‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 41 sur 273 · SUR LA VERTU · texte numérisé non relu

SUR LA VERTU

superbe, après s’être si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus; Rome, la maîtresse, baissera In tête; elle portera plus loin ses conquêtes par la religion de Jésus, qu'elle n’a fait autrefois par ses armes; et nous lui verrons rendre plus d’bonneur nu tombeau d'un pauvre pécheur, qu’au temple de son Romulus.

Vous y viendrez aussi , 6 Césarsl Jésus crudflé vent voir abattue ê ses pieds la majesté de l'empire. Constantin, ce triomphant empereur, dans le temps marqué par la Providence, élèvera l'étendard de la croix au-dessus des aigles romaines. Par la croix, il surmontera les tyrans; par la croix , il donnera la paix à l’empire ; par la croix , il affermira sa maison : la croix sera son unique trophée, parce qu'il publiera hautement qu’elle lui a donné toutes ses victoires.

Certes , je ne m’étonne plus , 6 Seigneur Jésus, si , peu de temps avant votre mort , vous vous écriiez avec tant de Joie que votre heure glorieuse approchait, et que • le prince du monde allait

• Àre blentét chassé'. > Je ne m'étonne plus si Je vous vois dans le palais d'Hérode, et devant le tribunal de Pilate, avec une contenance si ferme, bravant pour ainsi dire la pompe de la cour royale et la majesté des faisceaux romains , par la générosité de votre silence. C'est que vous sentiez bien que le Jour de votre crucifiement était pour vous un Jour de triomphe. En effet, vous avez triomphé, é Jésus I et vous menez en triomphe les puissances des ténèbres captives et tremblantes après votre croix. • Vous avez surmonté le monde,

• non par le fer, mais par le bois : > Domuit orhem, non ferro, sed ligno'. Car il était bien digne de votre grandeur • de vaincre la force par > l'impuissance, et les choses les plus hautes par « les plus abjectes, et ce qui est par ce qui n'est

• pas, comme parie l’apétre^, et une fausse et « superbe sagesse , par une sage et modeste folie. > Par ce moyen, vous avez fait voir qu’il n’y avait rien de faible en vos mains, et que vous faites des foudres de tout ce qu'il vous plaît employer.

Mais ne vous flrai-Je pas , chrétiens , une belle marque que nous a donnée Jésus-Christ, pour noos convaincre très-évidemment que c'est la croix qui a opéré ces merveilles? C'est que sous le règne de Constantin , dans le temps que la paix fut donnée à l'Église , que le vrai Dieu fût reconnu publiquement par toute la terre, que tous les peuples du monde confessèrent la divinité de Jésus; la croix de notre bon Maître, qui n’avait point paru Jusqu’alors , fut reconnue par des miracles extraordinaires , dont toute l’antiquité s’est

‘ joen. XII, SI

* S Au^. îji Pf. U? , n* 13 , t IV , eol. sus.

> i Cor. 1 , 37, 8S.

glorifiée. Elle fut exaltée dans un temple auguste à la gloire du Crucifié, et à la consolation des fidèles. Est-ce par un événement fortuit que cela s’est rencontré dans ce temps? une chose si illustre est -elle arrivée sans quelque ordre secret de la Providence? AhI ne le croyez pas, chrétiens. Et quoi donc? C’est que tout a fléchi sous le Joug do Sauveur Jésus. Les puissances infernales sont confondues; tout le monde vient adorer le vrai Dieu dans l’Église, qui est son temple, et par Jésus-Christ, qui est son pontife.

Paraissez, paraissez, il est temps, A croix, qui avez fait ces miracles I c'est vous qui avez brisé les idoles ; c’est vous qui avez subjugué les peuples; c’est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de Jésus , qui ont tout surmonté par la patience. Vous serez gravée sur le front des rois; vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs; vous serez l’espérance et la gloire des chrétiens, qui diront avec l'apAtre saint Paul , • qu'ils ne veulent Jamais se glorifier,

• si ce n’est en la croix de Notre-Seigneur Jésus- ^ Christ; > i cause que la croix, par la bienheureuse victoire qu’elle a remportée en faisant éclater la toute-puissance divine , a aussi répandu sur noos les trésors de sa miséricorde : c’est ce qui me reste A vous dire en peu de paroles.

SECOXn POINT.

Ce nous est, A la vérité, une grande gloire de servir on Dieu si puissant qu’rat celui que noos adorons; mais c’est particulièrement sa miséricorde qui nous oblige A nous glorifier en lui seul. Qui ne se tiendrait infiniment honoré de voir un Dieu si grand , qui met sa gloire A nous enrichir? Et n’est-ce pas nous presser vivement de mettre toute la nôtre A le louer? c’est ce que fait la miséricorde. Ce Dieu, qui, par sa toute-puissance, est si fort au-dessus de nous, lul-mtoe par sa bonté daigne se rabaisser Jusqu’A nous, et nous communique tout ce qu’il est par une miséricordieuse condescendance. Avouons que cela touche les cœurs , et que s’il est glorieux A la toute-puissance de faire craindre 1a miséricorde, il ne l’est pas moins A la miséricorde de ce qu’elle fait aimer la puissance.

Car, certes , il y a de la gloire A se faire aimer ; c'est pourquoi le grave Tertullien nous enseigne que • dans l'origine des choses , Dieu n’avait que

• de la bouté , et que sa première inclination , c’est

• de nous bien faire : • Deus a primordio tantum bonus Et la raison qu’il en rend est bien évidente, et bien digne d'un si grand homme ; car pour bien connaître quelle est la première des inclinations , il faut choisir celle qui se trouvera

Advfrtuâ Marcion. tib. t1, d* II. p. 403.

