‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 37 sur 273 · SUR LA VERTU DE LA CROIX DE J. C · texte numérisé non relu

SUR LA VERTU DE LA CROIX DE J. C

Combivu grande rrnlreprise de rendre la croix vénérable. PuLamocc alMolue et mUériourde iodnie, deux choses lesquelles ounsUle la gloire de Dieu : comiDenlédalent-eltcs mieux dans la croix du Sauteur. ChaDgemeoU admirahlM qu’elle a produits dans le monde : raisons que nous avons de mellre en e'ie toute noire gloire. SenUmmts et actions qui prouvent que la croix est pour nous on sujet de scandale.

Mihi autem absit gloriari , nisi in emee Domini nostri Jesu- ChrlsÜ.

Pour moi, à Dieu ne pfaiseçuejamaii jerneglori/te» sicen'eMen la croix de Soèrt-Seigneur Jésus-Christ! Galit. VI, 14.

Ce n’a pas été une petite entreprise de rendre la croix vénérable : jamais chose aucune ne fut attaquée avec des moqueries plus plausibles. Les Juifs et les Gentils en faisaient une pièce deralllerie ; et il faut bien que les premiers chrétiena aieut.en une hardiesse et une fermeté plus qu’humaines, pour prêcher à la face du monde, avec nne telle assurance , une chose si extravagante. C’est pourquoi legraveTertulllen se vante que la croix de Jésus, en lui faisant mépriser la honte ,

' Hehr. »l, «.

DE LA CROIX DE JÉSUS-CHRIST

l'a rendu impudent de la bonne sorte, et heureusement insensé. < Laissez-moi , > disait ce prand homme quand on lui reprochait les opprobres de l'Ëvangile ; • laissez-moi jouir de l'ignominie

• de mon Maître , et du déshonneur nécessaire de ■ notre foi. Le Fils de Dieu aété pendu à la croix ;

• je n'en ai point de honte, à cause que la chose

• est honteuse. Le Fils de Dieu est mort ; il est < croyable , parce qu'il est ridicule. Le Fils de

• Dieu est ressuscité ; je le crois d'autant plus « certain, que, selon la raison humaine, il paraît

• entièrement impossible'. > Ainsi la simplicité de nos pères se plaisait d’étourdir les sages du siècle par des propositions étranges et inouïes, dans lesquelles ils ne pouvaient rien comprendre ; ollo que la gloire du monde s'évanoulssanten fumée, il ne restât plus d'autre gloire que celledelacroix de Jésus.

Bienheureuse Mère de mon Sauveur, que la Providence divine , voulant éprouver votre patience , amena aux pieds de la croix, où l'on déchirait vos entrailles ; puisque vous êtes de toutes les créatures celle qui en a le mieux vu l'infamie , et celle qui en a le mieux connu la grandeur, aidez-nous, par vos pieuses intercessions, à célébrer la gloire de votre Fils crucifié pour l'amour de nous. Je vous le demande par cette douleur maternelle qui perça votre éme sur le Calvaire , et par la joie infinie que vous ressentîtes , quand le Saint-Esprit descendit sur vous pour former le corps de Jésus après que l'ange vous eut saluée par ces divines paroles : Avt, etc.

Le grand Dieu tout-puissant , qui de rien a fait le ciel et la terre, qui atlré les astres et la lumière du sein d’un abîme infini de ténèbres; ce Dieu , pour faire éclater sa puissance d’une façon extraordinaire en la personne de son cher Fils , a voulu que la plus grande infamie fût une source de gloire Incompréhensible. C’est pourquoi le sauveur Jésus, encore qu’il eût vécu comme un innocent, a fini sa vie comme un criminel; et comme si le gibet et la mort n’eussent point eu pour lui assez de bassesse , il a choisi volontairement de tous les supplices le plus honteux , et de toutes les morts la plus inhumaine. En effet , le tourment de la croix qu’est-ce autre chose qu’une longue mort, par laquelle la vie est arrachée peu A peu avec une violence incroyable, pendant qu’une nudité ignominieuse expose le pauvresnppliciéAlariséedes spectateurs inhumains? si bien que le misérable patient semble en quelque sorte n’être élevé au-dessus de ce bois infâme , qu’afin de découvrir de plus loin une mul-

titude de peuple , qui repaît ses yeux du spectacle de sa misère.

