XI.V JOUR
Mi6kkHiüu.SAliit-Kspril pour convaincre (rincrnlulilc le* Juifa cl le monde. Jotui. &V| , n, n, 10, et aulv,
i:t quand il viendra. Il convaincra le monde Iwichanl le péché, el touchant lajutlice, H louchant le jugement ■ : et le reste.
H convaincra le monde sur le péché ■■ sur quel |Mvhé.' Jésus-Christ l’explique : c’est de n’avoir point cru en lui. Entendons le péché des Juifs, qui est de n’avoir |Miint cru au Christ , qui leur .naît été envoyé; d’avoir par là démenti leurs prophéties, et Dieu qui coorirmait la mission de Jcsiis-Christ par tant de miracles; de les avoir attribués au dciiion. C'était là le péché des Juifs, le grand péché ; le péché contre le Suint- Esprit , qui , poussé à un certain degré de malice que Dieu sait, ne se remet ni en ce siècle , ni en l'autre ■. C’est sur ce pédié et de ce péché que le Saint- Esprit devait convaincre le monde incrédule.
Jésus-Christ avait convaincu les Juifs de ce péché en deux maniéros : l'une en accomplissant les prophéties , qui est la manière la plus cflicace de les expliquer; l’autre en faisant des miracles que personne n'avait jamais faits; ce qui leur ôtait toute excuse, en sorte qu’il ne manquait rien à la conviction. Et toutefois le Saint-Esprit la pousse encore plus loin, lorsiju'il descend sur les disciples du Sauveur.
conviction , dis-je , est portée plus loin. Et premièrement celle des prophéties. Car le Saint- Esprit inspire à saint Pierre la preuve de la résurrection de Jésus-Christ tirée de David, que cet apôtre, plein des lumières et du feu de ce divin Esprit, pousse à la dernière évidence; c’est-à-dire au dernier point de conviction, et avec une vigueur qui ne s'était jamais vue : comme il parait aux Actes, ch. il, f. 25 et suiv.
•Secondement : quant à la conviction des miracles, le Saint-Esprit y met la perfection. Car si la .source en était tarie en Jésus-Christ, on aurait pu croire qu'elle était passagère et trompeuse en Jésus- Christ même; mais comme elle se continue dans les apôtres, qui guérissent publiquement et à la vue de tout le peuple cet impotent, en témoignage de la résurrection de Jesus-Christ la conviction est [loussée bien au delà de la suflisance : et le .Saint-Esprit la porte par les apôtres jusqu'à la dernière évidence.
Cette continuation de miracles était l’ouvrage du Saint-Esprit. Jésus-Christ avait dit qu'il chassait les démons par l'Esprit de Dieu; et tous les autres miracles devaient être aussi singulièrement attribués au Saint-Esprit. I-e même Esprit de miracles se continuant dans les apôtres, on voyait la suite des desseins de Dieu et l’entière conArmalion de la vérité.
Et afln de le bien entendre , il faut savoir que les Juifs , quoique convaincus par tant de miracles de Jésus-Christ, [louvaient dire qu’il avait eu le
‘ Jortii. XVI, 8, c! suiv, — ’ VrfWA. 31 , 32 .Vt/rr itr,
3*. 2®, 30- Lui. XII, 10. — J Jt t ni , i , «J , vl »tNj.
