‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 248 sur 273 · TV · texte numérisé non relu

TV

ce que dans le lemps que nous étions malades, et dans le péché, Jésus-Christ est mort pour les impies? A peine troure-t-on quelqu'un qui veuille mourir pour les justes; peut-être pourtant qu'il se trouverait quelqu'un qui le ferait. Mais lui, il est mort pour les impies , c’est-à-dire, pour nous tous ; et c'est en cela qu'il fait éclater son amour, en ce qu'il est mort pour des ennemis , pour des pécheurs ■.

Voilà donc quel ami nous avons trouvé en la personne de Jésus-Christ. C’est un ami de ses ennemis, un ami qui nous a aimés, lorsque nous lui faisions de toutes les forces de notre âme et de notre corps une guerre perpétuelle. Comprenonsdonc l’immensité de son amour, en ce qu’il nous a aimés étant ennemis. Mais saint Paul sur ce fondement pousse plus loin : Ai, lorsque nous élions ennemis de Dieu , nous avons élé réconciliés par la mort de son Fils ; à phis forte raison étant réconciliés , nous serons sauvés par sa vie > ! S’il a élé notre ami jusqu’à donner sa vie pour nous , pendant que nous étions ses ennemis; combien plus le sera-t-il après que l’amitié étant réconciliée de part et d’autre, on est ami des deux côtés!

Mais que conclut de là le même saint Paul? Qu’ayant un tel ami , nous n’avons rien à craindre. Ai Dieu est pour nous , qui sera contre nous? S'il n'a pas épargné son Fils, <pte nous pourra t-il refuser? et comment nous l'ayant donné, ne nous donnera-t-il pas en lui et par lui toules choses ? Qui accusera tes élus de Dieu? Cest Dieu qui les absout et les justifie. Qui les condamnera ? C'est Jésus-Christ qui est mort pour eux ; qui non-seulement est mort, mais qui est ressuscité, qui est monte aux deux, et a pris sa place à la droite de son Père , et qui intercède pour eux >. Il n’y a rien à ajouter à ce commentaire de saint Paul : nous y entendons parfaitement tout l’amour que nous devons à celui qui nous a aimés étant ses ennemis, jusqu’à donner sa vie pour être notre Rédempteur, notre Sauveur, notre intercesseur : et il ne reste qu’à conclure avec le même apôtre que ni l'afjliction , ni la persécution, l’épée et la riolence, ni la vie, ni la mort, ni tes maux présents , ni tous ceux que nous avons à craindre , ni le ciel, quand il serait conjuré contre nous, ni l'enfer, quand il lâcherait contre nous tous les démons , et enverrait contre nous toules ses peines, ni qiu;lque autre chose que ce soit, ne sera capable de nous séparer de Jésus-Christ*.

Voilà le précepte et le m.vsière de la croix dans toute son étendue, en le commençant i>ar Jésus- Christ , et le finissant par nous.

C’est là aussi qu’est renfermé le précepte de la charité fraternelle , qu’on est obligé üe pousser jusqu’à mourir pour ses frères, selon ce que dit saint Jean , autre interprète admirable du précepte de la charité : Enceta nous connaissons l'amour de Dieu, parce qu'il a donné sa vie pour nous : et nous devons aussi donner notre vie pour nos fiéres J.

' 10. — t Ibid. TIII. 31, ri «sic.

— /'(K*. 3S, rU , jusqu'il lu fin du chnp. -. > |. Jonn. III , Is.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Autrenwnl nous n’obaervons pas le conmiandement <r liiiier comme il a aimé, c'est-à-dire jusqu’à donner sa vie.

