‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 259 sur 273 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Je ne prie pas seulement pour eux : nais pose ceux qui croiront en moi par leur parole*. Heureux chrétiens! Jésus-Christ voua a tous en rw dans cette prière. En priant pour les apôtres qu u envoyait au monde, il priait aussi pour ceux i qt" il les envoyait. Mais pour confirmer notre foi. « nous déclarer davantage ses intentions , il a daigw s’expliquer en notre faveur, d’une manière PjJ** ” presse , par les paroles qu’on vient de voir. Et de nous faire entendre qu’il nous associe à se* très , il demande pour nous la même grâce qu

' I. C.U-. III, n, 3.3.—’ II. Cor. T, 18, 1»

lu. — ‘Ibid. IS.—'Hcb. VII, 30, 37. —'U- 'ee ' ' I {or. I, 30, 31. — • Joon. iv;l, 30.

MÉDITATIONS SUR L EVANGILE

deaiandé« pour eux. Je vous prie, disait-il , qu'ils soient un comme nous. Voilà ce qu'il demandait pour ses apdtres. Et que dèmande-t-il maintenant pour nous , qui devions croire par leur parole? Je vous prie, dit-il encore, que tous ils soient un; comme vous , mon Père, êtes en moi, et moi en vous : ainsi qu'ils soient un en nous ■.

Qu'ils soient un comme nous, qu'ils soient un en nous. Il explique plus distinctement ce qu'il avait dit de notre unité. Qu'ils soient un comme nous ; c'ctait-à-dire avec la proportion qui doit être entre l'original toujours parfait, et d'imparfaites images. Mais lorsqu’il dit : Qu’ils soient un en nous, il explique plus distinctement que l’unité est en Dieu comme dans la source, comme dans lecentre, comme dans le premier principe, par qui et en qui nous sommes unis. Qu'ils soient un en nous ; que nous soyons non-seulement le modèle , mais encore le lien de leur unité : qu'ils aient par nous, et par grSce , ce que nous avons par nature et de nousmêmes ; qu’ils soient des ruisseaux qui se réunissent en nous, comme dans la source d’où ils tirent tout. Ainsi ils vivront tous d'une même vie , et ils ne seront qu'un cœur et qu’une âme.

Si les chrétiens sont un de cette sorte, ils sont heureux : car qu'y a-t-il de plus heureux que d'être un dans le Hère et dans le Fils, que d'être un véritablement, persévéramment, sans que rien nous puisse séparer? C'est ce qui nous sera donné dans la perfection au siècle futur : mais c’est ce qu’il faut commencer ici par la sincérité de notre concorde.

Repassons souvent ces paroles : Ils n'étaient qu'un coeur et qu'une âme ‘. C'est par où a commencé le christianisme. Mais si nous tenions quelque chose d'une si belle origine, la charité seraitelle si resserrée , la concorde si rare , les aumônes si peu abondantes?

Le cœur de l'homme est si ennemi de la concorde et de la pais, qu'au milieu de cette union primitive , qui ne faisait des premiers Qdèles qu’un cœur et qu’une âme , il s'éleva un principe de dissension entre les Grecs et tes Hébreux , comme si les veuves des uns étaient plus négligées que celles des a ut res Les apôtres remédilrent bientôt à ce désordre ; et ce fut ce qui donna lieu à la première promotion des diacres. O Dieu, réveillez dans votre Eglise cet esprit de charité apostolique qui répare les dissensions qu’on voit répandues dans tous les ordres de l'Eglise! Au lieu de cette première unité, on ne voit que jalousie, que mépris, que froideur entre tous les ordres, entre tous les particuliers. O Dieu , donnez-nous des Ëtiennes qui ne respirent que la charité, et qui entretiennent la concorde! O Dieu, mettez fin aux schismes, aux hérésies, aux guerres, aux jalousies des chrétiens! Gardez du moins, pacifiez et unissez votre Église par toute la terre! Qu'il n’y ait qu'un même esprit, et un même cœur, comme il n’y a qu'une même /oit!

• Joan. ^ .4ct. iv. ». — * ,Yr/. Vi, î. Fphft.

