‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 236 sur 273 · la, 13, II. - • Il p.i III. 13. III · texte numérisé non relu

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jamais et finalement ; ce qui emporte la grôce de la persévérance finale. L’autre , que nul ne reçoit cette grâce pour qui Jésus-Christ ne l’ait demandée , et ne la demande continuellement à son Père, par cette perpétuelle intercession qu'il fait pour nous. Reconnaissons donc l'effet de cette intercession toute-puissante, dans tout le bien qui est en nous, en quelque degré qu’il nous soit doiiiié; etreeonnaissons-le principalement, lorsque, remplissant nos cœurs d’une douce confianee en sa miséricorde , il nous fait marcher d'un pas ferme dans ses voies , sans nous détourner ni à droite ni à gauche.

Gardons-nous pourtant bien de croire que ce soit lui qui fasse tout sans notre coopération ; mais qu’a l’exemple de saint Pierre, la confiance que nous aurons en cette puissante intercession de Jésus-Christ nous rende plus vigilants, plus attentifs è notre salut, et plus fervents à la prière. Regardons saint Pierre qui monte au temple avinsaint Jean à l'heure de la prière de none ■ : ce qui marque non-seulement une prière réglée , mais encore une prière multipliée dans un même jour. Il ne dit pas : Je n'ai plus besoin de prier, puisque Jésus-Christ m'a dit lui-même qu'il avait prié pour moi ; au contraire , Dieu lui fait sentir qu'il faut sc joindre en esprit ù cette puissante interrc.ssion de notre grand avocat , de notre puissant médiateur ; et demander persevéramment en son nom tout ce qui nous est nécessaire pour notre salut.

F.t saint Pierre n'était pas seulement soigneux d'aller faire sa prière dans le temple aux heures marquées pour l'oraison : mais encore dans la maison, il avait scs heures réglées pour la prière : il monta à l'heure rfesej/e, c’est-à-dire, vers le midi, au plut haut de ta malton, au lieu le plus retiré, pour prier

Prions donc, à son exemple, en union avec Jésus Christ. Prions avec une ferme foi , et une pleine croyance que si nous persévérons dans la prière, non-seulement rien ne nous manquera |)Our notre salut , mais encore nous recevrons une abondance de grâce par la continuelle infiuence de l'esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Car il veut notre salut , et ne veut la mort de pertonne , mais plutôt que nout ririons tout, et que nous soyons saucés >. \ ivoiis dans cette espérance et dans cette foi , tout ce que nous sommes de chrétiens que le baptême a faits scs membres.

LXXII' JOUR

La (ul (le saint Pierre est la loi de rEfitisc ilc Rome, ou est le centre de l'eullè cathatique. Luc. xxil, 33.

Suivons le mystère. Cette parole : affermis tes frères , n'est pas un commandement qu'il fasse ru particulier à saint Pierre : c'est un oflice qu’il érige et qu'il institue dans son Église à perpétuité. La forme que Jésus-Christ adonnée aux disciples qu'il rassemblait autour de lui , est le modelé de l'Église chrétienne jusqu’à la fin des siècles. Dès le moment

* .tct. Ml, \. — '' lhiâ. \ ,a. — I Lzcc. avili , 33. 1 Tiw. ii,

1 II Pr/r, ÎII.3.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

que Simon fui mi> a la Ute du collège apostolique , qu'il fut appelé Pierre, et que Jésus-Christ le fit le fondement de son l'iglise par la foi qu'il y devait niinonrer au nom de tous : dès cc moment se fit rétablissement, ou, si l'on veut, la désignation d’une primauté dans l'Église en la personne de saint Pierre. En disant à ses apôtres : Jt suis avec vous jusqu’à la fin des siècles ■ : il montra que la forme qu’il avait établie parmi eux, passerait à la postérité. Une éternelle succession fut destinée à saint Pierre, comme il en fut aussi destiné une de semblable durée aux autres apôtres. Il y devait toujours avoir un Pierre dans l'Église , pour confirmer ses frères dans la foi : c'était le moyen le plus propre pour établir l’unité de sentiments, que le Sauveur désirait plus que toutes choses ; et cette autorité était d'autant plus nécessaire aux successeurs des apôtres , que leur foi était moins affermie que celle de leurs auteurs.

