I.LES CATHOLIQUES
que nous soyons riésolus à souffrir pour elle ; et c'est ce qui a fait dire à Tertullicn, (|ue - lu foi « est obligée au martyre ; » DcliUricem iiiartgrU fidem '.Oui, sainte vérité de Dieu, souveraine de tous les esprits, et arbitre de la vie humaine; le témoignage de la parole est une preuve trop faible de ma servitude; je dois vous prouver ma foi par l’épreuve des souffrances. 0 vérité éternelle, si j’endure i»ur l’amour de vous, si mes sens sont noyés pour l'amour de vous dans la douleur et dans l’amertume, ce vous seraune preuve que j’y ai renoncé de bon eœur pour m’atlacher a vos ordres. Pour faire voir à toute la terre que je m'abaisse volontairement sous le joug que vous m’imposez, je veux bien m’abaiiser encore jusqu’aux dernières humiliations : qu’on me jette dans les prisons, et qu’on charge mes mains de fers ; je regarderai ma captivité comme une image glorieuse de ces chaînes intérieures par lesquelles j’ai lié ma volonté tout eutiere , et assujetti mou entendement à l’obéissance de Jésus-Christ et do sa sainte doctrine : In captiritalcm redigenles intelleclum in obseguium C/trisli‘.
Consolez- vous donc, mes trcs-chères sœurs, dans la preuve que vous donnez par vos peines , de la pureté de votre foi : vous êtes un grand spectacle à Dieu , aux anges et aux hommes : vos souffrances font l’honneur de la sainte Église , qui se fortifie de voir en vous, même au milieu de sa paix et de son triomphe, une image de ses combats , et une peinture animée des martyres qu’elle a soufferts. >e vous occupez pas tellement des maux que vous endurez, que vous ne, lais.siez épancher vos cœurs dans le souvenir agréable des récompenses qui vous attendent. Encore un peu , encore un peu , dit le Seigneur, et je viendrai moi-mêmè essuyer vos larmes : et je m’approcherai de vous pour vous consoler, et vous verrez le feu de ma vengeance dévorer vos persécuteurs, et cependant je vous recevrai en ma paix et en mon repos , au sein de mes éternelles miséricordes.
Vous endurez pour la foi ; ne vous découragez pas : songez que la sainte Église s’est fortifiée par les tourments, accrue par la patience, établie par l’effort des persécutions. Et à ce propos , chrétiens , je me souviens que saint .Augustin se représente que les fidèles , étonnés do voir durer si longtemps ces cruelles persécutions par lesquelles l’Église était agitée, s’adressent a elle-même, et lui en demandent la cause *. Il y a longtemps, û Église, que l’on frapi>e sur vos pasteurs, et que l’on dissipe vos troupeaux ; Dieu
’ .Wr/>. n* fl.
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SIIK L.\ ClIAHITIÎ
vous a-t-il oubliée? les vents grondent; les dots se soulèvent , vous flottez deçà et delà battue des ondes et de la tempête; ne craignez-vous pas à la lin d'être entièrement abîmée et ensevelie sous les eaux? Le même saint Augustin ayant ainsi fait parler les fidèles, fait aussi répondre l'Église par ces paroles du divin psalmiste : Sœpe expui/naverunt me a juventule mea, dicat nunc Israël' . Mes enfanU , dit la sainte Église , je ne m’étonne pas de tant de traverses; j’y suis ncroutumée dès ma tendre enfance : les ennemis qui m'attaquent n’ont jamais cessé de me tourmenter dès ma première jeunesse ; et ils n’ont rien gagné contre moi, et leurs efforts ont été toujours inutiles , etenim non poluerunl mihi'.
Et certainement, chrétiens , l’Église a toujours été sur la terre , et jamais elle n’a été sans afflictions. Elle était représentée en Abel ; et il a été tué par Caïn son frère : elle a été représentée en Énocli ; et il a fallu le séparer du milieu des inii|ucs et des impies, qui ne pouvaient compatir avec son innocence : Et translatas est ab iniquis » : elle nous a paru dans la famille de Noé ; et il a fallu un miracle pour la délivrer, non-seulement des eaux du déluge, mais encore des contradictions des enfants du siècle. Le jour me ] manquerait, comme dit l’apôtre* , si j’entreprenais de vous raconter ce qu’ont souffert, des impies, Abraham et les patriarches. Moïse et tous les prophètes, Jésus-Christ et ses saints apôtres. Par conséquent , dit la sainte Église , par la bouehe du saint psalmiste , je ne m’étonne pas de ces violences ; Sœpe expagnaverunt me a juventule mea ; numquid ideo non perveni ad senectutem^t Regardez, mes enfants, mon antiquité , considérez ces cheveux gris; « ces cruel-
• les persécutions dont a été tourmentée mon
• enfance, m’ont-elles pu empêcher de parvenir
• heureusement à cette vieillesse vénérable? > Ainsi , je ne m’étonne plus des persécutions : si c’était la première fois , j'en serais peut-être troublée ; maintenant la longue habitude fait que je ne m’eu émeus point , je laisse agir les pécheurs : Supra dorsum meuin fabricaverunt peccatores'' : je ne tourne pas ma face contre eux pour m'opposer à leurs violences ; je ne fais que tendre le dos pour porter les coups qu’ils me donnent : ils frappent cruellement, et je souffre sans murmurer; c’est pourquoi ils prolongeut leurs iniquités, et ne mettent point de bornes à
' Pt. ClXVItt, i.
