oui avez détruit par votre mort celui qui avait t'empire de la mort : c'est-à-dire le diable ’ : le prince de ce monde est chassé ’ : et attachant à votre croix la cédule de noire condamnation, vous avez désarmé les principautés et les puissances, vous les avez menées en triomphe hautement , et à la face de tout l'univers , après les avoir vaincues par votre croix 1. Et maintenant, en mémoire d’une si belle victoire, nous offrons par vous et en vous, à votre Père céleste , ce sacrifice de louanges et d’actions de grûces, qui an fond n'est autre chose que vousmême, parce que nous n’avons que vous à offiir pour toutes les gr&ces que nous avons reçues par votre moyen.

LXVl' JOUR.

Trtlilfon de ludat découverte. JixiK. iiii.ie.ao. ,

A près la cène achevée ; après que Jésus eut donné à Judas le morceau trempé , qui fut un signe à saint Pierre et .i saint Jean pour connaître ce traître, le malheureux se refira incontinent; et II élaitnuit^.

Pour l’ordre de l’Iiistoirc, on peut observer ce qui a déjii été remarqué dans l’évangile de saint Luc, qu’après la cène Jésus parla encore à ses disciples de celui qui le devait trahir .■ ce qui redoubla leur inquiétude sur l'auteur de la trahison. Ce fut alors que saint Pierre fit signe ."i saint Jean, et que Jésus leur donna à eux seuls la marque du morceau trempé.

Il ne le fit pas conn.iître à tous le.s disciples, comme saint Jean le dit expressément ®. Cela aurait causé parmi eux un trop grand tumulte, et ils se seraient peut-être portés à quelque violence ; i laquelle aussi , par sa bonté, il ne voulait pas exposer le traître, ni le divulguer plus qu’il ne fallait. Mais comme il voulait qu'ils sussent qu’il connaissait parfaitement toutes choses, et que cela leui était utile, il en choisit parmi ses disciples deux, dont il coiinaiss.iit mieux la discrétion, pour être, quand il le faudrait , témoins aux autres qu’il n< savait pas les événements par de vagues connaissances, ou des pressentiments confus; mais avec une lumière claire et distincte.

Il parla donc à saint Jean assez bas, pour n’êtri entendu que de lui seul , ou tout au plus de saini Pierre, qui y était attentif.- les autres ne connureni rien à ce signal; et Judas, après avoir pris ce morceau, se retira incontinent, selon saint Jean.

' Spar. IV, 3, *. — • //<-». U. U. — * JiKOI. XII, Il -

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lurv-nT. — lOVt Hl.

7SJ MEDITATIONS Sllll L KVaNGILE.

Celle sortie |mTi|>itéc ilii traître disciple eiU étonné les autres apôtres , s’ils n'eussent oui Jésus- Clirist, qui lui avait dit : f'aii vite ce i/ue tu at à faire' : ce qu'ils avaient entendu de quelque ordre qu'il lui donnait pour la fête ou pour les pauvres. Ils connaissaient la tendresse de leur maître pour ces derniers. Il donnait souvent de pareils ordres pour eux; et on jugeait bien qu'il ne les oublierait pas au milieu de ses extrêmes périls. Aimons donc les pauvres, et preiions-en tant de soin, qu'on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.

Quelques-uns ont cru que ce morceau, après lequel Satan entra en Judas, fut celui du pain sacré de l'eucharistie. Mais visiblement ce fut un morceau que Jésus-Christ trempa dans quelque plat; ce qui ne convient point à ce pain divin.

Il faut donc entendre que ce morceau fut à saint Jean le signe qu'il demandait, et à Judas, la dernière marque de familiarité et de communication qu’il aurait avec lui; après quoi ce coeur ingrat, ipie rien ne put fléchir, fut livré a Satan.

Quant à ce que dit saint Jean , que Judai sortit incontinent après, on peut entendre cet incontinent en deux manières. L’une, que ce morceau trempé fut donné au traître pendant le souper; auquel cas, l'incontinent ne voudrait pas dire le moment immédiatement suivant, puisqu'il y eut entre deux la consécration du sang qui se üt après le souper, et à laquelle Judas assista selon saint Luc, comme il a ké dit souvent. L'incontinent, en ce cas, voudrait dire peu de temps après, et signifierait seulement qu’il n’y eut point d'autre action entre la sortie de table, qui devait arriver un moment après, et la retraite de Judas. L'autre manière d'expliquer ce morceau trempé, c’est qu’il fut donné à Judas après la consécration de la coupe sacrée. Car, encore que le souper fût achevé, on voit, par saint Luc, qu'on demeura encore quelque temps à table, puisque Jésus-Christ y parla encore du traître. Ce put donc être alors qu'il donna ce morceau à Judas comme extraordinairement, et .après le souper; peut-être même, pour le mieux marquer aux deux disciples , à qui il voulut bien le faire connaître. Au reste, il n’est pas besoin d’être curieux sur ces circonstances ; et lorsqu’on voit quelque obscurité dans les évangiles sur de telles choses, on doit croire qu’elles ne sont pas fort importantes, ou du moins qu'elles ne le sont pas pour tout le monde. Quoi qu'il en soit, après la cène. Judas sortit; et ce n'est pas sans raison que saint Jean remarque , qu’i/ était nuit; afin de nous faire entendre que tout ceci, et ce qui suit, arriva peu d’heuresavantqueleSauveurfûtIivré.Car ilfutlivré la même nuit. Cette circonstance du temps auquel Jésus parle, sert à nous rendre attentifs à ses dernières paroles, qui contiennent son dernier adieu et ses dernières instructions; celles par conséquent qu'il veut laisser le plus profondément gravées dans le cœur de ses disciples. En voici une très-importnnte (|ue nous tirerons de saint Luc.