sort des faux proplietes que le dÔHion anime et ^ qui il donne des signes trompeurs; puisqu'il avait été condamné et mis à mort par le jugement de la synagogue t conformément à la loi de Moïse*. sSi donc Jésus-Christ était demeuré dans la mort, ou que sa résurrection n'eilt pas été conümire d'une manière à ne laisser aucune réplique, les Juifs n'auraient pas été convaincus et confondus dans ce vain prétexte de leur incrédulité, ftlais puis«|ue le Saint-Rsprit, pour donner à Ji'tsns-fàlirist des témoins de sa résurrection, descend visiblement sur ses apôtres, qui étaient les témoins qu*il avait choisis; puisqu'il les remplit de courage; que de faibles qu’ils étalent, il les rend forts; d'idiots et d'ignorants qu'ils étaient, les rend pleins d'une divine science, et leur donne des paroles qui fermaient la bouche à leurs adversaires, qui n'elaient rien moins que les chefs du peuple; puisqu'au lieu qu'ils étaient des lâches qui avaient oublie leur maître tous ensemble en prenant la fuile, et le premia de leur troupeau en le reniant, il en avait fait d'intrépides défenseurs de sa doctrine et de sa résurrection; puisqu'enfin le même Ksprit descendu sur eux fait des miracles |>ar leurs mains, qui ne cèdent en rien à ceux de Jésus-Christ, el même qui les surpassent en certaines circonstances, comme il l'avait prédit liit-inémc; el, non content de leur inspirer l’intelligence des prophéties et la force de les défendre, il les remplit eux-memes de l'esprit de prophétie, et les fait agir et parler comme des hommes inspirés, comme il parut au jour de la Pentecôte; saint Pierre le soutenant avec une assurance étonnante, et une force à laquelle tout cédait > : tous ces ouvrages admirables du Saint- Esprit prouvent que Jésus-t'hrist a dit la vérité, en assurant que ce mémo Esprit convaincrait de nouveau, et d'une manière encore plus concluante, l'incrédulité du monde.
Voilà donc le témoignage du Saint-Esprit dans les apôtres, qui, en confirmant Ki résurrection de Jésus-Christ, parlent ainsi : \oits sommes iémoins de ces choses ^ et le Snint^h'.sprit que Dieu a donné a ceux qui lui oltéisseni C’était le dernier et le plus clair témoignage que Jésus-Christ leur n*servaîi : el c'est pourquoi, prévoyant que le cœur de la plupart serait assez dur pour résister encore à ce témoignage et à celte conviction , il les avertit d’éviter ce crime comme celui qui à la fin leur attirerait une inévitable punition et deviendrait irrémissible pour eux; Dieu ayant déterminé de ne le remettre jamais à ceux qui l’auraient porté à de certains excès qui lui étaient connus. CVst peutêtre ce qui donna lieu à cette sentence du Sauveur < : Que les blasphèmes contre le Fils sernlent remis; m<ds que celui qui blnsphèmerail contre le Salnf'Kspril, en persistant d’attribuer au démon les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, quoique confirmés après sa mort en témoignage de sa résurrection, nerecevrail aucun pardon, mais serait
• />«/. XIII, I. 2,3, »,ri, xvin, 20, 21 , 22. 11. 17. IN. — » Ibi't V.32. — ' .Vrt/r XII, 31, 32 Vorr lu.»,
MEDITATIONS SUR I. EVANOILE.
d'unéUrneliiét /ii; : n i nusf, poorsuit saint | Marc, (fu'ils atvjioil dit que Jcsus-Clirisl aralleii lui mfme un es/>rU impur qui faisait par lui des miracles; et qu'ils étaient dis|iosés à porter la révolte jusqu'au dernier excès , comme ils firent en résistant encore aux miracles de ses disciples, et osant attrilnier à l’esprit d'erreur la continuation ferme et permanente du tcmuignage du Saint- Ksprit.
Ajoutez à toutes ces choses , la sainteté que le Saint-Ksprit établissait dans l’i-^glise, par des effets si éclatants , et cette parfaite unité des cœurs qui était son véritable ouvrage et le caractère sensible de sa présence. Ajoutez la redoutable autorité que Dieu mettait dans l’Kglise , en sorte que mentir à Pierre, c'était mentir au Saint-t-isprit On voit assez par toutes ces choses l'eflicace du témoignage de ce même Esprit, pour convaincre l'incrédulité.
Et il faut aussi remarquer que Dieu , qui avait supporté les Juifs après le cruciGcment de son Fils , résolut enfin de faire éclater sa justice d'une manière étonnante et jusqu'alors inouïe, après que ce peuple ingrat eut continué de résister, avec une opiniâtreté et une dureté sans exemple, au témoignage des apôtres; c'est-à-dire, comme on a vu, à celui du Saint-Esprit. Ce qui était la figure du châtiment plus terrible qu'il réservait dans les enfers, à ceux qui avaient péché contre le Saint- Esprit, de la manière et avec l'excès qu’il ne voulait point pardonner.