I.e précepte de la croix est donc encore dans la charité fraternelle ; et quoique l'occasion de donner sa vie pour son frère soit rare , néanmoins l’amour fraternel sera dans la croix, si nous pratiquons ce que dit saint Paul , de ne nous regarder pas nousmemes, mais ce qui est de l'inléret des autres ■. Ainsi l’amour fraternel sera un sacrifice continuel , non-seulement de son ressentiment , lorsqu’on croit rtre offensé; mais même sans avoir aucun sujet de plainte, de son humeur, de son intérêt, de son amour-propre; et c'est à quoi nous oblige l’amour fraternel. Et si nous devons sacrilier ce qui nous touche le plus, au dedans de nous; combien plus les biens extérieurs, et, comme les appelle saint Jean, la substance et les richesses de ce monde’! Celui qui s’épargne sur cela, quoi qu’il dise, n’est pas chrétien; elsVdit qu'ilaime sonfrère, c'est nn menteur. Il ferme ses entrailles sur sonfrere; et l’amour de Pieu n'est pas en lui .-limons donc , ] non point en i>arole , mais en effet et en vérité «, selon leprécepte du même apôtre. Et afin que rrotre aumône soit un sacrilice , ne jetons pas seulement un superllu qui ne coilte rien à la nature; mais (rrenoiis quelque chose sur le vif , en sorte que nous souffrions pour notre frère; car ce n’est pas beaucoup faire de souffrir pour lui , puisque nous devons être disposés, selon le précepte du Sauveur, à donner pour lui jusqu’à notre vie.

Mais , avant que de passer outre sur le précepte de la charité du prochain, entendons, selon l’explication de Jésus-Christ dans la parabole du Samaritaiu que le prochain est tout homme, et que le précepte de nous aimer les uns les autres, bien qu’il regarde spécialement les lidèles participants de la même foi , et cohéritiers du même royaume , embrasse tout le genre humain , à cause qu'il est appelé à la inêmc grâce. Cela posé , continuons.

XII' JOUR

HoUft de l'amour fratemet : 1rs lidcles , la élus sont amis de Jésus.

Usez attentivement lésé. M, 15, 16e( 17. C'est encore une puissante insinuation du commandement de l’amour que nous nous devons mutuellement. Jésus-Christ nous tourne de tous côtés, pour nous obliger à aimer nos frères, par toute la tendresse qu’il a eue pour nous

Il nous explique premièrement, qu’en gardant ses commandements nous deviendrons non point seulement ses serviteurs et ses sujets, mais encore ses amis. Nous sommes n,aturellement sujets de Jésus-Christ, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, par qui tout a été créé, et rien n’a re<;u l'être que par lui. âlais outre cette première dépendance, qui n'a point de bornes, il nous a acquis par son sang; et nous sommes ses esclaves,

• PHtlip. II. V. — * I. Jtum. III, 17. —’li/td. IV, ai). — * J6lrf. Ul, 17, IS. — * 1*11'. X.

parce qu’il nous a achetés par un si grand prix. Mais quoique nous soyons tels, sujets, serviteurs, esclaves, il ne nous traite pas comme tels, mais comme amis ; et la raison de cette différence , c’est que le serviteur et le sujet n'a que la simple exécution de la volonté de son maître, sans en savoir le secret; mais Jésus-Clirist nous révèle autant qu'il nous est convenable la raison de ses conseils , qui n’est autre que l'amour qu’il a pour nous, jusqu'à donner sa vie pour notre salut, et pour nous faire ses cohéritiers ; et tout le fruit de cet amour, c'est que nous nous aimions les uns les autres, et que nous gardions ce commandement principal de la loi nouvelle , non par crainte et d’une manière servile , mais en amis qui aiment à faire la volonté de celui qui se déclare leur ami, étant leur maître. C’est I» première raison de notre Sauveur.

La seconde n’est pas moins forte : Ce n'est pas vous qui m’avei choisi, c'est mol qui vous al choisis '. Il semble parler ici principalement de ses apôtres; mais en général, puisque ce n’est pas seulement les chefs du troupeau, mais le troupeau tout entier, qu'il oblige au commandement de la charité fraternelle, l’élection d'où il l'infère doit être commune : et lorsqu’il dit dans la suite ; Je vous ai choisis du milieu du monde . et je vous en ai séparés, il parle visiblement à tous les lidèles. En effet, il a choisi non-seulement lesa|>ôtres, mais tous les fidèles : et c’est là l'effet le plus sensible de son amour, qu’il nous ait choisis un à un , par pur amour, par purs bonté; non parce que nous avions porté du fruit, mais afin que nous en portassions : en sorte que le fruit que nous portons est l’effet, et non le motif de son choix. Mais la récompense qu’il nous demande d’un amour si pur et d'une bonté si gratuite , c’est que nous aimions nus frères aussi piirement1]u'il nous a aimés lui-même, sans aucun mérite de leur part, et sans attendre qu’ils nous préviennent , mais en les prévenant en tout et toujours, pour l’amour de Jésus-Christ, qui nous a prévi’iius en toutes manières par sa grâce.