' JiM». ïiii. 27.

LWID JOUR.

Autorité liÿiUin^ établie; tlominalioa interdite itam rEftllw. Lut. xMi, *it.

// s'éleva aussi une dispute entre eux, Iniset d’eux tous paraissait être le plus granit «. Cette dispute, assez fréquente parmi les apôtres, est renouvelée au temps de la cène. .Saint Luc la place incontinent après qu’il en a fait le récit, et celui de l’étonnement où se trouvèrent les apôtres, lorsqu'ils sedemandaient les uns aux autres, lequel d'entre eux trahirait leur maître •. Rien ne p«ut éteindre l'ambition dans les hommes. L’exemple de b douceur et de l’humilité de Jésus-Christ devait faire mourir ce sentiment. Et cependant ses disciples, gens grossiers, qu’il avait tirés de la pêche et de la nacelle, s’y laissent emporter. C’est ce qu'on voit souvent dans l’histoire de l'Evangile; et Jésus les avait réprimés par les paroles les plus fortes : surtout lorsque les deux fils de Zébédée lui demandèrent les premières places de son royaume Cependant la même dispute renaît, et dans le plus grand contre-temps qui fût jamais. Ils venaient de voir le lavement des pieds : et Jésus, qui leur ordonnait de suivre cet exemple , pour les y exciter davantage les avait fait souvenir que lui , qui le leur donnait, était leur Seigneur et leur maître. Combien plus se devaient-ils abaisser, eux qui n’étaient que les serviteurs!

Ils l’allaient perdre; déjà il ne leur parlait que de sa mort prochaine , de la traliison qui se tramait contre lui , et de toutes les suites funestes de et complot. Quoiqu’ils ne dussent être occupés que d’un si triste et si étrange événement , leur ambition les emporte. Et, encore a.ssis à la table où Jésus leur avait donné la communion, mystère d’abaissement , où le caractère del’humilité de Jésus jusqu'à la mort de la croix était imprimé, l’action de grâces étant à peine achevée, ils se disputent entre eux la première place. Connaissons le génie de l’ambition, qui ne nous quitte jamais au milieu des événements les plus tristes, et parmi les pensées et les exemples qui nous devraient le plus porter à des sentiments contraires.

Jésus-Christ leur dit sur ce sujet ce qu’il leur avait déjà dit dans les occasions que nous venons de marquer ; et il le répète dans un temps dont toutes les circonstances le devaient encore plus imprimer dans les esprits, puisque c’était celui de sa n»rt prochaine, et de son dernier adieu.

Mais il faut encore regarder plus loin. Il venait établir un nouvel empire , qui aurait son gouvernement, et, pour ainsi parler, ses magistrats; et il SC sert de cette occasion pour montrer quel detail être le génie de ce nouveau gouvernement.

Ce qu’il a dessein d’établir, c’est la différence des empires et des gouvernements du monde, d'ave* celui qu’il venait former. Dans ceux-là est le faste; tout s’y fait avec hauteur et avec empire, souvent même avec arrogance, avec violence; mais parmi

' l.w XXII.51. — ■ /tld. VJ. — v.ViiW*. XI, 2> Vire s, ts.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGII.K.

vous Ir premier ri le plus yrnntl dnit devenir le plus peut , e^ celui qui gouverne doil (Ire le servileur de Ions. De mime que le Fils de l'homme n'est pas venu se faire servir, mais servir tui-m(me,cl donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. Car vous voyez que je suis parmi votss comme celui qui sert ‘ ; puisque niénne pendant que vous étiez assis à table, j’en suis sorti pour vous servir, et pour vous laver les pieds.

Il ne dit donc pas qu'il n'y a point de conducteur, ni qu'il n'y a point de premier parmi eux; mais il dit à ces conducteurs, et à celui même qu'il avait déjà désigné tant de fois pour être le premier, que leur administration est une servitude ; qu'ils doivent, à son exemple, être la victime de ceux qu'ils ont à conduire; et qu'ils doivent paraître les derniers de tous par leur humilité.