En même temps que Jésus-Christ institua cet office dans son Église, il lui fallut choisir un siège fixe pour ton exercice. Quel siège lui choisîtesvous, ô Seigneur? Et qui pourrait assez admirer votre profonde sagesse ? Ce ne pouvait être Jérusalem, parce que le temps était venu, où , faute d’avoir connu le temps de sa visite , elle allait être livrée aux Gentils. L'heure des Gentils était venue : c’était le temps où ils se devaient ressouvenir du Seigneur leur Dieu , et entrer en foule dans son temple; c'est-à-dire, dans son Église. Que fitesvous donc, 6 Seigneur? et quel lieu eboisites-vous pour y établir la chaire de saint Pierre? Rome, la maîtresse du monde , la reine des nations , et en même temps la mère de l’idolitrie, la persécutrice des saints ; c’est elle que vous choisîtes pour y placer ce siège d'unité, d'où la foi devait être pr^ ebée, comme d'un lieu plus éminent à toute la terre.

Que vos conseils, ô Seigneur! sont admirables, et que vos voies sont profondes! 'Votre Église devait être principalement établie parmi les Gentils; et vous (jioisites aussi la ville de Rome, le chef de la gentilité, pour y établir le siège principal de la religion chrétienne. Il y a encore ici un autre secret que vos saints nous ont manifesté. Daus le dessein que vous aviez de former votre Église, en la tirant des Gentils , vous aviez préparé de loin l’empire romain pour la recevoir. Un si vaste empire, qui unissait tant de nations, était destiné à faciliter la prédication de votre Évangile, et lui donner un cours plus libre.

Il vous appartient, ô Seigneur! de préparer de loin les choses, et de disposer pour les accomplir, des moyens aussi doux , qu'il y a de force dans la conduite qui vous fait venir à vos fins. A la vérité , l'Évangile devait encore aller plus loin que les conquêtes romaines : et il devait être porté aux nations les plus barbares. Mais enfin l'empire romain devait être son siège principal. O merveille! les Scipion, les Luculle, les Pompée, les César, en étendant

* Maltk. xxviii , sa

l'empire de Rome par leurs conquêtes , préparaient la place au règne de Jésus-Christ; et, selon cet admirable conseil , Rome devait être le clief de l'empire spirituel de Jésus-Christ, comme elle l'étaitde l'empire temporel des Césars.

Rome fut sous ses Césars plus victorieuse et plus conquérante que jamais : elle contraignit les plus grands empires à porter le joug; en même temps elle ouvrit une large entrée à l'Évangile. Ce qui était reçu à Rome, et dans l’empire romain, prenait de là son cours pour passer encore plus loin. Rome ruina l'ancien sanctuaire de Jérusalem, et ne laissa d'espérance à ceux qui voulaient adorer Dieu en esprit, que le nouveau sanctuaire que le Seigneur établissait parmi les Gentils, c'est-à-dire l'Église chrétienne et catholique ; et peu à peu Rome devenait le chef de ce nouvel empire.

Pour préparer les voies à cc grand ouvrage , ô Seigneur! vous files dès lors éclater la foi romaine; et votre apôtre saint Paul écrivit à cette Église, que sa foi était devenue célèbre par tout l'univers'.

Comme c'était dans cette Église que devait principalement éclater la vocation des Gentils, vous inspirâtes à ce même apôtre de lui développer le mystère de celte vocation : et l'Église romaine re^ut dès lors, dans la divine épttre aux Romains, le précieux dépôt de la révélation d'un si grand mystère , où était compris le secret de la prédestination et de la grâce.

Lorsqu’il fallut consommer l'ouvrage , et mettre Rome à la tête de toutes les Églises chrétiennes .' Seigneur, vous y envoyâtes le grand péclieur d'hommes, je veux dire l’apôtre saint Pierre; afin de consacrer cette Éiglise par son sang , et d'y établir le prineipal siège des chrétiens , où la foi devait être confirmée.