Et il est vrai qu’il a prévenu singulièrement les apôtres, afin qu’ils allassent partoute la terre y porter son Évangile, et que leur prédication ait nonseulement un grand fruit par la conversion de tous les peuples, mais encore que ce fruit demeure toujours, et que l’Église, qu’ils établiront, soit immortelle. Mais ces paroles ne laissent pas aussi de regarder chaque fidèle; puisque tous doivent aussi , en allant et conversant sur la terre, porter de grands fruits qui demeurent pour la vie éternelle. Or, co n’est pas nous qui l’avons choisi ; car qui est celui qui lui a donné le premier’, et qui s’est attiré sa grâce en le prévenant.’ C’est lui qui nous choisit et nous prévient; c’est lui qui nous a trouvés ennemis, et nous a faits amis ; c’est lui qui nous a aimés, avant que nous l’aimassions, ou que nous pussions l’aimer, puisque c’est lui qui nous a donné l’amour dont nous l’aimons; ce qu’il ne peut avoir fait que par amour. Il n’est donc pas prévenu : il nous prévient, et nous prévient à chaque moment, nous

' XV, le. — ’ itnm XI , as.

MEDlTATIOiSS SUR LEVAiXGILE.

cmitiiiuaiit la ür3cc par laquelle il nous a prévenus la première fois. Et encore qu'un effet île cette qrSce prévenante soit de nous attirer les ftrâces qui .suivent ; s'il nous traitait rigoureusement selon nos mérites , et qu'il voulût punir toutes nos infidélités , combien de fois serait-il forcé à nous soustraire les grâces auxquelles nous ne répondons pas assez! Et bien loin d y répondre par une humble reconnaissance , nous nous enorgueillissons de ses dons , que nous nous approprions à nous-mêmes, comme s'ils nous étiænt dus, et en faisant la pâture de notre amour-propre. Et qui serait celui qui pourrait dire ; J'ai le coeur pur ; je ne suis point ingrat envers Dieu ; je lui rends l’action de grâces qui lui appartient, et ne sors jamais de sa dépendance ? Ce n'est pas là ce que nous dit notre conscience : elle nous dit que ni nous ne prions comme il faut, ni ne sommes assez soigneux de marcher fidèlement dans ses voies. Qui donc pourrait se plaindre quand il nous retirerait ses dons? Mais il continue à nous prévenir malgré nos ingratitudes et nos négligences ; et s'il accorde la persévérance à nos prières , il nous accorde premièrament la persévérance à prier, par laquelle nous obtenons la persévérance à bien faire. Et la récompense qu'il veut tirer d’un amour si gratuit, c'est que nous aimions nos frères aussi purement et aussi gratuitement qu'il nous aime, sans que notre amour se ralentisse par leur froideur, par leur négligence ni par leurs injures, puisqii'au milieu de tant d'injures qu'il reçoit de nous, il nous aime.

Etlaraisonquil'obligeàréduire toute la pratique (le la vie chrétienne à cet amour mutuel est, premièrement, que ne pouvant lui faire aucun bien qu'en la personne de nos frères , qui sont ses membres , c'est là aussi qu'il veut recevoir le fruit de notre reconnaissance et celui de son amour, conformément à ce qu'il dit : Toutes les fols que vous /ailes du bien aux moindres de ces petits , à celui-ci et à celui-là, ipii sont petits à vos yeux et grands aux miens, puisqu’ils sont mes membres, c'est à moi que vous le faites