Cest ce qu'ont pratiqué les apôtres. Paul se rend serviteur de tous , et se fait tout à tous , afin de les sauver lotis ^ : Pierre, qui était le premier : /e par/e « voiut, qui (tes prUre, moi qui suis prêtre comme vous , et qui suis de plus témoin des souffrances de Jésus-Christ , et devant participer à sa gloire : paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis , vrillant sur su conduite , non par nécessité et par contrainte, ni par intérêt; mais avec une affection sincère et rnlontalre; non en dominant sur riiéritage du Seigneur, mais en vous rendant te modèle de tout le troupeau : et lorsque le prince des pasteurs jiaraUra, vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais

Voyez comme il se souvient des paroles de Jésus- Christ. Le maître dit : les rnis des nations les dominent; mais il n'en est pas ainsi parmi vous* : et le disciple , .Ve dominant point sur l'héritage du .Seigneur. Il faut donc ôter du milieu de nous l'esprit de domination , l'esprit de fierté et de hauteur, l’esprit d'orgueil, l’esprit d'intrrét; mais songer à gagner les cœurs par l’humilité, par amour, et en donnant bon exemple.

I.e maître dit : Ceux qui exercent ta domhuition et la puissance sur eux, sont appelés bienfaiteurs * : c'était un titre qu’on avait donné à de grands rois, qu’on appelait Evergetes, bienfaiteurs; et on le donnait ordinairement aux grandes puissances de la terre. Files aimaient à être honorées de titres qui marquaient bonté, libéralité, magnîficeiice. Les plus grands titres des grands rois sont ceux qui sont tirés de la douceur : témoin ce titre de très-clément, qu'on donnait aux empereurs : et celui de sérenissime, dont on honore encore les rois et les princes. Mais vous, dit le Sauveur, ne soyez point bienfaiteurs en cette sorte, pour vous faire Honneur de ce titre; mais en vous rendant en effet serviteurs de ceux que vous aurez à conduire.

la; maître dit : fai été parmi vous comme serviteur : et je suis venu pour donner ma vie en rédemption pour plusieurs *. Kt saint Paul a

I Mallh. XX , M , 27 , XS. Luc. XXII , 2« , 27. — ’ I. Cor. IX , I», 22. — a I. z>./, V, 1 . 2, a, ' Luc. XXII, 2-'.. ai. — • iiitt. aa. — • U'iU XX, 2s.

dit aussi , comme on a vu , non seulement : Je me suis rendu serviteur de tous; mais encore : .S'il faut que je sois immolé, et tout mon sang répandu en effusion sur le sacrifice de votre foi, jeon'en réjouis ■ : et encore : Je vais être immolé, et l'effusion commence déjà ■.

Ce n’est pas qu’il ne doive y avoir dans les pasteurs de l’Eglise une autorité; et s’ils ne devaient pas agir d'une certaine façon avec empire, saint Paul n'aurait pas écrit à Tite ; Partez avec tout empire : que personne ne vous méprise * : et il n'aurait pas menacé lui-même de venir avec la verge , et de châtier toute désobéissance *. Mais c'est, dit saint Augustin, que ce n’est pas nous, mais Dieu et sa vérité, que nous voulons faire craindre dans notre parole.

Voilà donc comme à cette fois, et après l’excinple de la mort de Jésus-Christ , ses apôtres .sont changés. Ils ne songent plus à exercer un empire hautain : ils gagnent tout par l’humilité et par la douceur ; ils n’envient plus à Pierre la prééminence. Il prend partout la parole, et personne ne la lui conteste L'oyez, dit saint Chrysostôme , comme il se met partout a la tde, et comme II agit dans cette sainte société, comme en étant le chef. Personne ne s’y oppose plus; et ce désir de préséance, dont ils ont été autrefois si animés , a entièrement cessé. Pierre, qui agit partout comme le premier, se laisse reprendre par Paul 7 : sur quoi les Pères remarquent : Il ne dit pas : Je suis le premier, et je dois être géiéré et obéi par ceux qui sont après moi; mais il se laisse contredire jusqu'à lui résister en face, et il loue les lettres de saint Paul *, où il est expressément porté, qu'il ne marchait pas droit selon la vérité de r Évangile s, jusqu’à les mettre au rang des Écritures inspirées de Dieu.

Changeons donc aussi avec les apôtres. Si la mort de Jésus-Christ a éteint en eux ces sentiments d'une ambition toujours renaissante, faisons-les aussi mourir en nous; et puisque les chefs du troupeau sont si humbles, songeons à riiuniilité qui convient aux simples brebis.

LXVIII' JOUR

Royaume de Dieu, à qui destiné. Luc. xiir, 38, 3^, 80.

