SUR LA VERTU
»i cc n'est en la croix de Jésus? Cur, comme dit l’apôtre saint Paul, • si lorsque nous étions
• ennends, Dieu nous a réconciliés par la mort
• de son Fils unique ; maintenant que nous avons > la paix avec lui par le sang du Médiateur, com-
• ment ne nous comblera-t-il pas de ses dons?
• Et si , étant pécheurs , Jésus -Christ nous a tant
• aimés, qu’il est mort pour l'amour de nous; ■ maintenant que nous sommes justiliés par son
- sang', > qui pourrait dire la tendresse de son amour ? Or, si Dieu a usé envers nous d’une telle miséricorde pendant que noos étions des rebelles , que ne fera-t-il pas maintenant , que par la croix du Sauveur nous sommes devenus ses enfants?
• Et celui qui nous a donné son Fils unique, que
• nous pourra-t-il refuser'? •
Pour moi , Je vous l’avoue , chrétiens , c’est là toute ma gloire , c’est là mon unique consolation : autrement, dans quel désespoir ne me jetterait pas le nombre infini de mes crimes? Quand je eonsidère le sentier étroit sur lequel Dieu m’a commandé de marcher, et l’incroyable difOculté qu’il y a de retenir, dans un ehemin si glissant, une volonté si volage et si précipitée que la mienne ; quand je jette iesycux sur la profondeur immense du cœur humain, capable de cacher dans ses replis tortueux tant d'inclinations corrompues, dont noos n’aurons nous-mêmes nolles connaissances; je frémis d’horreur, fidèles, et j'ai juste sujet de craindre qu'il ne se trouve beaucoup de péchés dans les choses qui me paraissent les plus innocentes. Et quand même je serais trèsjuste devant les hommes, ô Dieu élernel , quelle justice humaine ne disparaîtra pas devant votre face? • Ivt qui serait celui qui poun'altjustifier sa
• vie , si vous entriez avec lui dans un examen ri- •< goureux ^? ■ Si le grand apôtre saint Paul , après avoir dit avec une si grande assurance , • qu'il ne
• se sent point coupable en lui-méme , ne laisse pas
- decraindreden’étre pas justifié devant vous'*;» que dirai-je, moi misérable? et quels devront donc être les troubles de ma conscience? àlais, ô mon Pontife miséi icordicux , mon Pontife fidèle et compatissant à mes maux , c’est vous qui répandez une certaine sérénité dans mon àme. Non , tant que je pourrai embrasser votre croix , jamais je ne perdrai rcspérance : tant que je vous verrai à lu droite de votre Père avec une nature semblable à la mienne, portant encore sur votre chair les cicatrices de ces aimables blessures que vous avez reçues pour l’amour de moi , je ne croirai jamais que le genre humain vous déplaise, et
» Rnm. T. 9, S, 10.
* Ibid. VUI, 3i.
^ Pt. mur, t.
* I. Cor. IV , 4.
la terreur de la majesté ne m’empêchera poitir d’approcher de l’asile de la miséricorde. Cela me rend certain que vous aurez pitié de mes maux : c’est pourquoi votre croix est toute ma gloire , parce qu’elle est toute mon espérance.
Mais est-il bien vrai , chrétiens , que nous nous glorifions en la croix du sauveur Jésus? Nos actions ne démentent-elles pas nos paroles? Ne faudrait-il pas dire plutôt que la croix nous est un scandale , aussi bien qu’elle l’a été aux Gentils ' ? La croix ne t’est -elle pas un scandale à toi, qui dédaignes la pauvreté, qui ne peux souffrir les injures, qui cours après les plaisirs mortels, qui fois tout ce que tu vois à la croix , oubliant que Notre-Seigneur Jésus-Christ a trouvé sa vie dans la mort, et ses richesses drms la pauvreté, et ses délices dans les tourments , et sa gloire dans l’ignominie? L’apôtre saint Paul disait à ceux qui voulaient établir la justice par les œuvres et les cérémonies de la lui , que • si la justice était par
• la loi, Jésus-Christ était mort en vain, et que
• ce grand scaiidolc de la croix était inutile '. ■ Et ne pourrais-je pas dire aujourd'hui , avec beaucoup plus de raison, qu’en vain Jésus-Christ est mort à la croix ; puisque n’étant mort qu’a fin de nous rendre un peuple agréable à Dieu, nous vivonsavecunc telle licence , que nous contraignons presque les infidèles à blasphémer le saint nom qui B été invoqué sur nous? En vain Jésus-Christ est mort à la croix pour renverser la sagesse mondaine, si après sa mort on mène toujours une même vie, si l’on applaudit aux mêmes maximes, si l’on met le souverain bonheur dans les mêmes choses. En vain la croix a-t-elle abattu les idoles par toute la terre, si nous nous foisons tous les jours de nouvelles idoles par nos passions déréglées; sacrifiant non point à Baechus, mais à l’Ivrognerie; non point à Vénus, mais à l’impudicité; non point A Plutus, mais à l’avarice; non point à Mars, mais à la vengeance; et leur immolant non desanimaux égorgés , mais nos esprits remplis de l’Esprit de Dieu, et « nos corps qui
• sont les temples du Dieu vivant, et nos mem- < bres qui sont devenus les membres de Jésus-
• Christ’. •
C'est donc nne chose trop assurée, que la croix de Jésus n’est pas notre gloire : car si clic était notre gloire , nous glorifierions-nous, comme nous faisons , dans les vanités? Pourquoi pensez-vous que l’apôtre saint Paul ne dise pascnec lieu qu'il se glorifie en la sagesse de Jésus-Christ, en la puissance de Jésus-Christ, dans les miracles de Jésus-Christ, en la résurrection de Jésus-Christ,
■ I. f Vn-, 1 , 53.
