‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 252 sur 273 · XX.X' joua · texte numérisé non relu

XX.X' joua

Qu’ett-ce qu'on doit demander au nom de Jésua-Clirbt.

Joan. XVI, 24.

Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom'. Eh quoi! lorsqu’ils lui disaient ; .Seigneur, apprenez-nous à prier ; et encore ; .-turjmcnleznim la/oii : n'était-cc pas de lui, et par lui, qu'ils espéraient cette gr.ice?

Leurs demandes n’étaient pas encore .assez épurées. A l’occasion du rovaume de Jésus-Christ, ils s’étaient mis dans l’esprit des idées de grandeur et d'ambition, qui tenaient beaucoup de l’esprit judaïque. L’attache sensible qu’ils avaient à sa personne, était un obstacle à l’amour spirituel qu’il leur demandait. Lorsque leur foi fut épurée par sa croix, par son absence , et par l’opération du .Saint-Esprit, ils apprirent ce qu’il fallait demander au nom de Jésus-Christ, qui était de lui être conforme, et dmarcher apres lui dans la route des croix et de la mort. Que pouvez-vous demander au nom de Jésus Christ, sinon les choses que vous vovez en lid^ Prends bien garde , âme chrétienne , ce que c’est ipif Jésus-Christ; et par là tu apprendras ce que tu dois demander en son nom.

C’est ce que les apôtres n’entendaient pas encore; et loin de vouloir porter leur croix avec Jésus - Christ , ils ne voulaient pas même entendre ce qu’il leur disait de la sienne. Ce discours élati caché à leurs yeux ; et ils craignaient de l'inlrrrogersur ce discours^ : parce qu’ils craignaient d'apprendre trop leurs obligations, en découvrant 1rs dispositions de leur maître. Ainsi comme ils répugnaient beaucoup a la croix, ils ne savaient guère ! cequ'il fallait demander au nom de Jésus-Christ rruj cillé; et c’est pourquoi il leur dit ; Jusqu’ici vous I n'avez rien demandé en mon nom ; demandez, d j vous recevrez , ajin que votre joie s'accomidisse *.

1 La joie qu’il leur promet ici n’est pas une joie sensible : c’est une joie dans la foi , c’est une joie dans la croix , comme celle de Jésus - Christ, }«i est monté sur la croix en se proposant une grantle joie «. Quelle joie, si ce n’était celle de glorilirr son Père , et de contenter son amour, eu sau'snl les hommes ? Ainsi nous devons apprendre a mettre toute notre joie à le gloriCer, ce qui nous fera réjouir dans nos souffrances; ce qui inspira aux a|>ôtres cette joie qu’ils ressentirent d'avoir ete flagellés pour le nom de Jésus-Christ ;. Alors door ils avaient appris ce qu’on reçoit et ce qu'on doit demander en son nom , qui est d'apprendre à » glorifier, à sc réjouir dans ce qu'on souffre pour lui.

' Joan. XVI, sa. — • IbH. 21. — > Lue. xi. I; xvll.S — ‘ IM. II, 41, IS; XVIII, .M. — • Joan. Xli, -.'l.-'ff'*- 111,2. ./rr, V, 11. ,

MÉDITATIONS SLR I. ÉVANGILE.

t.;i |>.Tlii‘iirc e.sl le seul inoyeii (le surmonter les vires, et d'épurer les vertus. I.;i patience clirétlenne apprend non-seulement à porter sans murmure, mais encore à se réjouir dans les souffrances que Dieu envoie. Se fonder sur la patience , et s'unir à la crois de Jésus-Christ, c'est le moyen de prier en son nom , et c'est par là qu'on obtient tout.

XXXI' JOUR

Tout nous vient par Jésus-Christ Joan. svi , 25 , — Î8.

Je vous ai dit eeci en paraboles ; je ne me suis pas encore entièrement expliqué sur mon départ ; je vous en vais maintenant parler à découvert ; vous allez tout voir en trois mots : Je suis sorti de Dieu, et Je suis venu au monde : maintenant Je quitte te monde, et Je m’en retourne à mon Père '. Il finit là son discours , comme n’ayant plus rien à leur expliquer, après leur avoir dit si nettement , d'où il venait , et l'obligation qu’il avait d'y retourner.

I.CS apdtres vont entendre plus que jamais cette vérité qui leur ôtera toutes leurs erreurs sur le régne de Jésus-Christ. Ils s’étaient grossièrement attendus à le voir établir sur la terre avec un éclat mondain ; mais cette pensée n’a plus de lieu depuis que Jésus-Christ montait au ciel. Car on voit là, que son royaume n’est pas de ce monde; que sou trône est à la droite de Dieu, et que c’est de là qu’il doit mettre tous ses ennemis à ses pieds. C’est ce que les apôtres entendirent, comme il parait par la première prédication de saint Pierre, où il allègue un passage du psaume cix. Alors donc, quand ils entendirent où Jésus-Christ devait régner, et d’où il devait vaincre ses ennemis , ils surent que dorénavant il fallait tout demander en son nom; et en voici tout le secret ; Je suis sorti de Dieu pour venir à vous : je vous aimais et je suis venu vous chercher. Si je vous quitte pour retourner à mon Père, je porte mon amour, celui que j’ai pour vous. Jusque dans son sein; et je serai plus que jamais votre avocat, votre, intercesseur, et le parfait médiateur de Dieu et des hommes.