/ OUI êtes ceux qui êtes demeurés avec moi dans mes tentaHons dans mes peines : comme s’il disait : Le désir de la gloire vous tourmente; voici en quoi vous devez mettre votre gloire, c’est de ne m'avoir point abandonné au milieu de mes périls et de mes peines. Kt moi aussit je tous prépai'e le royaume, comme mon Père me l’a pré-, paré le noéme qu’il m’a préparé, un royaume éternel et inébranlable, ^'y a-t-il pas là de quoi contenter votre ambition? au lieu de vous amuser a vous disputer l’un à l’autre sur des préférences

» Philip. Il, 17. — • II. Tint. IT, 6. ~ » TU. Il, 16. — ‘ î. Cor. IV, SI. — * .4ct. 1, n, 15; n, 14; iii , I2; rv. B; t, 20; X , 6; XI. 4, 17; xv,7, eir. — * Ad. À pont. hotn. i ri titihi. —I Cal. Il, Il , 11. • II. Prt. III, 15, IC.

Ihtft. — • L»r WII . 2H. — " ibtfi 2?

7ÎI

MH'IDITATIONS SLU 1. ÉV ANfill.E.

trmporflU's. Quond rnit» serez dans ee roijaume, je rous y ferai asseoir à ma table; nous y mangerez et rous y boirez arec moi Vous y manderez tous sans ilistinrtion les mfines viandes; vous serez tous egalement rassasiés des délices et de l'abonilanee de ma maison ; nul ne portera envie nus autres, parce que tous ensemble vous serez heureux. On se dispute les avantages de la terre, parce que qui les possède les partage, et ne peut les laisser aux autres en leur entier ; mais à ma table et dans mon royaume In plénitude du bien y est si grande, que tout le monde le peut posséder sans diminution.

\ ous demandez des trônes et des premières places ; voici le trône que je vous prépare : t ous serez assis sur douze trônes , et rous jugerez arec moi tes douze tribus fV Israël *. Vous les jugerez et avec moi , vous serez tous mes a.ssesseurs ; et vous songez aux |>etits honneurs et aux petits avantages que vous pouvez espérer sur la terre! I,evez les yeux aux grandeurs, à la puissance, aux trônes que je vous prépare dans ces dernières assises, où tout l'univers sera jugé par une dernière et irrévocable sentence.

Quoi ! l'ambition ne mourra pas à ces paroles ! Il ne reste plus qu'à songer à qui cette gloire est promise. C'est à ceux qui persévèrent avec Jésus- Christ dans ses tentations, qui le suivent à la croix, qui portent sa croix avec lui tous les jours, qui ont tout quitté pour lui : f'ous, dit-il, gui avez tout quitté pour me suivre, rous serez assis sur douze sièges , jugeant les douze tribus d’IsraéP.

LXiX' JOUR.

PoUTolr de Satan.

Kt le Seigneur dit : Simon , Simon; je t'appelle par deux fois : sois attentif. Satan a demaiidé à rom cribler tom vous autres, comme on crible le froment >. Quelle puissance de Satan ! Cribler les hommes , les apôtres mêmes , les agiter, les jeter en l'air, les précipiter en bas, en faire, en un mot tout ce qu'il veut. Qui a donné ce droit à Satan | sinon le péché? C'est par le péché qu'il a vaincu l'homme, qui , ensuite de la victoire, lui a été livré comme son esclave. C'est pourquoi il en use avec un pouvoir tyrannique : néanmoins il ne fait rien de lui-même; il demande : c'est une puissance maligne, malfaisante, tyrannique; mais soumise a la puissance et à la justice suprême de Dieu.

Il a demandé gu'on mit Job en sa puissance Il est appelé l'accusateur de nos frères Et Dieu lui livre qui il lui plaît selon les règles de sa justice , selon lesquelles le démon a droit de lui demander ceux en qui il trouve du sien , c'est-à-dire ceux où il trouve le péché. C'est pourquoi Jésus dira bientôt : Le prince de ce monde avance; il n'a rien du loul en moi i ; mais pour le reste des hommes, il n'a que trop en eux. U n'avait que

* Luc. XXII, 30. — ^ Ibid. — S Matth. XIX, 37. as, a». — * Luc. XXII, :ll. —^Jub. I, Il , lai II. 3, 5, c, 7. —* .4poc. lll, 10. — ’Joa». XIV. 30-

trop sur les apôtres , qui étaient encore possédés de la vaine gloire, l'un des plus mauvais caractères de .Satan, qui est devenu Satan par ambition et par orgueil. Et c'est pourquoi Jésus-Christ prend occasion de leur parler de la demande de Satan , à l'occasion de la vaine gloire qui venait de paraître en eux, et de leur dispute ambitieuse. Vons vous tourmentez qui aura la première place; vous avez bien d'autres affaires qui devraient vous oceiiper : Satan entre au milieu de vous par vos disputes; vous lui avez donné lien, et lui avez bit une ouverture bien grande pour vous dissiper, pour i vous cribler. Tout ce qui est possédé de la vaint gloire est léger, et propre au crible de Satan. Au lieu donc de vous disputer sur des préséances ridicules , et de devenir par là la risée et la proie de l'enfer, unissez-vous contre une puissance si redwtable.