Non, l'imagination humaine ne se peut rien représenter de plus effroyable ; et jamaison n’a rien Invente ni de plus rigoureux pour les scélérats, ni de plus infâme pour lesesciaves. Aussi le maître de l'éloquence, accusant un gouverneur de province d’avoir fait crucifier un Romain, représente cette action comme lapins noire et laplusfurieuse qui puisse tomber dans l’esprit d’un homme , et proteste que par un tel attentat, la liberté publique et la majesté de l’empire étaient violées ' . C’était assezd'étre né libre, fidèles, pour être exemptde cet horrible supplice. Il ne fâllait pas seulement que ceux que l’on attachait à la croix fussent les plus détestables de tous les mortels, mais encore les derniers et les plus abjects. Ainsi , ce que les Romains trouvaient insupportable pour leurs citoyens, les Juifs parricides l’ont fait souffrir A leur roi.

Mais ce qui surpasse tous les malheurs, c’est que , selon la remarque du saint apûtre , - le cru-

• cilié est maudit de Dieu *, > comme il est écrit au Deutéronome : « Maudit de Dieu le pendu au

• bois ’ I > Et qu’y a-t-il donc de plus honteux que la croix , puisque nous y voyons jointes ensemble l’exécration des hommes, et la malédiction du Dieu tout-puissant ? Après cela, dites-moi, je vous prie , quelle est notre audace de ne rougir pas d’adorer un Maître pendu? et où est le front de l’apétre , qui ayant dit aux Corinthiens, •qu’il ne souffrira

• pas que sa gloire lui soit ravie*, > ne craint pas de dire aux Galates : • A Dieu ne plaise que Je me « glorifie en autre efaosequ’en la croix de Jésus? • Quel honneur, quelle gloire A un homme qui témoigne en être jaloux ! Ah I pénétrons sa pensée, chrétiens , et apprenons A nous glorifier avec lui dans les opprobres de notre Sauveur. Pour cela, suivez, s’il vousplalt, ce raisonnement.

La gloire du chrétien nepeut être que la gloire de Dieu ; d’autant que le chrétien ne trouve rien qui soit dignedeson ambition et de son courage , que les choses divines et immortelles. Or, la gloire de Dieu consiste en deux choses : premièrement en sa puissance absolue, etaprèsensa miséricorde infinie ; car, pour avoir de la gloire, il faut être grand , etil faut faire éclater sa grandeur. SI l’éclat n’estappuyé sur une grandeur solide , il est faible , et n’a qu'un faux jour ; et si la grandeur est cachée , elle ne brille pas de cette belle et pure lumière, sans laquelle la gloire ne peut subsister. Je dis donc que la gloire de Dieu est en sa puis-

‘ CietT. iit Ferrtm. Ub. TU.

* Gai. III, 13.

^ Drut. X%1,33.

* I. CvT. IX , 16.

' Ift CurHf Chrûti , n* 6-

sua La vertu

sance et en sa bonté. Parla première, il est majestueux en lui-méme ; par l'autre , il est magnifique envers nous. Par la puissance , il enferme en son sein des trésors et des richesses immenses-, mais c'est la miséricorde qui ouvre ce sein, pour les faire inonder sur les créatures. La puissance esteomme la source, et la miséricorde est comme un canal. La puissance fournit ce que distribue la miséricorde; ete'estdu mélangedeces deux choses que nait ce divin éclat que nous appelons la gloire de Dieu.

Ce qui a fait dire ces beaux mots au psalmiste : • Dieu, dit-il, a parlé une fuis '. - J'entends ici per cette parole le bruit de la gloire de Dieu , qui retentit par tout l'univers, selon ce que dit le même psalmiste ; ■ Les deux racontent la « gloire de Dieu, et le firmament public la gran-

• deur de ses œuvres*. > Dieu donc a parlé une fois, dit David : et qu'est-ce qu'il a dit, grand prophète? ■ Il a parlé une fois; et j'ai , dit-il , en-

• tendu ces deux choses , qu'à Dieu appartient la

• puissance , et qu'à lui appartient la miséri- « corde’. > Par où vous voyez manifestement que Dieu ne se glorifie que de sa puissance et de sa bonté. C'est la véritable gloire de Dieu, parceque la mbéricorde divine , touchée de compassion de la bassesse des créatures, et sollicitant en leur faveur la puissance; en même temps qu'elle orne ce qui n'aaucun ornement par soi-méme, elle fait retourner tout l'honneur à Dieu , qui seul est capable de relever ce qui n’est rien par sa condition naturelle.

