SUR LA CHARITE
rrconnaltre. Je l’ai appris du grand saint Basile , dans cette excellente homélie qu’il a faite sur l’avarice ' ; et saint Basile l’a appris lui-mème des Écritures divines.
Nous lisons dans le livre du Deutéronome : « Le ■ Seigneur vous a conduit par le désert , afin de
• vous affliger et de vous éprouver tout ensem-
• ble : • Adduxit te Dominus tuus per desertum, ut affligeret te aiqxte tentaret' : voiià l’épreuve par l’affliction. Mais nous iisons aussi en l’Exode, lorsque Dieu fit pleuvoir la manne, qu’il parle ainsi à Moïse : • Je pieu vrai , dit-il , des pains
• du ciel : • Ecce , ego pluam vobis panes de ecelo^; et ii gjoute aussitôt après : • C’est afin « d’éprouver mon peuple , et de voir s’il marchera « dans toutes mes voies : > et voilà en termes formels l’épreuve des prospérités et de l’abondance : Vt tentent eum, utrum ambuietin lege mea, an non*.
• Toutes choses , dit le saint apôtre arrivaient « en figure au peuple ancien , • et nous devons rechercher la vérité de ces deux épreuves dans la nouvelle alliance : je vous en dirai ma pensée, pour servir de fondement à tout ce discours.
Je ne vois dans ie Nouveau Testament que deux voies pour arriver au royaume; ou ceile de ia patience , qui souffre les maux ; ou celle de la charité , qui les soulage La grande voie et la voie royale , par laquelle Jésus-Christ a marché lui-mème, est ceiie des afflictions. Le Sauveur n’appelle à son banquet que les faibles, que les malades, que les languissants ; ii ne veut voir en sa compagnie que ceux qui portent sa marque, c’est-à-dire, la pauvreté et la croix. Tel était son premier dessein, lorsqu’il a formé son Église. Mais si tout le monde était pauvre, qui pourrait soulager les pauvres, et leur aider à soutenir le fardeau qui les accable? C'est pour cela, chrétiens, qu'outre la voie des afflictions, qui est la plus assurée, il a plu à notre Sauveur d’ouvrir un antre chemin aux riches et aux fortunés , qui est celui de la charité et de la communication fraternelle. Si vous n’avez pas cette gloire de vivre avec Jésus-Christ dans l’humiliatiou et dans l'indigence, voici une autre voie qui vous est montrée , une seconde espérance qui vous est offerte ; c’est de secourir les misérables, et d’adoucir leurs douleurs et leurs amertumes. Ainsi Dieu nous éprouve en ces deux manières: si vous vivez dans l 'affliction , croyez que le Seigneur vous éprouve , pour reconnaître votre patience : si vous êtes dans
s. Bajit. Hom. dê Jvarü. n* I , t. Il , p. iS.
I Deut. Tlll, S.
^ Exod. STI . 4.
• Ibid.
• 1. Cor. I, II.
• Luc. UT, >1.
l'abondance, croyez q ue le Seigneur vou s éprouve pour reconnaître votre charité : Tentât vos Dominus Deus vester'. Et par là vous voyez, mes frères , les deux épreuves diverses dont je vous ai fait l'ouverture.
La vue de mon auditoire me jette profondément dans cette pensée : car que vois-je dans cette assemblée, sinon l’exercice de ces deux épreuves? Deux objets attirent mes yeux , et doivent aujourd’hui partager mes soins. Je vois d’un côté des âmes souffrantes, que la profession de la foi expose à de grands périls; et de l’autre, des personnes de condition, qui semblent ici accourir pour soulager leurs misères : je sois redevable aux uns et aux autres; et pour macquitter envers tous, j’exhorterai en particulier chacun de mes auditeurs à être fidèle à son épreuve. Je vous dirai , mes très-chères sceurs : Souffrez avec soumission, et votre foi sera épurée par l'épreuve'de la patience. Je vous dirai , messieurs et mesdames : Donnez libéralement, et votre charité sera épurée par l'épreuve de la compassion. Ainsi cette exhortation sera partagée entre les deux sortes de personnes qui composent cette assemblée ; et le partage que je vois dans mon auditoire , fera celui de ce discours.
PaSMIEB POINT.