Ce fut alors qu’il eut besoin de savoir marcher sur les eaux, desavoir fouler aux pieds les floU soulevés, comme vous le lui aviez appris, et de ne pas craindre , lorsqu'il enfoncerait. Car il eut à surmonter toutes les tempêtes que les fausses religions, la fausse sagesse, la violence, et la politique du monde, excitèrent contre l'Église. Saint Paul était le maître des Gentils ; mais ce n’était pas à lui qu'était donnée cette chaire principale ; c'était à saint Pierre; et, pour accomplir le dessein de Dieu sur Rome, il fallait que saint Pierre y fixât son siège. Paul y vint dans le même temps : la direction pyticulière qu’il avait reçue pour les Gentils y expira avec lui. Ces deux apôtres scellèrent dans Rome de leur sang le témoignage de Jésus-Christ. En allant au dernier supplice , ils annoncèrent aux Juifs leur demièredésolation, coir me un événement qu'on allait voir au premier jour, et confirmèrent parla la vocation des Gentils. Les évêques qui leursuccédèreol dans l'Eglise romaine, qu'ils venaient d’illusttera jamais par leur martyre , et sanctifier par leur tombeau, recueillirent leur succession : mais la chaire qu’ils remplirent s'appela la chaire de saint Pierre, et non pas la chaire de saint Paul ; et ils furent nom-

* Itom. I , s.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

më< successeurs de saint Pierre , et non pas de saint Paul.

Dès là , Seigneur, vous avez teUement disposé les choses , que les successeurs de saint Pierre , à qui on donna par excelience le nom de papes , c’est-àdire celui de pères, ont conârmé leurs frères dans la foi ; et la chaire de saint Pierre a été la chaire (Tunité , dans laquelle tous les évéques et tous les fidèles, tous les pasteurs et tous les troupeaux se sont unis.

Que vous rendrons-nous, ô Seigneur ! pour toutes les grâces que vous avez faites à votre Église par ce siège.’ C’est là que la vraie foi a toujours été confirmée. N’entrons point dans les disputes qui causent des dissensions, et non pas l’édiliration de vos enfants. Suivons les grands événements et les grands traits de l’histoire de l’Église. Nous verrons l’autorité de ce grand siège être partout à la tête de la condamnation et de l’extirpation des hérésies. La foi romaine a toujours été la foi de l’Église. La foi de saint Pierre , c’est-à-dire celle qu’il a préchee, et qu’il a laissée en dépôt dans sa chaire et dans son Église, qui s’y est toujours inviolahlement conservée , a toujours été le fondement de l’Église catholique, et jamais elle ne s’est démentie.

Qu’importe qu’il y ait peut-être, dans toute cette belle suite, deux ou trois endroits fàclieux? la foi de saint Pierre n’a pas défailli, encore qu’elle ait souffert quelque éclipse dans le reniement qui lui a été particulier, et dans l’incrédulité qui lui a été commune avec ses frères les apôtres. Il en est ainsi de saint Pierre considéré dans ses successeurs : tous ses successeurs sont un seul Pierre. Quelque défaillance qu'on croie remarquer dans quelquesuns , sans entrer dans ce détail plus curieux que néei'ssaire , il suffit que la vérité do l’Évangile soit demeurée dans le total , et qu’aucun dogme erroné n'ait pris racine, ni fait corps dans la succession et la chaire de saint Pierre. Si bien que la foi romaine, c’est-à-dire la foi que Pierre a prêchée et établie à Rome, et qu’il y a scellée de son sang, n’a jamais péri, et ne périra jamais.