Prenons donc garde de ne point tomber dans un semblable ptèhé. Nous commençons à y tomber, lorsque abusant de la grâce du .Saint-Esprit dans la rémission des péchés, nous en faisons une occasion de pécher plus facilement; en quoi nous faisons injure à Vesprit rie rémission et rie grâce ’. Et h cause que nous ne savons pas le degré que Dieu a marqué à cet attentat pour ne le pardonner jamais, nous ne cessons de l’augmenter de jour en jour, et nous multiplions nos péchés par la facilité que nous nous imaginons dans le pardon. Mais Dieu, qui nous voit périr, nous avertit qu'il viendra un point où il cessera de pardonner, et auquel a la fin nous tomberons au dernier degré d'endurcissement et à l'impénitcnce finale.
Craignons donc de rési.ster au Saint-Esprit, de |)cur qu'enfin notre résistance ne soit poussée jusqu'à la fin, par la juste soustraction de ces grâces qui convertissent les cœurs. Craignons, dis-je, de imusser à bout la bonté et la patience de l'esprit qui remet les crimes ; parce que nous ne savons jusqu’où il veut pousser son indulgence, et que peutêtre le premier péché que nous commettrons sera parvenu à ce degré de malice qui lui est connu , et qu’il ne veut point pardonner à ceux qui auront reçu de certaines grâces. I.es Juifs en sont un exemple; et ils n’ont plus trouvé de iiiisi’ricordc ni en ce monde ni en l'autre, à cause qu'ils ont méprisé, jus<in'au point que Dieu ne voulait plus souffrir, la conviction du Saint-Esprit.
■ tel. >,3,1,0 — ' «' i X , 29.
XX' JOUR
-Misvluti (lu Saint-Esprit |N*ur comaincre le mwiile il'in- Jiutice. Pêché cuntre le Sajiit-Eoprit. Jutm. to.
// convaincra le monde sur ta justice. C'est le second point sur lequel le .Saint-E.sprit devait convaincre le monde : farce que Je m'en vais à mou Père, et que vous ne me verrez plus. Il faut sousentendre : Sans que pour cela vous cessiez de croire en moi , ou que votre foi se ralentisse. Et pour entendre cette seconde conviction du Saint-Esprit, il faut savoir que la justice chrétienne vient de l < foi : selon celte parole du pnrphcte, répétée trois fois par saint Paul ; Le juste vil rie la fui >. âlais la véritable épreuve de la foi , c’est de cruint ce qu’on ne voit pas. Tant que Jésus-Christ a été sur la terre , sa présence a soutenu la fui de ses disciples : aussitôt qu'il fut arrêté, leur foi tomba ; et ceux qui auparavant croyaient en lui comme an rédempteur d’Israël , commencèrent à dire froidement ; .\ous espérions qu'il devait racheter Israël ’? comme s'ils disaient : Mais maintenant , après son supplice, nous avons perdu cette espérance. Voilà donc la fui des apôtres morte avec Jésus-Christ. Mais quand le fiaint-Esprit l'eut ressuscitée, en sorte qu'ils furent plus constamment et plus parfaitement attachés à la personne et à la doetrine de leur maître, qu’ils ne l’étaient pendant sa vie : on vit en eux une véritable foi, et dans cette foi la véritable justice, qui étant l’ouvrage du .Saint-Esprit, il s’ensuit qu’il donna au monde une parfaite conviction de la justice.
.Soyons donc vraiment justes par l’esprit de la foi; et sans nous attacher à ce que nous voyons, unissons-nous à Jésus-Christ que nous ne voyons pas. Croyons fermement avec les apôtres que sa mort n'a pas été une extinction de sa vie; mais comme il l'a dit, un p.assage à son Père; puisque depuis qu'il nous a quittés , il a été plus fécond pour nous en toutes sortes de grâces. Travaillons sans cesse à la mort des sens; ne jugeons point de notre lionheiir par le jugement; vivons dans l'esprit de la foi. Fondons tous nos sentiments sur sa vérité, et écoutons d'autant plus Jésus-Christ qu’il nous parait moins, fous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu: hienheureuce ceux qui croient et ne voient pas^. C'est par une telle foi que nous sommes justes.
