‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 255 sur 273 · J H L’ÉVANGILE · texte numérisé non relu

J H L’ÉVANGILE

déjà plus, puisque son Père les en avait tirés pour les lui donner ; ce qui lui fait dire dans la suite : tU ne sont pas du monde, comme Je ne suis pas du monde '. Autre est donc la prière par laquelle le Sauveur prie pour tirer quelqu’un du monde, autre celle par laquelle il prie pour obtenir ce qu’il faut à ceux qui en sont déjà tirés. Et c’est ce dernier genre de prière qu’il fait ici , lorsqu’il demande pour ceux dont il parle : qu'ils soient un comme le Père et le Fils sont un • , qui est une chose dont le monde, tant qu’il est monde, n’est pas capable.

Il est vrai que cette partie du monde qui devait croire, comme nous verrons dans la suite, devait par conséquent venir à cette unité ; mais afin qu’elle en ffit capable , il edt fallu demander pour elle les dons nécessaires pour l’y préparer par la grâce , qui les devait tirer du monde. Mais nous ne voyons pas que Jésus-Christ le fasse ici ; ni enfin qu’il fasse autre chose que de prier pour ceux qui étaient déjà tirés du monde, ainsi que nous le venons de voir.

Mon Dieu, n’est-ce point ici un vain travail, et une recherche trop curieuse de vos paroles? Je ne le crois pas ; car je tâche à les entendre par ellesmêmes, et par ce qu’elles contiennent; et il n’y a rien d'inutile dans ce que vous dites. Il n’est donc pas inutile de le recherdier. Car qui sait le fruit que vous voudrez qu’on y trouve? Quoi qu’il en soit, je vous offre mes faibles recherches , mes faibles pensées. Cribicz-les, Seigneur, criblez-les ; que le vent emporte la poussière , le mauvais grain , les ordures , tout ce qui n’est pas le pur froment; et ne permettez pas qu’il demeure autre chose dans mon cœur , que ce qui est propre à le nourrir pour la vie éternelle.

XLV‘ JOUR

Jéwu ne prie pas pour le monde. Joan. xvii, a.

Je ne prie pas pour le monde*. Je ne prie pas pour les hommes vains , amoureux d’eux-mémes, qui ne veulent que paraître bons, et se trompent les uns les autres : car tout cela c’est le monde. Je ne prie pas pour ce inonde plein de haine , de jalousie , de dissimulation , de tromperie ; pour ce monde dont les maximes sont toutes contraires à la vérité, à la piété, à la sincérité, à l’humilité, à la paix. O monde, la vérité te condamne ici! et Jésus-Christ t’exclut de sa charité ; mais plutôt tu t’en exclus toi-même; et lu te rends incapable du grand fruit de sa prière, qui est cette parfaite unité qu’il demande pour ses apôtres et pour tous ses autres fidèles.

Le monde porte corruption et division, parce qu’il porte concupiscence, intérêt, «varice, orgueil ; et tout cela ne corrompt pas seulement , mais encore divise les cœurs. Témoin, dans les liaisons qui semblent les plus étroites et les plus vives, ou selon l’esprit , ou même selon la chair , les dégoilts, les déli.vnces , les jalousies , les légèretés, les infidélités , les ruptures. Où Irouve-t-on des amis qui ne

* Joan. xvn , lû. — r tbut. 11. — * ttiuh.

