‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 254 sur 273 · X.X.VV' JOUR · texte numérisé non relu

X.X.VV' JOUR

Jésus lève 1rs yeux AU cirl en conmieu^nt sa prière.

Juan. XVII, I.

Jésus dit ces choses ; et lcrant les yeux au ciel, ildit: Mon l’ére , l'heure est renne '. C'était une action ordinaire à Jésus-Christ de lever les yeux au ciel avant la prière. Ixirsqu'II multiplia les pains, il regarda le ciel ’, et c'était une manière de s'y adresser pour l'ouvrage qu'il voulait faire. Saint Luc remarque la même chose. En saint Jean, lorsqu’il ressuscite Lazare, élcrant les yeux en haut, ildit : Mon Père ’ ; et le reste. Et l'Église a tellement entendu que cette action était naturelle à Jésus-Christ , qu'elle l'a suppléée dans la bénédiction de la cène , en disant dans le canon que Jésus lera les yeux à Dieu son Père tout-puissant , quoique cela ne soit point marque dans les écrivaius sacrés qui ont récité cette sainte action.

Levons donc aussi les yeux au ciel avec JésuS- Christ, en qui seul nous les y pouvons lever. Car le Publicain , qui était pécheur, n'osait seulement lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine en disant. () Dieu! ayez pitié de moi, qui suis un pécheur *. Et le prodigue disait : Mon Père, j’ai péché contre le ciel, et à ros yeux *. Comment donc regarder le ciel, contre qui on a péché.’ On ne l'ose qu'en s’unissant 6 Jésus-Christ, qui lève pour nous les yeux au ciel, et l'apaise en les y levant.

Mais pourquoi lever les yeux au ciel , si ce n'est pour adorer Dieu et sa magniliqiie présence dans sa gloire, et pour nous y transporter en esprit? Allez donc, mes yeux; allez au ciel, et y enlevez mon ctcur. Allez par désir et par espérance où vous êtes appelés, où vous serez un jour en effet. Allez au séjour qui vous est montré; et aimez cette céleste patrie , où Dieu sera tout en tous.

XXXVI' JOUR

Gloire du Pere et du Pilt dans rètaMlBAeinenl de l'SglUe.

JtMlH. XVII, 1 , 2.

Mon Père, l'heure est renue; glorifiez mire h'ils, afin que votre Fils rous glorifie *. Le sacriflee commence par le nom de Père, nom d'autorité, mais d'une autorité douce , qui marque l'auteur de la vie, de qui on tient tout, à qui on rapporte tout; nom de bonté et d'indulgence, autant que d’empire et de souveraineté. C'est encore par cet endroit que nouscommençons notre sacrifice ; Te icitub, cle- UEixTissiiiE Pateh. Cest vous. Père très-miséricordieux , que nous invoquons par Jésus-Christ vo-

' Jnan.xMl, I.—» Matth. xiv, 10. — ’Joon.xi.Vl.— * Luc. xvm, 1.1 -‘Ibid. XV, 18. — < Juaa. xtii, i.

tre Fiis. Mon Père, glorifiez cotre Fils; efin que oo Ire Fils vous glorifie, li est le médiateur entre vous et nous, et il faut lui donner la gloire qui retournera ù vous. Cest ce qui arrive, quand nous invoquons par Jésus-Christ : la gloire lui est donnée d’abord ; mais pour être portée à Dieu , à qui elle appartient toute. .Mon Père , glorifiez votre Fils; afin que votre Fils vous glorifie. La gloire que vous lui donne- 'rez ne fait que passer en lui, pour aller a vous ; recevez-en le sacrifice, puisque vous en aimez le médiateur.

Mon Père, l'heure est venue. Le sacriflee a son heure : c'est le matin , c'est le soir; il a son heure marquée. L’heure marquée pour le sacrifice de Jésus-Christ est venue : Mon Père, la victime est prête; et il n’y a plus qu'ù lécher le coup.

Je me sens ici élevé à je ne sais quoi d'intime, que je ne puis pas bien m'expliquer à moi-même. Ce je ne sais quoi me fait sentir dans le fond de l'éme qu'il se faut unir à l'intention secrète de Jésus- Christ dans cette prière , et que c'est lù le véritable moyen de prier en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Et il me semble que cette intention secrète de Jésus-Christ est celle de former toute son Église, et de s’offrir lui-même intérieurement et extérieurement en sacrifice pour cela.

Mon Père , l'heure est venue, que se doivent accomplir les prophéties de l'effusion de votre Esprit sur tous les peuples , et decette grande glorification qui doit vous être donnée , en ramassant votre peuple de toutes les nations. Glorifiez votre Fils, en le ressuscitant de la mort, et en répand.intsa parole dans toute la terre; en y formant la société où doivent être renfermés tous vos amis , tous vos élus. Glorifiez donc votre Fils de cette sorte , en lui donnant une Église qui porte son nom , qui soit l'Église chrétienne, et le recueillement intérieur et extérieur de tous ceux qui se glorifient d'être ses disciples. C'est la gloire que vous donnerez à votre Fils et qui en même temps retourne à vous, ô Père, premier principe des émanations tant extérieures que divines et intérieures, puisque votre Fils vous rapporte tout.

