‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 33 sur 273 · IU · texte numérisé non relu

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tortueux tant d’incUnatloos corrompues dont je n’aurai nulle connaissance ; enfin , quand Je vois l'amour-propre faire pour l’ordinaire la meilleure partie de mes actions ; Je frémis d'horreur, ô fidèles , qu'il ne se trouve beaucoup de péchés dans les choses qui me paraissent les plus innocentes : et quand même Je serais très-jusie devant les hommes, ô Dieu éternel, quelle Justice humaine ne disparaîtrait point devant votre face? et qui serait celui qui pourrait Justifier sa vie, si vous entriez avec lui dans on examen rigoureux ? Si le saint apôtre saint Paul , après avoir dit avec une si grande assurance , > qu'il ne se sent point

• coupable en soi-mème , ne laisse pas de crain- « dre de n'étre pas Justifié devant vous; > Mhil mihi eonscius sum ; sed non i» hoc juslificatus sum ‘ ; que dirai-je , moi misérable? et quels devront donc être les troubles de ma conscience ? Mais, ô mon aimable Pontife, c'est vous qui répandez une certaine sérénité dans mon cœur, qui me fait vivre en paix sous l'ombre de votre protection. Pontife fidèle , et compatissant à mes maux ; non , tant que Je vous verrai à la droite de votre Père avec une nature semblable à la mienne, Je ne croirai Jamais que le genre humain lui déplaise , et la terreur de sa majesté ne m’empêchera point d’approcher de l’asile de sa miséricorde. Vous avez voulu être appelé, par le prophète Isaïe, « un homme de douleurs, et qui " sait ce que c'est que l'infirmité : » \'iruin dolorum, et scientem infirmitntem'. Vous savez en effet par expérience, vous savez ce que c’est que l'infirmité de ma chair, et combien elle pèse à l'esprit, et que vous-même en votre passion avez eu besoin de toute votre constance pour en soutenir la faiblesse. • L’esprit est fort , disiez-vous;

• mais la chair est infirme^ : • cela me rend trèscertain que vous aurez pitié de mes maux. Fortifiez mon âme , ô Seigneur, d'une sainte et salutaire confiance, par laquelle me déliant des plaisirs , me défiant des honneuis de la terre , me défiant de mol-mémc , Je n'nppuic mon cœur que sur votre miséricorde ; et établi sur ce roc immobile , je voie briser à mes pieds les troubles et les tempêtes qui agitent la vie humaine.

Mais , 6 Dieu , éloignez de moi une autre sorte de confiance qui règne parmi les libertins; confiance aveugle et téméraire, qui, ajoutant l'audace au crime , et l'insolence à l’ingratitude , les enhardit à se révolter contre vous par l'espérance de l'impunité. Loin de nous, loin de noos, ô fidcles! une si détistable manie ; carde même que la pénitence, en même temps qu’elle amollit

• I. Cor. IV. 4.

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* MtiUh. w\t, II.

SUR LA BONTÉ ET LA RIGUEUR DE DIEU

]a dureté de nos cœurs, attendrit aussi et amollit par ses larmes le cœur irrité de Jésus; ainsi notre endurcissement nous rendrait à In fin le cœur du même Jésus endurci et inexorable. Arrêtons-nous ici, chrétiens; et sur cette considération , entrons avec l'aide de Dieu dans notre seconde partie.

SECOND POINT

Ceux qui sont tant soit peu versés dans les Écritures, savent bien qu'une des plus belles promesses que Dieu ait faites à son Fils , est celle de lui donner l'empire de tout l'univers, et de faire par ce moyen que tous les hommes soient ses sujets. Or encore que nous fassions semblant d'être chrétiens, et qu'à nous entendre parler, on pût croire que nous tenons ce titre a honneur ; si estce néanmoins que nous n'épargnons rien pour empêcher que cet oracle divin ne soit véritable. Fit certamement il s'en faut beaucoup que le Sauveur ne règne sur nous ; puisque d'observer sa loi , c'est la moindre de nos pensées : et toutefois, comme il serait très-injuste qu'à cause de uotre malice , le Fils de Dieu fût privé d'un honneur qu'il lui est si bien dû; lorsque par nos rébellion U semble que nous nous retirions de son empire , il trouve bien le moyen d'y rentrer par une autre voie. Iæ Fils de Dieu donc peut régner en deux façons sur les hommes.