IT. ft.

LVIII' JOUR

UoUe et égalité parfaite du Père et du Fila. Joan. xvii ,

SI

Comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous'. Ces façons de parler réciproques, dont la propriété et la force est de marquer une parfaite égalité, sont familières à notre Seigneur. Ici il ne se contente pas de dire à son Père : t ous êtes en mot, s’il ne dit en même temps : Je suis en vous. Un peu au-dessus ; Tout ce qui est à moi, est a COUS; et incontinent après : Tout ce qui est à cous , est à moi *. En un autre endroit : Personne ne connaît le Père , si ce n'est le Fils ; et réciproquement: Personne ns connaît le Fils, si ce n'est le Père t. Toutes manières de parler naturelles au Fils de Dieu, pour marquer son unité parfaite avec son Père, et traiter en toutes manières d'égal avec lui : ,en sorte que , s'il semble recevoir de son Père quelque avantage, en disant : Fous êtes en moi; il le lui rend en disant : et mot en vous. Ce sont paroles de société, d’égalité, d'unité parfaite; c’est un langage qui n’a lieu qu'entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Qui osera dire : Fous êtes en mol, et je suis en vous, que celui qui ne reconnaît de différence entre son Père et lui , que dans le rapport mutuel de Père et de Fils? De même qui osera dire ; Tout ce qui est à vous, est à mol; et réciproquement : Tout ce qui est à moi , est à vous, sinon celui qui est un avec son Père? C’est déjà quelque chose de divin de pouvoir dire ; Tout ce qui est à vous, est à moi : mais d'ajouter : Tout ce qui est à moi, est à vous, c'est montrer que l'avantage est égal : su Fils, d’avoir tout ce qu’a le Père; et au Père, d'avoir tout ce qu'a le Fils. Par ces divines façons de parler, tout est égal : dans les personnes. Fous êtes en moi, et moi en vous : dans les biens , Tout ce qui est à moi , est a vous : tout ce qui est à vota, est à moi .-dans la connaissance : Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; et personne ne connaît te Père, si ce n'est le Fils. L'avantage est égal des deux côtés , en tout et partout. lai gloire de recevoir n'est pas moindre que celle de donner. Celui qui donne reçoit, parce qu'il reçoitdans son sein ce Fils uniques qui il donne : et s’il lui était inégal , il recevrait en lui-même quelque chose qui, lui étant inférieur, ne serait pas digne de lui. Tout fils est égal à son père par la nature : et c'est là le propre d'un fils. Que s'il y a quelque inégalité entre ces noms de Père et de Fils parmi les hommes , c'est que le fils n'est d’abord qu’un homme imparfait et commencé.

Il faut ôter tout cela en Dieu, où il n’y a rien d'imparfait. Et si même parmi les hommes le désir du père est que son fils lui devienne égal en tout, en croissant; combien plus le désir de Dieu doit-il être, pour ainsi parler, non que son Fils lui devienne égal, mais qu'il le soit en naissant! Cor, par ce moyen, il ne dégénère du Père en aucun instant , étant d’abord tout parfait. Il faut ôter sem-

' Joa». XVII, Jl- —* Ibid. 10. — * Matth. XI , 37.

UI

BossL’rr. — Tovr lu.

MÉDITATIONS SÜR L’ÉVANGILE.

Iiliiblemrnt dans la nature divine, que le Père précède le Fils : car cela n'a point de lieu , où le temps ne se trouve pas, et où tout est mesuré par l'éternité. Qui ne voudrait être père d'abord, puisque être jière c'est l'efTusion de la fécondité, et la démonstration de la plénitude? On voudrait donc être père d'abord , et n'attendre pas cela du temps : c'est le désir de la nature. Or, tout le bien qu'on désire parmi les hommes, est naturel en Dieu sans le désirer. F.t d'ailleurs quel avantase est-ce parmi nous à un père , d'étre devant son fils , si ce n'est d'avoir vieilli? Or, comme Dieu ni necbaofte, ni ne vieillit; ni le Père n'a la prééminence de l'dge, ni le Fils n'a l'avantage de la jeunesse. Car, après tout , ee qu'on appelle la prééminence de l'ége n'est qu'un défaut de la nature, qui, en vieillissant, tend à sa lin.