Voilà, Seigneur, le grand secret de cette promesse : Simon , j'ai prié pour toi que ta foi ne défaille pas , et toi, confirme tes frères ■ . Nous tenons cette explication de vos saints : et toute la suite des événements la justifie. O Seigneur, qui ne vous louerait, et qui ne serait ravi en admiration, de voir tout l’état de votre Église, depuis sa première origine jusqu’à la consommation des siècles, si clairement renfermé, expliqué, prédit, et promis , dansdeux lignes de votre Évangile! Que reste-t-il, 6 Seigneur, sinon que nous vous priions de remplir la chaire de saint Pierre de dignes sujets ; de leur ouvrir les yeux pour entendre le grand mystère de Dieu sur le siège qu'ils occupent? Faites, Seigneur, qu’à travers la pompe et le faste qui les environnent, ils considèrent le fond qui les soutient; qu'ils songent toujours que leur vraie gloire est de succéder à un pêcheur ; que la nacelle où ils sont portés ,

* Luc. xxu, iL

et dont ils tiennent le gouvernail , serait couverte de Ilots, et abîmée par la tempête, sans les promesses faites à Pierre; et que, devant confirmer leurs frères dans la foi , ils les doivent aussi affermir dans la règle de la discipline.

LXXIII' JOUR

Soin de Jésus pour les spéltes. Il est mis au rang des scélérats. Luc. XXII, as, M. Marc. XV, as.

Jésus dit à ses apôtres r Quand Je vous ai envoyés sans sac, sans bourse , sans chaussure , vous

a-t-il manqué quelque chose? Men, Seigneur

Mais maintenant, que celui qui a un sac ou une bourse, tes prenne ; et que celui qui n'en a point, vende sa robe pour acheter une épée ' . ’

Rien ne vous a manqué. Tel a été le soin du Sauveur : il n’a pas voulu que ses disciples aient manqué de rien. Mais quoi ! n’ont-ils pas été dans le besoin ? Qu’était-ce donc, que d'être réduits à rompre des épis dans leurs mains pour .se nourrir? N'était ce pas là une assez pressante nécessité? Jésus-Christ ne dit pas qu'ils n’aient jamais souffert, jamais été dans le besoin : mais il dit que jamais ils n’ont manqué absolument , et qu’ils ont été bientôt secourus : non que Jésus-Clirist ait fait des miracles pour cela ; car nous ne lisons pas qu’il ait multiplié les pains plus de deux fois en faveur de tout un grand peuple, et la conduite de sa famille allait par des voies plus naturelles. Apprenons donc à nous fier à cette conduite douce etimpcrceptible de Jésus-Christ, par laquelle, au milieu des besoins et des souffrances , il conserve pourtant aux siens les provisions nécessaires.

La suite du discours fait voir l’attention qu’avait le Sauveur à accomplir les prophéties. C’en était une bien particulière, que le Christ dût être mis au rang des scélérats • : et elle devait être parfaitement accomplie, lorsqu’il fut crucifié entre deux voleurs. Mais c’était un préparatoire, qu’il parût comme un voleur se défendre contre les ministres de la justice, fous êtes venus à moi, dit-il, comme à un voleur, me prendre avec force ?. On le représentait donc comme un homme dont la violenre était à craindre , et qu’il fallait attaquer avec armes. Il était du dessein de Dieu, et de l’ordre des prophéties, qu’il parût environné de gens de main, et qui usassent de l’épée pour le sauver. On sait pourtant ce qu’il fit, pour réparer cette violence des siens ; et il suûit aujourd'hui de considérer, comme il fallait qu'il y eût quelque sorte de fondement à la calomnie qu’on devait faire contre lui.

Ne nous étonnons donc pas, lorsque, par la secrète di.sposition de la divine Providence, il S(! trouve dans notre vie quelque chose qui affaiblisse notre gloire , et qui donne lieu à la médisance. Dieu saura en tirer sa gloire, pourvu que nous soyons sans faute, et que nous subissions avec soumission ce qu’il ordonne. Il faut, dit-il, que tout s'accomplisse : et ce qui est écrit de moi tire à sa fin ?. Ainsi les choses allaient s’accomplissant peu à peu ,

■ Luc. XXII, as, M. — ■ starc. XV, ÎS. - » MaUh. xxvi, ' SS. — Luc XXII, a?, 38.