XXI* JOUR
Mission du .S.vlnt-Espril pour convaincre le inonde de l'iidquitê de son jugement. lUid. svi 8—11.
Le .Saint-Esprit convaincra le monde touchant le Jugement, parce que le prince rie ce monde est déjà jugé. Jésus-Christ a dit ci-dessus : C'est maintenant que le monde va être jugé; c'est maintenant que te prince de ce siècle va être chassé I . Comment est-ce que Jésus-Christ juge le monde dans le temps de sa passion-’ C'est en se laissant juger et en fai-
I H, h O , ( Rnm I . n. f.'.i/ III . Il Ihb X , as. — ' lue. XXIV, 21 — ' XX, 20 — • XII, .ai.
MÉDITATIONS SUK L’ÉVANGILE.
sant voir par l'inique jugement du monde sur Jé> BUS'Christ, que tous ses jugements sont nuis.
Le Snint Ksprit qui est descendu confirme ce jii(;eiiicnl contre le monde. Qu*a 0|>éré le jugement du monde sur Jésus-Christ, rien autre chose qu’une démonstration de son iniquité? La doctrine de Jésus-Christ, qu'on croyait anéantie par sa croix, se relève plus que jamais : le ciel se déclare pour elle , et au détaut des Juifs les Gentils la vont recevoir et composer le nouveau peuple. C'est l’ouvrage du Saint-^]£pr^t qui, descendu en forme de langue, montre l'efficace de la prédication apostolique. Tuute.s les nations l’entendent : de toutes le^ langues il ne s'en fait qu'une, pour montrer que l’Évangile va tout réunir. Le prince de ce monde est jugé : tous les peuples vont consentir à sa condamnation. Jugeons le monde : condamnons le monde. L'autorité qu’il se donne de nous tyranniser par ses maximes et ses coutumes, a donné lieu à condamner en In personne de Jésus-Christ la vérité même. O monde! je te déteste : le .Saint-Esprit te convainc de fausseté. N’adhérons au monde par aucun endroit ; sa cause est mauvaise en tout. Mes petits enfants , n'aimez point le monde , ni tout ce çui est (^ns te monde : le monde n'est autre chose que coTicupiscence de la chair y sensualité, plaisirs du corps, ou concupiscence des yeux, curiosité, avarice : et orgueil de la vie , et tout cela , toute cette concupiscence, ne vient point de Dieu, mais du monde : et te monde passe avec ses désirs • , et il n’y a que Dieu qui demeure.
C’est donc par là que le monde est jugé : la vie que le Saint-Esprit inspire aux fidèles condamne toutes ses maximes. Il n'y a plus d’avarice , où chacun ap|)orte ses biens aux pieds des apôtres; il n’y a plus de divisions , ni de jalousie , où il n'y a qu'un cœur et qu'une âme; il n'y a plus de plaisirs sensuels, où l'on a de la joie dVHre flagellés par l’amour de Jésus-(!hrist; il n'y a plus d’orgueil, où tout est soumis aux conducteurs de l'Église , qu'on rend maîtres de tous ses désirs et plus encore de 6oi-inéme que de ses richesses. Commençons donc celte vie chrétienne et apostolique, et laissons-nous convaincre par le Saiut-F^prit.
XXll* JOUR,
L'npril de vérité ensrlgne toute vérité. Joan. xvi,
Nous apprenons dans les f. 12 et 13, que le Saint-Esprit nous apprendra ce que nous n'eussions pas pu porter sans lui. Mais qu’est-ce qu'il y avait de si nouveau et de si étrange à nous dire, que nous ne pussions pas le porter encore? Notre faiblesse est donc bien grande, si nous ne pouvons pas porter ce que Jésus-Christ même aurait à nous dire? Cela est pourtant, puisqu'il le dit.
Jésus-i^hrist attribue deux choses au Saint-Esprit : l'une de nous suggérer, de rappeler en notre mémoire, de nous faire, entendre ce que Jésus- Christ nous aurait dit auparavant • ; c'est ce qu'il
a dit ci-dessns : l'autre, de nous apprendre des choses nouvelles, que nm/t n’eitssions pas pu porter d'abord'^ encore même que Jesus-Christ nous les enseignât. Apprenons ici à ménager les âmes. Avec toute son autorité et avec toute la lumière dont il est rempli, Jésus-Qirist même se croit oblige à ce ménagement des âmes infirmes : à plus forte raiS4)n les autres hommes doivent-ils entrer dans cette condescendance.