Tout cela est donc exclu en Dieu. Ki le Père n'est plus vieux, ni le Fils n'est plus jeune ; car en cela il excellerait au-dessus du Père. Dans le Père qui est Dieu , et le Fils qui est Dieu aussi , l'antiquité est toujours également vénérable, comme la jeunesse est toujours également dans la fieur; parce que l'éternité, qui est toujours ancienne et toujours nouvelle, égale tout. Kt c'est pourquoi le Fils dit ; Tout ce gui est à moi, est à vous; et tout ce gui est à vous, est à moi; par conséquent l'éternité même ; et de toute éternité je suis en vous, comme de toute éternité vous êtes en moi. Ainsi la gloire est égale : car s'il y a de la gloire pour le Fils d'avoir un tel Père, il n'y en a pas moins au Père d'avoir un tel Fils. Et si même parmi les hommes, où le fils nécessairement est moins que son père , et dégénère de lui, du moins en naissant si petit et si imparfait, on ne laisse pas de dire ; L'n sage jfits est la gloire de son père ; combien plus le dirat-on du Fils de Dieu ! Si c’est la gloire d'un père d'avoir un fils qui n’est sage qu’à cause qu'il l'est devenu, quelle gloire, pour le Père étemel, d'avoir un Fils qui est, en naissant et d’abord, la sagesse mêmel

Il est si beau d'avoir un tel Fils, que le Père en l'engendrant le conserve en soi. Parmi nous, avoir un fils, c'est le mettra hors de soi-même : en Dieu , avoir un fils, c’est le produire et le conserver éternellement dans son sein, comme quelque chose d'égal et aussi parfait que soi-même. C'est pourquoi il est unique, et il ne peut y en avoir deux : Le f-'ils unique qui est dans le sein du Tére’. Il est unique, parce qu'il est parfait ; il est unique, parce qu'il tire tout et épuise si parfaitement la fécondité, qu'un autre n’ajouterait rien à la gloire d'être Père. C'est pourquoi il demeure dans le sein du Père, parce qu'il est digne par sa perfection d’y être toujours; et tout immense qu’est ce sein du Père; il n'y a point de place pour nn autre fils : parce qu’on ne peut en avoir qu'un, qu.and on l’a parfait.

Croyons donc la vérité de cette parole ; fous Clés en mol, et moi en vous. Et adorons également le Fils d.ins le Perc , et le Père dans le Fils, parce

' Juan, I, 18.

que filant du nom de Père et de Fils tout te qui marque imperfection, commencement, loégiliit, il ne reste qu'une nature parfaite et parfaittimi commune. En sorte que si, du cfité de l'erigiiM. on met le Père devant le Fils ; dn ofité de la perfee tion , on les met naturellement tous deux ensnibit; et qu’on pourrait aussi bien dire , le Fils et le Pèrt. qu'on dit, le Père et le Fils, selon aussi que ta dit quelques anciens, pour montrer, qu’entre It Père et le Fils , être le premier ou le second, o'on. porte point d'inégalité , mais seulement une origiu sans imperfection.

Pourquoi osons-nous parler de telles choses’ V faudrait-il pas trembler, et adorer en silence un a grand mystère? Mais puisque Jésus-Christ a daigné nous en parler, nous pouvons en parler anss; pourvu que ce soit avec lui , après lui et selon b. Ajoutons, que ce soit encore pour la fin qu'il s'kI proposée. Et quelle est-elle? Elle est admirable Comme vous, mon Père, êtes en moi, elqvji suis en vous ; ainsi qu'ils soient un en nous : qnll y ait entre eux, comme entre nous, une parfaile égalité, depuis le premier d’entre eux jnsqi'at dernier : qu’il y ait une parfaite unité et comimnauté; que chaain puisse dire en quelque faroni son frère : Tout ce qui est à moi, est à rova.-rt tout ce qui est à vous, est à mol. C'est ce qui acit en effet , il le faut souvent répéter, dans la naissam de rhiglise ; El ils n'avaient qu'un cœur e/q»'«<r âme. Et aucun d'eux ne disait qu'il eût qarJyw chose à soi; mais tout était commun entre eus'. Cela a été effectif au commencement de fÉqli»; pour montrer que la disposition en devait être dan le fond de tous les cœurs. Et c’est pourquoi Amnias et Saphirs, ces deux disciples qui violèmlla loi de cette communauté de l'Église , périrent dan leur malbeureuee propriété. Pierre, qui était h chef de l'unité, les frappa, et le Saint-Esprit,! qui ces malheureux avaient menti , fit un foudredi la parole de ce saint apôtre, pour les faire nosrir à l’instant*. Ainsi fut vengé le violenmit dt l’unité dos fidèles.