- Cal. Il, 21 ; T, 11.
» I. Car. VI, IS, 10. », 3U.
DE LA CROIX DE JESUS-CHRIST
mais seuleneut CD la nK>rteten la croix de Jésus- Christ? A-t-ii parié ainsi sans raison? ou piutAt ne vous souvenez- vous pas que je vous ai dit, à t'entrée de ce discours , que ia croix était un assemblage de tous les tourments, de tous les opprobres , et de tout ce qui paraît non-seulement méprisable, mais horrible, mais effroyable à notre raison ? C'est pour cela que saint Paul nous dit ,
< qu’ilse glorille seulement en la croix du sauveur
• Jésns;> afin, de nous apprendre l’humilité, afin de nous faire entendre que nous autres chrétiens nous n'avons de gloire que dans les choses que le monde méprise.
Eh! dites-moi, mes frères, • le signe du chré-
• lien, n'est-ce pas la croix? N'est-ce pas par la ■ croix, dit saint Augustin' , que l'on bénit, et
• l'eau qui nous régénère , et le sacrifice qui nous
• nourrit, et l'onction sainte qui nous fortifie? > Avez- vous oublié que l'on a imprimé la croix sur vos fronts , quand on vous a confirmés par le Saint-Esprit? Pourquoi l'imprimer sur le front? N'est-ce pas que le front est le siège de la pudeur? Jésus-Christ par la croix a voulu nous durcir le front contre [cette fausse honte, qui nous fait rougir des choses que les hommes estiment basses, et qui sont grandes devant la face de Dieu. Combien de fuis avons-nous rougi de bien faire ? Combien de fois les emplois les plus saints nous ont-ils semblé bas et ravalés? La croix imprimée sur nos fronts nous arme d'une généreuse impudence contre cette lâche pudeur ; elle nous apprend que les bonneursde la terre nesuntpas pour nous.
Quand les magistrats veulent rendre les personnes infâmes etindignesdes honneurs humains, souvent ils leur font imprimer sur le corps une marque honteuse, qui découvre â tout le monde leur infamie. Vous dirai-je ici ma pensée? Dieu a imprimé sur nos fronts , dans la partie du corps la plus éminente, une marque devaut lui glorieuse , devant les hommes pleine d'ignominie, afin de nous rendre Incapables de recevoir aucun honneur sur la terre. Ce n'est pas que , pour être bons chrétiens, nous soyons indignes des honneurs du monde ; mais c'est que les honneurs du monde ne sont pas dignes de nous. Nous sommes infâmes scion le monde , parce que , selon le monde , la croix , qui est notre gloire , est un abrégé du toutes i sortes d'infamies.
Cependant , comme si le christianisme et la croix de Jésus étaient une fable, nous n'avons d'ambition que pour la gloire du siècle : l'humilité chrétienne nous parait une niaiserie. Nos premiers pures croyaient qu'a peine les empereurs méri-
InJoau tract, cxviil, n‘ s. I. lu, part, il, col. Mil.
taicnt-ils d'être chrétiens : les elioses à présent sont changées : à peine croyons-nous que la piété chrétienne soit digne de paraître dans les personnes considérables : la bassesse de la croix nous est en horreur; nous voulons qu'on nous applaudisse et qu’on nous respecte.
Mois ma charge, me direz-vous, veut que je me fasse honneur : si on ne respecte les magistrats, toutes choses iront en désordre. Apprenez, apprenez quel usage le chrétien doit faire des hou neurs du monde : qu’il les reçoive premièremen . avec modestie, connaissant combien ils sont vains : qu'il les reçoive pour la police; mais qu'il ne les recherche pas pour la pompe : qu’il imite l'empereur Héraclius, qui déposa la pourpre, et se revêtit d'un habit de pauvre , pour porter la croix de Jésus. Ainsi , que le fidèle se dépouille de tous les honneurs devant la croix de notre bon Malti e ; qu'il y paraisse comme pauvre , comme nu et comme mendiant : qu’il songe que , par la naissance, tous les hommes sont ses égaux ; et que les pauvres, dans le christianisme, sont en quelque façon ses supérieurs. Qu'il considère que l'honneur qu'un lui rend n'est pas pour sa propre grandeur, mais pour l'ordre du monde, qui ne peut subsister sans cela ; que cet ordre passera hientèt , et qu'il s'élèvera un nouvel ordre de choses où ceux-là seront les plus grands, qui auront été les plus gens de bien , et qui auront mis leur gloire eu la croix du sauveur Jésus.
Adorons la croix dans cette pensée ; assistous dans cette pensée nu saint sacrifice qui se fait en mémoire de la passion du Fils de Dieu. Fasse Notre-Srigneur Jésus-Christ , que nous comprenions combien sa croix est auguste , combien glorieuse , piiis([u’elle seule est capable de faire éclater sur les hommes la toute-puissance de Dieu, et de lépandre sur eux les trésors immenses de sa misérirorde infinie , en leur ouvrant l'entrée à la félicité éternelle I Amen.
7ï SUR LES SOUFFRANCES.
TROISIÈME SERMON
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