Mais où trouverons-nous des vérités plus fortes que celles que Jésus-Christ vient d’expliquer à ses apôtres, en leur disant qu'on tes haïra jusqu’à croire servir Dieu en tes massacrant • ! Voici quelques vérités que Jésus-Christ n’a pas dites, ou sur lesquelles il n'a pas appuyé : que les apôtres seraient obligés, non-seulement à subir l’exécralioa de lu synagogue , mais encore à se séparer d’euxmêmes du reste du peuple, comme il paraît dons les Actes; à relâcher l'obligation de la loi, à la regarder comme un fardeau insupportable aux Juifs mêmes, selon ce qu’ils disent dans les Actes : que ni nos pères ni nous n'avons pu porter^; à faire voir, ce qui est bien plus, que non-seulement la loi n'obligeait point les Gentils, mais encore les rendait coupables, confunnéiiient à cette parole : Si cous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne cous serviraderieni. Voilà quelque partie des vérités que les apôtres n’auraient pu porter, si Jésus-CIirist les leur avait apprises d'abord. Et c'est pourquoi il les réserve au &int-Esprit, qui aussi, lorsqu’ils furent obligés de les expliquer dans le concile de Jérusalem, leur fait dire : U a semblé bon au Saint- Esprit et à nous^.
Que dirai-je du redoutable secret de la réprobation des Juifs, pour donner lieu aux Gentils ; et du retour futur de ces mêmes Juifs, après que les Gentils seront entres? Secret admirable qui donne lieu à celui de la prédestination, et à ces terribles paroles ; Dieu a tout renfermé dans t incréduhié, pour montrer que nul nest saucé que par sa miséséricorde^. C’est un secret dont Jésus-Christ a posé les fondements, mais dont il laisse l'applicaliou et le fond à développer à saint Paul.
C’est encore un grand secret que ce même apôtre apprend aux fidèles : qu’il faut joindre à toutes les persécutions la mortification volontaire, en châtiant son corps, et te réduisant en servUude'i : chose que le Fils de Dieu n'avait pas si clairement expliquée, que le Saint-Esprit l'a fait a cet apôtre. Ne poussons pas plus avant nos recherches sur ces vérités que Jésus-Christ semble réserver au Saint- Esprit. Contentons-nous d’admirer la dispensation de la doctrine salutaire ; et ne nous ménageons plus nous-mêmes, puisque Jésus-Christ nous a nnioagés autant qu'il a été nécessaire.
' Joan. XVI, lî. — » Ihid. 2, Z.^^Act. iv, IS, l«, M, 33; V, 12, 13, 14; XV, 1 , 2, 5, 7, 10. 20, 21 , 2», 2». — * Hom. III, 10. Gai. Il, IS , IH, 20, SI ; III, io, M , 24, 38; IV. 0. lo,
1 1 ; V, 1 , 2 . etc. — * Act. xv, 28. — • Rom, il , 32. — M. Coc 1X,27.U. Car.iv.lO.
* I. Joan. Il, 15, 17. — u\ 20.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. 7f5
XXIir JOUR.
Silnt E<prU *gal «u Fil» par te» œu»r*».
Toutes ces fonctions du Saint-Esprit l’égalent manifestement au Fils de Dieu, dont il accomplit l’ouvrage. S’il y met la perfection, si Jésus-Christ, pour ainsi parler, lui en donne toute la gloire -, c’est que la gloire du Saint-Esprit est celle du Fils de Dieu-, comme la gloire du Fils de Dieu est celle du Père, et que la gloire de la 'frinité est une et indivisible.
Si ce qui est réservé au Saint-Esprit est si grand , que les apôtres ne l’auraient pu porter, quoique annoncé par Jésus-Christ même, il n'y a donc point d’inégalité dans les ouvrages de la Trinité, du côté des trois divines Personnes; mais une dispensation diversiflée, seulement par rapport ù nous : mais Jésus-Christ nous va encore élever plus haut; et après avoir égalé le Saint-Esprit au Père et au Fils par ses œuvres, il va encore montrer sa parfaite égalité par son origine.