730 MÉDITATIONS S

fl l'uiie apri-s l’autre. On lui dit qu’il y avait deux epées dans la compagnie ; il le savait bien : mais il voulait qu'il fdt marqué qu’il n’y arrivait rien par hasard dans sa passion. Il répondit : C’at atscs ■ ; et après avoir tout accompli , et donné tous ses ordres, avant que d’aller, selon sa coutume, dans le jardin des Oliviers, il commença son dernier adieu et scs dernières instructions , que nous allons voir dans saint Jean.

LXXIV' JOUR

fsIorincalioQ de Jésus. J<ran. \m'« 31 , 3).

MainienatU; remarquez la circonstance : maintenant que la fin approche; que le perllde disciple qui a machine ma mort, est parti pour exécuter ce complot, qu’il le conclut, et que je vais être livré à mes ennemis pour souffrir de leur violence les dernières extrémités ; Maintenant le fils de l'homme va être glorifié' : mais ce n’est nas là, poursuit-il , à quoi je m’arrête : la gloire de üieu fait tout mon objet; et Dieu va eire gtorifii en lui par son obéissance, par son sacrifice, le plus parfait qui fut jamais , et d’un mérite infini. Sa justice, sa vérité, sa miséricorde va éclater dans la rémission des péchés; dans la peine que j'en porterai ; dans l'expiation que j’en ferai par mon sang. Ma doctrine va être confirmée par ma mort : je tirerai tout à moi; et je retournerai à la gloire que j'ai eue des l’éternité auprès de mon Père.

Si Dieu est glorifié en lui, il le glorifiera en tui-méme, et il ne tardera pas a te. glorifier^-, car ceux en qui Dieu est glorifié par leur obéiss,ance et leurs humiliations, il ne manque pas de les glorifier, et de les glorifier en lui-inéme ; et il ne lardera pas à les glorifier ; à plus forte raison glorifiera-t-il son Fils hien-aimé , qui ne respire que la gloire de son Père, et par là a mérité que son Père songeât à la sienne , et sans tarder.

Que de gloire! Mais considérons d’où elle vient, et dans quelles circonstances Jésus-Christ en parle. C’est au moment que Judas part pour aller consommer son crime, et livrer son maître au dernier supplice. C’est donc du plus grand de tous les crimes que doit naître cette gloire de Dieu, la plus grande qui fut jamais : c’est des plus grandes extrémités où Jésus pût être poussé, que sortira sa plus grande gloire. Chrétien, ne perds pas courage , lorsque le crime et les injustices abondent : Dieu ne permettrait jamais le mal, s’il n’était puissant pour en tirer le bien, et un plus grand bien : et lorsque l’iniquité abonde le plus, c'est alors qu’il trouve moyen d’accroître sa gloire. Ne perds pas courage non plus , quand tu es livré à tes ennemis, et aux plus terribles angoisses ; c’est encore de cette source que doit naître ta grande gloire, et la grande gloire de Dieu , à laquelle tu dois être plus sensible qu’à la tienne.

Chrétiens, membres de Jésus, apprenez d’où vient la gloire a votre chef : c’est ainsi qu'elle doit aussi se répandre sur les membres. (Juaiid

' L<e aa — ' Jiion Xlll, 31. ~ > IM. 32.

LR L’EVANGll-E.

Je suis faible, dit saint Paul', c'est alors gur je suis puissant ; quand je suis méprisé , c'est alors que je dois être glorifié ; et glorifié en Dieu : non point dans les hommes, ni dans le monde qui n'est rien; mais en Dieu OÙ est la gloire, parce qu'en lui est la vérité.

LXXV JOUR

Commandfmcnt de Tamour. Joan. aiii, l , .13 ,

Lisez avec attention les jè. 13, 14, là; et entrez dans les sentiments de la tendresse do Sauveur.

