‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 25 sur 273 · SUR LA RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

SUR LA RÉCONCILIATION

ou par quelques montagnes , nous semblons avoir oublié que nousavous une même nature : ce qui excite parmi nous des guerres et des dissensions immortelles, avec une horrible désolation et une effusion cruelle du sang humain.

Pour calmer ces mouvements farouches et inhumains , Jésus nous ramène à notre origine ; il tâche de réveiller en nos âmes ee sentiment de tendre compassion que la nature nous donne pour tous nus semblables , quand nous les voyons affligés : par où il nous fait voir qu'un homme ne peut être étranger à un homme ; et que si nous n'avions perverti les inclinations naturelles, il nous serait aisé de sentir que nous nous touchons de bien prés. li nous enseigne que • devant Dieu ,

• il n'y a ni Barbare, ni Grec, ni Romain, ni

• Scythe ' , > et , fortifiant les sentiments de la nature par des considérations pius puissantes, il nous apprend que nous avons tous une même cité dans le ciel , et une même société sur la terre ; et que nous sommes tous ensemble une même nation et un même peuple , qui devons vivre dans les mêmes mœurs, selon l'Évangile , et sous un même monarque qui est Dieu , et sons un même législateur qui est Jésus-Christ.

Mais d'autant plus que la discorde et la haine n’anime pas seulement les peuples contre les peuples , mais qu'elle divise encore les concitoyens , qu'elle désole même les familles : en sorte qu'il passe pour miracle parmi les hommes , quand ou voit deux personnes vraiment amies ; et que nous nous sommes non-seulement ennemis , mais loups et tigres les uns aux autres : combien emploie-til de raisons pour nous apaiser et pour nous unir I avec quelle force ne nous presse-t-il pas à vivre en amis et en frères! Et sachant combien est puissant parmi nous le motif de la religion, il la fait intervenir à la réconciliation du genre humain : il nous lie entre nous par le même nœud par lequel nous tenons à Dieu ; et il pose pour maxime fondamentale : que la religion ne consiste pas seulement â honorer Dieu , mais encore à aimer les hommes. Est-il rien de plus pressant pour nous enflammer à une affection mutuelle? et ne devons-nous pas louer Dieu de nous avoir élevés dans une école si douce et sous une institution si humaine?

Mais il passe bien plus avant. Les Injures que l'on nous fait, chères sœurs, nous fâchent excessivement : la douleur allume la colère; la colère pousse à la vengeance ; le désir de vengeance nourrit des inimitiés irréconciliables : de là les querelles et les procès ; de là les médisances et les calomnies; de là les guerres et les combats; de

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