LX.XX' JOUR
JésDS-Olrist est la voie, la vérité et la vte. Joas. iiv, 8.
Je suis la vérité et la vie. Je suis te ferbe qui était au commencement, la parole du Père éternel, sa conception, sa sagesse, ta véritable lumière qui éctaîve tous tes hommes qui viennent au monde ® : la vérité même; par conséquent le soutien, la nourriture et la vie de tout ce qui entend : celui en qui est la vie, et la même vie qui est d.xns le Père. Il faut entrer parla foi dans toutes ces choses; cor si elles n’étaient pas nécessaires pour notre salut, Jésus-Christ ne nous les aurait pas révélées.
• Philiit. I. 22.2S. — >11. Cor. V. 1 ,4, 8, 8. — ' Juia xiv. 4. — ‘ Ibtii. 0. — * Ibid. r». — * Jpixn. I, 9
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MEDITATIONS SUR L’EVANGILE
Je suis do/w, dit-il , la eérité et la vie, parce que je suis Dieu : niais en même temps je suis homme. Je suis venu enseigner le genre humain , et lui apporter des paroles de vie cternelle : avec la doctrine, je hii ni donné l’exemple de bien vivre. Mais conune tout cela n’ctait qu’au dehors, il fallait encore apporter la grâce aux hommes , et je me suis fait leur victime, pour leur mériter cette grâce : Je suis donc la voie : on ne peut approclier de Dieu , ni de la vie éternelle que par indi. Il y faut venir par ma doctrine : il y faut venir par mes exemples : il y faut venir par mes mériCes , et par la grâce que j'apporte au monde. La loi a élé donnée par MMse, la grâce et la vérité, a été donnée par Jésus-CTirist.^ El nous avons vu sa gloire comme celle du Fils unique, plein de grâce cl de vérité '. Entrons par cette voie , et nous trouverons la vérité et la vie.
C’est cc que l’Église nous enseigne tous lesjours par la formule perpétuelle dont elle finit scs oraisons. Qu’on adore Dieu, qu’on le loue, qu’on lui sacrifie, qu'on se consacre soi-méme à lui, qu’on le prie, qu'on lui demande; tout se fait par Jésus- Christ. Voilà la voie : m.nis en même temps on ajoute, qu’étant Dieu , il vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit ; il vit de la même vie, il règne avec la même souveraineté. Voici donc tout le mystère de Jésus-Christ : Mous savons que le Fils de Dieu est venu, el nous a donné l'intelligence pour nous faire connaître le vrai Dieu , et être dans son vrai Fils. C'est lui-mfme qui est le vrai Dieu el la vie éternelle *. C’est lui qui est venu pour nous faire connaître le vrai Dieu : c'est par lui que nous y allons : il est lui-même le vrai Dieu, la vérité même, et 1a vie éternelle. H est la voie, la vérité el la vie.
LXXXI' JOUR
Jému.Chrût est notre tmniére. Joan. xir, G.
Nous nous étonnions tout à l'heure comment on pouvait être tout ensemble le moyen et la On , la vérité e\ la vie, qui sont le terme , et en même temps la voie pour y aller. Mais Jésus-Christ nous explique ce mystère. Qui nous peut mener à la vérité, si ce n'est la vérité elle-même? Cette vérité est souveraine , nul ne la force , nul ne l'attire , et il faut qu'elle se donne elle-même. Mais cela même c'est la vie; car on vit quand on possède la vérité, c'est-à-dire, quand on la connaît, quand on l'aime, quand on l'embrasse. A Dieu ne plaise que nous nous imaginions des bras pour la tenir et pour la serrer! Ou en jouit comme ou jouit de la lumière, en la voyant; mais elle gagne tous ceux qui la voient telle qu'elle est ; car elle nous découvre tout ce qui est beau, et elle est elle-même le plus beau de tous les objets qu’elle nous découvre.
Mais que peut-on entendre entre nos yeux et la lumière, pour nous la découvrir? Rien du tout ; il n’y a qu'a ouvrir les yeux, et la lumière s'introduit par élle-même. Il n'y a point d’autre voie pour aller
' Jntin. U, !7. * Ibiâ. ?, 20.
ftOKHET. — TOUR III.