DE LA CROIX DE JESDS-CBBIST.

la plus nat»relIo, d'autant que la nature est le priudpe de tout le reste. Or, notre Dieu , chrétiens, a-t-il rien de plus naturel que cette inclination de nous enrichir par la profusion de ses gréces? Comme une source euvoie ses eaux naturellement, comme le soleil naturellement répand scs rayons ; ainsi Dieu naturellement fait du bien. Etant hon , abondant , plein de trésors infinis par sa dignité naturelle , il doit être aussi , par nature , bienfaisant, libéral , naagnlQque.

Quand il te punit, 6 impie, la raison n'en est pas en lui-méme; il ne veut pas que personne périsse. Cest ta malice, c'est ton ingratitude qui attire son indignation sur ta tête. Au contraire , si nous voulons l'exciter à nous faire du bien , il n'est pas nécessaire de chercher bien loin des motifs : sa nature , d’elle-même si bienfaisante , lui est un motif très-pressant , et une raison qui ne le quitte jamais. Quand il nous fait du mal , il le fait à cause de nous; quand il nous fait du bien, il le fait à cause de lui-même. • Ce qu'il est bon, c'est

• du sien , c'est de son propre fond , dit Tertullien ;

• ce qu’il est juste, c’est du nôtre ; > c’est nous qui fournissons par nos crimes la matière à sa juste vengeance : De suo optimus, de nosirojuélus'. Il est donc vrai , ce que nous disions, que Dieu n'a pu commencer ses ouvrages que par un épanchement général de sa bonté sur les créatures , et que c'est là par conséquent sa plus grande gloire.

Maintenant Je vous demande , le sauveur Jésus , notre amour et notre espérance, notre pontife, notre avocat, notre intercesseur, pourquoi est-il monté sur la croix? pourquoi est-il mort sur ce bois infâme? qu’est-ce que nous en apprend le grand apôtre saint Paul’? N’est-ce pas • pour

• renouveler toutes choses en sa personne, «pour ramener tout à la première origine , pour reprendre les premières traces de Dieu son Père, et réformer les hommes selon le premier dessein de ce grand ouvrier ? Cm la doctrine du christianisme ; donc ce qui a porté le Sauveur à vonloir mourir en la croix , c’est qu’il était touché de ces premiers sentinaents de son Père ; c'est-à-dire , ainsi que je l'ai exposé tout à l'heure , de clémence , de bonté , de charité infinie.

En effet, n’est-ce pas à la croix qu'il a présenté devant le trône de Dieu, non point des génisses et des taureaux , mais sa sainte chair, formée par le Saint-Esprit, oblation sainte et vivante pour l'expiation de nos crimes? N’est-ce pas à la croix qu'il a réconcilié toutes choses, faisant par la vertu de son sang la vraie purification de nos

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âmes ' ? Les hommes étaient révoltés contre Dieu , ainsi que nous le disions dans la première partie : et d’autre part, la justice divine était prête à les précipiter dans l'aûme en la compagnie des démons, dont ils avaient suivi les conseils et imité la présomption ; lorsque tout à coup notre charitable pontife parait entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porter les coups qui allaient tomber sur nos têtes. Posé sur l'autel de la croix , il répand son sang sur les hommes, il élève à Dieu ses mains innocentes ; • et ainsi pacifiant le ciel et « la terre >,> il arrête le cours de la justice divine , et change une fureur implacable en une étemelle miséricorde.

En suivant l'audace des anges rebelles, nous leur avions vendu nos corps et nos âmes, par un détestable marché; et Dieu sur ce contrat avait ordonné <pie nous serions livrés en leurs mains. Dieu l’avait prononcé de la sorte par une sentence dernière et irrévocable. Mais qu’a fait le sauveur Jésus? « Il a pris, dit l’apôtre saint PauP, l’ori- « ginal de ce décret donné contre nous , et il l’a

• attaché à la croix. » Pour quelle raison? C’est afin , ô Père étemel , que vous ne puissies voir la sentence qui nous condamne, que vous ne voyiez le sacrifice qui nous absout ; afin que si vous rappeliez en votre mémoire le crime qui vous irrite, en même temps vous vous souveniez du sang qui vous apaise et vous adoucit. Ainsi a été accompli cet oracle du prophète Isale : • Votre traité avec ■ la mort sera annulé, et votre pacte avec l’enler

• ne tiendra pas : » Delebitur/oedus vestrum cum morte , et paetum vestrum cum infema non sta~ bit*. Jésus a rompu ce damnahie contrat par une meilleure alliance : dès là nos espérances se sont relevées. Le ciel , qui était de fer pour nous , a commenoé de répandre ses grâces sur les misérables mortels : Jésus nous l'a ouvert par sa croix.

Cest pourquoi je lacompare à cette mystérieuse échelle qui paratau patriarche Jacob, • où II voyait

• les anges monter et descendre • Que veut dire ceci , chrétiens? N'est-ce pas pour nous faire entendre que la croix de notre Sauveur renoue le commerce entre le ciel et la terre ; que par cette croix les saints anges viennent à noos comme à leurs frères et leurs alliés, et en même temps nous apprennent que , par la même croix , nous pouvons remonter au ciel avec eux, pour y remplir les places que leurs ingrats compagnons ont laissées vacantes?

Où mettrons-nous donc notre gloire, meafrères,

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’ Ibid.

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