Glorifiez donc votre Fils de cette sorte : comme vous lui avez donné puissance sur tous les hommes ; avec U même efficace et dans le même dessein que vous lui avez donné cette puissance, glorifiez-le. Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la terre '. Ce qui ne s’entend pas seulement de la toute-puissance qu'il lui a donnée, en iui communiquant sa divine essence; mais d'une sorte de toutepuissance que le Père donne au Fils en le ressuscitant et en le plaçant à sa droite, où il lui donne comme au Christ et comme au Dieu-Homme., et même selon son humanité, l'entière dispensation de toutes ses grâces. Et l'effet de cette puissance ne peut pas être plus doux et plus agréable aux hommes , puisque celle puissance lui est donnée sur tous les hommes afin qu'il donne la vie étemelle à tous ceux que son Père lui a donnés ». Qui ne

* AJa//A. XXVIII , IA. - * JrtoA. XVII, 1.

MÉDITATIONS SUR I/ÉVANGILE

su soiMiieltrait À cette puissance, dont relTet est de nous rendre heureux, et de nous faire vivre éter' nellement d'une vie qui n'est autre chose que l'écoulement de la vie de Jésus-Christ en nous, comme la suite le fera paraître?

Mais dirons-nous que la puissance de Jésus-Christ ne s'étend que sur les élus, à qui il donne la vie éternelle? A Dieu ne plaise! car ceux qui ne veulent pas se soumettre à cette salutaire puissance du Fils de Dieu, il a reçu sur eux une autre puissance, qui est celle de les juger, selon qu'il dit ailleurs : Comme le Père a la vie en soi y ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en soi « : et comme le Père donne la rie à qui lui plaît , ainsi le Fils donne la vie à qui U lui plait; et il a reçu la puissance de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme • : et de juger qui ? si ce n'est ceux qui ne voudront pas recevoir la vie qu'il a pouvoir de leur donner? Mais il ne parle que du pouvoir de donner la vie, parce que c'est son pouvoir primitif, et celui qu'il veut exercer naturellement. Le pouvoir de Juger et de condamner est un pouvoir dont il n*use qu'en second lieu et à regret , désirant que tout le monde reçoive la vie qu'il veut donner; et s'il coudanine les autres, ce n'est que forcé.

qu'il donne la v'ie élerneUe à tous ceux que vous lui avez donnés. Comment est-ce qu'ils sont donnés à Jésus-Ciirist, si ce n'est en devenant ses membres vivants ?Kt il faut que le Père les donne à son Fils , conformément à cette parole : Nul ne vient à moi, que mon Père ne l'atiire^\ et cela d'une manière spéciale. Ce qui paraît en ce que Jésus-Christ voyant ceux qui se retiraient de sa compagnie , il leur disait : C'est pour cela que je cous ai dit que personne ne peut venir à moi , s'il ne lui est doiuié de mon Père L Ceux donc à qui le Père le donne de cette manière particulière sont ceux dont il dit ici que son Père les lui a donnés ; et tous ceux qu'il lui a donnés pour lui être inséparablement unis et demeurer ses membres vivants et perpétuels, U leur donne la vie éternelle; et ceux qui se retirent de lui, et ne persévèrent pas, il leur donne aussi celte vie de son côté, ne les quittant jamais s'ils ne le quittent.

Mon Sauveur! je me soumets donc à cette divine et salutaire puissance que vous avez sur tous les lioinnies pour les faire vivre. O Père! donnez-nous a votre Fils de cctle manière intime et secrète qui fait qu'il demeure en nous , et nous en lui , en sorte que nous ne nous en séparions jamais.

XXXVIU JOUR.

La vie cteroellc est de connaître Dieu et Jésus-CbrUI.

Joan. XVII, 8.

Or, ta vie étetmelie consiste à vous connaifre , vous qui êtes te seutvrai Dieu, et Jésus-Christ, que voM avez envoyé^.

Voiladoncenquoi consiste la formation de l’Église, dans la glorification de Jésus-Christ par la inaiii-

' J<Mt H. V, 26. — 51^ 27. — > /6ic/. Tl, if. .</£./(/

«•. — » Ibid. XVII, S.

festation de son Évangile à la gloire de Dieu m Père, dont la fin est de donner b vie éterurlWa tous ceux que le Père donnera au Fils , et qu*a attirera à son corps mystique par cette secrete a particulière vocation dont nous venons de paHn Ainsi tout le ministère de Jésus-Christ tend a la vie éternelie. Les promesses temporelles sont fiai», et la vraie terre coulante de lait et de miel ({urJ^ sus-Christ promet à ses amis est la cité pentusnente * qu'il leur a bâtie dans le ciel pour y vim éternellement.

Il ne restait plus qu'à expliquer ce que c'est cette vie éternelle ; et c'est ce qu'il fait dans le que nous venons de transcrire.

La vie éternelle commencée consiste à connaJ’iTr par la foi , et la vie étemelle consommée consista a ^ voir face à face et à découvert; et Jésus-Oiu: nous donne l'une et l'autre , parce qu'il nous U ivrite, et qu'il en est le principe dans tous les iwith ’ bres qu'il anime.

