‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 4 sur 273 · II,-. VS · texte numérisé non relu

II,-. VS

‘ Jtnm. wxi , 31, 32, 33.

POUR LE JOUR

nage. Que vous rencontriez des voleurs ; si vous êtes les plus forts , ils ne vous abordent qu'avec une civilité apparente : ils sont toujours voleurs, toujours avides de pillerie. La crainte donc étouffe les affections; elle semble les réprimer pour un temps, mais elle n'en coupe pas la racine. Otez cet olMtacle , levez cette digue ; l'inclination , qui était forcée , se rejettera aussitAt en son premier cours : par où vous voyez manifestement qu’encore qu'elle ne parût point au dehors , elle vivait toujours au secret du CŒur ; bridée et non éteinte, et retenue plutôt qu'abolie.

C'est pourquoi le grand Augustin parlant de ceux qui gardaient la loi par la seule terreur de la peine , non par l'amour de la véritable justice, il prononce cette terrible mais très; véritable sentence : « Ils ne laissaient pas, dit-il , d'étre cri-

• minels , parce que ce qui paraissait aux hommes

■ dans l’œuvre; devant Dieu, ù qui nos profon-

• deurs sont ouvertes, n'était nullement dans la

• volonté : au contraire cef œil pénétrant de la « connaissance divine voyait qu’ils aimeraient

• beaucoupmieux commettre le crime, s’ils osaient

• en attendre l’impunité : ■ Coram Deo non eral in voluntate, guod coram hominibus apparebat in opéré :potiusque ex illo rei tenebantur guod cos noverat Deus malle, si Jieri posset impune, commiftere '. Donc , selon In doctrine de ce grand homme , la crainte n'est pas capable du changer le cœur. Considérez , je vous prie , cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi ; en est-elle changée, pour contenir des paroles si vénérables ? en a-telle perdu quelque chose de sa dureté? Qui ne voit que ces saints préceptes ne tiennent qu’à une superficie extérieure? D'où vient que la loi mosaïque est ainsi écrite, sinon parce que c’est une loi de crainte? Et Dieu ne veut-il pas nous faire entendre que si la loi ne nous touche que par la crainte, il en est de nos cœurs comme d’une pierre ; qu'ainsi notre dureté n’est point amollie, et que la loi demeure sur la surface? De là vient que le concile de Trente parlant de la crainte des peines définit très-bien , à la vérité contre la doctrine des luthériens , que • c'est une impression •• (le l’Esprit de Dieu : > car puisque cette crainte est si bien fondée sur les redoutables jugements de Dieu , pourrpioi ne viendrait-elle pas de son Saint-Esprit? Mais ces saints Pères s'expliquent après et nous disent " que c’est une impression de

■ l’Esprit de Dieu , cpii n'habite pas encore bu de- « dans ; maisqui meut seulement, et qui pousse : » Spiritus snneli impulsum, non ad/iuc guidein inhabilantis, scdlanlum moventis >. D'où il s'en-

» 7)r Spir. et litlrra , n® 13, t. X, col. W.

* S<»». XIV, cap. IV.

suit manifestement que la seule crainte des peines ne peut imprimer In loi dans les cœurs.

Certes , il faut l’avouer, il n’y a que la cbarité qui lesamollisse. Notre maladie, chrétiens, c'est de nous attacher à la créature ; donc noos attacher à Dieu , c'est notre santé. C’est un amour pervers qui nous gâte ; il n’y a done que le saint amour qui nous rétablisse ; un plaisir désordonné nous captive; il n'y a qu’une sainte délectation qui soit capable de nous délivrer : la seule affection du vrai bien peut arracher l’affection du bien apparent; il n’y a proprement (pie l’amour cpii ait , pour ainsi dire, la clef du cœur. Il fautdonc qu’un saint amour dilate le nôtre, qu'il l'ouvre jusqu'au fond pour recevoir la rosée des grâces divines. Ainsi notre âme sera tout autre; ce ne sera plus une pierre sur laquelle on écrira au dehors, cc sera une cire toute pénétrée et toute fondue par une céleste chaleur.