Et la seconde raison, c'est, comme dit l'apôtre Miint Paul, que celui qui aime son frère accomplit la loi ‘ qui est renfermée tout entière dans le précepte de la charité. Car tous ces préceptes ; t nus ne tuerez pas ; vous ne déroberez pas : vous ne convoiterez pas la femme d'autrui, ni sa maison, ni son serviteur, ni sa servaide, ni soti bien , en quelque manière que ce soit ’ ; vous ne corromprez P lint dans les autres la chair que Jésus-Christ y a sanctifiée, ou qu'il a destinée à la sainteté; et vous ne la sacrifierez point à votre plaisir ; tous ces préceptes sont renfermés dans celui de l'amour fraternel qui ne pouvant être accompli comme il faut , s’il ne vient de la source de l'amour de Dieu , il s'ensuit que tout est compris dans l'amour fraternel : dans lequel p.ar conséquent est tout l'objet ■les désirs de Jésus-CImist , puisque c'est là aussi qu'est tout l'abrégé de la justice chrétienne.

' .V.I/IS VVV.40.iS. — I /t«m. XIII .fl, !>. — I £scà. vv, i:. — * A'.m. XIII, 0, le.

xiir JOUR.

Ils servent Jcsus-Christ comme scs amis , a qui il Uvaami tous ses secrets. Jvan. xv, is.

Le serviteur ne sait pas ce que fait son maVre. On lui dit ce qu’il a à faire sans s'expliquer davaii tage : mais ce bon maître, qui est Jesus-Chris, non content d'exiger de nous une simple exéculioa. nous découvre tout ce qu’il fait ; d'où il vient, « où il retourne; pourquoi il est venu au monde, quels biens il y est venu apporter aux hommes; letroite union qu’il est venu contracter avec eux; h grâce qu’il leur a voulu foire de se les unir, comme les membres le sont à la tête, et les brandies a la racine; le divin secret de tout inipétrcr par l’interposition de son nom ; les secrets motifs de ses préceptes : et les autres choses qui lui font dire ; Je vous ai appris ce que j'ai appris de mon Pere '. Car je vous ai découvert, dit-il, les merveilles de sa bonté prévenante , et la grâce qu'il vous a faite en vous donnant son Fils unique, de le donner pour vous à la mort. Et afin que vous fussiez capables d’entendre les secrets du royaume des deux , je vous les ai exposés dans des paraboles et similitudes tirées des choses humaines, par condescendanre, pour vous les rendre sensibles. Et de peur que rrs paraboles ne fussent pour vous des énigmes plus capables de vous étourdir que de vous instruire, ainsi qu'il est arrivé aux Juifs en punition de leur orgueil, je vous les ai expliquées en ami, avec une familiarité et une bonté qui ne vous a rien laisse à désirer. Voilà ce que Jésus-Christ a fait pour nous il a voulu que nous gardassions ses commandements, non en vils esclaves, à qui on dit seulement ce qu'ils ont à faire , sans leur donner la coiuolation de savoir pourquoi; mais avec connaissance, afin de 1rs accomplir d'une manière plus parfaite, plus agréable, plus proportionnée à la condition de la créature raisonnable. C'est pourquoi il nous a appris des conseils de Dieu et des siens , tout ce que nous en pouvions porter. Entrons donc volontairement ft librement dans les desseins de Jésus-Christ, et obéissons , non par force, mais avec plaisir, ranime des personnes instruites, et qui savent les raisons de ce qu'on leur demande ; entendons bien que tout ce qu'on nous demande , c’est la raison nii'iw, parce que c’est une sagesse aussi bien qu'une boulr infinie , qui a digéré tous les préceptes et tous 1rs conseils dont on nous propose l'obsenance. 0 le plus aimable de tous les martres! û la plus sainte, la plus sage , et la meilleure de toutes les lois! Mon Dieu, j'aime votre vérité, votre équité, votre droiture ; et en tout cela j'aime Jésus-Christ qui est tout cela , sagesse , justice , droiture, équité : parce qu'd est la vérité et la bonté même; Fils très-bon d uo Père très-bon , et avec lui principe du très-bon Esprit, qui nous guide à tout bien.

» Joan. XV, 15

MÉDITATIONS SDK 1/EVANUILE.

XIV' JOUR

h^ iJolvrnl rl pru\fnl toul dotnamlor nu nom de Jésua- ClirUt. JodH. XV. 10.