La vie éternelle n'est pas dans les sens, qui soci trop attachés au corps et à la partie de rhonuc^ i gro.ssière et mortelle, que les bêtes ont comme docs. | et plus parfaite par certain.s endroits; elle est àiia la partie immortelle et intelligente, où est I de Dieu , dont la principale opération , et (a soum | de toutes les autres, c'est la connaissance. *

On n'aime point ce qu'on ignore , dit saiol Augustin *. Mais quand on aime ce qu'on a coBmnrf à connaitre un peu, P amour /ait qu'on le conK't plus parfaitement, et ensuite qu'on l’airoe davantage.

La connaissance dont parle ici Jésus-Christ est une connaissance tendre et affectueuse qui portf ] aimer, parce qu'ello fait entendre et sentir combi^s est aimable celui qu'on connaît si bien. Celui fu dit quille connaît, et ne garde pas ses commaidemenis, c'est un menteur, et ùi vérité ntstpat en lui; mais celui qui garde sa parole , t'amovée Dieu est vraiment parfait en lui Laconnaissaore véritable et parfaite est une source d'amoor. Um faut point regarder ces deux opérations de râs>n. connaître et aimer, comme séparées et tndepeodistes l'une de l'autre; mais comme s'excitant et ptrfeclionnant l'une l'autre. Dieu même dit à Moisr :

Je te connais , et Je t'appelle par (on nom cVslà-dire ie t'approuve, Je t’aime. Nous coonjissoo^ Dieu véritablement quand nous l'aimons: une rornaissancc spéculative et purement curieuse o'estp< celle dont Jésus-Christ dit qu'en elle consiste b vie. Les démons connaissent Dieu de cette sortf et leur connaissance fait leur orgueil et ieurdau nation. Connaissons donc et aimons : c'est ce qttc demarHÎe Jésus-Christ.

Jésus-Christ s'égale lui-même à son Père celle parole. Premièrement, parce qu’il dit q» c'est lui qui donne la vie éternelle à ceux que Père lui a donnés, ce qui ne peut être qu'uo <w* vrage divin. Secondement, en ce que le connaîtrecomme connaître le Père, est la rie étemelle» ce

' tteh. ni, 10 ; xiii. II. — > TVtfrt. xen./a /««••* x "

* I. Joan. Il, 4, 6. — • Ex, \XXIII, 12, 17.

MEDITATIONS SUR L É VANGILE.

<;ui ne sc dirait pas d'une pure créature , en laquelle lu vie éternelle ne peut jamais être. Et ainsi la vie éternelle étant dans le Fils, comme dans le Père, saint» Jean a eu raison de dire de lui : Celui-ci est le rrai Dieu et la vie étemelle * ; parce qu'il avait dit auparavant : Kl voicile témoignage de Dieu en nous , que Dieu nous a donné la de éternelle : et cette vie est dans son l'Us *.

Quand donc il dit que le Père est le seul vrai Dieu, il ne s'exclut pas d’étre le vrai et seul Dieu avec lui, puisqu'avec lui il donne la vie éternelle , et qu'avec lui il est la vie éternelle.

Quand il dit à son Père qu'il donne la vie éter* nelle à ceux qu'il lui a donnés , il se fait égal à lui. Lequel est le plus, ou que le Père les donne au Fils, ou que le Fils leur donne la vie éternelle? ISIais quand il dit qu'il donne la vie éternelle, exclut* il le Père? A Dieu ne plaise. Ainsi , quand il dit que le Père est le seul vrai Dieu, il ne s'exclut pas lui-même; mais il fait entendre qu'il est un seul et vrai Dieu avec son Fils , qui donne avec lui la vie éternelle, et qui est avec lui la vie éternelle. Et s'il nomme le Père le seul vrai Dieu, on voit bien que c'est sans s’exclure lui-méme , puistju'il s’attribue à lui-méme ce qu’il y a de plus divin, qui est de donner la vie , et d'étre la vie , et , sans exclure le Saint-Esprit, qui est si souvent appelé ailleurs un Esprit sanctifiant et viviliant. Et tout est compris dans le nom du Père, selon ce langage mystique, où en nommant le Père , qui est le principe, on nomme tout ce qui est enfermé en lui, comme dans la source commune. On nomme donc tout ensemble et le Fils et le Saint-Esprit: en sorte que lorsqu'ildit que son Père est le seul vrai Dieu , et que la vie éternelle est de connaître le Père et le Fils, il insinue que tous deux ensemble avec le Saint- Esprit, qui procède d'eux, sont un seul et même et vrai Dieu , à l'exclusion des faux dieux, à qui on donne ce titre incommunicable. Voici donc le sens entier de ce verset : vie

éternelle est à vous connaître , vous qui êtes la vérité même; et à connaître votre Fils, qui, comme Dieu, étant avec vous ta vérité et la vie, comme homme est le milieu pour aller à vous.

Nous entendons maintenant ce qui fait l'Église. C'est que le Père donne au Fils ceux qu'il veut faire , ses membres, afin que le Fils, en les recevant dans ftinité de son corps, leur donne la vie éternelle, qui consiste à connaître le Père et le Fils de cette manière affectueuse qui fait qu'on les aime.