Ainsi demander par Jésus-Christ, c’est croire qu’il est dans le ciel notre avocat ; et encore qu'il ajoute ; Je ne voiu dis pas que je prierai pour vous ; il ne laisse pas de le faire d’une manière admirable, en se présentant pour nous à Dieu, comme il est écrit aux Hébreux *. Mais il veut dire que, non content de cela , il fait plus, puisqu’il nous concilie tellement le Père , que de lui-méme il se porte à nous aimer, quoique toujours au nom de son Fils ; puisqu'il dit ; Mon Pire vous aime, parce que vous m'aves aimé, et que vous avez cru que Je suis sorti de Dieu

Ainsi demander par Jésus - Christ, c’est, en croyant qu’il est sorti de Dieu , l’aimer de tout notre cœur , et ne vouloir plus rien que ce qu'il veut ; puisqu’il n’y a rien à obtenir que par lui. Telle est la médiation de Jésus-Christ. Nous l'aimons, et par là son Père nous aime. Nous aimons Jésus-

» JtH]H. \ VI . 2S. — * Itrb. IX , 24. — ’ Jonn. XVI , 27.

BOMITT. — voue III.

CJirist, par qui nous lui demanihins toutes cliose.s ; et tout nous revient par Jésus-Christ, au nom duquel nous demandons tout.

Entrons dans cette secrète correspondance du Père , qui nous aime , à cause que nous aimons son Fils : et croyons que c'est lui-méme qui nous inspire cet amour, puisqu’il est vrai que ce n’est pas nous, mais lui qui a aimé le premier; et son amour est la source de celui que nous lui rendons.

Mon Sauveur, mon intercesseur, mon médiateur, mon avocat; je n’ai rien à espérer que par vous : j’entre dans vos voies , j’obéis à vos préceptes. Ainsi se justifie ce que vous dites ; Je suis la voie C’est par vous qu’il faut aller, c’est par vous qu’il faut demander , c’est par vous qu’il faut recevoir. Tant de grandes vérités qu’on vient d'entendre sont renfermées dans la conclusion des prières de rfiglise : Per Dominum nostrum Jesum Christum. Toutes les fois qu'elle retentit à nos oreilles, rappelons ces vérités dans notre esprit, et conformons-y notre cœur.

Les vœux montent par Jésus-Christ, les gr-Aces reviennent par lui; pour l'invoquer, il faut l'imiter. C’est l’abrégé du christianisme.

XXXII' JOUR

Detalxseinefit de Jéxux-Chrbt. Joan. xvi, 20, an, 3l , .12.

I.es disciples ravis d’avoir entendu ce grand secret de leur maître, lui en témoignent leur joie, en lui disant : C'est à celte heure que vous parlez à découvert ; vous avez répondu à nos plus secrètes pensées, vous avez satisfait à nos désirs les plus profonds : Cous savez tout, et vous n'avez pas besoin qu'on vous interroge ; c’est pour cela que nous croyons que vous êtes sorti de Dleu‘. Nul autre qu’un Dieu sorti de Dieu ne peut découvrir le secret du cœur humain : nous croyons en vous. Qui ne croirait, à les entendre parler de cette sorte, que leur foi aurait autant de persévérance qu’il y paraissait de sincérité? Mais Jésus les connaissait mieux qu’ils ne se connaissaient eux-mémes, et il leur dit : Cous croyez maintenant. Le temps va venir, et il est venu , que vous serez dispersés chacun de son côté et que vous me laisserez seul: mais Je ne suis pas seul, parce que mon Lére est avec moi J.

Qui nous donnera ici d’entendre l’état d'une âme qui n'aque Dieu, d'une àme destituée de tnutappui, de toute consolation humaine ? Quelle détresse d'un côté! Quelle joie de l'autre, lorsqu'on a d’autant plus Dieu , qu’on n’a que lui ! Cest l’état où va entrer Jésus-Oirist ; et il y faut ajouter ce dernier trait, qui met le comble à un état si désolant; qu’on a Dieu sans sentir qu’on l’a, puisqu’il semble s’étre retiré, jusqu’à réduire Jésus -Christ à dire : Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'avezvous délaissé * ?

0 âmes, qui participez à cette désolation de Jésus-Christ, qui vous enfoncez d’.ablme en abîme, si

1 Joan. XIV, «. — ’ Ihid. Xïl, 22, 30. — • tbid. 31 , 32 — ■ Mtttih. XXVII, 45.

MÉDITATIONS SUR LÉVANGILE.

loin (le Dieu » ce vous semble , et tellement sépa- | réea de lui par ce prand eliaos, que votre voix ne peut parvenir à ses oreilles, comme si vous étiez * dans l'enfer I je vous remets entre les mains de Jésus-Christ , qui vous donne son fiel à mander, son linaiKre à boire, sa désolation à porter. Il est avec vous ; et s'il ne veut pas se faire sentir, c'est là votre épreuve. Dites avec lui dans ce creux , dans cet abime profond : A'n espérance contre l'espérance ‘ : je me meurs , je vais expirer : Mon Père, je recommande. Je remets mon esprit entre ros mairu ’ : je vous remets ma vie, mon salut, mon libre arbitre avec tout sou exercice. Après cela , taisez-vous, et attendez en silence votre délivrance. Amen, amen.

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