Portons donc cette disposition dans le fond do coeur ; communiquons : donnons : ne ressemni point nos entrailles : qu’aucun de nous ne rrgaidr son frère avec mépris. Dans le fond tout est real entre nous : la distinction superficielle qui nous élève les uns au-dessus des autres, regarde fordrr du monde , mais ne change rien dans le fend. Noa) sommes tous fomiés d’une même boue : noos portons tous également l'image de Dieu dans noue âme. L’homme n'a que la nature : le chrétien o'a que la foi. Que la charité égale tout ; selon ce que dit saint Paul : qu'il faut établir C égalité. U coosolation et l'aflliclion, le bien et le mal, tout doit être égal entre les frères. Et pour cela, celui est riche doit suppléer à ce qui manque au pauvre : afin, répète l’apôtre, que tout soit reduita Tégalilé : selon ce qui est écrit de la manne : que celui qui en rccueillail plus, n’en acail pasplui,

’ .Vt-r. iv, au. — * /fcjrf. V, 1, 2 et teq.

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MÉDITATIONS SUB L’ÉVANGILE

et celui qui en recueillait moins , n'en avait pas moins Dieu veut donc de l'égalité entre les frères : c'est-à-dire, que personne ne soit dans l'indigence, mais que le besoin de tout le monde soit soulagé, et l'inégalité compensée.

Le riche , qui fait meilleure chère , qui est mieux vêtu , mieux logé , n’en est pas plus grand pour cela : au contraire, dans le fond il est plus pauvre, parce qu'il s'est fait des besoins de ce que la nature ne demandait pas. Il seraitet plus riche et plus heureux, s'il ne lui fallait que ce qui contente le pauvre. Qu'il reg.trde donc son abondance comme une preuve de sa pauvreté et de son infirmité; qu'il s'en humilie; qu'il en ait honte : ainsi il se mettra en égalité avec le pauvre; et faisant de ses biens un supplément des besoins de l'indigent , il participe à la grâce de la pauvreté.

Quand dirons-nous de tout notre cœur à notre frère qui souffre : Tout ce qui est à moi, est à vous : età notre frère qui est dans l'abondance ; Tout ce qui est à vous , est à moi Hélas ! on ne verra jamais sur la terre un si grand bien dans sa perfection. C'est pourtant ce que veut Jésus , lorsqu'il dit : Comme cous, mon Père, êtes en moi, et que je suis en vous : et que tout ce qui est a mot, est à vous ; et tout ce qui est à cous, est à moi : ainsi qu'iis soient un en nous Tendons à cette unité divine. Mon Dieu , j'etends de grands bras à tous mes frères ; je leur ouvre mon sein : je dilate sur eux mes entrailles ; afin de leur être tout, père, mère, frère, sœur, ami , défenseur, et tout ce dont ils ont besoin pour être contents.

LIX' JOUR

La foi pleine et entière est l'effet de Funité des fidèlei.

Joitn. XVII, 21.