XXIV' JOUR
Le Sainl-E»prU égal au FU» par »on origine : il annonce les
Ira clioae» tulure» et penèlre le secret de» cieurs. Joan.
svi, 13.
Quand cet Esprit de vérité viendra , U vous apprendra toute vérité .- car il ne parlera pas de luiméme; mais il vous dira ce qu’il a oui, et vous annoncera les choses futures '.
Il ne dira que ce qu’il a ouï : mais il a tout ouï : aussi cnscignera-t-il toute vérité. Il est dans le conseil où l’on dit tout. Le Père dit tout par son Fils ; le Fils dit tout par sa naissance. Si tout se dit par lui, il entend tout : autrement il ne s’entendrait pas lui-même. On lui dit tout en le produisant, puisque le produire, c’est dire. Le Saint- Esprit est le troisième dans ce secret : nulle créature n’y entre. On ne dit rien à demi dans cette unité ; on n’entend rien imparfaitement. C’est pourquoi , C Esprit approfondit tout : il entre en tout, meme dans les profondeurs de Dieu *. Et c’est le caractère que lui donne le .Sauveur du monde, en disant qu’il nous enseigne toule vérité, et annonce les choses futures.
Iæ Saint-Esprit est celui qui parle aux prophètes. Quand il parle en eux, c’est Dieu qui parle, et on l’appelle l’esprit prophétique : ce qui l’égale parfaitement au Pere et au Fils ; puisque comme eux il entre dans le grand secret réservé à Dieu, qui est celui de l’avenir 7.
Il entre par la même raison dans ect autre intime secret , qui est la connaissance du secret des cœurs. Qui voit le secret de Dieu , que ne voit-il pas ? Par qui est-ce que saint Pierre a vu le secret d’Ananias et de Saphira , dans la vente de leurs biens ? Aussi en mentant è Pierre, ils mentirent au Saint-Esprit *. Par qui est-ce que le secret des coeurs était manifesté da,ni ces assemblées dont parle saint Paul : ce
' Joan. XVI, 13. — * I. Cor. n, 10. — * /». XLViu , is; ux, ai; LXl. I. Zarh. vu, la. I. t’or. Xlv, 33. .Spoc. xxn, C. — * .*•( V, 3, », ».
qui fait dire à tout le monde , que Dieu est au milieu de nous ' ? Comment ? sinon par l’esprit de prophétie, qui est dans le même lieu l’ouvrage du Saiut-F-sprit , à qui toutes ces grilces sont attribuées, conformément à cette parole ; l'n seul Esprit opère ces choses , les partageant O cAacim selon qu'il lui plaît *.
xxr JOUR.
Origine du Siünt-EsprlL Ordre des Perxonocs divine».
Joan. XVI, I», IS.
lime glorifiera , parce qu'il prendra du mien Que Jésus-Christ daigne nous parler de ces communications intérieures des Personnes divines, et nous faire entrer en quelque façon dans cet ineffable secret , il y a de quoi s’en étonner. Vraiment il nous traite en amis, comme il disait lui-même, en nous apprenant non-seulement ce qu’il fait au dehors, mais encore ce qu’il produit au dedans. Il prendra du mien ■■ le Fils a tout pris du Père , et il glorifie le Père : le Saint-Esprit prend du Fils , et il glorifie le Fils. Il semble que c'est là le but de celte parole. Mais écoutons de quelle sorte Jésus-Christ s’explique. Il ne dit pas : Il prendra de moi : mais. Il prendra du mien. O Sauveur, que voulez-vous dire? M’cst-il permis de le chercher? ou bien m’en tiendrai-je à ce que vous dites, sans rien dire, ni rien chercher davantage dans cette parole? .Mais votre Eglise y a trouvé, que le Saint-Fïsprit proeédait de votre Père et de vous, et que c'était pour cela que le Saint-Esprit était votre Esprit , comme il était l’Esprit du Père. Il est appelé l'Fïsprit du Jésus-Clirist : SpirilusChristi*.\\ est à Jésus-Christ. Jésus-Christ l’envoie ; par quelle autorité, si ce n’est par l’autorité de principe et d’origine? Car il ne peut y en avoir d’autres entre les Personnes divines.