Je vous ai choisis , afin (/ne vous rapimrliez i/'i Jruit , et que voire fruit demeure , et que mon l'erc vous accorde tout ce que vous lui demanderez en mon nom C’esl donc là la cause de cc grand rniit rl de sa durée à jamais, que le Père accordera tout ce qu'on lui demandera au nom du Fils. Dieu disait autrefois. Je te ferai pour f amour de moi , et pour glorifier mon nom. Ici il n'accorde plus rien qu’au nom du Fils. Ce n’est pas qu’il cliaiige de langage; ce que Dieu fait pour l’amour de sou Fils , il le fait |>our l'amour de soi-méme ; parce que le Père et le Fils ne sont qu’un : et lorsqu'on nous avertit tant de fois que nous n’avons rien a espérer, ni à demander qu’au nom de Jésus- C.hrist , un nous avertit du Ijcsuin que nous avions d'un mtidiateur, |iour nous réunir à Dieu, dont le (H'clié nous avait séparés.

Songeons donc à ptirter du fruit, et à porter un fruit qui demeure; mais demandons-en la grâce au nom du Médiateur , en croyant que c'est par sa grâce que nous commenenns a porter du fruit , et par la continuation de la même grâce que nous en (rortons persévérant ment : parce qu'ainsi qu’il nous a dit, nous ne pouvons porter du fruit qu’eu lui seul, et qu’il faut qu'il demeure en nous, aliii que | nous puissions demeurer en lui : et c'est en cela ipie consiste la médiation de Jésus-Christ, et la traie invocation de Dieu au nom du Sauveur.

XV' JOUR

Jésus et scs disciples hais du monde ; itijusilcc de la haine du monde. Joaii. xv.

Voici la doctrine du verset IG et des suivants, jusqu'au ‘JG. Apres avoir montré à ses disciples comliien ils doivent s'aimer les uns les autres, et aimer tout le inonde; parce que tout le monde est des nôtres par la grôce que Dieu fait à tous de les appeler a notre unité; il leur apprend que s'ils doivent aimer tout le monde , ce n'est pas d.ins l'espérance d'être aimés eux-mêmes, puisqii'au contraire ils seront haïs de toute la terre ; et c’est la vérité qu'il leur découvre à fond dans tous ces versets.

Il commence à leur découvrir la source de cette liaine par ces paroles : Si te monde vous hait, sachez qu'il m'a hai le premier'. On ne peut assez admirer la bonté de notre Sauveur; U n’y a rien de si làclieux a de.bons coeurs, ni en soi rien de plus triste a la nature , que d'être haï. On a besoin d'être prémuni contre un mal qui en soi est si dur, et dont aussi les effets sont si étranges. Mais c’était pour les apôtres la plus grande de toutes les consolations , que cette aversion de tout le genre humain leur fût commune avec Jésus-Christ. Si te monde vous hait , dit-il , il m'a haf le premier. La cause de cette liaine nous est expliquée par celle parole :

' Jiuin- XV, 16 — ' tbut. 18.

Celui qui fait mal hait tu tumiére'. Le inonde me hait parce que je lui découvre ses mauvaises n.nvres. Les apôtres associés a la prédication du Sanveur devaient aussi encourir la liaine du monde , dont ils reprenaient les crimes et les ignorances.

St vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui Cc n’est pas que les hommes du monde s’aiment les uns les autres ; c’est tout le cou traire, et tout le monde est rempli de haines et de jalousies; mais c’est que les plaisirs et les intérêts du monde font des liaisons et des connnerces agréables ; mais les disciples de Jésus-Uirist n’ont rien qui plaise au monde. Le monde veut des flatteurs : on n’y vit que de complaisances mutuelles, en s'applaudissant l'un à l'autre. A quoi est Inin un chrétien? Il est inutile : il n'entre ni dans nos plaisirs ni dans nos .affaires, i|ui ne sont (|uc fraudes. l)éfaisons-nous-en , disent les impies dans le livre delà Sagesse : car il nous est inutile^ ;sa vie simple et innoeente est une censure de la nôtre : il faut le faire mourir, puisqu'il ne fait que troubler nos joies. Chrétiens, innocent troupe.au, c'est ce qui vous fait lu haine du monde! Vous ne savez point vous faire craindre, ni rendre le mal jiour le mal; vous serez bientôt opprimés. Quelque paisibles que vous soyez, on ne laissera pas de vous reprocher que vous faites des cabales contre l'État , pour lequel vous levez sans cesse les mains au ciel ; et vous serez les ennemis publics.

