‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 251 sur 273 · XIV. n · texte numérisé non relu

XIV. n

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

nus DIIX autres : Çue veiil-Utlire : /-.nfore un peu , et rotts ne me eerrei plus ? et ils disaient . Que ivut dire ce peu de temps 7 Nous ne savons ce qu'il veut dire Et Jésus, qui avait prévu eette interruption, et (|ui avait comme jeté cette parole pour y donner lieu , dans le dessein d’en tirer une grande comsolaliun et une grande instruction pour eux, reprend la parole en cette sorte : t ous vous demandez les uns aux autres, ce que reut dire ce peu de temps : Pu rcrité ; en vérité, je vous le dis ; vous gémirez , et vous pleurerez, vous autres , et le momie se réjouira : mais cotre tristesse sera changée en joie

Il y avait quelque sorte d'ambiguité dans ce discours du Sauveur : Encore un peu, et vous ne me verrez plus, etc. On pouvait entendre ; Dans peu vous cesserez de me voir ; car je vais mourir ; et dans peu vous me revern-z , car je ressusciterai ; les ombres de la mort ne me peuvent p.is retenir, et il faut (pie je retourne à mon Père. Durant le temps que je serai dans le tomiwau , le monde triompliera , et il croira ftre venu à bout de ses desseins, et vous serez dans la désolation et dans l’oppression comme un trou|H‘au dispersé. Mais à ma résurrection, qui .suivra de près , la joie vous sera rendue , et la confusionà vos ennemis. C’estaiu.si qu’on pouvaitenlendre ces prompts passages de la privation à la vue, et de la vue a la privation. Mais la suite nous fait voir que Jésus-Clirist regarde plus loin. Nous cesserons de le voir : non préei.sémeut à cause qu’il ira à la mort , mais à cause qu’il montera aux deux, à la droite de son Père ; et nous le reverrons pour ne le plus periire, lorsipi’d viendra deseieux une seconde fois pour nous y ramener avec. lui. Ainsi ce qu’il appelle un peu de temps, c’est tout le temps de la durée de ce siècle ; tant à cause que ce temps linit bientôt pour eliacun do nous, qu’à eatise qu’en le comparant à l’éternilé qui doit suivre, c’est moins qu’un moment.

Apprenons donc que, selon le langage du Sauveur, qui est celui delà vérité, tout ce qui est temps n’est qu’un point , et moins que rien ; et que ce qui dure , ce qui est véritalviement, c’est l’éternité, qui ne passe jamais, (iomptons pour rien tout ce qui passe. Il y aprèsdedix-sept cents ansdepuisl’a.scension de notre .Seigneur : et tout cela devant Jésiis-Clirist , qui est te Péredn siècle futur^ , n’est peut-être qu’une trèspetite partie de tout le temps qui se trouvera du jour lie l’asirnsion à la fin du monde, que Jésus-Christ a conqdé |)onr rien. I,es siècles sont donc moins (pie rien ; mille ans valent moins qu’un jour selon eette mesure, (tue serait-ce dcuic qrte les souffrances de cette vie , si nous avions de la foi ? Nos sens nous trompent : totil le temps n’est rien : tottt ce qui passe n’est rien : accotitumons-nous il juger du temps par la foi. Selon eette règle, qu’est-ce que dis ans, qti’estce qu’une année, et un mois, et un jour de peine? Et cependant cette heure nous paraît si longue! Dens de peu de foi , quand serons-nous chrétiens ? quand jugerons-nous du tetnps par rapport à l’éter- KVté ?

■ ledit. XVI, n. 18 — » IM XVI, 10,» — v/i.ix,».

XXVIU JOUR.

Tristesse cliangée en Joie- Joan x\i, 2o.

/ OUS pleurerez , et le monde se réjouira : mois votre tristesse sera changée en joie Disons ici .ivec cet ancien : Je ne veux pas me réjouir avec le monde, de p<‘ur de m'affliger un jour avec lui. Je ne veux pus, pour sa joie courte et trompeuse, m'attirer l'areablemrnl et le poids d’une éternelle douleur. Ne vous laissez jias tromper aux joies du inonde, ni à celte Heur qui tombe du matin au soir. Ne nous abandonnons jamais à la joie; car c’est nous afiandonner à l'iUiision . Disons au ris : Tu es un menteur; et à la joie : Tu noits trompes >. Les saints Pères ne voulaient pas qu'un chrétien s’abandonnent à la joie, jusqu’à rire avec éclat. Il faut nourrir dans notre r<eiir une sainte et salutaire tri$tes.se par le souvenir de nos péché.s, par la crainte du jugement de Dieu , el par un saint dégodt des biens du monde. Otte tristesse ne .sera pas seulement changée en joie dans le jour del’éternilé ; mais dès le siècle présent, la joie de Jésus-Christ triomphera dans notre cœur : el c'est de ce fond de joie que goûtera au de<lan.s un cœur attaché à Jésus-t^irist, que sortira ce dcgoiU de.s plaisirs du monde, qui ne sont qu'ülusion , tentation el corruption.

Goûtez , et voyez combien le ^Seigneur est doUst ^ ! combien est douce (a vérité, la justice, la bonne espérance, le chaste désir de le posséder : et vous gémirez de vous voir au milieu des trom|>eries et des erreurs; et vous jetterez un doux et tendre soujiir vers la cité sainte, que Dieu nous a préparée, où règne la vérité, où se trouve la paix éternelle, et tout le bien avec Dieu.

xxviir JOUR.