Mes petits enfants'. Souvenez-vous de rette parole du Sauveur, .égard toujours aimé les siens, il tes aima jusqu'à la fin Fit maintenant il va ra-

masser toute sa tendresse, pour leur donner le précepte delà charité fraternelle. Car pour établir cette loi d’amour, il voulait faire ressentir à ses disciples des entrailles toutes pénétrées de tendresse. Mes petits enfants : il ne les avait janiaiv appelés de cette sorte, jamais il ne les avait nommés ses enfants. Et pour dire quelque chose dr plus tendre : Mes petits enfants, dit-il, comme s’il eût dit : Voici le temps que je vais vous enfanter : j'ai été toute ma vie dans les douleurs de l’enfantement : mais voici les derniers efforts et les derniers cris par lesquels vous allez naître. Mes petits enfants. Écoutez donc cette parole paternelle. Je serai encore avec vous un peu de temps : profitez donc de ce temps pour entendre mes dernières volontés, fous me chercherez viendra le temps que vous radièteriez de beaucoup la consolation d’entendre ma parole : et comme j’ai dit aux Juifs ; fous ne pourezftns venir où je vais. Je vous le dis aussi présentement profitez donc, encore un coup, du temps que j’ai à être avec vous : car Je m’en vais en un lieu où vous ne pouvez pas venir .- ainsi que j’ai dit aux Juifs. Avec ce préparatif, et cette démonstration d’une tendresse particulière, où en veut-il enfin venir? Écoutons, profitons, croyons.

Je vous donne un commandement nouveau, de vous aimer les uns les autres , comme je vous ai aimés .- vous devez aussi vous entr'aimer 1rs uns tes autres i. Pourquoi est-ce un commandement nouveau ? Parce que l’esprit de la loi nouvelle, c’est d’agir avec amour, et non pas avec crainte : parce qu’encore qtie le précepte de la charité fraternelle soit dans l’Ancien Testament, il n’avait jamais été si bien expliqué que dans le Nouveau ; et sur cela vous pouvez voir le cha(à tre X de saint Luc, depuis le F. 29 jusqu’au 37, où Jésus-Christ explique et décide que tous les hommes sont notre prochain, et qu’il n’y a plus d’étranger pour nous. Fin troisième lieu, ce commandement est nouveau, parce que Jésus-Chri.st y ajoute cette circonstance importante, de nous aimer les uns les autres comme II nous a aimi-s. Il nous a prévenus par son amour, lorsque nous ne

' II. Ou. Ml , lu, — ’ J"un. XIII. 33 et leiM — ’ /'-jjf ■ — ' thot, 3*.

J I",' \ Tl

^MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

songioijs pas à lui : il est venu à nous le premier ; il nu se rebute point par nos iiiOdélités, par nos ingratitudes : il nous aime pour nous rendre saints , pour nous rendre heureSx , sans intérêt ; car il n'a pas besoin de nous, ni de nos services; avec un amour qui coule de source, et ne s'est jamais rebuté. .^Uei donc, et faites de même.

Pourquoi vois-je parmi éons des baines bizarres, des oppositions d'humeur é humeur, et de personne é personne; des inimitiés, ib's jalousies, de l'aigreur, de l'emportement, des répugnances cachées? Est-ce en cette sorte que Jésus-Christ nous a aimés? Mais pourquoi vois-je d'un autre côté des flatteries, des coinplaisanees ou excessives ou fausses? Est-ce ainsi que Jésus-Christ nous a aimés? Et pourquoi vois-je parmi vous des liaisons particulières, des partis et des cabales les uns contre les antres? Est-ce ainsi que Jésus- Christ nous a aimés? Mais pourquoi avancer ou reculer les personnes selon l'inclination que vous avez pour elles? Est-ce ainsi que Jésus-Christ nous a aimés?