Parcequeje vou.saichoisisdu milieu du monde, le monde tutus hait ♦. Dans votre séparation, on ne vous croit pas de même espi'ce que les autres : on croit ipie vous voulez vous distinguer; et on vous aecalile.

Le sereileur n'est pas plus grand que son maître'. Quelle consolation pour un chrétien, |Hiur un pasteur, pour un prédicateur, si on ne le croit pas, si on le méprise , si onlepcrsé'cule ,si on le déchiré , si on le eriieilie, et lui et ses discours! On en a fait autant à Jésus-Christ. C'est une suite du mystère de la croix ; et c'est pardeseinbl.iblescontr.idictions que l'ouvrage de la rédemption a pris .son cours. Car, a travers ces contradictions. l’Évangile va où il doit aller, et les bons exemples des chrétiens g.agneiit ceux qu’ils doivent gagner; et la main de Dieu se fait sentir dans la résistance des hommes.

Il y a un monde dans l’Église même, il y a des étrangers parmi nous. On déplaît à ceux-là, quand on vit et quand on prêche dirétiennement. Ce I monde est plus dangereux que serait un monde manifestement infidèle. Écoutez saint Paul : Il g a des périls au dedans et au dehors , et du côté des faux frères *. Dénias m'a laissé, dit le même a|H)tre , aimant ce siècle. Tout le monde m a abandonné; Dieu leur i>ardonneT. Le mépris qu’on fait d’un lioinmc qui ne songe qu’aux affaires de Dieu , en disant que ce n’est pas un homme d’affaires , est une espèce de persécution. Faites, Seigneur, que je fasse bien vos affaires ; c’est là que je mets toute

' Joaii. lu, 19,20. — V thiil. XV. 19. —t.ttnp. Il, 12, 18. 10. 20, — l J0.IH. XV, 19. — V Ib-'J. 20. — I II ter xi , 20. — I II. loti 11 . |n, M.

,OOi,;ii

in.n capacité : si on me blême » si on me méprise , si on me traverse, si on m'accuse de toutes sortes de laussetés , je lesouffrepour le nom de mon Sauveur c'est qu'on ne le connaît, ni lui ni son Père.

Après avoir montré la haine du monde, Jésus* t.lirist fait voir qu'elle est injuste dans le 24 , et il la convainc par ses miracles.

Personne n'en avait Jamais tant fait, ni de cette nature : il allait guérissant tous les malades; et Jamais il n’afaitdemiraclesiiour punir un seul homme.

Tout était pleinde miséricorde et d'indulgence. Ainsi les hommes sont convaincus; et la bonté de ce Jésus, tant haï , paraît non-seulement par la qualité et par la nature de ses miracles.

Ce n'est pas assez, pour être conforme au Sauveur, d être haï , il faut être haï sans en avoirjamais donné de sujet. Jfj m'ont, dit-il , /taisons siÿet •.

Prenez -y garde : donner sujet à la haine n'est pas seulement faire injure à quelqu'un, mais encore être superbe , hautain, dédaigneux , envieux, intéressé; cela offense tout le monde. Mais Jràus- Christ si doux, si humble decteur, si pauvre, si patient, qui pouvait-il avoir offensé.’ Il est haï cependant, et ses apôtres le sont avec lui. Qui ne se consolerait par cet exemple? Qui n'aimerait mieux être haï avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ que d'être aimé comme ceux qu'on a appelés, soit par vérité, soit par flatterie, ies délices du genre humain? Je neveux point être aimédeshommesquiont haï Jésus-Christ;J'aime mieux entendre ces cris: Qu'on rote, qu'on Cote ;qu' on le crucifie' : ou ceuxci contre saint Paul, d'un peuple en fureur qui Jetait de la poudre en l'air et sa robe à terre : Otez du monde cet homme, U n'est pas permis de le laisser vivre^; que ces acciamations qu'on fit à Ilcrode : cyst le discours d'un Dieu , et non pas d'un homme. Car voyez la suite : L'Ange du Seigneur le frappa , /uirce qu il n'avait pas donné gloire à Dieu : et il Mourut Mangé des vers C'est ainsi que Dieu brise les os de ceux qui renient plaire aux hommes^: et saint Paul disait aux Galates: 5ije plaisais encore aux hommes , je ne serais pas serrUeur de Jésus-Christ «.