11 ne faut donc pas exclure la connaissance : à Dieu ne plaise! Et tes mystiques, qui semblent la vouloir exclure, ne veulent exclure que la connaissance curieuse et spéculative qui se repaît d'ellemêine. La connaissance doit, pour ainsi dire, se fondre tout entière en amour. Il faut entendre de même ceux qui excluent les lumières : car ou ils entendent des lumières sèches et sans onction, ou en tout cas ils veulent dire que les lumières de celte vie ont quelque chose de sombre et de ténébreux, parce que plus on avance à connaître Dieu , plus on voit, pour ainsi parler, qu’on n'y connaît rien qui

» y.. Tl». y,yi. —Tjid. II.

soit digne de lui : et en s'élevant au-de*sus de tout ce qu'on en a jamais pensé, ou qu'on en pourrait penser dans toute féiernilé, on le loue dans «a verité incompréhensible; et on se perd dans celte louange, et on tâche de réparer en aimant ce qtii manque à la connaissance : quoique tout cela soit une eS|»oce de connaissance, et une lumière d'autant plus grande, que son propre effet est d’allumer un saint et éternel amour.

C était un flambeau ardent et luisant , dit lé.sus* Christ en parlant de saint Jean-Baptiste; et vous avez voulu durant quelque temps vous réjouir a sa lumières Ceux qui , comme les Juifs , ne font que se réjouir à l'aspect de la lumière, ne songent pas que le flambeau était tout ensemble ardent et luisant; et ils séparent la lumière d'avec l’ardeur; et leur joie ne dure qu’un moment. Afin quVIle soit durable et véritable , il faut se laisser brûler d'im éternel amour, qui est le fruit de la connaissance où Jésus-Christ met aujourd’hui la vie éternelle.

XXXVIII' JOUR

Gloire infinie du Père et du Fils. Joan. xvii, 4.

Je vous ai ghriflé sur la terre par ma prédication et par mes miracles ;/n/ achex'^ l'ouvrage que l'ous m'ariez donné à faire* : ce qu'il entend, tant de ce qu'il avait â faire durant le cours de sa vie mortelle , que de ce qui lui restait à faire dans sa passion, qu’il regarde comme fait, parce que dans un moment il l'ollait être, et l'était déjà dans sa pensée. Puis donc qu’il a accompli ce que son Père lu» avait donné à faire pour sa gloire, que restait-il autre chose sinon ce qu'il dit : Et maintenant glorifiez-moi ^ vous mon Père, de la gloire que fai eue en vous devasitque le monde fût^}

La gloire qu’il donne à son Père , c'est de déclarer son immense et naturelle grandeur; la gloire qu'il lui demande, c'est que son Père déclare aussi la grandeur dont il jouissait éternellement dans son sein comme son Verbe , qui étant en lui ne pouvait rien être de moins que lui, et qui était par conséquent un seul et même Dieu avec lui. Il le prie donc de déclarer cette grandeur, en la répandant sur l'humanité qu'il s'était unie, comme faisant avec lui une seule et même personne, et sur le.s hommes qu’il s’était unis, comme ses membres vivants. Et c'est tout le fond de sa prière, comino la suite le fait paraître.

Voilà donc l'unité parfaite , et la parfaite égalité du Père et du Fils. I..e Fils glorifie le Père , comme le Père glorifie le Fils, lisse donnent mutuellement une gloire infinie dans réternité par leur amour mutuel, et ils se donnent dans le temps la gloire qui leur est due, parce que le Père manifeste le nom du Fils , et le Fils le nom du Père , dont il est \\ï\‘V(\èmela gloire, i éclat y l'image invisible, /’cwipreinte de sa substance elle rejaillissement de sa lumière étemelle^. Et notre gloire est d’avoir part à celle que se donnent mutuellement le Père cl le Fils, ainsi que les paroles suivantes le déclarent.

» Jvan. V, as. — * Ibid. \\l , 4. — * Ibid. 5 — * Ibb. ! . I ^ 2,3.

”» MtolTATIONS SUR L'ÉVAXGIUE.

XXXIX' JOUR

Jniu MUTC loa» cnix qut wn P<r» lui a doni»^. y«in.

XTII, «j Tl , 37 — 40; X,57— 30; VI.43, M,0».

J'ai fait connaître votre nom aux hommes que vous m'avez donnés, en les tirant du inonde, tts étaient à vous, et vous me tes avez donnés, et ils ont gardé votre parole ■ . Lisez encore le J. 7 et le t. 4, et remarquez bien tout ce qu’il y dit de ceux que son Père lui a donnés. Lisez aussi ces paroles du même Sauveur en saint Jean : Tout ce que mon Père me donne vient à moi ; et je ne chasserai point celui qui y vient , parce que Je suis descendu du ciel, non pour /aire ma volonté, mais pour faire ta volonté de mon Père. Or, la volonté de mon Père, qui m'a envoyé , est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour de la résurrection des justes, et pour lui donner la vie éternelle.

Lisez encore ces paroles du chapitre x : Mes brebis entendent ma voix; et je les connais, et elles me suivent : et je leur donne la vie éternelle , et elles ne périront point éternellement , et personne ne tes Otera de ma main. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout : ou, comme porte le grec : Mon Père, qui me tes a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien ôter de la main de mon Père. Moi et mon Père ne sommes qu'une même chose

Lisez encore ces paroles deJésus-Christ, en saint Jean : Ne murmurez point les uns contre les autres . personne ne peut venir à moi , si mon Père qui m'a envoyé, ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans tes Prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque a été enseigné de mon Père, et a appris, rient à moi 4. Et après : Il y en a parmi vous qui ne croient pas; car il savait dès te commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas , et qui était celui qui le trahirait. Pt il disait :C'est pour cela que je vous ai dit : Personne ne peut venir à moi s'il ne lui est donné par mon Père*.