Par là vous voyez la loi gravée dans les cœurs , selon l’oracle de Jérémie. Y a-t-il rien de plus avant en nos cœufs que cc qui nous plaît? Ce que nous aimons nous tient lieu de loi ; et ainsi je ne roc tromperai pas quand je dirai que l’amourest la loi des cœurs ; et partant un saint amour doit être la loi des héritiers du Nouveau Testament; parce qu’ils doivent porter leur loi dans leurs cœurs. La loi ancienne a été écrite sur de la pierre ; il n’est rien de plus immobile; aussi est-ce une loi morte et inanimée. Il nous faut, il nous faut une loi vivante : et quelle peut être cette loi vivante; sinon le vif amour du souverain bien , que le doigt de Dieu, c’est-à-dire, son Saint-Esprit, écrit et imprime au fond de nos âmes , quand il y répaïui l’onction de la charité, selon ce que dit l’autre saint Paul ;> La charité est répandueen nos cœurs ■ par le Saint-Esprit qui nous est donné'? ■ I.a charité est donc cette loi vivante qui nous gouverne et qui nous meut intérieurement : et c’est pounpioi l'Esprit vivifie; parce qu'il imprime en nous une loi vivante, qui est la loi de la nouvelle alliance : c’est-à-dire la loi de l’amour de Dieu. Par conséquent qui pourrait douter que la charité nesoltl’espritde laloinouveile, et l'âme, pour ainsi dire, du christianisme ; puisqu'il a été prédit si longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, <pie les enfants du Nouveau Testament auraient la loi gravée en leurs cœurs par l'inspiration de l’amour divin?

Et selon In conséquence de ces principes, où je n'ai fait que suivre saint Augustin qui ne s'est attaché cpi’ù saint Paul; je ne craindrai pas de vous assurer que quiconque ne se soumet à la loi que par la seule appréhension de la peine,

' Ilom. V, 5.

DK LA PKNTKCOTK.

il sVxcommunie liii-rm'mc du christianisnio , Pt retourne à la lettre qui tue , et à la captivité de la Synafioguc : et pour vous en convaincre, regardez premièrement qui nous sommes. Sommesnous enfants ou esclaves? Si Dieu vous traite comme des esclaves, contentez-vous de craindre le maître; mais s'il vous envoie son propre Fils pour vous dire qu'il daigne bien vous adopter pour enfants, pouvez-vous ne point aimer votre Père? Or l'apôtre saint Paul nous enseigne que

• nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude

• par la crainte; mais que Dieu nous a départi « l'esprit de l'adoption des enfants , par lequel

• nous l'appelons notre Père > Comment l'appelons-nous tous les jours notre Père qui êtes aux eieux, si nous lui dénions notre amour? Davantage ; considérons de quelle sorte il nous a adoptés; est-ce par contrainte ou bicnpar amour ? Ah! nous savons bien que c'est par amour, et par un amour infini. • Dieu a tant aimé le monde , dit

• Notrc-Scigneur', qu'il a donné son Fils unique

• pour le sauver. » Si donc notre Dieu nous a tant aimés; comment prétendrons-nous payer son amonr, si ce n'est par un amour réciproque ? . D'autant plus , comme dit saint Bernard (juc " l'amour est la seule chose en la(|uellc nous

• sommes capables d'imiter Dieu. Il nous juge,

• nous ne le jugeons pas ; il nous donne , et il n'a

• pas besoin de nos dons : s'il commande , nous - devons obéir ; s'il se fdchc, nous devons trem-

■ bler : et s'il aime, que devons-nous faire? nous

• devons aimer,, c'est la seule chose que nous

■ pouvons faire avec lui. » Et combien sont criminels les enfants qui ne veulent pas imiter un père si bon !

Est-ce assez considérer Dieu comme père? considérons-le maintenant comme prince. Comme Roi, il nous commande; mais il ne nous commande rien tant que l'amour. • Tu aimeras, dit-

• il, le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de

• tout ton esprit, de toutes tes forces, de toute « ton âme J. >■ .A-t-il jamais piirlé avec une plus grandeéncrgic? Et Jésus-Christ : ■ Qui nein'aime

■ pas , nous dit-il , n'observe pas mes commande-

• ments*. • Donc qui n'aime pas Jésus-Christ; puisqu'il n'ebserve pas ses commandements, il viole la majesté de son roi.

Vonlez-vous que nous parlions maintenant des dons que Dieu fait Ascs serviteurs, et que , par la qualité des présents, nousjugions de l'amour qu'il exige? Quel est le grand don que Dieu nous fait?

' /tom. VIII, 15.

* Joa». III, 10.

* Serm. xxxiii in Cantic. n“ I, t- l, C*^l.

Page 1