SECONDE PARTIE
SUITE DU DISCOUBS DB ROTBE - SEIGIIEUB : CI qu'il DIT DEPUIS SA SOBTIB DE LA MAISOK, JUSQU’A CB qu'il MONTAT A LA MONTAUSS DES OLIVIEBS.
PREMIER JOUR
Jésus est la vigne, et les Ildéles les membres. IVe<vss4le.
eflicace, Influeooe conUnuelIe de la grâce. Joam. xv, I.
Jusqu'au 7.
Je suis la vraie vigne, el mon Père est te vigneron , le laboureur ’. On croit que sur le chemin de la montagne des Olives il se trouvait beaucoup de vignes, qui donnèrent lieu au Sauveur de dire ces paroles. Nous devons apprendre par cet exemple, et par les autres de même nature , à nous servir de tous les objets qui se présentent pour nous élever à Dieu, et par ce moyen sanctifier, pour ainsi parler, toute la nature.
Nous avons ici à considérer trois choses ; la vigne ou la tige, qui est Jésus-Christ; les branches de la vigne, c'est-ù-dirc les fidèles ; et le laboureur, qui est le Père étemel. Les deux premières choses nous font sentir combien nous sommes unis à Jésus-Christ, et le besoin extrême que nous avons de cette union.
Notre union avec Jésus-Christ présuppose, premièrement, une même nature entre lui et nous : comme les branches de la vigne sont de même nature que la tige. Il fallait donc qne Jésus-Christ fût de même nature que nous ; ce qui aussi fait dire à saint Augustin qu'il a prononcé ces parole* selon qu'il est homme.
Elles présupposent, secondement, une intime union entre lui et nous, jusqu'à faire iin même corps arec lui , comme le sarment et les branches de la vigne font un même corps avec la tige.
lue. XXII , sa. — V Joan. XV, L
MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. isi
Elle* présupposent, en troisième lieu, une influence intérieure de Jésus-Christ sur nous, telle qu'est celle de la tige sur les branches, qui en tirent tout le suc, dont elles sont nourries.
De là suit une eitréme dépendance de tous les fidèles à l'égard de Jésus-Clirist. Comme les branches sécheraient et périraient sans ressource, et ne seraient plus propres que pour le feu , sans le suc qu'elles tirent continuellement de la tige , il en serait de même de nous, si nous ne recevions continuellement de Jésus-Christ la grlce qui nous fait vivre.
Remarquons donc bien qu'il ne suffit pas que Jésus-Christ nous enseigne par sa parole et par ses exemples , mais encore que nous avons besoin de la continuelle influence de sa grâce, sans laquelle nous péririons.
Combien, d'un côté, devons-nous avoir de joie d'étre unis si intimement à Jésus-Christ; et, de l'autre , quelle doit être notre humilité dans le besoin continuel que nous avons de la grâce !
Elle ne pouvait être mieux marquée que par le besoin que les membres ont de leur chef : ou, ce qui est de même nature , par celui que les branches ont de leur tige; car un seul moment d'interruption d'une influence si nécessaire les ferait mourir.
Entrons donc dans la pratique de ce commandement du Sauveur ; Demeurez en mol, et moi en i-ous : comme la branche ne peut porter du fruit , il en ett de même de vous ; vous ne pouvez rien faire sans moi
/ ous ne pouvez rien faire ; rien du tout : vous ne pouvez porter le moindre fruit , ni pousser par conséquent la moindre fleur, parce que la fleur n'est que le commencement du fruit. Il avait dit que le laboureur purgerait le plant qui porte du fruit, afin qu’il en portât davantage *. Mais de peurque nous ne crussions que nous ne devions à sa grice que l'abondance des fruits , à cause qu'il avait dit que ta plante serait purgée pour porter beaucoup, rl ajoute : t ous ne pouvez porter de fruit , si vous ne demeurez en moi ; et encore plus précisément ; l'ous ne pouvez rien sans moi : vous ne pouvez commencer le bien , loin que vous le puissiez achever. Personne ne peut rien penser de soi-même, comme de soi-même ‘ ; personne ne peut prononcer le nom du Seigneur Jésus que par le Saint-Esprit* : ni avoir le Saint-Esprit que par Jésus-Christ, qui doit l'envoyer, comme il le dira dans la suite. Et non-seulement l'envoyer au dehors, mais encore au dedans : selon ce que dit saint Paul : que tous tes membres unis ensemble reçoivent l'accroissement par tous les vaisseaux , et par toutes les liaisons qui portent et communiquent la nourriture et ta vie*, chacun selon sa mesure : ce que le même apôtre attribue ailleurs i la distribution de la grôce du Saint-Esprit , qui partage ses dons à chacun, selon qu’il lui plait
t Joan. IV, ». 5. — ■ nid. S. — > II. Cor. ni. 6. — 4 I. Cor. XII, 3. — ^Ephra. Iv, le, — <1. Ct-r. xll, 1 1 , 13.