Souffrir, %i> faire vlolrucc. Juan, xvi, 51.

Apprenons du 31, à enfanter notre salut avec peine. Quel effort ne faut-il pas faire, pour faire mourir ses passions, ses mauvais désirs, et tout ce que rCeriliire appelle le vieil homme! On croit mourir en effet, quand il faut s'armeher du cœur tout ce qui plail. Quelle vie, dit-on, sera la notre, quand nous aurons retranché ces doux commeree.s , CCS Jeux, ces plai.sirs! tout sera triste, ennuyeux, insupportable. Songeons que c’est là le temps du travail, où il faut avec violence enfanter un nouvel t*spril. Tous les rris d'une femme qui accouche sont oubliés au mnmnU guette a mis un enfant au monde Quelle doit donc être notre joie, quand ec n'est pas un autre, mais nous-mêmes, que nous faisons naître , pour clianger la vie du péché en la vie de Dieu.

Qu'il me coûte de sacrifler ce ressentiment , de re« noncer à ce plaisir, de pratiquer cette humilité , de supporter cette nunlisance! Clirétien , quand veux-tu donc t'enfanter toi-inéme? Tu ne feras point ton salut, tu ne rompras point les fers, tu ne deviemlrus point un nouvel liomme, sans le faire cette violeuee,

* Joan. XXI, 50- — * Ttxl il, 5. — ^ Pi xxxili. tf. — * Juso». >T1. SI

MEDITATIONS SUE L’ÉVANGILE

De quelle paix, de quelle joie, la verras-tu bientôt suivie! Ha! Je commence à vivre, depuis que je vis pour Dieu , et que je me suis ouvert le ciel !

Aimer Dieu , c'est la vie ; on ne saurait l'acheter par trop de travaux , par trop de morts.

XXIX' JOUR

Joie qui ne peut être ravie. Joan. xvi, 21

Personne ne vous ravira votre joie'. D’où vient notre joie ? De notre bonheur. Quand donc nous mettrons notre bonlieur dans un bien qui ne pourra nous être ravi, notre joie ne pourra aussi nous être ôtée. Qu'est-ce qui doit faire notre bonheur? C'est que Dieu, que nous aimons, soit heureux et le seul puissant : beatus et sotus potens , comme dit saint Paul ■. Si nous aimons Dieu de tout notre cœur, de toute notre intelligence, de toutes nos forces; comme nous ne pouvons rien contribuer à son bonheur, notre partage est de nous en réjouir. Réjouissons-nous de la gloire de Dieu, de sa perfection , de son bonheur, de la nais.sance éternelle de son Verbe, de l'éternelle procession de son Saint-Esprit, de ce qu'il se eonnalt, de ce qu'il s'aime, de ce qu'il est tout action, tout intelligence, tout amour, toute vie : si grand , qu'il ne peut rien acquérir ; aussi bienfaisant que riche, plein de vie, plein d'être, l'être même, la vérité même, le parfait, le tout. Qui nous peut ôter ce sujet de joie? Il faudrait pouvoir ôter Dieu : et en l'ôtant, s'ôter soi-même, et tout être, et ne laisser que le néant. Tout ce qu’on nous peut ôter, c’est la joie que nous avons de l’être de Dieu. Mais qui nous la peut ôter, si ce n’est nous- mêmes par le péché? Viendra le temps où le péché étant entièrement détruit en nous , nous ne cesserons non plus de mettre toute notre joie dans l’éternelle félicité et perfection de Dieu , que Dieu cessera d’être heureux et parfait. Alors donc nous serons parfaitement heureux, et notre joie ne pourra plus nous être ravie.

Réjouissons- nous en même temps de ce que Jésus- Christ est entré dans la gloire de son Père ; .Si vous m'aimiez, dit-il, vous vous réjouiriez de ce que je retourne à mon Pére,parceque mon Père étant plus grand que moi ’ , selon la nature que j’ai prise , retourner à mon Père c’est retourner au centre de la grandeur et de la félicité.

Dieu est une nature heureuse et parfaite, et en même temps une nature bienfaisante et béatili,inte ; l'aimer, c’est vivre , c'est être juste , c'est être véritable , c'est être heureux, c'est être parfait, autant que Ig peut être ce qui n’est pas Dieu. Mais Dieu nous apprend qu’il nous fait dieux ; un même esprit avec lui; participants, associés à la nature divine, I à la sagesse, à la vie, à l'éternité, à la félicité de Dieu. Lui qui est son bonheur, devient le nôtre : notre bonheur est par conséquent le bonheur de ' Dieu. Dieu se donne à nous tout entier; nous le verrons; nous l’aimerons, assurés de ne cesser jamais de le voir et de l’aimer. Pn ce jour-tâ, dit le Sauveur , vous ne m’interrogerez plus de rien; car

vonsverrezàdécouverltavcrUéméme.WsezAonc,

' Jnnn xvi.îi i[. Tim. VI, is - 1 Juan xiv. M.

et réjouissez-vous dans cette espérance. Mais «a attendant, que ferons-nous au milieu de tant de besoins, de tant d’indigence? f ous n’avez qu'a demander : tout ce qui cous sera nécessaire, rots sera donné en mon nom Vous n’êtes donc plus indigents, puisque vous avez le nom par lequel vous pouvez tout obtenir.

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