LXX' JOUR

PriDuolé de saint Pierre. Prédlctlûa de sa ebote pir m orgueil. Luc. xxll, 31 , 34

Satan a demandé de vous cribler tous; nudt, Pierre, j’ai prié pour loi '. Jésus-Christ noos apprend que nous n'avons de secours contre Satan que dans l'intercession et la médiation de Jésus- Christ même.

Admirons la profondeur de sa sagesse. Para qu'en réprimant l'ambition de ses apôtres, il avait parlé d'une manière qui eût pu donner lien à cnn qui n'auraient pas bien pesé ses paroles, de croirt

?u'il n'avait laissé aucune primauté dans ton Iglise, et qu'il avait même affaibli celle qu'il avait donnée à saint Pierre , Il parle ici d'une manièn qui fait bien voir le contraire. Satan, dit-il, a demandé de vous cribler tom ; mais, Pierre, j'ai prié pour loi, pour toi en particulier, pour toi avec distinction : non qu'il ait négligé les autra; mais, comme l'expliquent les saints Pères, para qu'en affermissant le chef, il voulait empêcher par là que les membres ne vacillassent. Cest pourquoi il dit ; J'ai prié pour toi ; et non pas. J'ai prié pour vous. Et que l'effet de cette prière qu'il faisait pour Pierre, regardât les autres apôtres; la suite du discours le fait paraître nianifestcnient, puisqu'il ajoute aussitôt après ; Et toi, quand lu seras converti, confirme tes frères *.

Quand il dit : J'ai prié pour tôt, que ta foi ne défaille pas : il ne parle pas de cette foi morte qui peut rester dans les pécheurs, parce que cell^ là n'empêche pas qu'on ne soit criblé par Satan ■ c’est cette foi qui opère par la cliarité, laquelle, dit-il , j'ai demandé qu'elle ne défaillit point en toi. Jésus-Christ le demandant ainsi, lui qui dit :

Je sais , mon Père , que vous m'écoutez toujours * ; qui peut douter que saint Pierre n'ait reçu par cette prière une foi constante, invincible, inébranlable , et si abondante d'ailleurs , qu'elle filt capable d'affermir, non-seulement le commun des fidèles , mais encore ses frères les apôtres , et liu

■ Luc XXII, 31, 31. — • Ibid.SS. — ' Jmh. XI. *1

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MK1)1TAT10.\S SUR I/EVANÜlUE.

|i«steurs du troupeau, eu eiiipéchaiit Satan de les cribler?

Et eette parole revient manifestement à celle où il avait dit : TU es Pierre , je t'ai changé ton nom de Simon en celui de Pierre , en signe de la fermeté que je te veux communiquer, non-seuleiitent pour toi, mais encore pour toute mon Ifiglise; car Je la veux bâtir sur celle pierre. Je veux mettre en toi, d'une manière éminente et particulière, la prédication de la foi, qui en sera le fondement , et les portes d’enfer ne préraudronl point contre elle ', c'est-à-dire, qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Satan, jusqu'à être inébranlable. Et cela, qu'est-ce autre chose que ce que Jésus-Christ répète ici ; Satan a demandé de vous cribler; mais, Pierre, j’ai prié pour loi, taj'oi ne dêfaudra pas; et toi, coi{firme tesfréresî

Il est donc de nouveau chargé de toute l'Eglise ; il est chargé de tous ses frères, puisque Jésus-Christ lui ordonne de les affermir dans cette foi , qu'il venait de rendre invincible par sa prière.

Voilà quelque chose de grand pour saint Pierre. Mais il ne faut pas oublier que, de peur qu'il ne s'enorgueillit d'une si haute promesse , elle est suivie incontinent de la prédiction de sa chute ; car voici ce qui suit : Ht Pierre lui dit : Seigneur, je suis prêt d’aller avec vous , et dans la prison, et à la mort mime : et Jésus lut répondit ; Je le le dis , Pierre, ’jele ledéclaie, que le coq ne chantera point aujourcthui, que tu n’aies nié trois fois que lu me connaisses >.

