VI. 1. —» JoflM. XIV, I.~ XTI, IC. — * IffiJ
bienheureuse vision , uü nous Verrons clairement le Père d ms le Fils , comme le Fils dans le Père : le Fils de Dieu va nous apprendre que le Père commence déjà à se manifester en lui, par deux moyens admirables : par sa parole, par les oeuvres de sa puissance, qui sont ses miracles.
!S'e croyocous pas que Je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi f Les paroles que jt vous dis, je ne les dis pas de moi-méme ‘. Si je ne suis pas de moi-même , je ne parle pas de moiméme; si je suis la parole, je suis la parole de quelqu'un ; celui qui me prononce, me donne mon être , et toutes mes paroles sont de lui , puisque la parole substantielle d'où naissent toutes les paroles que je profère , est de lui-même.
Les paroles de Jésus-Christ ressentent quelque chose de divin , par leur simplicité, par leur profondeur, et par une certaine autorité douce arec laquelle elles sortent. Jamais homme n’a parlé comme cet homme * : parce que jamais homme n’a été Dieu comme lui , ni n’a eu sur tous les esprits cette autorité naturelle qui appartient à la vérité; qui fait que sans s'efforcer, sans se guinder, pour ainsi dire, elle y inllue si doucement et si ^ntim^ ment, qu'on lui cède sans violence.
Mais la merveille de cette parole, c’est que cet ' homme qui parle en Dieu , parle en même temps comme prenant tout d’un autre : Ce que je dis, je le dis comme mon Père me Va dlO\ et comme il me le dit toujours, parce qu’il me parle toujours, comme toujours je suis sa parole.
Ma doctrine n’est pas m’a doctrine, mais ceüe de mon Père qui m’a envoyé. Et quelle preuve nous en donne-t-il? Celui qui parle de lui-méme, cherche sa propre gloire : mais celui qui cherche la gloire de celui qui Va envoyé, est véritable', et il n’y a point d'injustice en lui
Mon Sauveur, ne parlez-vous point trop comme une créature? Qu’cst-ce qu’une créature, sinon quelque chose qui n’est pas de soi , qui n’a rien de soi , qui est toujours à l’emprunt ? La différence est immense , entre ce qui est produit de toute éternité, et ce qui est produit dans le temps : (e qui est produit de toute éternité est toujours; ce qui est produit dans le temps n’est pas toujours, et peut n'étre point du tout. Il est donc tiré du néant, il est néant lui-méme. Par conséquent, quelle différence entre sortir de Dieu comme son ouvrage, et sortir de Dieu comme son Fils! L’un est créé,
[ l’autre engendré; i’un tiré du néant, et néant lui- ' même ; l’autre tiré de la substance de Dieu , et par conséquent l’être même. Parmi tes hommes mêmes, quelle différence entre le fils et l’ouvrage? Tous j deux néanmoins viennent d'un autre. Mais le Fils I est de même nature que son Père; et en cela n'est I rien moins que lui : mais l'ouvrage n’a rien de son ouvrier, et lui est absolument étranger.
iWoii Dieu , oserai -je suivre je ne sais quelle lumière sombre qui me paraît? Dieu est Pere, Pic® est ouvrier : l'homme est père, l'homme est ou-
I * Jnnn. XtT. 10. — * Ibid. VU, 40. — • XII,
* Ibid VII, 10, IS.
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MÉDITATIONS SUR L ÉVANGILE
vrier ; mais avec une immense différence. L’homme rst ouvrier; mais il trouve sa matière toute faite par mi autre dont il l’emprunte : Dieu n’a besoin d’aucune matière, et il tire tout du néant.
L’homme est père ; est-il un vrai pere? Et que donne-t-il à son Fils ? Son Fils , il est vrai , est de même nature que lui ; mais est-ce lui qui lui donne cette nature? Non, sans doute. Comment donc vient-il de lui? Combien imparfaitement! La véri- Uble paternité est en Dieu , qui, engendrant son Fils de tout son fond, lui donne toute sa substance, tout sou être, par conséquent toute son éternité; et le fait être non-seulement son égal , mais encore
unaceclui'.
Ne dites pas qu’il emprunU : car son Perc touioiirs fécond , en lui communiquant tout ce qu'il est ne se dessaisit de rien. Autre chose est prêter, ou donner par sa volonté ce qu’on peut ne donner pas : autre chose est être fécond. Il faut entendre dans le Père l’abondance, la plénitude, la fécondité, une pleine effusion de soi-même, mais en soi-même pour engendrer un autre soi-même , qui reçoit tout en naissant , et qui naît par conséquent é-âl h celui de qui il reçoit tout, .aussi grand , aussi (.rèmel, aussi p.irfait que lui. Un Dieu ne vient pas | d’un autre qui le tire du néant : mais un Dieu vient d’un autre, qui le tire, pour ainsi parler, de sa propre essence; qui, le produisant en soimême se dégraderait soi-même, s’il le produisait imparfait. (Test donc un Dieu, qui vient d’un Dieu ; Fils parfait d’un Père parfait , parfaitement un avec lui parce qu’il reçoit sa nature, dont l’unité fait l’ossence. Ecoule, Israël . le Seigneur noire Dieu esl un' : le Père est un , le Fils est un ; le Père est Dieu , le Fils est Dieu , et tous deux ne peuvent être qu’un seul Dieu ; autrement, le Fils n’est pas Fils, et il n’a point la nature de son Père, s’il n’en a point la parfaite et souveraine unité.
Pourquoi se jeter dans ces abîmes? Pourquoi Jésus-Christ nous les a-t-il découverts? Pourquoi y revient-il si souvent? Et pouvons-nous ne nous arrêter pas à ces vérités, sans oublier la sublimité delà doctrine chrétienne? Mais il faut s’y arrêter en tremblant ; il faut s’y arrêter par la foi : il faut , en écoutant Jésus-Christ, et ses paroles toutes divines, croire que c’est d’un Dieu qu’elles viennent ; et croire aussi en même temps que ce Dieu d’où elles viennent, vient lui-même de Dieu, et qu’il est Fils; et à chaque parole que nous entendons , il faut renîonter jusqu’à la source , contempler le Père dans le Fils , et le Fils dans le Père-
Voici donc l’acte de foi que je m’en vais faire : Le Fils n’est pas de lui-même : autrement il ne ser.ait pas Fils : il ne parle donc pas de lui-même : Il dit ce que son Père lui dit a : son Père lui dit tout en l’engendrant; et il le lui dit, non par une autre parole , mais par la propre parole qu’il engendre : il rapporte tout à son Père, parce qu’il s’y rapporte lui-même : il rapporte sa gloire à celui de qui il tient tout son être; mais cette gloire leur est com-
‘ Jiuin. X,30. — ’ Veut. \l,i. — ’ XII, »o, 60; xiv.
mune ' quelque chose manquerait au Père si son Fils était moins parfait que lui. C’est ce que je crois, car Jésus-Christ me le dit : c’est ce que je verrai un jour, parce que le même Jésus nie l’a promis.
Parler, donc , pa.ricz , ô Jésus! parlez, vous qui êtes la parole même. Je vous vois dans vos paroles, parce qu’elles me font voir et sentir, en quelque façon , que vous êtes un Dieu : mais j’y vois aussi votre Père, parce qu’elles me font connaître que vous êtes un Dieu sorti d’un Dieu, le / erùe et le Fils de Dieu'.