Tenons-nous dans une grande dépendance, à chaque instant, à chaque action.
C'est par la foi qu'on tire le sue de cette divine racine : tenons- nous toujours dans la foi.
Jésus-Christ dans l'eucharistie doit être notre cher objet, et le moyen le plus efficace de s'unir à lui comme à celui sans lequel on ne peut rien , de qui on tire tout le bon suc de la grâce, la vraie nourriture de l'âme.
Mais voici le comble de la joie. C'est que la racine n’aime pas moins a communiquer sa vie que les branches à la recevoir. I.e chef est fait pour se communiquer, et Jésus-Christ pour se donner à nous. C'est pour cela que tous les conduits sont préparés : Les uns sont apOtres , les autres docteurs ■ ; mais tout cela est pour les membres , outre que le chef influe par lui-même.
Jpprochez-vous de lui, et recevez ta lumière, et vos visages ne seront Jamais chargés de confusion *.
La confusion est pour ceux qui s'éloignent de Jésus , parce que , laissés à eux-mêmes , ils sèchent , ils meurent , ils ne sont que faiblesse et péché.
Si la vigne , si les membres do corps pouvaient sentir ce qu'ils doivent à la racine et au clwf, ils seraient en continuelles actions de grâces. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Saint Paul ne nous prêche que l'action de grâces. La foi , la priere, l'action de grâces, c'est le principe, c’est le moyen , c'est le fruit de notre union avec Jésus- Christ.
U* JOUR
Le père e»t le vlgneroD. Jrün. xv, I.
hfon Père est le laboureur, ou te vigneron. Il faut exclure ici une fausse idée , qui serait de croire que le Père n’agisse qu'au dehors. Ce divin laboureur est celui qui envoie la pluie dont la vigne se nourrit. Cest lui qui opère dans les coeurs : qui donne l'aceroissement , comme dit saint Paul > ; qui opère le vouloir et le faire.
Mais ici l'influence intérieure semble être attribuée au Fils comme chef, afin d'établir la confiance des membres , en leur montrant que celui qui agit en eux leur est intimement uni.
Le Père agit dans le Fils , et le Fils agit en nous : le Fila n'a rien que de son Père; et nous n’avons rien que du Fils ; ainsi tout retourne au Père ; le Père ne cesse d'agir, dit le Fils de Dieu : et moi j’agis aussi * : et notre propre action de l'un et de l'autre, c'est d'agir dans les cœurs où nous envoyons notre Saint-Esprit, agissant par lui sans discontinuation , et faisant les hommes un même esprit avec nous. Le Fils donc opire , et le Père opère ; et il n'y a de différence qu'en ce que le Père est Dieu seulement, et le Fils, Dieu et homme tout ensemble. Emmanuel : Dieu avec nous : Dieu uni â nous ; Dieu agissant en nous, comme dans
' I. Cor. XII, 5S. — ■ Pt. XXXIII, 0. — ’ I. Cor i. S, 7; Phlip.u, v'*JoaH.y, 17.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
■lue partie de lui-niéme. C'est donc là le fondement de la confiance.
Quand les ariens disaient ; Si l'un est la vigne , et l'autre le vigneron et le laboureur, ils ne sont pas de même essence ; ils ne songeaient pas que ce même Jésus, qui est notre clief, notre tige, en qualité d'homme, et de même nature que nous, en tant que Dieu est de même nature que son Père , et laboureur comme lui , qui ne cesse de travailler à sa vigne élue. C'est là tout le fondement de notre espérance, de ce que tout est à nous par Jésus- Christ. Comme hotnme il est à nous; l'homme est Dieu, Dieu donc est à nous en Jésus-Clirist. Le Pire etldam U FiU, et le Fils est dans te Pire'. Toute la substance de la Divinité étant à nous , tous les fruits et tous les dons sont à nous; le Saint-Esprit , qui est le don substantiel , est à nous; et ce don nous est donné avec tous les dons dont il est plein. Voilà les richesses du chrétien. Peut-il penser à d’autres biens? Il en a besoin , je le sais ; mais pour le corps. Qu'il les prenne donc en passant pour le corps qui passe ; mais qu'il cultive , qu'il nourrisse , qu'il enricliisse son âme. Travailtêz, , non point à une nourriture qui périt , mais à une nourriture qui mine a' une vie étemelle, que le FUs de l'homme vous donnera * ; qu'il vous a déjà donnée en s'incarnant; qu'il vous donne tous les jours par sa parole; et qu’il vous donnera encore, en se donnant à vous par l'eucharistie.