Il y en a sur lesquels il règne par ses charmes, par les attraits de sa grâce , par l'équité de sa loi, par la douceur de ses promesses , par la force de ses vérités; ec sont lesjustes ses bien-aimes : et c'est ce règne que David prophétise en esprit au psaume : • Allez, 6 le plus beau des hommes,

« avec cette grâce et cette beauté qui vous est si

* naturelle; allez-vous-en, dit-il, combattre et ■ régner: « Specie tua et pulchriludine tua'. Que cet empire est doux, chrétiens ! et de quel supplice, de quelle servitude ue seront pas digues ceux qui refuseront une domination si juste et si agréable? Aussi le F’ils de Dieu régnera sur eux d'une autre manière, bien étrange, et qui ne leur sera pas supportable ; il y régnera par la rigueur de ses ordonnances, par l'exécution de sa justice, par l'exercice de sa vengeance. C'est de ce règne qu'il faut entendre le psaume second , dans lequel Dieu est introduit parlant àsonFilsen ces termes : • Vous les régirez, ô mon F'ils, avec > un sceptre de fer, et vous les romprez tout ainsi

• qu'un vaisseau d'argile : • Reges eos in virga ferrea, etsicul vas figuli conf linges eos • ; et ces autres paroles : « Asseyez-vous à ma droite, . jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous

' Pi. XUT. b.

) Il, 9.

■ servir de marche-pied : - Donec ponaminimicos tuos scabellum pedum tuorum ' ; et celles-ci ;

■■ Le Seigneur règne; que la terre tressaille de " joiel • Dominus regnavit ; exuHet terra'\ celles-là enfln : • Le Seigneur règne ; que tous les • peuples soient saisisde frayeur! » Dominus regnavit; l'nucanfur populi ’ I Et de ces vérités , nous en avons un exemple évident dans le peuple juif.

Le Fils de Dieu vient à eux dans on appareil de douceur, plutêt comme leor compagnon que comme leur maître. C'était un homme sans faste et sans bruit , le plus paisible qui fût au monde : il voulait régner sur eux par sa miséricorde et par ses bienfaits, ainsi que je vous le disais tout à i'heure. Mais comme il n'y a point de fontaine dont la course soit si tranquille , à laquelle on ne fasse prendre par la résistance la rapidité d'nn terrent ; de même le Sauveur, irrité par tous ces obstacles que les Juifs aveugles opposent à sa bonté , semble déposer en un moment toute cette humeur pacifique. C'est ce qu'il leur fit entendre une fois, étant près de Jérusalem , par une parabole excellente, rapportée en saint Luc; dans laquelle il sedépeint soi-même sous la figure d'un roi qui , s'en étant allé bien loin dans nne terre étrangère, apprend que ses sujets se sont révoltés contre lui; et pour vous le fhire court, voici la « sentence qu'il leur prononce : • Pour mes ena nemis, dit-ll t, qui n'ont pas voulu que je ré-

• gnasse sur eux , qu'on me les amène, et qu'on

• les égorge en ma présence : » où , certes , vous le voyez bien autre que je ne vous le représentais dans ma première partie. Là , il ne pouvait voir un misérable, qu'il n'en eût pitié: ici, il fait venir ses ennemis, et les fait égorgerà ses yeux.

En effet, il a exercé sur les Juifsunc punition exemplaire, que vous voyez clairement déduite dans notre évangile : et d'autant qu'il m'a semblé inutile de chercher bien loin des raisons, où mon propre texte me fournit un exemple si visible et si authentique dans la désolation de Jérusalem ; je me suis résolu de me servir des moyens que le Fils de Dieu lui-même semble m'avoir mis à la main. Je m'en vais donc employer le reste de cet entretien à vous représenter, si je puis, les ruines de Jérusalem encore toutes fumantes du feu de la colère divine : et comme vous avez reconnu , dans notre première partie , qu'il n'y a rien de plus aimable que les embrassements du Sauveur, j'espère qu'étant étonnés dans le fond de vos consciences d'un événement

' P». r.ix, 2.

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* tbift. tf.VIII, I.

* f.Hr. XIX , 12 rl xrqq.

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