^Jin que le monde croie que vous m'avez envoyé^. Quand le monde croira ainsi , le monde sera converti . : cette partie du monde qui le croira cessera d'être du monde : et Jésus-Christ attribue la conversion de l'univers, qui devait venir, à cette unité de ses fidèles. Il svaât dit, chapitre xiv, 31 ; ,lfin que te monde sache que J'aime mon Père , et que je fats ce qu'il m'ordonne, levons-nous, allons à la mort. Il avait dit en parlant de la charité fraternelle t On connaîtra que vous êtes mes ilisciples , si vous vous aimez tes uns les autres t. Et il dit encore ici plus précisément : Afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. C'est la foi pleine et entière , et c'est l'effet de l’unité des fidèles. Il persiste : Je suis en eux, et cous en moi; (fin que le monde connaisse que vous m'avez envoyé*. La meilleure manière de prêcher, c’est de prÂiher par l'exemple. Si vous voulez convertir le monde , vivez dans cette unité parfaite dont je vous ai montré le parfait modèle dans celle qui est entre mon Père et moi. Imitez cette unité ; et le monde, qui en verra l'image en vous, s’élèvera à l’original ; et il verra que mon Père et moi sommes en vous ,

‘.Cor.viii, 14, ls. — ‘Joan. ivil, 10, II, 21, 23.— 21. Ibid. Xllt, ib. — *Ibid. 23.

y imprimant le caractère de charité et de coneorde : et il croira que je suis vraiment l'envoyé de Dieu ; en ce qu’unissant les hommes d’une manière si cordiale , je fais un ouvrage qui marque la dignité de mon envoi et la puissance de ma grâce.

LX' JOUR

lè«u bit part de u gloire à >ei élu. Jaan. xvii, 21.

Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée : afin qu'ils soient un comme nous sommes un'. Il la compte comme donnée, parcequ'il voulait nous la donner , et qu'elle sera le fruit du sacrifice qu’il allait offrir pour nous.

Il commence ici à nous découvrir une nouvelle vérité , qui est qu’après avoir été un dans la charité sur la terre , nous serons un dans la gloire ; et que la gloire qui nous sera donnée, sera celle de Jésus-Christ. Il parle ici de la gloire qui devait être donnée à Jésus-Christ selon sa nature humaine, en le ressuscitant. Cette gloire nous sera donnée , puisque nous aurons part à la gloire de sa résurrection. Bien plus, il a daigné dire dans l’Apocalypse : Je donnerai à celui qui aura remporté la victoire, détre assis dans mon trône; comme j'ai remporté la victoire, et que je me suis assis avec mon Père dans son trône *.

TouU la sainte cité, toute la société des saints, n’est qu’un seul trône de Dieu, qui a dit : Je serai en eux*. Il sera comme un roi, qui, après avoir abattu le règne du péché et de la mort, établira son empire dans tous ses sujeU , en les rendant éternellement et parfaitement heureux. Ce qui leur arrivera, parce que Dieu sera tout en tous*. Alors donc nous serons unis dans la gloire , comme sur la terre nous aurons été unis dans la charité et dans la grâce. Notre gloire sera celle de Jésus-Christ notre chef, qui se répandra sur tous ses membres : et la gloire de Jésus-Christ sera celle de son Père; laquelle se trouvant en lui par sa naissance éternelle, rejaillira sur l'humanité que le Fils de Dieu' s'est uni. Voilà donc tout réduit en un par la gloire et la félicité étemelle ; et pour être reçus dans celte gloire, il faut être un par la charité : car Dieu veut faire de ses fidèles un corps parfaitement un en Jésus- Christ : un corps dont l'unité aille croissant, jusqu'à ce qu’elle se consomme , et reçoive sa dernière perfection dans le ciel.

Pour donc répondre au dessein de Dieu , nous ne pouvons nous unir assez avec nos frères , ni assez bannir tout ce qui peut faire entre nous la moindre division. Mon Dieu , plus que jamais je m'en vais rechercher en moi tout ce qui medivise de mes frères par quelque endroit que ce soit, les défiances, les jalousies, l'orgueil qui en est la source. L'orgueil tire tout à soi , veut tout pour soi : et c’est là le principe de la division. Nous vivrions sans partage si nous vivions sans orgueil.

O vie sainte! ô vie heureuse que celle qui est sans orgueil ! c’est le vrai rommencement de la

* Joan. XVII ,22. — * Apct. III , 21. — » Lev. xxvi . 12. — 4 II. Cor. VI, 16. Àpof. XXI, 3. — * I. CoT. XV, 28.