Passez quelques heures, quelques jours, à considérer attentivement et liumblemeut tontes ces paroles dont le rapport est manifeste. En gros, vous y verrez la secrète et mutuelle communication du Père et du Fils pour choisir les hommes, pour les attirer, pour les séparer du monde; et leurs secrets mais justes jugements pour les laisser à eux-mêmes lorsqu'ils ne croient point, et qu’ils périssent : comme on entendra dans la suite du Gis de perdition , qui devait périr ainsi qu’il avait été prédit. Voilà ce que vous verrez en général. Ne vous déterminez encore à rien ; car peut-être aussi qu’à la On il ne faudra se déterminer à autre chose qu'à adorer ces profondes et mystérieuses paroles.

Et aussi, comme Jésus-Christ ne les a dites que pour nous instruire, peut-être y faudra-t-il entendre quelque chose, plus ou moins selon qu’il plaira à Dieu de les découvrir. Lisez donc et relisez ,

' J<wn . TTii , « — ■ Ibid. TI , a? , 3x . an. — > ind. x . J7 7»,3»,.K« -'tbut. VI, 43, il, ti.—ilud. 03, C«.

considérez, ruminez, recevez toutes les pensées qoi vous Tiendront naturellement et simplement dans I esprit; écoutez tout , pesez tout. Écoutez principaiement ce qui prend le cœur, ce qui l’incline vers Dieu, vers Jesus-Christ; ce qui l’abaisse, ce qui I humilie , ce qui le relève , ce qui le fait trembler ce qut le console, et dites en vous-niémes : Tout cela est vrai, tout cela est juste; soit que Dieu veuille que je Tcntende ou que je ne l’entende pas tout est véritable, tout est juste; j’adore ceiteré-’ rité, cette justice, aussi content de l’entendre que de ne l’entendre pas, parce que, quelque intelligence qu il plaise à Dieu de m’en donner, Tintime de ce secret sera toujours pour moi impénétrable. Ou plutôt, sans y rien entendre, je me contenterai decroire, et je m’unirai de cœur, en toute simplicité et candeur, à toutes les vérités que Jésus- Cnnst a voulu ici ou cacher ou découvrir à rhumble troupeau qui entend sa voix. Taisons-uousici et écoutons en grand silence les impénétrables vérité.sde Dieu.

XL* JOUB.

U» élut sont tirés du monde par le Père. Joan. xvu. «.

La preniière vérité qui paraît dans les paroles de Jésus-Christ , c’est que ceux que le Père donne s son Fils , il les a tirés du monde : J*ai , dit-il , «anijesté votre nom , vos perfections, vos grandeurs, vous-ménie, votre sagesse, vos conseils ; et encore, votre nom, ce nom de Père, qui n'avait point encore été révélé parfaitement : Je t'ai manijffié atix hommes que vous m'avez donnés^ entes tiratU du tnoude'. Ils y étaient donc ; ils en étaient, de ce monde dont il est écrit : Le monde ne I'q pes connu’; et encore : sYaimez pas le monde j ni tout ce qui est dans le monde, parce que tovi ce qui est dans le monde est concupiscence de la choir , ou concupiscence des yeux , ou orçueilde la vie 3 ; ce qui est ramassé dans ce seul mot de la même épttre : Tout le monde est gisant, phngé dans le mal : tout y est mauvais , tout y consiste en malignité : Totus mundus iw maligpio posi- Tus EST C’est donc de ce monde , et du milieu de la corruption et du péché, que Dieu a tiréceui qu il a donnés à son Fils. Ce n’est point pour leurs . mérites, pour leurs bonnes oeuvres, qu’il les a tir^, séparés, démêlés du monde. Voilà une première vérité, que tout homme que Dieuadonneâ ! Jésus-Christ était dans la corruption , dans le mal , dans la perdition. Kl quand il dit ; /b étaient n vous^y il ne veut pas dire ; Ils étaient à vous par leur vertu , ils étaient à vous par leur bonne to* lonté ; mais ils étaient à vous par la votre : non par leur choix, mais par le vôtre; non parce qu’ils étaient bons, mais parce que vous l’étiez, vous, mon Père, qui les choisissiez pour me les donner.

Ile^l vrai qu'il parle ici des apôtres que le Père a donnes au Fils par cette grâce singulière de l’apostolat; mais cela est vrai de tous ceux que la

• Joan, xvu. «. — > Ihifi i. ro. — î I. il, Iv ♦ ItiU. V, 10. — » Iflid. wii.n.

MEDlTATlOiNS SUR I.'E\ ANUILE.

Père a diinnés au Fils en qualité de lidcles pour être ses membres , ainsi qu'il paraîtra au t- 21. Père les donne tous à son Fils par la même (trdee et par la même bonté gratuite avec laquelle il lui a donné les apôtres. Qu'avaient-ils fait pour être donnés au Fils de Dieu, pour être non-seulement les membres , mais encore les principaux membres de son corps mystique? Jto/i l’ére, vous les avez, tirés du monde : ils étaieni verres par votre txjnté'. Ne nousgloriOons pas parce qucnuus étions au Père et qu'il nous adonnés à son Fils; au contraire humilions-nous, parce que nous n'étions à lui que par l'amour gratuit qui nous prévenait, conformémentà cette parole :non que nous l'ayonsaimé, cor c'est lui qui nous a aimés le premier’.