III« JOUR
résos-Cbrbt Rtrancbe U branche Intractueuse. Joan. iv, s.
La branche qui ne porte point de fruit en moi , ce céleste vigneron la retranchera ; et ta branche qui en portera , il la taillera , afin qu'elle en porte davantage Voilà deux opérations : de retrancher le bois inutile ; et de tailler l'autre pour n'y rien laisser d’impur et de superflu.
La première opération, qui est de retrancher la branche qui ne porte point de fruit, a un effet terrible marqué au ÿ 6 , où il est porté que cette branche retranchée séchera, et sera jetée au feu et brûlera.
Il ne faut qu’écouter le saint Prophète : Fils de l’homme, que ferez-vous de la branche de la vigneT En ferez-vous quelque bel ouvrage comme on en fait du cèdre, des autres grands arbres, qu’on n'emploie jamais à de plus beaux usages, qu'après qu'ils sont coupés? En est-il de même de la vigne? Point tout. Quand mime elle était sur pied, on voyait bien qu'elle n'était propre à aucun ouvrage : combien plus , étant arracliée , verra-t-on qu'elle n’est bonne que pour le feu? Plus elle est excellente, lorsqu'elle porte son fruit délicieux qui réjouit Dieu et les hommes > ; plus elle est inutile, quand elle n'en porte plus , et n'a plus rien à attendre que la feu , dont elle est digne. Ainsi en est-il du chrétien.
Et remorquez qu’elle en est digne, non à cause
: Jm. XIV, 10. — • Ihii. VI, 17. — ’ JSid. xv, 1. — 4 issch. XV, 2, 3, «, et Kq. — Sjud. u, 13.
seulement qu'elle porte du mauvais fruit ; ce qm lui arrive lorsque son fruit dégénère , et que son raisin se change en mauvais verjus ; mais lorsqu'elle ne porte pas de bon fruit : ainsi en est-il du chrétien : Jetez le serviteur inutile dans les ténèbres, dans les cachots éternels ; la sera pleurs et grincements de dents'.
IV» JOUR
U utile la brandie chargée de fmtl. Ibid.
Mais le céleste laboureur ne tranchera-t-il que le mauvais bois incapable de produire du fruit? Non ; il a une seconde opération sur le bon bois ; il le taille, il le purifie; il coupe dans le vif; et, non content de retrancher le bois sec , il n’épargne pas le vert. Ainsi en est-il du chrétien. Que de choses à retrancher en toi , chrétien ! Veux-tu porter un fruit abondant? il faut qu'il t'en coûte; il faut retrancher ce bois superflu ; cette fécondité de mauvais désirs ; cette force qui pousse trop, et se perdrait elle-même en se dissipant ; tu crois qu'il faut toujours agir, toujours pousser audeliors; et tu deviens tout- extérieur. Non, il faut non-seulement ôter les mauvais désirs, mais ôter le trop qui se trouve souvent dans les bons; le trop agir; l'excessive activité, qui se détruit et se consume elle-même, qui épuise lesforces de l'àme , qui la remplit d'elle-niêroe et la rend superbe. A me chrétienne , abandonne-toi aux mains , au couteau , à l'opération de ce céleste vigneron: laisse-le trancher jusqu'au vif. Le temps de tailler est venu : Tempus putationis advenil *. Dans le printemps, lorsque la vigne commence à pousser, on lui doit ôter même jusqu'à la fleur, quand elle est excessive. Coupez, céleste ouvrier; et toi , àme chrétienne, coupe aussi toi-même ; car Dieu t'en donnera la force , et c’est par toi-même qu'il te veut tailler. Coupe non-seulement les mauvaises volontés, mais le trop d'activité delà bonne, qui se repait d'elle-même! Ame toute pleine d’Adam et du vieux levain , que ne dois-tu pas craindre de tes vices , si tu as tant à craindre de tes vertus mêmes?
Qui nous dira ce que c'est que cette âme, qui ne cesse point d'agir et de pousser; qui en poussant néanmoins , ne pousse pas trop , et en agissant n'agit pas trop ; qui sait retenir cette force qui se dissiperait au dehors, et ne garderait rien pour le dedans; qui , à force de se contenter elle-même, en agissant comme une autre âlartlie avec trop d'activité et d’inquiétude, même sur un bon objet, s'ôte le repos , et le veut encore ôter à Marie assise aux pieds de Jésus, comme sans action, et mettant son action dans le repos, avec lequel elle prête son attention tout entière au Sauveur qui parle au dedans ? C’est ainsi que doit être l’âme chrétienne; ni oisive, ni empressée, mais tranquille aux pieds de Jésus , écoutant Jésus. Oh ! qu’elle s'est utilement taillée , qu'elle a fait une salutaire blessure à son trop d'activité! Quand il faudra agir, elle trouvera ses forces entières , et son action d'au-
* .VflII. XXV, 30. — > Canl. Il, 12.