Tous les hommes. Jusqu'aux moindres, veulent qu'on les flatte, et ne peuvent souffrir qu'on les reprenne. C'est un vice qui est entré Jusque dans les moelles a toute la nature humaine, à ecs paroles flatteuses ; Cous serez comme des dieux i. La Jalousie, naturellement, empêcherait les louangeset on n'en donne guère de bon cœur ; mais on eii donne pour en recevoir; on flatte pour être flatté : cest 1 esprit du inonde; mais l'esprit de Jésus- Christ, c'est d'aimer mieux être haï que de se faire aimer de cette sorte.

MKDITATIOISS SUR L'ÉVANGILE.

XVr JOUR.

Le lêmoignege de Pesprlt de vCriic resiare. Joen. xv

Après avoir fait voir dans le monde une haine

; aeen. xv, . /6,rf. ,5. , ,

n, , S »n . 'Il ' 25, 51. - * P... ui , • 6a/. 1 , 10, - - lieu.

[ Si envenimée contre lui, il ajoute pourtant que Dieu ne le laissera pas sans témoignage, et qu'il euverra son Saint- Esprit , qui rendra témoignage de lui *. C Mt la , dit-il , le témoignage que Je veux : car ce n est point l'esprit de déguisement et de flatterie, qui est celui qui règne dans le monde co II est point l'esprit d'injustice et de partialitéc est I esprit de vérité, spiritum veritatis, qui est’ en même temps un esprit de concorde et de douceur; qui unira tous les cœurs, et n'en fera qu'un de ceux de tous les fidèles. Voilà celui que mon I cre enverra pour me rendre témoignage : a rota aussi, qui avez toujours été avec moi , animés de cet esprit , voiu me rendrez témoignage ». Ce sera un témoignage irréprochable, rendu par des personnes qui ont tout vu; un témoignage sincère, confirmé par l'effusion de votre sang. Voilà ditil, le témoignage que je me suis réservé suri» terre. Il vous fera haïr; mais votre consolation c est que par là vous prendrez part à la haine qu'on me porte injustement. Oui , mon Sauveur, nous y consentons. .S'il faut, pour vous glorifler, que nous soyons haïs et méprisés du inonde en lui disant ses vérités, quelque habit que ce monde porte, filt-ce un habit de piété, puisque la haine seeacJie SI souvent sous un tel habit, ainsi soit-il ; roirr volonté soit faite. On n'est point votre disciple qu'on n'ait mérité par quelque bon endroit la haine du monde.

XVII' JOUR

Les apAIres persécutés , hais d une haine de riligioo Juan, ivi, 1 , 2, 3, i, 5,

., versets 1, 2, 3, 4, à du eliapitre xri.

Il découvre plus ouvertement à ses disciples la nature de la haine qu'on aura contre eux. Car, après leur avoir appris qu'elle leur est commune avec lui, et qu ils se 1 attireront en lui rendant témoi* gnnge par le Saint-tvsprit, qui viendra en eux, il croit leur pouvoir tout dire : et il leur apprend «un que Je caractère de cette haine qu'ils auront a I porter, cest que ce sera une haine de religion; qu 011 les excommuniera, et qu’oii les aura telltment en exécration, qu'on croira rendre senire à l.)ieu de les exterminer. Par où il nous fait entendre que ces haines pieuses et religieuses, qu'un faux zèle animera, sont la dernière et parfaite épreuve qu il rcMrve à ses véritables disciples. Car c’est une telle haine qu’il a essuyée lui*méme, puisque la sentence que la synagogue a prononcée contre lui, c’est qu’il avait blasphémé, blaspkmarUK contre Dieu, contre la loi, contre le saint lieu; et que c était glorifier Dieu que de livrer ce fclaspîiéinateur au dernier supplice. Et cette haine était la même que Jérémie avait iwrtéeen figure de Jésus- Christ, lorsqu'on disait : C>/ Aowme a blasphème contre le saitit lieu et contre la cité sainte*.