MÉDITATIONS SUR LÉVANCIl.K.

vie éternelle. Commençons donc celte vie; et puistiue Jésus-Christ ne cesse de nous inculquer cette unité , tournons toutes nos pensées , tous nos désirs , tous nos soins à l'établir dans notre CŒur. Ayons toujours dans la pensée, toujours à la bouche ce précepte de saint Paul : Que chacun ne regarde pas ce qui lui convient, malt ce qui convient aux autres Cest là cette parfaite abnégation de soi-méme tant commandée par Jésus-Christ. Soyons un de notre cdté , même arec ceux qui ne veulent pas être un avec nous ; n’ayons rien à nous ; que tout notre déplaisir soit de ne pouvoir pas communiquer assez tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Cherchons les moyens de devenir autant que nous pourrons, un bien commun à tous , en nous faisant tout à tous, avec saint Paul >.

Ocharité ! 6 amour ! ô compassion I ô condescendance! û support! Aumône, libéralité, consolation , entrailles de miséricorde, paix entre les frères en Dieu notre Père et en Jésus-Christ Notre-Seigneur; vous êtes l'objet de mes vœux : je ne veux plus penser autre chose. Amen , amen.

LXr JOUR.

Les élus oonsomméi eu Uu. Joan. xvii , sa.

Je tuit en eux , et vous en moi ; afin qu'ils soient consommés , réduits en un : et que le monde connaisse que vous m’aves envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m’avez aimé^. Il revient toujours à cette sainte unité ; elle fait les délices de son cœur; et il ne peut quitter un sujet qui lui plaît si fort. Il va toujours approfondissant de plus en plus cette matière ; et il nous apprend ici que la source de cette unité, c’est qu’il est en nous comme son Père est en lui.

Les saints Pères ont interprété ces paroles en cette sorte : je suis en eux , par mon esprit ; Je suis en eux par ma chair que je lenr donne dans l’eucharistie. Je leur rends par ce moyen tout ce que j’ai pris d’eux : je leur donne en même temps tout ce que j’ai reçu de vous : ma divinité est à eux aussi bien que mon humanité. Dans l’humanité , qui est à eux et en eux , ils trouvent la divinité qui lui est unie : et ils en peuvent jouir comme de leur bien. C’est donc ainsi que Je suit en eux : et vous, mon Père , vous êtes en moi. Tout est donc en eux , tout est à eux. Que leur faut-il davantage pour être parfaitement consommés en un? Et néannoins voici encore quelque chose de plus touchant. C’est , mon Père, que vous les aimez comme vous m'avez aimé. Us ne sont enfants que par adoption et par grâce; et moi , qui suis Fils par la nature , j’ai trouvé cet admirable moyen de me les unir comme mes membres , afin que cet amour paternel , que vous avez pour moi , s’étendit sur eux : afin , continue-t'-il , que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, comme je suit aussi en eux*.

O homme , regarde donc combien tu es chéri de Dieu ! Quoi ! le monde te plaît encore ! Quoi ! tu peux

* Phitip. Il , 4.-3 I. Cor. ix , n. — > Joan. xvil , S3. —

‘ nid sa.

penser autre chose que Dieu même? Il en faodriit mourir de regret et de honte. Il faut se taire ici dau une profbnde admiration et action de grâces, en considérant , en godtant ce que nous .sommes à Dieu par Jésus-Christ. C’est un mystère ineffable et inénarrable. Oh, si le monde le pouvait connaître , il connaîtrait en même temps que Jésus-Christ est vraiment envoyé de Dieu ; et qu'un Dieu enToyew monde ne pouvait rien enseigner ni opérer de (dos grand.

LXII* JOUR

I Gloire de Jésus ; U veut que les élus y soieot arre bü I Joan. xTii, 14.

Mon Père, je veux que là où je suis, ceuxiju vous m’avez donnés y soient aussi arec moi : aiU qu’ils volent la gloire que vous m'avez doniur, parce que vous m'avez aimé avant l'établisseant du monde'.