Il a témoigné plus d’inclination , si l'on ose parler de cette sorte, pour saint Jean : c'était le disciple que Jésus aimait. Mais cette inclination qu'était-ce autre chose, selon la tradition des saints docteurs , qu'un amour particulier pour la chasteté virginale qu'il avait trouvée et qu'il conserva en saint Jean? Et pour venir aux autres qualités de ce bien-aimé disciple, l'amour qu'il avait pour lui, qu'était-ce autre chose que l'amour de la bonté, de la doitrcur, de la simplicité , de la candeur, de la cordialité, de la tendresse, de la contemplation, par lesquelles il avait une convenance particulière avec son maître? Aimez donc eu cette sorte. Et cet amour (larticulicr dont il honora saint Jean , lui fit-il avoir de l'indulgence pour lui , quand il avait tort ? Et l'cmpêcha-t-il de lui dire, aussi bien qu’à son frère saint Jacques : t ous ne sacez ce que cous demandez ■ : et dans une autre occasion ; t'ous ne savez de quel esprit cous êtes ’? Faites donc de même. Mais sa tendresse lui lit-elle préférer saint Jean aux autres? Pi’est-ce pas Fierre qu'il mit à la tête du collège apostolique et de toute l'Église? A la tin il confia à saint Jean sa sainte mère. Qui convenait davantage avec elle comme avec lui par toutes les qualités que nous avons vues, et en particulier par la virginité? Il s'agissait de sa famille, de son domestique;et il préiêre saint Jean, qui, outre les autres choses que nous avons vues , était encore son proche parent. Aimez donc de même ; ayez les égards que le sang demande ; mais réglez le fond de vos affections par la vertu. Et jusqu’où est-ce que Jésus a porté son amour? Jusqu'à donner sa vie pour ceux qu’il aimait. Ne doutez pas qu'il n'y ait des occasions ou vous en devez faire autant pour votre frère, .limez comme fai aimé : voilà mon nouveau précepte : le modèle de votre amour, c’est le mien. Écoutez , mes petits enfants : faites comme moi.

> .Vullli- \\, 2i. — ^ Luc. ix,

Mais voici le dernier mot qui presse plus que tous les autres : ê.'n cela tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez mutuellement'. Voilà le caractère de chrétien et de disciple de Jésus-Christ. Qui renonce à la charité renonce à la foi , abjure le christianisme, sort de l'école de Jésus-Christ, c’est-à-dire de son Figlise. Tremblez donc, cœurs endurcis-, tremblez, insensibles-, tremblez, vous tous, dont les aversions sont implacables, les inimitiés irréconciliables : vous n'êtes plus disciples de Jésus- Christ; vous n'êtes plus chrétiens ; vous renoncez à votre baptême.

Voyez l'Église naissante ; Un caurefune «me .tout commun : et ils étaient tous unanimement assemblés dans la galerie de Sedomon ■ : sans dissension, sans envie, sans intérêt; rendant le bien pour le mal : et tout le peuple les admirait; et on disait .- Voilà les disciples de Jésus ; c'était là leur caractère particulier. L'envie, l'intérêt, la haine régnent dans tout le reste des hommes : l'innocent troupeau de Jésus ne connaissait point ces maux. Mon Sauveur, où sont vos disciples maintenant? où est la charité? où est l'amour fraternel? Qu'il est rare! Aussi avez-vous dit, que le temps viendrait; que les scandales, que l'iniquité abonderaient; que la charité serait refroidie dans ta multitude ’ ; et que quand cous viendriez sur la terre, à peine y trouveriez- cous de la foi*, de cette foi animée de la charité.

Fleurons , mes frères , pleurons la charité refroidie, refroidie dans la multitude, dans la plupart de ceux qui se disent chrétiens ; mais refroidie en nonsmêmes. Réchauffons-la ; venons à Jésus ; écoutons avec tendresse son dernier discours, avec tendresse ce qu'il dit si tendrement. Ig! charité fraternelle nous devient recommandable par ces raisons , par la tendresse avec laquelle Jésus-Christ nous la recommande ; |>ar le temps qu’il choisit pour nous la recommander ; par le modèle qu'il nous donne de la charité fraternelle en sa personne; par le caractère de chrétien qu'il attache à cette divine vertu. .Soyons disciples de Jésus-Christ ; soyons chrétiens ; c’est-à-dire aimons nos frères : et comment ? Comme Jésus-Christ nous a aimés. A res mots il se tut, et nous laissa à goilter ce nouveau commandement de la loi de grâce.

LXXVI‘ JODR.