XLl' JOUR.

Le Fils Instruit ceux qui lai sont donnés per te Père.

Juan, xvu. S.

Voil.’i donc par où Dieu commence pour former l'Eglise : le Père choisit ceux qu'il donne à son Fils dans cette secrète communication qui est entre eux ; et ceux qu'il choisit ainsi , Il les rend siens par ce choix, et ils sont à lui ; mais ils sont aussi à son Fils, parce qu’il les lui donne, et le Fils les reçoit de sa main, et il leur fait connaître le nom de Dieu. Voilà la prédication de Jésus-Uirist, qui est le fondement extérieur de celte Eglise qu’il venait former. Et encoreque cette grâce de la prédication soit pour le peuple , elle regarde principalement les apôtres qu'il établissait pour en être les docteurs. Ainsi il les instruit en particulier, et leur apprend le nom de son Père, ce nom de Père qui envoie son Fils, et l’envoie par un pur amour, pour être le Sauveur du monde ; voilà donc la prédication de Jésus-Christ.

àlais si sa prédication était purement extérieure, les apôtres ne lui diraient pas ; Seigneur, augmentez-nous la foi Par cette prière ils ne voulaient pas lui dire : Prêchez-nous , car ils voyaient bien qu'il le faisait et ne cessait de les instruire. Ils lui j demandaient qu'il leur parlât au dedans pour i leur augmenter la foi-, et quand il lui en demandaient l'accroissement , ce n’était pas qu’ils crus- j 'sent en avoir eu le commencement par eux-mêmes , | • mais ils demandaient le progrès à celui de qui ils tenaient le commencement. Et quand cet autre lui disait : Je crois , .Seigneur, aidez mon incrédulité < ; il entendait bien que celui qu’il priait d’en éteindre jusqu’au moindre reste, était celui qui avait commencé de la détruire dans son coeur. Jésus-Christ était donc connu comme celui qui agissait, qui parlait au dedans et au dehors ; car il était la parole intérieure do Père : et quand il s’était revêtu de notre nature pour exercer au dehors le ministère de la parole, il n’avait pas perdu pour cela cette qualité de parole intérieure qui demeurait dans le sein du Père, mais qui aussi s’insinuait dans tous les cœurs en illuminant tout homme qui I

rient au monde’, et parlant à qui il lui plaît, comme il lui plait, sans que personne puis.se entendre la vérité . qii’autant que le Verbe lui parle j de la maniérequ’il sait; ni eu particulier les vérités j du salut, qu’aiitant qu’il lui insinue dans le fond du cœur ce nom secret de son père, qui veut devenir le leur en les donnant à son Fils, qui b-s fait lils et enfants à leur maniéré , lorsqu’il les unit à lui et les fait ses membres.

Combien donc dois-je être .attentif, et au dedans et au dehors, à la prédication, à la lecture de l'Évangile! et combien dois-je prêter l'oreille du cœur à cette douce insinuation de la vérité, qui se fait entendre sans bruit, et sans articuler des paroles qui se suivent les unes les autres, et u'out de sens qu’à la lin; mais tout ensemble et par un seul trait , autant qu’il lui pbait de parler! O Jésus! j'écoute : parlez, luisez, éclairez, tonnez; échauffez, fendez les cœurs.

XLIF JOUR.

Commrnt le Père doniu} 1rs êlai au FUs. /btd.

Ils étaient à cous , et rous me les avez donnés Mais le Fils ne se les a-t-il pas donnés lui-méme.> D'où vient donc qu'il disait dans le chapitre précédent : Ce n’est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui rous ai choisis Fit quand le Pere les a choisis, si ce n'est pas par le Fils qu’il a fait ce choix, saint Paul aurait-il dit que Dieu nous a choisis en lui et par lui < : autrement il ne serait pas véritable que nous lui devrions tout, puisque nous aurions été ciioisis sans lui. Fintendons donc que le Père inspire à l'âme sainte de son Fils fait homme, de choisir ceux qu’il devait choisir; et le F’ils, qui ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père les choisit après lui ; et le Père ne veut pas que son choix ait son effet, jusqu'à ce que le F'ils y soit entré, étais le Fils, qui de son côté ne fait rien que selon qu'il voit la volonté de son Père, choisit ceux qu’il veut. Ainsi le Père, qui dirigeait, animait et inspirait la volonté de son Fils, était le premier I qu’il choisissait; et c’est pourquoi le F'ils dit ; tts I étaieni à rous , et vous me les avez donnés. i Et que dirüu.s-nous du F'ils comme Dieu ? Ces bienheureux choisis de Dieu, n’étaient-ils pas à lui comme au Père? Oui sans doute, comme il dit après : fout ce qui est à vous, esté moi; et tout ce qui est a moi , est à rous Mais c’est son langage ordinaire de tout rapporter à son Père, de qui il tire lui-même son origine : et encore selon ce sens , ils étaient au Fils dès là qu'ils étaient au Père. Tout leur est commua; et tout venant du F'ils au Père, tout lui est aussi rapporté. C'est le langage du F'ils, le langage mystérieux et sacré de ra mutuelle communication avec son Père : en un mot , le langage de la Trinité; que Jésus-Christ n'aurait point parlé devant les hommes, s’il ne les voulait introduire dans ce secret par la fui, pour un jour les y introduire par la claire vue. Croyons donc, et nous verrons.