7<>* MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

suient en garde l'un contre l'autre, et sépares par ijueiijue endroit.’ Et quand on trouverait dans tout I univers un ou deux couples d'amis véritaldes, qui peut dire que celte union sera durable, et qu'on n'en viendra jamais au point délicat où l'on ne se pourra plus supporter l'un l'autre? Et quel est ce point délicat? si ce n'est l'amour de son excellence propre et de la prééminence du mérite , qui fait qu'il n'y a rien de sincère ni de cordial parmi les hommes? Un se sera mis au-dessus d'un bas intérêt ; Je le veux , quoique cela soit rare ; mais cet intérêt d'excellence, cette jalousie de gloire et de mérite, qui l'extirpera du fond des coeurs? qui l'empêcliera de rogner dans le monde, et d'y porter la division partout? Non , le monde n'est pas capable de cette union d'esprit et de coeur, que Jésus- Christ demande popr ses apôtres, q/tnqu'i/sso/enf un '. Il n'y a que le Saint-Esprit qui puisse mettre cette unité daus les coeurs. Elle fut dans les Gdcles , après que cet esprit d'unité fut descendu sur eux : et Ut n 'avaient tous qu'un caairet qu'une àme , et personne ne croi/ait amir rien de propre parmi eux >. Mais cet esprit , qui porte la paix et l'union dans les cœurs , notre Sauveur vient de dire que le monde ne le peut pas recevoir Et c'est pourquoi line faut pas s'étonner si Jésus-Christ ilédaigne do prier pour le monde. Ce n'est pas en vain qu'il parle ainsi, lui qui est si bon, si charitable; ce n'est pas en vain qu'il nous dit qu'il ne prie pas pour le monde : il faut que nous entendions combien nous devons haïr le monde et l'esprit du monde, de ce monde dont Jésus-Christ ne veut passe souvenir lorsqu'il prie pour ses fidèles.

XLVI' JOUR

Il prie pour ceux eu qui Dieu est plorilié. Joan. w ii , 9,

Je ne prie pas pour le monde ; mais pour ceux que vous m’arez donnés , parce qu'ils sont à vous , et j'ai été glorifié en eux*. Jésus-Christ est glorifié en nous quand son Père y est glorifié : et son Père y est glorifié quand non-seulement nous portons 6caucou/i de fruit*, comme Jésus-Christ le dit lui-même; mais encore, que nous rapportons tout ce fruit o la louange de la gloire de sa grâce, }>ar laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux , et nous a élargi ses dons en Jésus- Christ son /'ils bienaimé ® : en sorte que nulle chair, nul homme ne se glorifie en lui-méme ; mais que relui qui se glorifie se glorifie uniquement en notre Seigneur 7. Soyons donc de ceux dont Jésus-Christ se glorifie auprès de son Père en lui disant , comme il vient de faire de ses apôtres : lis ont gardé votre parole ; et comme je leur al donné la parole que vous m'avez donnée, ils ont été fidèles à la recevoir, comme une parole qui venait de vous , de qui moi-méme je mens •. .Soyons de ceux à qin Jésus-Christ rend ce témoignage , mais soyons aussi de ceux qui reconnaissent que tout cela nous vient de Dieu , et

' Jiuiu. XVII, II. — > Art. IV, 12, — > Joan. xlv, 17. —

* Joan. XVII, 9, m.—'isid. XV, s — • I. 0. — ' I for

I, 31, — S Juan XVII, 6, s.

que notre fidèle coopération à la grâce de Jésus- (ihrist est le premier effet de cette grâce. Amen : Il est ainsi. Et si nous avons en nous-mêmes ce sentiment , le témoignage de Dieu sera en nous : nous serons les vrais disciples de la grâce de Jésus-Christ , et il sera vraiment glorifié en nous; ne pouvant jamais l'être en ceux qui se glorifient, pour peu que ce soit, en eux-mêmes, parce qu'il est le vrai et seul Dieu, qui ne donnera pas sa gloire a un autre '. Rentrons donc sérieusement en nous-mêmes; et toutes les fois que nous y trouverons un secret appui dans uos œuvres, dans nos lumières, dans notre travail, dans notre mérite, dans nos propres forces, sortons de nous-mêmes pour nous laisser aller à l'abandon entre les bras de celui qui nous soutient, et ne tenons qu'à lui seul.

XLV'll' JOUR.

tl demande qu'lia lolent un avec lOD Père et lui. Joan.

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