III. H
là presque tous les malheurs qui agitent lu vie humaine. Pour couper la racine de tant de maux , je veux , dit notre aimable Sauveur , je veux que vous chérissiez cordialement vos semblables; j'entendsque votre amitié soit si ferme , qu'elle ne puisse être ébranlée par aucune injure. Si quelque téméraire veut rompre la sainte alliance que je viens établir parmi vous , que le nœud en soit toujours ferme de votre part ; il faut que l'amour de la concorde soit gravé si profondément daas vos cœurs, que vous tâchiez de retenir même ceux qui se voudront séparer. Fléchissez vos ennemis par douceur, plutôt que de les repousser avec violence ; modérez leurs transports iqjustes , plutôt que de vous en rendre les imitateurs et les compagnons.
Et en effet, mes sœurs , si l'orgueil et l'indocilité de notre nature pouvait permettre que de si saintes maximes eussent quelque vogue parmi les hommes; qui ne voit que cette modération dompterait les humeurs les plus altières? Les courages les plus fiers seraient contraints de rendre les armes , et les âmes les plus outrées perdraient toute leur amertume. Le nom d'inimitié ne serait presque pas connu sur la terre. Si quelqu'un persécutait ses semblables, tout le monde le regarderait comme une bête farouche; et il n'y aurait plus que les furieux et les insensés qui pussent se faire des ennemis. O sainte doctrine de l'Évangile , qui ferait régner parmi nous une paix si tranquille et si assurée; si peu que uous la voulussions écouter! qui ne désirerait qu'elle fût reçue par toute la terre avec les applaudissements qu'elle mérite?
La philosophie avait bien tâche de jeter quelques fondements de cette doctrine ; elle avait bien montré qu'il était quelquefois honorable de pardonner a ses ennemis : elle a mis la clémence parmi les vertus ; mais ce n'était pas une vertu populaire, elle n'appartenait qu'aux victorieiu. On leur avait bien persuadé qu'ils devaient faire gloire d’oublier les injures de leurs ennemis désarmés; mais le monde ne savait pas encore qu'il était beau de leur pardonner , avant même que de les avoir abattus. Notre Maître miséricordieux s'était réservé de nous enseigner une doctrine si humaine et si salutaire : c'était à lui de nous faire paraître ce grand triomphe de la charité, et de faire que ni les injures ni les opprobres ne pussent jamais altérer la candeur ni la cordialité de la société fraternelle. C’est ce qu’il nous fait remarquer dans notre évangile, avec des paroles si douces, qu'elles peuvent charmer les âmes les plus féroces : • Quitte l'autel , dit-il , pour te réeonci- « liei a ton frère. ■
Et quel »-st ce précepte, ô sauveur Jésus? et comiiiciit nous ordonnez-vous de laisser le ser-