Voilà ce qu'il promet à ses disciples; et il l« console en même temps , leur apprenant que celte

njonn. xv.M. 27.-».Vu/M.xxvi,6S.-‘^"»-

XWI, «, ». V, Il , IX

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Iiaine est aveugle et insensée, puisqu'elle vient à i leurs persécuteurs , pour ne pas connaiire son Père | ni M'. Jésus-Christ est la vérité; et quiconque ignore ou combat quelque partie de la vérité quelle qu’elle soit, quelque savant qu’il soit d'ailleurs, il ne connaît pas Jésus-Christ ni son Père par cet endroit-là : et si vous entreprenez de le convaincre , Use revêtira d'un faux zèle, d'un zèle amer; mais il en faut essuyer l'aigreur avec foi et humilité, en se réjouissant de porter ce caractère du Sauveur et de ses apôtres. C'est alors qu’il faut écouter le Sauveur, qui dit : Souvettez-vous queje cous alacerlis de ces contradictions. Et il ajoute : Je ne vous al pas dit ces choses au commencement Il leur avait pourtant souvent parlé des persécutions et de la haine qui leur était préparées par toute la terre :

J ous serez, dit-iP, enhaineà tout le monde, et le reste ; où il semble qu'il n'a rien oublié pour leur mettre devant les yeux la vive peinture des persécutions qu'il leur avait destinées. Qu’est-ce donc qu’il dit aujourd'hui , qu'il n'avait pas voulu leur expliquer au commencement? Remarquez, pieux lecteur, qu'il leur a tout dit , excepté ce seul endroit, qu’on tes excommunierait, et qu'on croirait rendre service à Dieu en tes exterminant de la terre *. Car c’était aussi l’endroit sensible , et le véritable caractère de la persécution des disciples de Jésus-Christ. Ce ne sont pas seulement les Gentils qui les ont persécutés, comme les ennemis de Dieu : cette injure serait consolante du côté de ceux de qui Dieu n'est pas connu ; mais ce sera le peuple de Dieu qui aura en exécration J ésus-Christ et ses disciples, ce peuple à qui Jésus-Christ était envoyé, | ceux-là mêmes dont il avait dit ; Ils sont assis sur ta chaire de Moïse; croyez donc ce qu'ils vous enseignent Ce seront ceux-là qui condamneront Jésus-Christ, et ensuite ses apôtres, avant même que le caractère de réprobation eût paru tout à fait sur eux , et lorsqu'un saint Paul respectait encore en eux le caractère de leur onction, en disant : .Mes /rires , je ne savais pas que ce fût le souverain jnmtife; car il est écrit : fous »i« maudirez point te prince de votre peuple On voit donc qu'il faut s'attendre à être persécuté , quand Dieu le veut, par une autorité sainte. Et l'exemple de saint Chrysostôme si injustement déposé par un patriarche orthodoxe, et même persécuté durant ce temps et jusqu'après sa mort par des saints , quand il n'y aurait que celui-là, suffit pour nous faire voir ce genre de persécution, qui est un des plus délicats ■ et des plus sensibles aux disciples de Jésus-Christ. Et il faut ici considérer la modération , la douceur et l'humilité de ce grand homme, qui l'a peut-être égalé aux martyrs : ce qu’un saint martyr qui lui apparut semble avoir voulu lui indiquer, en lui disant dans un songe : Vous serez demain avec moi.

Quoi qu’il en soit, il faut être préparé à ce genre de persécution , si Dieu le permet , et ne s'en pas étonner, mais dire avec saint Cyprien : Qu"U importe ]>eu de quel côté vienne le coup de l'épée qui

■ Joan. vu, .1. - = /fttrf. I , S. — > Vo«. X. SI , 31. — * JihiH. XVI . 1. — * Vutt. XXIII .2,3. — “ ,r ei. XXIII , s.

Page 1