‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 238 sur 273 · U L'ÉVANGILE · texte numérisé non relu

U L'ÉVANGILE

c'est là ce voile qui nous rendait le sanctuaire inaccessible ; c'est le voile qui nous marquait que nous étions interdits, impurs, incapables d’entrer jamais dans le Saint des saints : c’est ce voile qui fut déchiré de haut en bas par le milieu , et mis en deux parts, lorsque Jésus-Christ expira*. I.a terre trembla en même temps; les tombeaux s'ouvrirent, et les morts ressuscitèrent , en témoignage que p.or la mort et par le sang de Jésus , le sanctuaire était ouvert, les morts recevaient la vie, l'interdit était levé, tout était changé pour les hommes.

pontife s'ouvrait l'entrée d.ins le sanctuaire par le sang des animaux ; mais Jcsus-Clirist y devait entrer par son propre sang, par l'oblation de lui-même*. I.e pontife, avant que d'entrer dans le sanctuaire, offrait pour ses pécliés et pour ceux du peuple; mais le vrai souverain pontife n'avait pas bcsoind'ofïi'ir pour lui^ ; et en qualité de Fils unique il entrait dans le ciel par son propre droit naturel. F.t c'est pourquoi n'offrant que pour nos péchés, c’est à nous qu’il ouvre l’entrée : Je tn’en vais vous préparer la place*.

Son sacerdoce s'exerce principalement dans h*

, ciel ; car s’il n’eût été sacrificateur que pour la terre , il ne Caurait point été du puisqu'il

y avait pour la terre un autre sacerdoce et d’autres victimes. Mais celui-ci, dont le sang est non-.seulement innocent et pur, mais encore infiniment précieux , commence à la vérité l’exercice de son sacerdoce sur la terre, où il fallait qu’il mourût pour les pécheurs; mais il le consomme dans le ciel, oit U parait pour nous devant la face de Dieu^, où assis à la droite de la majesté de Dieu , il opère continuellement /a rémission des péchés"! , en tnferré^an^ pour noui , et nous ouvrant la porte du ciel par le. sang du ?iourean Testament réixindu pour la rémission de nos péchés^.

Ne soyons donc point troublés, ne craignons rien. Que peut faire le monde contre nous, que de nous chasser de notre pays, de notre maison, de toute la terre et de la vie ? Mais quand nous perdrons tout cela, il y a plusieurs demeures dans le ciel : nous y avons notre place et une retraite assurée, où le monde et la puissance des ténèbres ne peut plus rien. Croyons donc en Dieu, qui nous y reçoit : mais croyons. aussi en Jésus-Christ, qui nous y va préparer la place; adorons le sang de ralliance par lequel il y est entré; adorons ses plaies, par lesquelles il intercède pour nous et nous ouvre l'entrée du ciel. Vous croyez en Dieu, croyez en moi*®: car je suis Dieu, mais un Dieu homme, un Dieu qui ai été votre victime; un Dieu qui ai offert pour vous ce que )'ai pris de vousmêmes : Troyes on Dieu, croyez en moi: après cela ne vous iroubUzpas, ne craignez rien ". .Si vous aviez quelque chose à craindre, et capable de vous troubler, ce seraient vos péchés qui crient contre vous, et ne vous permettent pas le repos

* MattK xivn, &I.&3. Luc. xxill, Heb. i\,7, 12, 2^.

— II. //ffc.TU, 57. — ■lywi». XIV, ^ — vitt, 4.— «/bid.ix.*». — ’ Ibid.X, a. — • Ibid, vu, 26. — *

XXtl , 2K — JuitH. XIV . i. — Ibid. 2H.

MEDITATIONS SUR LEVANGII.E

de la conscience; mais ils sont purges : Jésus-tïirist a levé l’interdit , et il vous tend les hras du haut du ciel pour vous y recevoir. Quitter donc comme lui la chair et le sang; sacrifiez vos passions et vos désirs sensuels : c’est le sang qu’il vous faut répandre pour vous conformer à Jésus-Christ : ne craignez rien, ne vous troublez pas, encore un coup, yous nrons un soiirerain /»«/(/> qui a pénétré tes cieujc ;présenloiis-nnus donc arec une entière confiance dernnt te trône de ta grâce ^ pmtr en être secourus dans nos besoins : deeenons inéhrmitabtes dans ta con/fji/on ' de son saint nom. Mais ne soyons pas de ceux qui te confessent de bouche et te renoncent par teurs ceucres • : si nous te renonçons , it nous renoncera; et si nous tut smnmes infutétes , la faute en sera en nous : car pour lui it est ferme dans ses parotes, et it ne se peut renoncer tid-méme^. Ne craignez done rien, ne vous laissez troubler de rien : croyez en Dieu, croyez en Jésus-Christ , par qui vous avez accès auprès de Dieu ».