Quand Dieu fait ou promet de grandes grâces , il faut s'humilier, et reconnaître de qui elles viennent. Au Ijeu de considérer sa faiblesse, Pierre s'emporta jusqu'à dire avec fierté et arrogance : Seigneur, je suis prêt à vous suivre partout et jusqu’à ta mort. Mais Jésus - Christ, qui l'avait elevé si haut, sait bien rabattre son orgueil : Simon, dit-il, fai prié pour toi, ta foi ne dé/audra point; confirme tes frères. Et un moment après : Je te te déclare à toi, i qui je viens de dire de si grandes choses ; mais à toi , qui présumes de toi-méme, au lieu de t'humilier de mes dons, Je te déclare, dis-je, que tu tomberas cette nuit , dans un moment , et par trois fois , dans une honteuse et manifeste infidélité; afin que tu sentes que si tu portais trn grand trésor, tu le portais (fr> ns. un fragile vaisseau de terre, et que ce qui se fait en toi de grand, se fait non point par toi-même, mais par la subUmilé de la vertu de Dieu

Et si nous pénétrons toute la suite des paroles de Jésus-Qirist, nous verrons que la chute de saint Pierre arrive par une permission spéciale en punition de son orgueil, et pour kii apprendre l'humilité ; car celui qui dit ; J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point , pouvait prier, non-seulement afin qu'elle ne défaillit pas finalement, ni pour longtemps, comme il est arrivé à Pierre, qui se réveilla à l'instaut, et au premier regard de Jésus- Christ; mais encore afin qu'elle ne souffrit point

• Mallt «VI. 18. — ’inc. \JU, sa. 04. — '.II. Ccr.11,7.

|H)ur ainsi parler, cette courte éclipse, àlais il ne le voulut |U8 ; et il aima mieux permettre que Pierre fdt humilié par sa chute.

Et c'est pourquoi les saints, en considérant toute la suite de l'Évangile, n'hésitent pas à confesser que saint Pierre fut délaissé , et que la grâce se retira de lui ; non point d'elle-même ( car c'est ce qui ne peut jamais arriver), mais comme nous le verrons encore plus clairement dans la suite , parce qu'il avait présumé, et qu'il est utile aux présomptueux comme lui de tomber dans un [léché manifeste, pour apprendre à se délier de leurs forces. Ce qui est encore [ilus utile à ceu.x qui , comme saint Pierre, devaient être élevés dans les grandes places de l'Église, et mis bien haut sur le chandelier. Car comme leur élévation les porte naturellement à s'enfler, et à exercer leur puissance avec hauteur, Jésus-Christ leur apprend, (lar l'exemple de saint Pierre, comme saint Pierre luimême l'avait appris par sou ex|iérience, à craindre d'autant plus de tomber, que leur péril est plus grand , et leur chute plus éclatante et plus scandaleuse.

Au reste, en élevant saint Pierre si haut, notre .Seigneur, si on peut parler ainsi , avait pris ses précautions, pour prévenir tous les sentiments de présomption, qui pouvaient entrer dans son cicur. Car en même temps qu'il lui disait : l’a foi ne défaudra point , et confirme tes frères : il ajoutait : lorsque tu seras converti, lui insinuant sa chute, et lui faisant voir qu'il devait attribuer le bien qu'il ferait à la bonté de son maître, qui avait daigné demander pour lui de si grandes choses. Mais saint Pierre ne veut point entendre tout cela ; au contraire , piqué , ce semble , de ce mot de conversion dont Jésus-Christ s'était servi , loin de songer qu'il pouvait tomber d’autant plus dangereusement, qu'il était élevé plus haut; il ne songe qu'à vanter son courage; et il oublie la grâce qui seule le pouvait soutenir.

Les excès où il a poussé sa présomption se déclareront davantage dans la suite ; et ils obligèrent son maître à retirer sa main pour un moment. Mais sa chute n'empêcha pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu'il ait renié, et par trois fois , et la dernière fois avec blasphème et exécration; en sorte que, dans ce genre de crime, il ne pouvait pas tomber plus bas : Jésus, qui fond les CŒurs par ses regards, lui en réserve un des plus efficaces et des plus tendres; et cet homme, si entêté de lui-même et de son courage, se retire fondant en larmes; et celui qui était tombé, parce que son maître avait détourné sa face pour un moment , apprend qu'il n'est converti que parce qu'il a daigné jeter sur lui un regard.

C'est donc alors qu'il commença à recevoir cette force qui lui avait été promise. Il fit une grande chute; mais il fut incontinent relevé. Sa foi ne se perdit que pour un moment; mais elle ne défaillit pas pour longtemps. Au contraire, elle revint plus forme et [ilus vigoureuse qu'elle n'avait été

MÉDITATIOÎSS SUR L ÉVANGILE.

devant sa chute : Jésus-Christ accomplit en lui ce qu'il lui avait promis; et il se servit de lui pour coulirmer ses frères. C'est pourquoi il fut le premier des apôtres, à qui il apparut apres sa résurrection. Il apparut, dit saint Paul à Céphat, et puis aux onze et on disait parmi les disciples : tl est vraiment ressuscité , et il a apparu à .Simon «. Il avait apparu à ces femmes pieuses ; mais on ne parlait, parmi les frères, que du tèmoiqnaqe de Simon qui les devait conlirmer. (i'est lui aussi, à qui saint Jean avait réservé l'honneur d'entrer le premier dans le tombeau, où il n'était arrive que le second^; afin qu'il filt le premier témoin des marques de la résurrection. Dès lors il est marqué que saint Jean vit ces marques, et qu'il crut. Mais on ne célébré avec distinction , parmi les di.seiples, que la foi de Pierre, et non p,as celle de Jean t.