PrétompUon et chute de soiot Pierre. Joam. xllf, 3 et le(|q

Comme Jésus-Christ se fut tu, saint Pierre, frappé de cette parole : Cous me chercherez : et ainsi que fai dit aux Juifs, vous ne pouvez pas venir où je vas^ : car elle paraissait rude, et il semblait les avoir rangés avec les Juifs, qui ne croyaient point à sa parole ; frappé donc de ce discours, il dit au Sauveur : Seigneur , oùaltez-vousf Et Jésus lui dit : Cous ne pouvez maintenant me suivre où je vas; mais vous me suivrez après*.

' Joan. XIII, 36. — ' .ict. IV, 32, v, IS. Hall. ixiv. 12. — * Luc. XVIII , s. — * Jaaa. XIII , 33. — • Ibid. 3C.

MRDlTATIOPiS SUB L’ÉVANGILE.

L*sus console tes ajwtrcs en la personne de Pierre» et leur donne espérance de le suivre un jour où U allait. Mais il leur déclare en même temps qu'ils ne le pouvaient pas encore. Kt Pierre, dont le zèle n’était pas content de celte explication, lui répondit tout ému : l^ourquoi ne puis-je pas vous suivre maintenant?}\ entendit bien que son maître allait à la mort, et il ajouta : Je donnerai ma vie pour vous, fous donnerez votre vie pour moi iLe ro/; ne chantera point, que vous ne m'ayez renié trois fois *.

La faute , la grande faute , la cause de son reniement, de son criii>e, et déjà peut-être un terrible commencement de crime, c’est que Jésus- Lhrist lui disant : fous ne pouvez pas; au lieu de reconnaître son impuissance , et de lui dire : Il est vrai, Seigneur, je ne le puFs ; je devrais bien le sentir, et me connaître mieux inoi-méme : mais je veux du moins vous en croire, m’humilier devant vous et confesser, non pas ma faiblesse mais mon impuissance : mais vous, qui êtes tout-puissant, aidez-moi ; donnez-moi la force :au lieu doiicde répondre ainsi , et de dire, comme il avait dit autrefois avec les autres apôtres : Seigneur, augmentez^moi la foi* \ reiidez-la forte, rendez-Ia ardente, rendez-la toutepuissante : ou avec cet autre : Je crois , aidez mon incrédulité * : en un mot, au lieu de s’humilier et de prier , il s’élève contre Jésus-Christ : et avec une témérité pitoyable , mais punissable , il dit qu'il peut à celui qui sait tout, et qui lui dit qu'il ne peut pas.

Quand Jésus demande à Pierre par trois fois : M'aimez-vous , m'aimez-vous , m'aunez-vous plus que ceux-cif il sut bien lui dire : Seigneur, vous savez tout; vous savez que je vous aime * : il devait donc dire ici : Seigneur, vous savez tout, vous savez ce que je puis , mieux que moi-inéme : aidezmoi donc , aiiu que je puisse ce que je vous promets de faire.

Faute d'avoir fait cette réponse , il tombe d’une manière déplorable; mais plutôt il est déjà tombé bien bas, faute de la faire : car il est tombé dans la présomption , faute qui mérite qu'on soit livré à tous les crimes; et qui, en effet, livra saint Pierre au reniement par trois fois.

O mon Dieu! qui ne tremblerait, qui ne se délierait de soi-même? qui ne reconnaîtrait humblement son impuissance? Avouons-)a : n’attendons pas que notre Seigneur nous dise : Tu ne peux pas : prévenons sa face par la confession de notre impuissance, de peur qu'il ne nous la fasse connaître par notre chute.

Mais encore, qu'est-ce qui trompe saint Pierre? Qu’est-ce qui le trompe? sinon cette aveugle estime qu’on a de soi-méme, qui nous fait croire que nous pouvons ce que nous ne pouvons pas?

Mais enfin qu'est-ce qui fait croire à saint Pierre qu'il pouvait ce qu'il ne pouvait pas; si ce n’est qu’il le voulait, et qu’il croyait avoir son pouvoir dans sa volonté?

* Joan. 07,-18. — » Luc. ivii, 5. — * .Vtrrr. ix, ai. —

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