LXXIX' JOUR

JésosChrist est notre usnraoce et nobe repos. Jwnt.

XIV, a. «, s, s.

.-tprés que je m'en serai alté , et que je vous aurai préparé la ptace, je reviendrai pour vous prendre et vous emmener avec moi,qfin que cous soyez où je suis*.

Voici le dernier degré d’assurance et du repos que Jésus-Christ pouvait donner à ses fidèles. Quand il reviendra au dernier jour; que tous tes hommes sécheront de frayeur dans t'attente de ce qui devra arriver à tout t'univers : Ators, diti[, tevez ta tète, parce que votre rédemption approche^. Je ne viens point vous Juger : je viens vous quérir et vous emmener avec moi. Le jugemeut n’est que pour le monde, et pour ceux qui aiment le monde : Cetui qui croit en moi , do cette foi vive et véritable qui fructifie en bonnes œuvres, n'est pas jugé : U ne rient point en jugement, parce qu’i/ est déjà passé de ta mort à ta vies.

Sans attendre ce dernier jour, Jésus-Cbrist nous visite tous les jours , lorsqu'il nous appelle à son repos éternel; il nous visite par les maladies; il est ce grand Père de famille qui frappe à la porte : alors il.vient nous quérir, afin que là où il est , nous y soyons avec. lui.

C’est là donc la grande parole : c'est la parole de consolation et de tendresse, où Jésus-Cbrist nous fait voir qu’il ne veut pas être sans nous, qu’il ne veut pas que nous soyons longtemps sans lui. C’est dotic alors que, bien loin d’étre effrayés, nous devons nous mettre en état de lever la tête , parce que le moment arrive où nous allons être où est Jésus-Christ, dans son royaume, dans son trône. C’est là ce qui fait dire à saint Paul que ce corps mortel lui est à charge, qu’il désire

' Hcbr. IV, 14, 18.—’ TU. l, 18.— Ml. Jim. Il, IS, 13.—

’ é>Avf. Il, 18. — * Joon- XIV, a. — * I.UV. XXI -36, 'je. —

^ JttUH. III, IM: V. 21. Cuiau. I , 10.

d'en être dégagé, pour être avec Jésus-Christ", qu’il désire d'ôtre défait de cette demeure terrestre, et do quitter ce séjour, où il est étoigné du Seigneur‘, pour aller habiter où il est.

Si nous aimons Jésus-Christ, rien ne nous doit être plus cher que cette parole : Je m'en vais, et je reviendrai vous quérir, afin que vous soyez où je suis. Être loin de Jésus-Christ, c'est être dans la peine,dans la mort, dans la tentation, dans le péché. Être avec Jésus-Christ, c’est être dans la gloire, dans la paix , dans la justice parfaite. Voilà ce qu’il nous promet ; voilà où il appelle les apôtres, en leur disant le dernier adieu. Cet adieu n’est donc que pour un peu de temps; Jésus-Cbrist leur promet de revenir pour les emmener avec lui : c’est la dernière marque de son amour, et le plus puissant motif pour les rassurer.

Et afin de leur ôter toute incertitude , il ajoute : / ous savez où je vais , et vous en savez la roie >. C’est en quoi est la différence entre eux et les Juifs. Car les Juifs ne savaient ni où il allait, ni par où il fallait aller; leur infidélité, leur aveuglement les empêchaient de le suivre : mais il dit au contraireà ses apôtres : fous savez où je rais, et vous savez le chemin par où il y faut cdler. Et ce chemin c’est moi-même : Je suis ta voie, la vérité et ta vte *. Pourquoi donc seriez-vous troubles de mon départ, puisque je vous montre la voie pour venir où je suis.’

Seigneur, lui avait dit saint Thomas, nous ne savons où vous allez; et comment en pouvons-nous savoir la voient Je suis la roie, ta vérité et la vie . je suis celui où il faut aller; car c’est avec moi qu’il faut être. Je suis la voie par où il faut aller : parole haute et impénétrable au sens bumain. Quelle est la fin de tous les désirs , si ce n’est la rértté et la r/c ? C’est , dit-il, ce que je suis; et quand on a trouvé le chemin , que reste-t-il à chercher.’Je sn/a encore ce chemin, je suis la roie. Comment peut-on être à la fois , et le terme où l’on va, et le chemin pour y aller.’ Mon Sauveur unit l’un et l’autre, et dans ce peu de p,aroles : Je suis la roie, la vérité et ta vie, il renferme toute sa doctrine et tout le mystère de la piété. 0 Seigneur, faites-moi la grâce de goûter cette parole, de vous y trouver, de vous y goûter tout entier!

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