Mon père, je ceux. Jusqu’ici il avait dit. Jeprir il change de langage, et il dit plus absolument: A veux. En parlant aux hommes, il pouvait dire, Jé veux , à même titre qu’il leur dit : Je vous commande. Car il est leur maître et leur Seigneur ; tniie puissance lui est donnée sur eux. Il pouvait aussi, même en parlant à son Père, parler ou en inférieur, ou en égal; et étant Dieu comme son Père, ri étant la parole même de son Père, il pouvait dire comme lui et avec lui : Je veux. Mais pourquoi il ar l’a fait qu’ici, et pourquoi dans une prière; et pour quoi, ayant accoutumé partout ailleurs, lorsqu'il parle de volonté absolue , de ne nommer que celle de son Père , à laquelle la sienne était attachée avec une parfaite soumission, il parle ici seulement cTuee manière si déterminée et si absolue : mon Sauveur! est-il permis de vous le demander ?

Commençons par adorer, quelle qu’elle soit, b vérité enseignée dans cette parole , Je veux. Oui. le Verbe , qui est la sagesse même , a eu sa raison pour l’inspirer à l’âme de Jésus-Christ, qui lui est unie de cette manière ineffable ; et cette âme sainte a pu dire , en conformité de la volonté suprême du Père et de son Verbe : Je veux. Et c’est une chose admirable, que ce soit en faisant pour nous la demande la plus importante, que Jésus-Christ ait parlé de cette sorte : Je veux, mon Père, que h où je suis, dans votre gloire éternelle, cetu-?*!»" m’avez donnés; les apôtres, dont il a dit : ih étaient à vous, et vous me les avez donnés : et tns qui devaient croire par leurs paroles', qui n'auraient pas cru , si .son Père ne les lui avait ausii donnés : Je veux, dis-je , que tous ceux-là soient io oùjesuis. Il semble qu’après avoirdit,çB’ifss«e«f où je suit, il ne servait de rien d'ajouter ; qnUst soient avec moi : mais on ne pouvait trop eiprinvcr ce qui fait toute la douceur de cette demande : pasque être avec Jésus-Christ c’est ce qui satisfait le cœur de l’homme. Être avec Jésus-Christ, c’est être avec la vérité et la vie : y être dans le ciel, et dans la gloire étemelle , ce n’est plus être avec lui eomme

' Joan. XVII, S4. — > IM. s, ».

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

avec celui qui est la voie , mais comme avec celui qui est le terme de notre course , et en qui nous trouvons la vie éternelle dans la consommation de notre amour. C'est pour nous obtenir un si grand bien , que Jésus-Cbrist dit , Je veux, d’une manière si déterminée.

Mais écoutons la suite : Je veux que là oùjetuis. Us y soient aussi avec moi; ajin qu'ils voient ma gloire. Il semble qu’il y manquerait quelque chose, qu'elle ne serait pas complète, si ses amis ne la voyaient. Mais est-ce assez de la voir? Jésus-Christ ne veut-il pour nous que cet avantage, et ne veutil pas que nous y ayons part : comme il l’a dit tant de fois? La voir, c’est y avoir part : la voir, c’est en jouir. Qui voit la gloire de Jésus-Christ dans le sein de son Père, il est heureux. Heureux, premièrement, du bonheur de la gloire de Jésus- Christ, qui fait la leur : et heureux ensuite en euxmémes, parce que cette bienheureuse vision de la gloire de Jésus-Christ nous transforme en 'clleméme-, et que qui le voit lui est semblable, conformément à cette parole : Mous lui serons semblables , parce que nous le verrons tel qu'il est ' .

Commen(;onsdonc dès cette vie à contempler par la foi la gloire de Jésus-Christ, et à lui devenir semblables en l’imitant. Un jour nous lui serons semblables par l’effusion de sa gloire; et n’aimant en nous que le bonheur de lui ressembler, nous serons enivrés de son amour. Ce sera là la dernière et parfaite consommation de l’œuvre pour lequel Jésus-Christ est venu; et c’est peut-être pourquoi il en demande l’accomplissement par ce Je veux si déterminé , si absolu , si aimable, et si doux à entendre aux hommes.