MÉDITATIONS SUR L’EVANGILE
tant plus ferme, quelle sera plus paisible; non plus comme ces torrents qui bouillent, qui ccument, qui se précipitent et se perdent ; mais comme ces neuves liénins, qui coulent tranquillement et toujours. Tel est le fleuve qui réjouit la cité de Dieu: il a une impétuosité', une force, un mouvement ferme et durable ; mais en même temps doux et tranquille : l’dme se remplit d'une céleste vivacité qui ue sera plus d'elle-mcmc, mais de Dieu.
Voyez ce cbeval ardent et impétueux, pendant que son écuyer le conduit et le dompte : que de mouvements irréguliers I C’est un effet de son ardeur; et son ardeur vient de sa force , mais d’une force mal réglée. Il se compose, il devient plus obéissant sous l’éperon, sous le frein, sous la main qui le manie à droite et à gauebe, le pousse, le retient comme elle veut. A la fin il est dompté; il ne fait que ce qu’on lui demande : il sait aller le pas, il sait courir, non plus avec cette activité qui l’épuisait, par laquelle son obéissance était encore désobéissante. .Son ardeur s’est changée en force; euplutdt, puisque cette force était en quelque façon dans cette ardeur, elle s’est réglée. Remarquez ; elle n’est pas détruite, élle se règle; il ne faut plus d’éperon , presque plus de bride ; car la bride ne fait plus d’effet de dompter l’animal fougueux. Par un petit mouvement , qui n'est que l’indication de la volonté de l'écuyer, elle l'avertit plutôt qu’elle ne le force : et le paisible animal ne fait plus , pour ainsi dire , qu’écouter. Son action est tellement unie à celle de celui qui le mène , qu’il ne s’en fait plus qu’une seule et même action.
Ame chrétienne , écoute l’Époux qui te dit : Je t'ai comparée a une belle cavale ’, et entièrement domptée. Et s’il faut t’atteler à un chariot , te faire agir en concours avec d'autres Unies également soumises , ce ne sera pas de ces chariots mal assortis, où l’un tire et l’autre demeure sans action ; ce qui épuise et accable ceux qui sont de bonne Volonté, et se donnent de bonne foi ù l’ouvrage. Sous le fouet du conducteur, ou pour mieux dire , non tant sous le fouet que sous sa voix , et avec la légère indication d’un coup bénin qui avertit, qui réveille quelquefois; les deux chevaux sont unis, parce qu'ils sont tous deux également soumis à la sage main qui les mène. Ame chrétienne, agis ainsi , et change ton .-irdeur, ton activité en gravité, en douceur, en règle. Noble animal fait pour être conduit de Dieu, et le porter, pour ainsi dire, c'est là ton courago , c’est là ta noblesse.
Revenons donc à la vigne ; il faut non seulement retrancher le sec, mais encore tailler dans le vert et dans le vif.
V JOUR
Cest aae opéraUon de U grâce que de con&ervrr (a Ju&tice.
Jmtn. XV, 3, V.
fous êtes déjà purs à cause de la parole { selon la parole)q«c je cous ai dile:(,f ous /les purs, mais
' Pi. xi.v, 5. — * Cael. I, s.
non pas tous.) Demeurez en moi, et moi en vous Vous n’avez pas seulement besoin de moi pour être pnrifiés ; mais quand vous êtes purs, vous avez eneore besoin de moi pour demeurer dans votre pureté. Car l’opération de la grâce n’est pas seulement à purifier, mais encore plus à conserver la pureté et la justice une fois données. Le soleil avance, et dissipe les ténèbres ; l’air illuminé conservera-t-il de lui-même la lumière? Non, certainement : on ne doit pas dire, dit saint Augustin, Il a été une fois illuminé; mais il l'est continuellement et de nouveau à chaque moment ; autrement il retomberait dans les ténèbres. La lumière diminue par tous les obstacles qu’on met entre le corps illuminant et le corps illuminé. C’est ce qui fait les ombres et les diverses teintes de lumière, plus ou moins vives. Combien plus l'àme raisonnable, pour conserver la justice, dépend-elle de Dieu, qui l'éclaire, et du vrai soleil de justice, qui est Jésus-Cbrist! Tiens-toi donc toujours exposée à celte lumière: demenre dans cette lumière, eteette lumière en toi , sans t’en détourner un seul moment. Il ne suffit pas qu’elle t’ait fait juste une fuis ; il faut que continuellement elle te le fasse. Entendervous , âme chrétienne ? Ne vous détournez donc jamais, pour peu que ce soit ; tenez-vous le plus que vous pouvez sous le coup direct de la lumière; car c’est par là que vous serez vivement éclairée. Ce n’est pas qu'il ne vienne de la lumière de côté et d'autre, et les corps illuminés se la renvoient mutuellement; mais se tenir sous ce coup direct, et demeurer toujours en plein soleil , c’est la perfection de l’âme pour être éclairée.