Je commence par vous , mes très-chères soeurs , nouveaux enfanta de l’Église et ses plus chères délices ; nouveaux arbres qu'elle a plantés , et nouveaux fruits qu’elle goûte. Je ne puis m’empécher d’abord de vous témoigner devant Dieu que je suis touché de vos maux : la séparation de vos proches , les outrages dont ils vous accablent , les dures persécutions qu’ils font à votre innocence, les misères et les périls où votre foi vous expose, m’affligent sensiblement; et comme de si grands besoins et des extrémité si pressantes demandent un secours réel , j’ai peine , je vous l’avoue , à ne vous donner que des paroles. Mais comme votre foi en Jésus-Christ ne vous permet pas de compter pour rien les paroles de ses ministres , où plutôt ses propres paroles , dont ses ministres sont établis les dispensateurs; je vous donnerai avec joie un trésor de consolation dans des paroles saintes et évangéliques , et je vous d’irai avant toutes choses, avec le grand saint Basile • : Vous souffrez , mes très-chères sœurs ; devez-vous vous en étonner, étant chrétiennes? Le soldat se reconnaît par les hasards et les périls ; le marchand , par la vigilance ; le laboureur, par son travail opiulàtre ; le courtisan , par ses assiduités ;
' Deul. xm , S.
* üvm. in /fam. et $ktit. n* ( , t. n , p 67.
ENVEKS EES NOLYE
rt le chrétien, par k-s düuleursc! par les afflictions. Ce n'est pas assez de le dire; il faut établir cette vérité par ({uelque principe solide , et faire voir, en peu de paroles, que l’épreuve de la foi c'e.st la patience : n\ais afin de le bien entendre, examinons, je vous prie, quelle est la nature de la foi, et la maniéré divine dont elle veut être prouvée.
La foi est une adhérence de eœur ii la vérité éternelle, malgré toutes les raisons et les témoignages des sens et de la raison : de là vous pouvez comprendre qu'elle dédaigne tous les arguments que peut inventer la sagesse humaine. Mais si les raisons lui manquent ; le ciel même lui fournit des preuves, et elle est suffisamment établie par les miracles et par les martyres.
Cest, mes frères, par ces deux moyens qu'a été soutenue la fui chrétienne. Elle est venue sur la terre troubler tout le monde par sa nouveauté, étonner tous les esprits par sa hauteur, effrayer tous les sens par la sévérité inouïe de sa diseipli ne. Tout l'univers s’est uni contre elle et a conjuré sa perte : mais, malgré toute la nature, elle a été établie par les choses prodigieuses que Dieu a faites pour l’autoriser, et par les cruelles extrémités que les hommes ont endurées pour la défendre. Dieu et les hommes ont fait leurs efforts pour appuyer le christianisme. Quel a dû être l'effort de Dieu , sinon d'étendre sa main à des signes et à des prodiges? Quel a dû être l’effort des hommes, sinon de souffrit avec soumission des peines et des tourments? Chacun a fait ce qui lui est propre : car il n’y avait rien de plus convenable , ni à la puissance divine , que de faire de grands miracles pour autoriser la foi chrétienne; ni à la faiblesse humaine, que de souffrir de grands maux pour en soutenir la vérité. Voilà donc la preuve de Dieu ; faire des miracles : /n eo rpiod manum tuam exlenilax ad sanilates , et signa, et pmdigia fieri per nomen sancii Filii Uti Jesu ' : Voici la preuve des hommes, souffrir des tourments ; l'homme étant si faible, ne pouvait rien faire de grand, ni de remarquable, que de s’abandonner à souffrir. Ainsi ce que Dieu a opéré, et ce que les hommes ont souffert, a également concouru à prouver la vérité de la foi ; les miracles que Dieu a faits, ont montré i|uc la doctrine du christianisme surpassait toute la nature; et les eniautés inouïes auxquelles se sont soumis les fidèles , pour défendre cette doctrine , ont fait voir jusqu’où doit aller le glorieux ascendant qui appartient à la vérité sur tous les esprits et sur tous les CCTiirs.
Et en effet, chrétiens, jamais nous ne rendrons a la vérité l'hommage qui lui est dû, jusqu'à ce
’ Jff. IV, 30.
BUîAtlïT. — T. III.