à elle : la vérité est plus lumière que la lumière : rien ne peut nous amener à la vérité qu’elle-même. Il faut qu'elle vienne, qu'elle s’approche, qu'elle s abaisse, qu'elle se tempère. Et qu'est-ce que Jésus-Christ, si ce n’est la vérité qui s'avanm vers nous, qui se cache sous une forme accommodée à notre faiblesse, pour se montrer autant que nos yeux inlnmes le peuvent porter? Ainsi pour être la voie, il faut qu'il soit encore la vérité. Que craignons-nous davantage , que d'être trompés ? Ceux qui veulent tromper les autres, et sont de ce côtéla ennemis de la vérité, ne veulent pas qu’on les trompe; et la vérité ne laisse pas d'être leur plus cher objet. Venez donc, ô vérité! En vous-même vous êtes ma vie ; et en vous approchant de moi , vous êtes ma voie. Qu’ai-je donc à craindre , et de quoi puis-je être troublé? Ai-je à craindre de ne pas trouver la voie pour aller à la vérité? La voie même, dit saint Augustin, se présente à nous d'elle-même, la voie elle-même vient à nous. Viens donc vivre de la vérité, âme raisonnable et intelligente! Quelle lumière dans la doctrine de Jésus! Cette lumière est d'autant plus belle, qu’elle luit au milieu des ténèbres. Mais prenons garde d’être de ceux dont il est écrit : La lumière est venue au monde, el les hommes ont mieux aimé les léncbrcs que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises’. Que me servira une lumière, qui ne fera que découvrir ma laideur et ma honte? Lumière, retirez-vous, je ne vous puis souffrir. Sainte doctrine de l’Évangile, éternelle vérité , miroir trop fidèle, vous me faites trembler! CJiaugeons-nous donc : nous ne pouvons pas changer la vérité; et qui serait le malheureux qui voudrait que la vérité ne fdt pas? nous ne subsistons nous-mêmes que par un trait de la vérité qui est en nous.
Aimons donc la vérité : aimons Jésus, qui est la vérité même : changeons -nous nous-mêmes, pour lui être semblables. Mettons-nous en état de n’être point obligés a ha’ir la vérité. Celui qu'elle condamne , la hait et la fuit. Qu’il n’y ait rien de faux dans celui qui est le disciple de la vérité. Vivons de la vérité, nourrissons. nous-en. C’est pour cela que l’eucharistie nous est donnée : c'est dans le corps de Jésus, et dans son humanité sainte, le pur froment des élus, la pure substance de la vérité, le pain de vie : c’est donc en même temps la voie, la vérité et la vie. Si Jésus-Cluist est notre voie, ne marchons point dans la voie du siècle; entrons dans la voie étroite où il a marché. Surtout soyons doux et humbles. Le faux de l'homme , c]est la fierté et l’orgueil , parce qu’en vérité il n’est rien , et que Dieu est seul. Bien connaître qu’il «st seul , c’est la pure et seule vérité.
LXXXII* JOUR
Nul nr vient G K>n Père , qu* par Jétus-Chrlil. Ibid.
.\ul ne vient à mon Père que par moi * . Il entra avec ses apôtres dans un secret plus (irofond; et
' Joi/n. tu, 19. — * Mil/, XIT, 0.
MKDITATIONS Süll LÉVAXGILK.
pour 1rs rendre tout n fait iiiiprrturliables, il leur apprend tout le bien qu'ils trouveront eu lui. Ce bien sera qu'en le trouvant, par lui ils posséderont son l'ére même, qui devait être tout l'objet de leurs désirs , comme c'était le terme de tous les siens.
Nul ne vienl'à mon Pire que par moi. Si le Sauveur est la voie, la vérité et ta vie, il ne faut point qu'il nous mène à autre qu'à lui-méme, pour (in heureux. Comment est-ce donc qu'il est la voie pour nous mener à son Père ? Que voulons-nous davantage que la vérité et la vie , que nous trouverons en lui.’ Il nous explique lui-méme ce profond secret , en disant : Si vous me connaissiez, vous connattrlez aussi mon Pire ; et vous le connaitrez bientôt, et vous l'avez déjà eu ■ . Ne croyez pas qu'en vous élevant à la connaissance de mon Père, je vous mène à quelque chose qui soit hors de moi : c'est en moi qu'on connaît le Père; et vous l'avez déjà vu. Quel est ce nouveau mystère? Comment est-ce qu'on connaît le Père en connaissant Jésus-Christ? Quand les apdtres ont-ils vu le Père? où l'ont-ils ru? Cest ce qu’il dira dans la suite; mais auparavant il nous laut entendre ce que lui dit saint Philippe ; Seigneur, montrez-nous votre Pire, et il nous suffit *.
A ees mots, et pour ainsi dire, au seul son de cette parole , l'âme èhréticnne ressent quelque chose de grand; mais quelque chose de tendre, mais ((uelque chose d'intime. Seigneur, montrez-nous votre Pire, et il nous suffit. Montrcz-le-noiis , c'est par vous que nous le voulons voir ; il nous suffit; vous nous ordonnez de n'avoir ni crainte ni troiible : pour cela il ne nous faut qu'une seule chose; votre Pire nous suffit. Comprenons bien cette pleine satisfaction de notre esprit en voyant Dieu ; ce sera le remède à tous les troubles. Car nous avons trouvé un bien que rien ne nous peut ôter ; et ce bien nous sulTisant seul , rien ne pourra troubler notre repos.