■ Juim. XVII, n. -• I. /'.ig, IV, III. } /.ar XVII, s. - < ; ’J,mn 1.9.-’ Ibvl. XVII, «. -l/wg.xï, l6.->Eehe> Varc. IV , -ii. I, I , s. — • Joan. V, la. — * XVII, lï

- ,^Ic

MEDITATIONS SUR L’EVANOILE.

Tir,

XLIIU JOUR.

Jt^u» p<irle id da onze apdtres Jouh. xvii, 6, 7, 8.

/.y i/s ont gardé votre parole ; Usant maintenant connu, que tout ce que cous m ’arez donné rient de rott» , parce que je leur ai donné les paroles que vous m'avez données; et ils ont connu vérilabtement, que Je suis sorti de vous : ils ont cru que vous m'avez envoyé ' .

Il parle de ceux qui étaient actuellement avec lui. Jiidas s'était retiré incontinent après la cène, et n'avait aucune part au discours qui avait suivi. Ce traître s'étant retiré pour consommer son crime, et ensuite aller en son lieu'\ on pouvait dire véritablement de tous ceux qui étaient présents, qu'ils avaient reçu la parole, et qu’ils avaient connu que Jésus-Cbrist était sorti de Dieu ; car ils venaient de lui dire : Nous croyons que cous (tes sorti de Dieu qui est la même parole que Jésus-Christ répète ici , et il semble avoirapprouvé comme véritable cequ’ils lui disaient alors, en leur répondant ; l'ous croyez présentement? Mono creditis ‘ ! Mais encore que cela soit véritable jusqu'ici, et que les apôtres ne se soient pas encore démentis , il semble que Jésus- Clirisl les regarde non-seulement dans l'état où ils étaient , mais encore et beaucoup plus dans celui où ils allaient être, incontinent après la descente du Saint- Esprit. Et de même que, lorsqu’il dit qu'il a consommé t ouvrage que son Père lui a ordonné * ; il ne |>arlait point seulement de ce qu'il avait fait jusqu’alors, et regardait principalement ce qu’il allait faire, qui était la plus essentielle partie et la consommation de ce grand ouvrage ; ainsi tout ce qu’il dit à ses apôtres regarde principalement l'avenir.

Et en effet, rette parole, qu'il dit ici, ils ont connu véritablement , semble regarder quelque chose de plus parfait dans la foi , que l'état douteux et chancelant où étaient alors les apôtres , qui dans un moment allaient tomber non-seulement dans la faiblesse de l'abandonner, mais encore dans une entière incrédulité. C'est aussi ce que Jésus-Christ lui-même venait de leur répondre , après qu'ils lui eurent dit : Nous croyons que vous (tes sorti de Dieu, l'ous croyez maintenant? leur avait-il dit : l'heure est venue que vous allez (Ire dispersés, et que vous me laisserez seul^i comme s'il eût dit : Vous appelez cela croire ? est-ce croire , que d’être assez faibles pour me quitter dans un moment? est-ce là connaître vraiment que je suis venu de Dieu? Une foi si vacillante méritait-elle cet éloge de la bouche du Fils de Dieu : Ils ont vraiment connu?

Quoi qu'il en soit , on ne peut douter que Jésus- Christ ne parle des onze qui l'écoutaient actuellement; et que ce ne soit, par conséquent , ceux qu'il regardait comme étant à lui , et comme lui étant donnés par son Père. Ecoutons donc ce qu'il en va dire : mais, avant que de passer outre, remarquons que ceux qui sont véritablement a lui, sont ceux qui demeurent. Les autres sont de ceux dont il est

^Jfwn. 6, 7 , H. — ’ .Ici. X . a.',. — * Joan. XVI , 10. — * Ilntl. X'1,31.— 'JSo/X'M. i.—XJVltt. XXI,av,1i , 37.

écrit ; Ils étaient parmi nous, mais ils n'élaietl pas des nôtres; ils n'étaient pas véritablement ilr i notre troupeau : car s'ils en avaient été. Us y seraient demeurés ■ ; mais leur sortie fait cornu hn y

que tous ceux qui sont parmi nous ne sont pu pour cela de notre société. Demeurons donc ce | Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous, aOn d'être | véritablement , c'est-à-dire sincèrement et coostam- I ment, de ceux qui sont en lui. f

XLIV' JOUR

Jésus prie pour eux et pour les élus . Joan. t ni , t, Ja

Je prie pour eux : Je ne prie pas pour le monde,

mais pour ceux que mus m'avez donnés, para qu'ils sont a vous. Tout ce qui est à moi, eslacou; et tout ce qui est a vous, esta moi : et J'ai été glorxJU en eux *. Il parle des onze , et de ceux-là seulement, dont la foi et l'obéissance l'ont gloriCé, selon ce qu'il avait dit : Us ont gardé votre parole, et Usai cru, et ils ont connu que cous m'arez envoyé’. Voilà donc ceux qu'il a en vue, et pour qui il prie | en cet endroit. Et lorsiju’il dit qu’il a été glorifié ea eux , il les regarde principalement dans l'état où ib ‘ seraient mis après sa résurrection et la descente du Saint-bisprit. Car c'est alors seulement qu'il a rte véritablement glorifié en eux , ne l'ayant été que Irafaiblement jusqu'alors; et au contraire ayant plutôt été déshonoré par leur fuite et par leur incrédulité.