Ces choses étant ainsi supposées , passons outre maintenant, et disons : La gioire de notre Dieu est en sa puissance et en sa bonté, ainsique nous l'avons vu fort évidemment ; or, c'est en la croix que paraissent le mieux la puissance et la misérlcoide divine ; ceque je me propose de vous faire voir, avec la grécedu Saint-Esprit. C’est pourquoi l'apAtre saint Paul , qui dit • que tout l’Évangile « consiste en la croix, > appeile i'Évangile <■ la

• force et la puissance de Dieu’. » Et d’ailleurs il ne nous prêche autre chose, sinon que • la croix « nous rend Dieu propice, et nous assure sa miséri- « corde par Notre-Seigneur Jésus-Christ’. > Par conséquent il est vrai que la croix est la gloire deschrctiens; et quand je vous aurai montré dans |e supplice de notre Maître ces deux qualités excellentes, je pourrai dire avec l’apêtre saint Paul ; • A Dieu ne plaise que Je me glorifie en au-

• tre chose qu’en la croix de Jésusl > C'est le sujet de cet entretien. Je considère aujourd'hui comme

‘ Pt. ni, 15.

• Ibid. XTIII, I.

• Ibid.lM, 15, 15.

• I. Car. 1, 17, 18.

• Epket.a, 18, 18. Calot. I, 50.

les deux bras de la croix du sauveur Jésus : dans l’on je me représente un trésor infini de puissanc e , et dans l’autre, une source immense de miséricorde.

Inspircz-nous, A Seigneur Jésus ! afin que nous célébrions dignement la gloire de votre croix. Et vous , A peuple d’arquisition ' , vous que le sang duprineeJcsusadélivréd'imeservitudeéfernelle, contemplez attentivement les merveilles de la mort triomphante de votre invincible libérateur. Commençons avec l’assistance de Dieu, et glorifions sa toute-puissance dans l’exaltation de sa croix.

PBEMIEB POIIVT.

Si vous voyez Notre-Seigneur Jésus-Christ abandonné à la fùrenr des bourreaux , s'il rend l'ême parmi des douleurs incroyables , ne vous imaginez pas , chrétiens , qu'il soit réduit à cette extrémité par faiblesse ou par impuissance : ce n'est pas la rigueur des tourments qui le fait mourir; il meurt, parce qu'il le veut; • et il sort du « monde sans contrainte , parce qu'il y est venu

• volontairement ; • AàcessUpotestale, quia non venerat necessitalc ’. La mort dans les animaux est une défaillance de la nature : la mort en Jésus-Christ est un effet de puissance. C’est pourquoi lui-même parlant de sa mort, il dit : • J'ai « la puissance de quitter la vie , et j'ai la puissance

• de la reprendre’. » Où vous voyez manifestement qu'il met en même rang sa résurrection et sa mort ; et qu'il ne se glorifie pas moins du pouvoir qu’il a de mourir, que de celui qu’il a de ressusciter.

Et en effet, ne fallait-il pas qu'il eût en lui-même un préservatif infaillible contre la mort ; puisque par sa seule parole il faisait revivre des corps pourris et ranimait la corruption 7 Ce jeune mort de Nalm , et la fille du prince de la Synagogue , et le Lazare déjà puant’, n’ont-ils pas ressenti la vertu de cette parole vivifiante? Celui donc qui avait le pouvoir de rendre la vieaux autres, avec quelle facilité pouvait-il se la conserver à lui-même? En vain s’efforcerait-on de faire sécher les grandes rivières ou de faire tarir les fontaines d'eau vive : à mesure que vous en Atez , la source toujours féconde répare sa perte par elle-même , et s'enrichit continuellement de nouvelles eaux : ainsi était-il du sauveur Jésus. Il avait en lui-même une source étemelle de vie , je veux dire le Verbe divin ; et cette source est trop abondante pour pouvoir être jamais épuisée. Frappez tant que vous voudrez

• I. Pflr. n . f

* 5. ,-itig. im Joon. Tntct. XXXI , n* A , t. tll , part. H , col*

• JlHlH. \, 18.

* Lui’. Tll, 15. Varr. T, 4X. Joon. xi, 44.

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