On dira : Je suis ébloui ; mais c’est le propre de la lumière extérieure , qui affaiblit l’organe par lequel elle est aperçue. La vérité, quand elle est parfaite et parfaitement vue, n’éblouit pas; elle fortifie son organe , c’est-à-dire l'intelligence , et lui donne à la Un une éternelle force ; c’est ce qui fait notre bonheur dans la vie future. Il est vrai qu'en eette vie nos faibles yeux , qui sc purifient et ne sont pas entièrement purs , ne peuvent porter la vérité tout entière; m.aiselle s’est tempérée elle-même dans la foi : tourne-toi donc toujours à elle, âme chrétienne, sans craindre qu’elle te blesse. foi te la présente, te l’applique de la manière qu’il faut : sa douce obscurité tient ton esprit en état. S’il sort de temps en temps quelque rayon de ce doux nuage , il ne sera jamais trop fort. Dieu, qui l'envoie, .«ait ta mesure, et ne portequ'où il faut. Pour toi , tiens les yeux ouverts et le rocur soumis : la lumière se changera en ardeur, et le cœur gagné vivra de Dieu.
vr JOUR.
Parabole de la vij^ne , Urée d'I^aie. Jint/t. xr, l.
lêait, V, t-
!Sous devons avoir entendu la parabole de la vitfne; c est le mystère de notre union avec Jesus- Cliiist. Mais pourquoi elle est exprimée sous la n« pire de la vigne plutôt que sous celle d'un autre arbre, on l'entendra en remarquant :
• ./'Min. XV, .1,4.
B05«CLT. — TOXE IN.
MKDITATIONS SUft l.l'VANGILE.
J . CVsl r.in(nenne parabole .• Seigneur, vous vous êtes /ait une vigne: vous Tarez transplantée (TÈggpte dans la terre que vous lui aviez promise ; vous avez exterminé hs anciens habitants de cette terre, pour tui faire place . elle s'y est étendue de coteau en coteau, et s'esf étevèe au-dessus des hautes montagnes guette a couvertes. Toute la terre, jus- (fu’au fleuve, Jusffu'à ta mer, en a été remplie » , tant le provin en a été fécond et ab<mdanl. Que n’ai-je pas fait à ma vigne? dit le Seigneur. \e l’ai-je pas travailUn* dans tontes les saisons? .l’ai fossoyéo’ai taillé, j’ai proviLméJe l’ai environnée d'une haie o\i d'une muraille, et je l’ai munie de tous célt*s- d’est wio élue et bieti-aimcc*.
2. Ïésus-Clirisl ne fait qu’appliquer la parabole à son Église. Mais afin que eetle nouvelle vigne paraisse encore plus une vigne élue et chérie, il iioiLS apprend que cette vigne est une même chose avec lui. Je suis, dit-il, ta vraie vigne, dont l'ancienne vigne n était que ki figure : c'est eelle-ci qui doit porter les véritables fruits pour la vie éternelle. Je suis ta vraie vigne, et v(ms êtes les branches ’ : c'est moi qui fais toute la beauté et toute la force du plant; et mon Père aime d'aulant pins cette vigne, que c’est moi qu’il entend et qu’il aime en elle.
3. î.a vigne est de tous les plants, celui qui porte le fruit If plus cvcellent. Ost de la vigne qu’il a clé dit en ligure : Que son vin réjouit te cœur de Thomme, et qn'it réjouit Dieu et tes hommes^. Dans le froment est le soutien nécessaire ; dans le vin est le courage, la force, la joie, l’ivresse spirituelle, le iransjvort de l’.lme, dont les effusions étaient la figure ilans It's sacrifices; et encore aujourd’hui le vin entre dans le sacrifice : avec le vin nous snerifions à hieu la joie sensible, et nous la changeons dans la sainte joie que nous donne le sang enivrant et transportant de .lésus-Christ, qui inspire l'amour qui l’a fait n*pandre.
