DE LA CROIX D
A bourreaax I foUes des ouvertures de toutes parts sur le corps de mon aimable Sauveur, aflu do taire , pour ainsi dire , écouler cette belle vie : il en porte la source en lui-méme; et comme cette source ne peut tarir, elle ne cessera jamais de couler, si lui-méme ne retient son cours. Mais ce que votre haine ne peut pas faire, son amour le fera pour notre salut. Lui qui commande , ainsi qu'il lui plaît, à la santé et aux maladies , il commandera à la vie de se retirer pour un temps de son' divin corps. Il ne veut pas que la nécessité naturelle ait aucune part dans sa mort , parcequ'il en réserve toute la gloire à la charité inllnie qu'il a pour les hommes. Par où vous voyez , chrétiens,
• que notre Maître est mort par paissance , et non
• pas par inOrmité : • Potettale mortuusest , dit saint Augustin '.
Aussi l'évangéliste saint Jean observe une chose qui mérite d’étre considérée : c'est que le Sauveur, étant à la croix, fait une revue générale sur tout ce qui était écrit de lui dans les prophéties ; et voyant qu'il ne lui restait plus rien à faire, que de prendre ce breuvage amer que lui promettait le Psalmiste, il demanda à boire. • J'ai soif,
• dit-il ausaitét, afin que toutes choses fussent
• accomplies*. • Puis, après avoir légèrement goûté de ta langue le fiel et le vinaigre qu'on lut présentait, U remarqua tui-méme que tout était consommé , qu'il avait exécuté de point en point toutes les volontés de son Père : et enfin , ne voyant plus rien qui le pûtretenir au monde, élevant fortement sa voix, il rendit l'éme avec une action si paisible, si libre si préméditée, qu'il était aisé de juger que personne ne la lui était, mais qu'il la donnait lui-méme de son plein gré, ainsi qu'il l'avait assuré : • Personne , dit-il , ne m'éte
• mon âme ; mais je la donne moi-même de ma
• pure et franche volonté*. ■
O gloire I é puissance du crucifié I Quel autre voyons-nous qui s'endorme si précisément quand il veut , comme Jésus est mort quand il lui a plu? Quel homme méditant un voyage marque si certainement l'heure de son départ, que Jésus a marqué l'heure de son trépas? De là vient que le centenier, qui avait ordre de garder la croix, considérant cette mort non-seulement si tranquille , mais encore si délibérée , et entendant ce grand cri dont Jésus accompagna son dernier soupir; étonné de voir tant de force dans cette extrémité de faiblesse, s'écria lui-méme tout effrayé : « Vraiment cet homme est le Fils de
• Dieu*. > Et lui, qui ne faisait point d'état du
< D« Aal. et Grat. D* S6, t. X, ool 138.
> Jottn. XJX, as.
* Ibid. X, 18.
* Marr. xt, J».
MMtirr. T. III.