Voilà la doctrine de iTïglise catholique, et la tradition des saints. Je la reçois, j’adore celte vérité. O Jésus, encore un coup, quelle merveille que vous daigniez nous parler de ces hauts mystères, à nous qui ne sommes que terre et cendre! Avec quelle foi, avec quelle reconnaissance, avec quel amour devons-nous écouter ces paroles ! Seigneur, ce n’est pas en vain que vous nous parlez de ces choses : vous nous en montrez une étincelle durant cette vie, dans le dessein de nous en montrer à découvert la pleine lumière au jourdel’éternité. Nous verrons ce que veut dire : Il prendra du mien , et il me glorifiera , et il vous l'annoncera, fout ce qui est a mon Père, esta moi : et c'est pourquoi je vous ai dit qu’il prendra du mien : et il vous annoncera ce qu'il en aura pris^.
Le Saint-Esprit prend du Père dont il procède primitivement, et en pren.mt du Père , il prend ce qui est au Fils, puisque tous est commun entre le Père et le Fils ; excepté sans doute d'être Père ; car c’est cela qui est propre an Père, et non pas commun au Père et au Fils. Le Fils a donc tout ce qu’a le Père, excepté d'être Père ; il a donc aussi
' t. Ter. XIV. 21 , 53. — * /A;r. XII. II. — xvi , U — • t. Prir. I . II. — s Joua. XVI, I», I».
]i:i. . 'J bv C',oogle
MÉDITATIONS SUR I. ÉVANGILE
r«ri
ti i^tre prim i|)« du Sninl F.sprit : r«ir cela n'cst pas iHrcFcrc ; le Fils prend ceUdii l'èrc; elle Père, (|ui, en renpendrniit dans son sein , lui communi* que tout excepte deire Père, lui communique par conséquent d'ètrc le principe productifdu Saint-Rsprit. C'est pourquoi le Saint<Rspril est l'Kaprildu Père comme du Fils , envoyé en unité de l'un et de l'autre , procédant de l'un et de l'autre , comme d'un seul et même principe : parce que le Fils a re<^u du Pere d'élre prinei|>e du Saint-Ksprit. Kt c'est |>ourquoi Jésus-Christ ne dit pas : Il prendra de moi; parce que ce serait dire en quelque façon, qu'il en serait le seul principe, et que le kaint-Esprit procède du Fils comme le Fils procède du Père : c'est-àdire de lui seul. Mais il n'en est pas ainsi : car le Sainl-F.spril procède du Père radicalement; et s'il procède du Fils, c’est du Père que le Fils a pris de le produire : et c'est pourquoi il dit plutôt : // prendra du mien , que de dire : Il prendra de moi. Parce qu’eneore qu’en effet il prenne de lui, il ne prend de lui que ce que lui-inémc n pris du Père.
Il procède donc du Père cl du Fils : mais il procnlc du Père par le Fils; parce que, cela même que le Saint-^^prit procède du Fils, le Fils l’a reçu du Père, de qui il a tout reçu.
C'est ce qui explique la raison mystique et profonde de l’ordre de la Trinité. Si le Fils et le Saint- Esprit procèdent éjialement du Père, sans aucun rapport entre eux deux, on pourrait aussitôt dire, le Père, le .Saint-Esprit cl le Fils, que, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Or, ce n’e.st |ws ainsi que Jésus-Christ parle. I/ordredes Personnes estinviolablc; parce que s» le Fils est nommé après le Père, parce qu’il en vient; le Saint-Esprit vient aussi du Fils,.aprèsh*(|uel il est nommé; et il est l’Esprit du Fils comme le Fils est le Fil.s du Père. Cet ordre ne peut-être renversé : c’est en cet ordre que nous sommes baptisés, et le Saint-Esprit ne peut non plus être nommé le second, que le Fils peut être nommé le premier.