4. Lavignene paraît rien d’Hle-méme; elle rampe, elle est raboteuse , tortueuse, fnihie, qui ne se |M»ut élever qu’étant soutenue; sans cela elle tombe. Mais aussi étant soutenue, où ne .s’élève-t-elle pas? Elle s'entortille autour des grands arbres; elle a des bras, des mains, pour les embrasser, et n’en prul plus être sép.irée. De ce bois tortu et raboteux , qui n'a rien de Ivean, sortent les pampres dont les montagnes sont rc)uronnées, dont les hommes sc font des festons. I )e là sort la fieiir la plus odorante , de là la grappe , de là le raisin, de là le vin , et le plus délicieux de tous les fruits : ainsi l’écorcp dti chrétien n'a rien que de méprisable en apparence, et lotit y paraît sans force : toute la force, toute la l>enutéest au<ledans; et on peut tout, quand on ne s'élève qu’étant soutenu.
5. Le bois de la vigne est celui où la destinée du chrétien se marque le mieux. I) n’y a pour lui que de porter du fruit ou d'être jeté dans le feu : oijtre que c’est , comme on l’a dit , le plus humble et le plus exquis de tous lesliois; le plus vil en appa-
' Pa. iJixix, 0. 10. II. li. — */>. V, 2,4. — S Joan. xv. I, S.
— ‘ Pi. 1311, 15 jHfi. IX, 13.
rence, et le plus précieux cnefTel.Quoi de plus Im* bie? D’où vient plus aboudaimnent ce qui doiioecx du courage et de la force? Trois fruits sonlftcwic mandés dans l’Écriture : le froment, qui est b foi, le soutien de l'.lme; l’huile, qui est IVsfwrancr, qui adoucit les peines d'attendre par la pronxv5« de voir; le vin , qui est la charité, la plus {tarfai(« des vertus.
VU** jorn.
PHcre par notre Soigneur lé»ns-rtirfot oiitiml \aL Joan. XV, 7.
Si vous demeurez en moi , et que mes panh demeurent en vous, vous demanderez tout et qw vous voudrez ; et il vous sera aerordé • . A près aroir jeté sur l’humilité et la'dépendance les foudemrnu de la prière, il en explique la vertu. Quiconque rrot donc prier, il doit commencer par se mettre véhi> blement et intimement dans le cœur cette paroic / ous ne pouvez rien sasts moi » : rien , rien euror une fois, rien du tout. Car c’est (lour cela qu'oo prie, qu'on demande, parce qu’on n’a rien;ei|»r consi^ueiit qu'on ne peut rien, ou pourloutdirr en un mot , qu'on n’est rien ; en matière de InVa un pur néant. Kt c'est pourquoi il a dit qu'on doii prier, et qu’on n'est ouï qu’au nom de Jesus-t Jirist ce qui montre que de soi-méme on n'rst quun néant ; mais qu'au nom de Jésus-C'JirisI on pni tout obtenir.
Or cela enferme deux choses ; l’une, que qurf que prière qu’on fasse, on n’est point soi, mais au nom de Jcsiis-Oirist; l’autre, qü(* ne peut, ni on ne doit prier par son propre nfri> mais par l’e.sprit de Jé.sns-Christ : c'est-à-dir» . non-seulement selon que Jésus-Christ l'a ensei^. en ne demandant que ce qu’il veut qu'on dmindc mais encore en reconnaissant que c'est qui forme en nou.s notre prière, par son espriiqw parle et qui crie en nous : autrement il ne pas véritable , et nous n’entendrions pas romnv H faut cette parole, qui est le fondement delà .Sans moi vous ne i>ourez rien. D’où il s'fnvull qw .sans lui , nous ne pouvons pas même prier, mnf»r mément à celte parole de saint l’aul : t'imsseurez ce que vous devez demander par ta prier* , romment vous devez prier; mais t'espril prka vous arer des gémissements ine.rptieabtrs K
Mais en même temps que pour prier on je dans l'esprit bien avant celle première vrrile ■ if ne puis rien : sans moi vous ne ptn/rez rien; doit encore s*y en mettre une antre : Je puis lo*^ aver refui qui me/or/ijie 4 : je ne puis rien sans Je sus ('.hrist : je puis tout avec Jéstis Chrisl et en sen nom. C’est pourquoi on entend toujours dans H prières de l'Église cette conclusion aussi hiunW<' que consolanle. Par Jésus-Christ, notre Sdgstm humble , parce qu’elle confesse notre impuissanee; consolante , parce qu’elle nous montre en qui est notre force. Et cela s'étend si loin , que k«qw
» Jnon xs.l.— '» Ibid. XT,
MEDITATIONS SUR U’ÉVANGII.E,
nous interposons rnveni Dieu les intercessions et les mérites des suints, inéiiie ceux de la sainte VierRe, nous y ajoutons encore cette nécessaire conclusion : Par Jésus-Christ , notre Seigneur; par où nous confessons qu'il n'y a de mérite, ni de prière, ni de dignité dans les saints, à quelque degré de gloire qu’ils soient élevés, que par Jésus- (ilirist , et en son nom.