Lorsqu'ils allèrent i la pèche où Jésus devait apparaître, pour montrer les effets de la pèche spirituelle, pour laquelle il les avait choisis, ce fut Pierre qui dit le premier : Je m'en vais pécher; et les autres le suivirent, en disant : ISous y allons aussi. I.e bien-aimé disciple qui connut Jésus le premier, l'indiqua à Pierre seul, et il lui dit: ("est le Seigneur. Ce fut Pierre et non pas Jean , qui se jeta dans la mer : ce fut Pierre et non pas Jean, ni les autres, qui amenèrent au Sauveur les cent cinquante-trois poissons mystérieux qui ne rompaient point le filet , et qui fitturaient les vrais fidèles qui devaient demeurer pris heureusement dans les rets de la prédication évangélique. Pierre, toujours ù la tète de cette pèche mystérieuse, à qui Jésus avait dit spécialement durant sa vie mortelle : .Mène la nacelle en pleine eau, et je te ferai pécheur d’hommes ' : qui, à la parole de Jésus, avait en effet amené tant de poissons, que deux barques en furent pleines, jusque presque à couler à tond : ce Pierre lui-mème conduit cette pèche encore plus belle et plus mystérieuse, que les apôtres firent sous les yeux de Jésus-Christ ressuscité. Et tout cela eu figure de la prédication apostolique, qui , commencée par SiVint Pierre le jour de la Pentecôte et les jours suivants, amena tant de milliers d'âmes à Jésus-Christ, et forma à Jérusalem le corps de l'Église, qui devait ensuite se multiplier avec une telle fécondité par toute la terre.

Voilà ce que figurait cette pèche des apôtres, saint Pierre étant à la tête, et les confirmant par son exemple. C'est pourquoi Jésus-Christ lui dit encore, et non pas à Jean, ni aux autres, dans le temps de cette pèche : l’ais mes brebis , pais mes agneaux ® ; pais les mères comme les petits : ce qui revient au commandement de les affermir dans la foi, puisque cela même, c'est gouverner le troupeau. C'est , dis-je , le gouverner, que d'y affermir cet esprit de foi, et le paître par la iwrole.

Aussi est-ce lui qui, en attendant la descente du

' t. Cor. XV, 5. — • Lue. XXIv, M. — * Jeun. XX, *,8. — ' Mil. XXI. 3, 7, il. — ‘ Lue t. 4. II. — ‘ Jiuin XXI, 15, I», 17.

Saint-KspriÇ, fut le conducteur des apiîtres J.iiis cette mémorable action où ils firent le suppléinmt du collège apostolique; et mirent à la place de Judas, un témoin de la vie et de la résurreclinn de Jésus-Christ ', qui, recevant avec eux tous le Saint-Esprit qu’ils attendaient, reçut en même temps’ la grâce de porter ce témoignage dans tout l'univers '. C'est donc par Pierre principalement, gn’U est rangé parmi les apôtres ’- Pierre ni partout à la tÂe de la prédication, et mène, pour ainsi dire, ses frères les agiôtres au combat. C'est lui qui en entreprit la défense devant tout le peuple, lorsqu'on les accusa d’ètre ivres de vin, pendant qu’ils ne l'étaient que de l’esprit de Dieu A Pierre fait le premier miracle qui parut , en confirmation de la résurrection de Jésus-Christ ^ Ce fut lui qui fit un exemple d’Ananias et de Saphira * : ce premier coup de foudre , qui inspira aux fidèles une salutaire terreur, et qui aff^ermit l’autorité du gouvernement apostolique, partit de sa bouciie. Ce fut lui qui frappa d’anathème Simon le magicien, et en sa personne tous les hérétiques, dont cet impie était comme le chef 7 . Ce fut lui qui visita le premier les Églises persécutées, comme leur père commun : afin que non-seulement la prédication , mais encore la visite des églises , qui est le nerf du gouvernement ecclésiastique, fét commencée et comme consacrée en sa personne. Quoique apôtre spécial des Juifs, qui étaient dans ces commencements la principale portion, et comme le premier lot de l'héritage de Jésus-Christ, ce fut lui qui consacra les prémices des Gentils en b personne de Corneille le Centenier ' ; les disciples qui appréhendaient qu’il n'edt excédé ,«en annonçant l'Évangile aux Gentils, apprirent de lui que le Saint-Esprit leur était commun avec eux; et furent affermis dans les véritables sentiments par sa paroles.