Mais il prie Dieu de les affermir; et voilà, encoit un coup, ceux pour qui il prie dans ce verset. Car priant ici principalement pour la formation de soa corps mystique, qui est son Église, il commeaee par prier pour ceux qui en devaient être après lui les fondateurs par la prédication ; et il prie ensuite pour ceux qui devaient croire par leur parole >.

Car c'est ainsi que tout le corps est complet, pat la sainte société de ceux qui enseignent et de ctus * qui sont dociles à apprendre la vérité : et tout cela est une suite de la prière du Fils de Dieu.

Il semble qu'on voit par là que cette prière de Jésus-Christ n'enferme pas tout ce dont il a prié son Père , mais seulement tout ce dont il l'a prié |M)ur une certaine fin. Oir il avait, outre les a;»très, beaucoup de disciples qui croyaient en lui sincèrement, comme Nicodème, comme Joseph (fArimatbie, comme Lazare et ses sœurs , comme 1rs Marie , comme beaucoup d’autres ; et au-dessus de tous les autres , comme sa sainte et digne mère : qui ayant tous part à son sacrifice, ont euausai part à sa prière ; quoique celle-ci semble faite poec une autre Un , et ne les pas regarder : car ils ne sent point du nombre des apôtres , dont il parle dans ses versets 9 et 10. Ils ne sont non plus du nombre de ceux dont il parle au i. 20 , parce que ceux-là swil ceux qui devaient croire par la parole des apôtres.

Or, ceux qu’on vient de nommer croyaient deja; d ce n’était point par la parole des apôtres, mais par celle de Jésus-Christ : et sa sainte mère avant ln“> cela par celle de l'ange. Et dans le temps de sa pas-

• I. Jam. Il, I». — ’ IM. xTii, P, 10. — ’yw.a.r,»-- 'JM.-ui.

MÉDITATIONS S’

sioii , ceux qui s’eu rclouriiaieut frappant leur poitrine; et le cenlenier qui disait : Vraiment celui-ci élail le Fils de Dieu ' , étaient bien de ceux qui devaient croire , mais non par la parole des apôtres. Et quand on voudrait dire que quelques-uns d’eux eurent besoin d'étre confirmés dans la fol par leur ministère, le peut-on dire de sa sainte mère? et le peut-on dire des femmes pieuses qui persistèrent à suivre Jésus à la croix et dans le tombeau , pendant que les apôtres étaient dans le trouble et dans l’incrédulité; et qui furent aussi les premières à qui il apprit lui-méme sa résurrection? Le bon larron fut aussi de ceux qui crurent, mais on sait que ce ne fut point par le ministère des apôtres. L’exemple de Jésus-Christ le convertit , et sa promesse l’assura de son salut.

Disons donc que, cette prière regardant principalement la fondation de- son Église, Jésus-Christ ii’y a considéré que les moyens ordinaires dont il se voulait servir pour l’établir; et que pour cela, il ne luirle dans cette prière que des apôtres qui étaient présents et de ceux qui devaient croire par leur parole. Il ne faut donc point douter que Jésus- Christ ii’ait recommandé à son Père, publiquement ou secrètement, d’autres personnes que celles dont il est fait mention en cet endroit : car qui doute qu’il n’ait secrètement recommandé le bon larron? et qui ne sait la prière qu’il fit hautement h la crois pour ceux qui l’y avaient mis ? Mais la prière qu’il fait ici, regardait principalement les apôtres, pour l’instruction de qui il la fit tout haut; et qu il voulait encourager à l’œuvre qu’il leur avait confiée, en leur faiiint voir ce qu’il faisait, et ce qu’il demandait à son Père pour en assurer le succès.

Dans cet esprit , il dit à son Père : Je prie pour eux : je ne prie pas pour le monde : mais pour ceux que vous m'avez donnés et que cous avez tirés du monde pour me les donner Comme donc ils sont déjà séparés du monde, il n’a pas à prier son Père de les en tirer. Quand Dieu les tira du monde pour les lui donner, ce fut sans doute selon le désir et à la prière de son cher Fils, par qui il les appelait. Lorsqu’il voulut former le corps des douze apôtres, il est expressément marqué qu’auparavant il se retira sur une montagne et y passa la nuit en prière ^ : ce qui nous donne à entendre qu’une prière secrète précédait ses actions; ou plutôt qui peut douter qu’il ne filt dans une perpétuelle communication avec son Père, et qu’il ne lui demandât tout, et n’accoinpllt en tout sa volonté?

On doit donc croire très-certainement qu’il demandait à son Père tous ceux qu’il convertissait, et qu'il retirait de la corruption du inonde. Alors il priait du moins pour quelque partie du monde , mais afin que cette partie cessât d’en être. Et quand il dit à la croix : Mon Père, pardonnez- Iriir, paree qu'ils ne savent ce qu'ils font* ; ceux pour qui il priait, étaient encore de ce monde pervers. Mais ici ceux pour qui il prie n’en étaient

» Mnllh. XXVII, /.wr. XXIII , 4'!', 4». — ^Joéxn. XVU, 9. — J LtU. VI, IJ, 13. — • ibtii.

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