Adorons cet ordre des trois Personnes divines et les mutuelles relations qui se trouvent entre les trois, et qui font leur égalité, comme leur distinction, et leur origine. Le Père s'entend lui-même, se parle à lui même; et il engendre son Fils, qui est sa parole. Il aime celte parole qu’il a produite de son sein , et qu'il y conserve; et celte |Kirolequiest en même temps sa conception, sa pensée, son image intellectuelle cternellemrnt subsistante, et dès là son Fils unique l'aime aussi , comme un Fils parfait aime un Père parfait : mais qu’est-eeque leur amour, si ce n’est celte troisième personne, et le Dieu amour, le don commun et réciproque du Père cl du Fils, leur lien, leurnœud, leurmutuelle union, en qui se termine la fécondité, comme les opérations do la Trinité? Parce que tout est accompli , tout est parfait, quand Dieu est infiniment exprimé dans le Fils , et inflnimeiit aimé dans le Saint- Esprit; et qu'il se fait du Père., du Fils, et du Saint-Esprit, une très-simple et très-parfaite unité : i toiii y retournant au principe, d’où tout vient r.i- i dicalcinent et primitivement . qui est le Père, avec
un ordre invariable : ruiiilé féconde se muitipluiit en dualité, c'est-à-dire jusqu'au nombre de deux . pour SC terminer en Trinité : en sorte que tout est un , et que tout revient à un seul et même principe.
C’est la doctrine des saints : c'est la tradition constante de l’Eglise catholique. C’est ta matière de foi ; nous le eroyons : c’est le sujet de noire rspéranoe ; nous le verrons ; c'est l’objet de notre amour; car aimer Dieu c'est aimer en unité lePrre. le Fils, et le Saint- Esprit ; aimer leur égalité et leur ordre; aimer, et ne point confondre leurs o|iér3tions, leurs étemelles communications, leurs rapports mutuels, et tout ce qui les fait un ,en les faisant trois ; parce que le Père, qui est un , et principe immuable d'unité , se répand , se communiqué sans se diviser. Et cette union nous est donnée comme le modèls de la nôtre : O mon tére^ quUs sment un en nous, comme vous, mon Pére,Hn e.n moi, et moi en cous ; ainsi qu'ils soient un n nous *. O Dieu, Père, F'ils, et Saint-Esprit, je rw reconnais en tout et partout, fait à votre imace. à l'image de la Trinité : conformément à celle parole: /■'aisons l'homme a notre itnage et ressemblance ' : puisque même l'union que vous voulez établir entre nous , est l'image imparfaite de votre parfaite uaité? O charité I tu dois croître et te multiplier jusqu'à l’infini dans les fidèles : {niisque le modèle d'union et de communication qu'on te propose , est un niodèledont tu ne peux jamais atteindre la perfeciioB : et tout ce que tu peux faire, c'est décroître toujours en rimitant, en communiquant de plus en phi$ tout c.e qu’on a à ses frères, lumière, instruction, conseil, correction quand il lefaut; amour, tendresse, vertu, par l’édification et le bon exemple, support mutuel; et à plus forte raison, biens, rirbeois. subsistance , et tout jusqu'au pain que nous inasgeons, que devons partager avec tes pauvres.
La mission du Saint-Esprit est expliquée. Nous en avons vu les effets égaux à ceux qu’a produits le Fils. Nous en avons vu l’origine dans réterodic coinmimieation des trois divines Personnes. Ecoetous In suite des paroles de notre Sauveur.
XXVI* JOUR
Qu’est-ce à dire : Enron tm peu de tempt ? Joan XVI, 10.
Encore un peu de temps, et vous ne me ryrrr; plus ; encore un peu de temps , et vous me iwri, parce que Je m en retourne à mon Père
Depuis le 9 du ch. xiv, jusqu'à la fin, qur Jésus-Christ sort de la inai.son ; et dans le cli. xv d dans le xvT, jusqu’à ce verset, Jésus-Chnsl a parlé seul sans diseonlimiation, et sans être interrompu par ses disciples, si ce n’est par ce petit mot de saint Jude : D'où rient, Seiqneur, que voM tout rfcroMrnrrs fl nous , et non pas au monde*^ h quoi I Jésus-Christ ne répond pas, on n’y répond qu'in- I directement, en continuant son discours. Ils ; terrompent ici plus ouvertement, en se disant l«
j > yoi/n. XVII,2l.^* I, 20, — î .//>«»•. XTl 10 —