Parce que vous m'avez aimé avant l'établissement du monde. Il semble qu'il parle ici de l'amour qu'il a de toute éternité pour son Fils, qui lui est coétcrnel. C’est proprement cet amour qu’il a pour lui avant la constitution du monde. Car encore que le Père éternel ait un .-unour éternel pour ses créatures, par la volonté de les créer et par celle de les rendre heureuses ; si c’était d’un amour semblable qu'il voulût parler, il ne se distinguerait pas assez, ni des hommes, ni des anges bienheureux qu’il a aimés d’un semblable amour, quoique dans un degré fort inégal.

F.ntendons donc que le Père a aimé son Fils avant f établissement du monde; parce qu’il était ce Fils unique avant cet établissement , et qu'il était par conséquent aimé de son Père. Que faisait Dieu , s'il est permis de le demander, avant qu’il eût fait le monde? Il aimait son Fils, il le produisait dans son sein, il l’embrassait, il se l’unissait, ou plutôt il était un avec lui. Et pourquoi nous rappeler toujours à un si sublime mystère ? Parce que c’est toute la source de notre bonheur. I,a source de notre bonheur, c'est que ce Fils que Dieu aime, et qu’il porte dans son sein avant que le monde fût et de toute éteniité , se soit fait homme; en sorte que ne faisant qu'une seule et même personne avec l 'homme qui lui est uni, il aime ce tout comme son Fils;

I 1. Jr<an. m, 2.

d’où il s'ensuit que répandant sur les honinies , qui sont ses membres, le même amour qu’il a pour lui; il s’ensuit, dis-je, que l'amour qu’il a pour nous est une extension et une effusion de celui qu'il porte dans l’éternité à son Fils unique. C'est la Bourcedenotre bonheur. C’est pourquoi Jésus-Christ nous y rappelle ; et il veut que nous entendions par ces dernières paroles combien est grande, combien est immense la glaire que nous verrons , et à laquelle nous aurons part en la voyant.

Que l'élévation de l'homme est un grand mystère ! Tout le mystère de Dieu , et toute cette étemelle et intime communication du Père et du F'ils y est déclarée; et c'est ainsi que Dieu est tout a tous, selon l'expression de saint Paul ■.

Chrétien , es-tu chrétien , si après cela tu languis encore dans l'amour des choses de la terre ? Quand entendrons-nous que nous ne pouvons assez épurer nos pensées, nos affections, notre esprit et notre cœur?Seignenr Jésus, achevez; et après nous avoir montré de si sublimes vérités, élevez-nous-v, et faites-les-nous aimer d'un pur et éternel amour.

LXIII' JOUR

JusUoe de Dieu inconnue au monde. Joan. xvii, 2s.

Mon Père juste, te monde ne vous a pas connu ■. Jésus-Christ ne donne dans cette oraison que deux qualités à son Père ; Mon Père saint, et mon Père juste.

Mon Père saint, sanetifiez-les en vérité :je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient saints en vérité ^ ; par la communication de votre sainteté, qui est aussi la mienne. On pourrait entendre de même , mon Père juste, parce que, comme dit saint PauM, Dieu est juste, et justifiant celui qui croit en Jésus-Christ.

Mais la suite semble demander quelque cliose de plus : Mon Père, vous êtes juste, et le monde ne vous connaît pas. Non-seulement il est corrompu et ne connaît pas votre justice; mais c'est encore par votre justice que l'abandonnant à sa corruption , dont il ne veut pas sortir et ne le peut de soi-même , vous le laissez privé de votre connaissance : Le monde donc ne vous connaît pas , et moi je vous cotinais ; et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé^. C'est ainsi qu’ils vous connaissent. Ils méritaient, comme les autres, de ne vous connaître jamais; mais moi , qui vous connais seul , et qui seul suis digne de vous connaître, je vous ai fait connaître à eux , en me faisant connaître moi-même ; parce qu'ils sont CCS petits et ces humbles dont je vous ai dit ailleurs ; Je vous loue, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents de la terre, et vous les avez révélées aux petits : ainsi soit-il, mon Père, parce que vous C avez voulu. Toutes choses me sont données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; et personne ne connaît le Père , si ce n'est le Fils, et ceux à qui le

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