‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 27 sur 273 · AVEC NOS FRÈRES · texte numérisé non relu

AVEC NOS FRÈRES

\irc de Dieu, pour nous acquiter de devoirs humains? est-il donc bienséant dequitter le Créateur pour la créature! Cela semble bien étrange, mes sa'urs; cependant c’est ce qu’ordonne le Fils de Dieu. Il ordonne que nous quittions même le service divin, pour nous réconcilier a nos frères :'il veut que nos ennemis nous soient en quelque sorte plus chers que ses propres autels, et que nous allions à eux avant que de nous présenter à son Père; comme si e’était une affaire plus Importante. N’est-ce pas pour nous enseigner, chères sœurs, que, devant lui, il n’est rien de plus précieux que la charité et la paix ; qu’il aime si fort les hommes, qu’il ne peut souffrir qu’ils soient en querelle; que Dieu considère la charité fratei^ nelle comme une partie de son culte ; et que nous ne saurions lui apporter de présent qui soit plus agréable u ses yeux , qu’un cœur paisible et sans fiel , et une âme saintement réconciliée? > O charité

• ineffable de Dieu pour les hommes ! s’écrie saint

• Jean Chrysostéme; il néglige l’honneur qui lui

• est dû , pour y substituer la charité envers le

• prochain. Interrompez , nous dit-il , mon culte,

• afin que votre charité soit persévérante : car la

• réconciliation avec son frere, est pour moi un

• vrai sacrifice ; • O ineffabilem erga homines ainorem Dei, honorem suum despicit pro chor ritate erga proximutn. Inlerrumpatur, inquit, cultus meus, ut charitas tua maneal : nam ivre sacrificium mihiesl, reconciliatio cnm fratre'. C’est ce que Je traiterai aujourd’hui avec l’assistance divine ; et j’en tirerai deux raisons du texte de mon évangile. Notre-Seigneur nous ordonne de nous réconcilier, avant que d’offrir notre présent à l'autel : c’est de ce présent et de cet autel , que je formerai mon raisonnement; et je tâcherai de vous faire voir que ni le présent qu’offrent les chrétiens, ni l’autel duquel ils s’approchent, ne souffrent que des esprits vraiment réconciliés ; ce seront les deux points de cette exhortation.

PBEHISa POINT.

Quand je parle des présents que les fidèles doivent offrir à Dieu , ne croyez pas , mes sœurs , que je parle des animaux égorgés qu'on lui présentait autrefois devant ses autels. Pendant que les enfants d’Aaron exerçaient le snecrdocc qu’ils avaient reçu par succession de leur père , les Juifs apportaient à Dieu des offrandes terrestres et corporelles ; on chargeait ses autels d’agneaux et de bœufs, d’encens et de parfums, et de plusieurs autres choses semblables. Mais comme nous offrons dans un temple plus excellent , sur un autel plus divin, et que nous avons un pontife duquel

' 5. Chrf$oat. in .Vo/M. Hom. xvi, n* 9, t. vm, p. 2io.

le sacerdoce légal n’était qu’une figure imparfaite ; aussi faisons-nous à Dieu de plus saintes oblations. Nous venons avec des vœux pieux , et des prières respectueuses, et de sincères actions de grâces, louant et célébrant la munificence divine, par Notre-Seigneur Jésus-Christ notre sacrificateur et notre victime ; ce sont les oblations que nous apportons tous dans la nouvelle alliance. Nous honorons Dieu par ce sacrifice , et c’est de cet encens que nous parfumons ses autels ; et afin que nous puissions faire de telles offrandes , Jésus notre grand sacrifiateur nous a rendus participants de son sacerdoce : > il nous a faits rois et ■ sacrificateurs â notre Dieu , « dit l’apétre saint Jean dans l’Apocalypse'. Mais puisque ce sacerdoce est spirituel , il ne faut pas s’étonner si notre oblation est spirituel le ; c’est pourquoi l’apétre saint Pierre dit que • nous offrons des victimes > spirituelles, acceptables par Notre-Seigneur Jé-

• sus-Christ'. • C’est là ce sacrifice de cœur contrit , sacrifice de louange et de joie , sacrifice d’oraison et d’actions de grâces , dont il est parlé tant de fois dans les Écritures : c’est le présent que nous devons à notre grand Dieu , et je dis qu’il ne lui peut plaire, s’il ne lui est offert par la charité fraternelle : sans elle, il ne reçoit rien; et par elle , il reçoit toutes choses : la charité est comme la main qui lui présente nos oraisons ; et comme il n’y a que cette main qui lui plaise , tout ce qui vient d’autre part ne lui agrée pas.

Et pour le prouver par des raisons invincibles, je considère trois choses dans nos oraisons ; qui toutes trois ne peuvent être sans la charité pour nos frères : le principe de nos prières ; ceux pour qui nous prions; celui à qui nos prières s’adressent. Quant au principe de nos oraisons , vous savez bien , mes sœurs , qu’elles ne viennent pas de nous-mêmes : les prières des chrétiens ont une source bien plus divine. • Que pouvons-nous de < nous-mêmes , sinon le mensonge et le péché , » dit le saint concile d’Orange ^? Le plus dangereux effet de nos maladies, c’est que nous ne savons pas même demander comme il faut l’assistance du Médecin ; • Nous ne savons , dit l’apâtre saint « Paul * , comment il nous faut demander. ■

Eh , misérables que nous sommes , qui nous tirera de cet abîme de maux , puisque nous ne savons pas implorer le secours du Libérateur? Ah I dit l’apâtre ‘ , • l’Esprit aide nos infirmités : • et comment? • C’est qu’il prie pour nous , dit saint

• Paul , avec des gémissements incroyables. > Et quoi , mes sœurs , cet Esprit qui est appelé notre

’ Apof. T, 10.

» I. Pdtr. Il, 5.

I Concil. Arauâic. ri , Can. x\ll, Ltib. rr, ool. 1070.

* Aom. VIII, 30.

» Ibid.

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