Et il faut bien prendre garde que nous ne nous imaginions p.as que ce soit assez de dire de bouche ce Per Oouiinutn nostrum Jesuiii Christuin. Disons-le en effet, et par le fond du cceur , en demeurant eu Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous : c’està-dire , en MOUS attachant à lui de tout notre coeur, avec une vive et ferme foi, et lui aussi demeurant en nous par sa parole qu’il imprime dans notre cœur, et par son esprit qui nous pousse et nous anime à la prière.
Il y a donc ici ce que nous faisons, qui est de demeurer en Jésus-Christ; et ce qu’il fait, qui est de demeurer en nous; et cela fait l'ouvrage complet. .Si nous croyons agir seuls, nous nous trompons, puisque la source de nus actions, c'est que Jésus-CJirist demeure en nous. Car il n’y demeure pas sans action , scion ce que dit saint Paul , gu'it est puissant en nous '.
C'est donc alors que nous prions véritablement au nom de Jésus-Christ , lorsque nous demeurons en lui , et lui en nous, nous laissant conduire à Jé- •sus-Christ, qui nous meut , et écoutant ce qu'il dit en nous,arm de pratiquer véritablement et intimement ce qu'il dit : Si vous demeures, en moi , et que ma parole , non pas seulement cette parole que Je prononce au dehors , mais encore celle que Je fais entendre au fond du coeur, demeure en vous; et alors nous obtiendrons ce que nous voudrons.
Or, cette parole qui doit demeurer en nous doit être principalement la parole de la croix , qui est celle dont il .s'agit principalement dans tout ee discours. Car Jésus-Christ allait a la croix , et il y menait ses disciples avec lui , comme la suite le fera encore bien mieux paraître.
Croyons donc que de demeurer en Jésus-Christ , c'est demeurer dans la parole de la croix, et que la parole de la croix demeure en nous ; et que demander au nom de Jésus-Christ, c’est demander par son sang et par ses souffrances , les aimer et y prendre part.
VIII' JOUR
Korce liant la p.inil« de la croix ; porli-r te rrull Je la croix. JmiH. XV, M, U, 13.
La gloire de mon Père est que vous rapportiez beaucoup de fruit, et que vous deveniez mes vrais discl/des *. Jésus-Christ en revient au fruit qu’il avait promis à ceux qui demeureraient en lui ; et il nous apprend que nous devons désirer ce fruit pour la gloire de son Père , et non pas pour la nôtre. Car a Dieu ne plaise que nous nous glorifiions en autre qii en Dieu ! Jésus-Christ ne veut de gloire que pour
' II. Cur XIII. a, — * Joatt, XV. H.
son Pere; et n'a de gloire qii en lui, ainsi qu'il l'expliquera dans toute la suite. Nous devons donc , à son exemple, mettre en Dieu toute notre gloire.
Et que vous soyez mes vrais disciples. Qu’est-re à dire, mes vrais disciples? mes vrais imitateurs dans le chemin de la croix et de la mortification ; car c'est h quoi il nous veut conduire; mais il nous y conduit par la voie d'amour.
Je vous ai aimés , coninie mon Père m'a aimé' : non par une fausse tendresse , comme celle des parents charnels. Mon Père, m'a aimé d’un amour ferme, et il m’a envoyé souffrir : Je vous ai aimés de même; souffrez et mourez avec moi, et Je vivrai en vous.
Il ne parle pourtant point encore de mort ni de croix; mais il nous y prépare par l’insinuation de l’amour de son Père et du sien. Voyez, dit-il, comme mon Père m'aime ; Je vous aime de ce même amour; et vous verrez bientôt où il me porte. Car il dira dans un moment : Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa rte pour ses amis >. Mais avant que de nous faire entrer dans cescourageux desseins, il nous fait entrer dans la douceur et la pureté de son amour. Caissons-nous donc conduire par cette douce voie , en quelque endroit qu'elle nous mène.
IX' JOUR
Catamaudenu-tll de la croix par l'acnour. Jeun. \v. 10.