Paul , destiné par Jésus-Christ à être le prédicateur particulier des Gentils, avant que d'être employé à ce ministère, et que d’exercer pleinement son apostolat, ravoir Pierre pour le contempler , dit l’original comme le chef du troupeau, comme la merveille de l'Égli.se, ainsi que l'expliquent les saints Pères. Saint Jacques y était : mais ce n’est point saint Jacques que saint Paul allait voir : il alla, dit-il, voir Pierre; ii demeura quinie joun avec lui; et il autorise sa prédication par ce témoignage. Ce qui nous fait voir que lorsque , quatone ans après, suivant une révélation du Saint-Espriti il vint â Jérusalem conférer avec les apôtres de l'Evangile qu'il prêchait aux Gentils ■■ , c'était encore principalement saint Pierre qu'il venait cheiclier.

Quand il fallut autoriser dans le concile de Jérusalem la liberté des Gentils par un décret qui mérita d’ètre prononcé au nom du Saint-Esprit , saint Pierre y parait le premier comme partout ailleurs : ce fut lui qui résoiut la question pour laquelle on

■ .Jet I. I,5,M. - > Ibid.lt. — > IM. Il, U.-‘ êW. I5- — • Md. IB, ‘ Md. V, 3, 5, S, 10. — ’ Md. XIII, ». '»■

70; IX , 33 —• Ibid. X, 0, I», 35. — • Ibid. XI, I. 7. », *' 15, 17. - ’• Gui I , I», I». — “ Ibid. Il, I. 6. 0.

MÉDITATIONS SUR l/ÉVANGILE.

tou assmiblc, et salut Jacques déclare qu'il se rangeait à son avis. Il est à la tête de tout, et tout est confirmé par son sentiment'. Ainsi la chute de saint Pierre, loin d'avoir anéanti la promesse de Jésus-Christ, en fait éclater davantage la vérité.

Pierre , instruit d'où venait sa force , agit avec d'autant plus de confiance , que sa confiance n'avait plus rien d'humain : la modestie et l'humilité le suivent partout. Autant que sou autorité est éminente dans l'élise, autant est-on édifié par la douceur de son gouvernement. Nous avons vu les belles paroles avec lesquelles il bannit de l'P.glise l'esprit de domination , et apprend à tous les pasteurs, que la force du gouvernement ecclésiastique est à faire le premier ce qu'on enseigne aux autres : forma Jacti gregit ex animo : en un mot , à te retidre le mod^ledu troupeau de tout ton cœur‘. Pour apprendre par son exemple à tous les fidèles , à profiter des corrections où consiste la force de l'Église, tout chef de l'Église qu'il était , il reçoit la correction de saint Paul avec une déférence qui ne sera jamais assez louée Car encore qu'il ne fdt pas seul à tenir envers les Gentils la conduite que saint Paul blâmait, et que saint Jacques en fdt le principal auteur, il reconnut que saint Paul avait raison de se prendre à lui de cette faute , comme à celui qui, étant à la tête, l'autorisait davantage par son exemple. Il se la'isse donc reprendre en face , devant tout le monde; et, loin de s'offenser de ce qu'on avait consacré la mémoire d'une si vive répréhension dans une épltre , que toutes les figlises lisaient comme divine, on a vu qu'il la met luiméme, comme les autres épitres de saint Paul, au rang des écritures canoniques^. Une seule chute éteignit pour jamais en lui la présomption : il montra que la primauté consiste principalement à savoir céder à la vérité plus que les autres. On ne put plus résister à la conduite que tenait saint Paul, après que le prince des apôtres eut cédé : et la véritable manière de traiter avec les Gentils demeura autant affermie par l'humilité de saint Pierre, que par la v igueur de saint Paul.

LXXI' JOUR

<a>nvtructk)a de l'Eglise. Prière de Nuln-Seigneur pour

sailli Pierre; et eu ta pertonuc pour les élus. tar. tiii,

aa.

Il faut encore s'élever plus haut, et pour affermir notre foi , contempler dans les paroles de Jésus- Christ toute la constitution de son Église.

La prière qu'il fait pour saint Pierre n'est pas particulière à cet apôtre : il est la figure de tous les élus, pour qui Jésus-Clirisl prie spécialement; et quoiqu'il ne leur déclare pas à tous, comme il fait ù saint Pierre, qu'il prie que leur fui ne défaille pas, il a pourtant fait pour eux tous cette prière d'une certaine façon. Kt deux choses sont véritables ; l'une , que Jesus-Christ leur a obtenu cette grâce singulière, que leur foi ne défaillit pas à

' tri IV, 7, n. II. — >1 rw. », a - ' Ciil. Il ,

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