.Vf VOUS gardez mes commandements , vous demeurerez dans mon amour : comme je garde tes commandements de mon Père , et je demeure dans son amour Quel commandement gardez-vous, ô mon Sauveur? Il l'a dit souvent : J'ai la puissance de donner mon âme, et j'ai Us puissance de la reprersdre; et c'est là le commandement que j'ai reçu de mon Père Quoi ! la puissance de la reprendre seulement , et non pas celle de la donner ? I.’une et l'autre : et celle-ci est celle par où il faut commencer. Voyez comme il insinue doucement le commandement de la croix.
Mais avant que de s'expliquer ouvertement làdessus, il «nseigne que le véritable amour n'est pas a dire, à promettre de grandes choses, à les désirer, à s’en remplir l'esprit ; mais a entrer par la dans une pratique sérieuse et réelle des eommandemenls. Il faut commeneer par aimer Jésus-Clirist, et par-là aimer sa vérité, ses paroles, ses maximes, ; ses comimandements. Car c'est ainsi qu'il a fait ; et I il a commencé par aimer sou Père , pour ensuite : aimer ce qu'il commandait, quelque rigoureux qu'il ! parût à la nature; car l'amour de celui qui commande rend doux ce qui est amer et rude. Aimons donc Jésus-Christ, et tous ses commandements nous seront faciles. Souv iens-toi , chrétien , que ee n'est rien de garder l'extérieur du commandement , si on nclegardepar amour. Tout leeommandement est compris dans l’amour même. Jésus-Christ a gardé le commandement des^ IVrc, parce qu'il
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MEDITATIO>S SLR L'ÉVAiNGILE.
l'aimait ; et il nous donne cet exemple , en nous déclarant sue cet exemple est notre loi.
X' JOUR
Joie pleine et partnile d'oMlr par amour, et non par crainte. Jttan. xv, II. /. Jotm. vl, JS.
Je vont ai dit toutes ces choses , c{fin que ma Joie demeure en vous, et que votre joie soit occompile • : qu’elle soit pleine et parfaite. Vous Terrez à quoi il TOUS prépare par cette abondance de joie ; et il parle ici cunvenalileincnt de la joie , après avoir parlé de l'amour. Car il n’y a que le vrai amour qui puisse donner de la Joie. l,a terreur a de la peine ■ , dit saint Jean. Elle n’a donc point la joie. D’où vient la joie, si ce n’est d’aimer? Car qui eime veut plaire, et met là sa joie. Et quand il a trouvé le secret de plaire , il jouit du fruit principardo son amour. Vous plaisez quand vous obéissez par amour; car c’est là ce qu’aime Jésiis-Clirist. Lairsque son Père a déclaré que son Fils lui plaisait , et qu’il mettait en lui scs complaisances , c’est qu’il voyait que, l’aimant, il aimait à lui obéir, et que c’était là sa joie. Aimez donc aussi : Délectezvous dans le Seigneur > ; aimez, cherchez à lui plaire , et mettez là votre joie comme votre gloire : alors votre joie sera accomplie : elle sera parfaite comme votre amour.
-ifin que ma Joie demeure en vous. Quelle est ma joie? d'obéir, et d’obéir par amour. Ma joie sera donc en vous quand vous aimerez et (pie vuus obéirez : A'f votre Joie sera accomplie. Qui ii’aimerait un Sauveur qui ne nous promet qu’une sainte et parfaite joie, par un saint et parfait amour ?
XI' JOUR
Myslère , précepte de la croix ; .imour du prochivln ; donner
sa vie pour lui, comme Jesus-Chnst. Joan. xv, 12, 13.
Le commandement que je vous ai donné est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis *. Voilà la croix qui se déclare; mais pour lui ôter toute sa rudesse, elle se déclare par le précepte de l’amour. Jésus-Clirist a aimé, et il a donné sa vie. Millions de mémo, et Jésus-Clirist, et en lui nos frères, que l’amour qu’il a pour eux nous doit rendre chers.
Quelle misère était la nôtre, lorsqu’il a fallu, pour nous en tirer, la mort d’un tel ami! Quel crime était le nôtre , lorsque pour l’expier il a fallu une telle victime; et pou.r le laver, un sang si précieux! De quel amour nous a aimés celui qui nous a achetés à ce prix !
Pour ses amis : c'est ainsi qu’il nous appelle , pendant que nous étions ses ennemis; mais il était ami de son côté, puisqu’il donnait sou sang pour nous ncheter. Ecoutons saint Paul, le digne interprète (le rette parole du sauveur ; Pourquoi esl-
' XV, II. — ’|.Ao./n n, xxxvi.t. — ‘ynci,