* Ibid. a.
» Mcbr. XI, 5
* Ibid, sa
* S. Jug. in Pt. r.xxTin, «"• a. S, t. iv, col. MIS.
* Pt. CXWIII , J.
leur furie, prolongaverunt iniquilalem siiam ' : ma patience sert de jouet à leur injustice ; mais je ne me lasse pas de souffrir ; je suis bien aisede prouver ma foi à celui qui m’a appelée , et de me montrer digne de son choix , par une si noble épreuve d'un amour constant et Adèle ; Peus tenlavil eos, et invenit iltos dignos se.
Entrez, mes soeurs, dans ces sentiments; souffrez pour l’amour de la sainte Église ; la grêce que Dieu vous a faite , de vous ramener à son unité, ne vous semblerait pas assez précieuse, si elle ne vous coûtait quelque chose. Songez à ce qu’ont souffert les saints personnages dont je vous ai récité les noms et rappelé le souvenir : joignez-vous à cette troupe bienheureuse de ceux qui ont souffert pour la vérité, et ■ qui ont blan-
• chi leurs étoles dans le sang de l'.Agncau sans
• tache*. • Autant de peines qu’on souffre, autant de larmes qu’on verse pour avoir embrassé la foi ; autant de fois on se lave dans le sang du sauveur Jésus, et on y nettoie ses péchés , et on sort de ce bain sacré avec une splendeur immortelle ; et c'est alors que Jésus nous dit ; Voici mes fidèles et mes bien-aimés; « et ils marcheront « avec moi ornés d’une céleste blancheur, parce
• qu'ils sont dignes d'une telle gloire , .et ambulabunt mecum in atbis , quia digni sunt'. Voyez donc , mes très-cheres sœurs , voyez Jésus-Christ qui vous tend les bras , qui soutient votre faiblesse , qui admire aussi votre force , et prépare votre couronne : il vous a éprouvées par la patience , et vous a trouvées dignes de lui , reiitavit eos, et invenit iltos dignos se.
Mais nous, que ferons-nons, chrétiens? de meurerons-nous insensibles, et serons-nous spectateurs oisifs d’un combat si célèbre et si glorieux? ne donnerons -nous que des paroles, et quelques frivoles consolations à des peines si effectives? et pendant que ces filles innocentes, qui souffrent persécution pour la justice, sont dans le feu de l’affliction, où Dieu épure leur foi ; ne ferons-nous point distiller sur elles quelque rosée de nos charités, pour les rafraîchir dans cette fournaise, et les aider à souffrir une épreuve si violente? C'est de quoi il faut vous entretenir dans le reste de ce discours^ que je tranche en peu de paroles.
SECOXD POIST.
Je parle donc maintenant à vous qui vivez dans les richesses et dans l'abondance. Ne vous persuadez pas que Dieu vous ait ouvert scs trésors avec une telle libéralité, pour contenter votre
’ Pt. nxxTin * fl.
, * .dpor. VII, M.
* Ibid. III, I.
ENVEBS LES NOUVELLES CATHOLlyUES.
luxe : c’est qu'il a dessein d'éprouver si vous nvcx un CŒur chrétien, c’est-à-dire, un cœur fraternel et un cœur compatissant.
David considérant autrefois les immenses profusions de Dieu envers lui , se sentit oblige par reconnaissance de faire de magnifiques préparatifs pour orner son tempie ; et lui offrant de grands dons , il y ajouta ces paroles : « Je sais , dit-il, A
• mon Dieu, que vous éprouvez les cœurs, et que
• vous aimez la simplicité ; et c’est pourquoi, ii-
• gneur tout-puissant , je vous ai consacré ces
• choses avec une grande joie en la simplicité de
• mon cœur : • Scio, Deus meus, quod probes rorda el simplicUatem diligas; unde et ego in simplicitale eordis mei lœtus obtuti universa hœc'. Vous voyez comme il reconnaît que les bontés de Dieu étaient une épreuve ; et qu’il voulait éprouver, en lui donnant, s'il avait on cœur libéral , qui offrit à Dieu volontairement ce qu'il recevait de sa main.
Croyez, A riches du siècle, qu'il vous ouvre ses mains dans la même vue ; s'il est libéral envers vous , c'est qu'il a dessein d'éprouver si votre ime sera attendrie par ses bontés , et sera touchée du désir de les imiter. De là cette abondance dans votre maison, de là cette affluence de biens, de là ce bonheur, ce succès , ce cours fortuné de vos affaires. Il veut voir, chrétien , si ton cœur avide engloutira tous ces hiens pour ta propre satisfaction ; on bien si, se dilatant par la charité , il fera couler ses ruisseaux sur les pau- V res et les misérables, comme parle l'Écriture sainte ' : car se sont les temples qu'il aime , et c'est là qu'il veut recevoir les effets de ta gratitude.
Voici , messieurs , une grande épreuve ; c'est ici qu'il nous faut entendre la malédiction des grandes fortunes. L’abondance, la prospérité a coutume d’endurcir le cœur de l'homme : l'aise, la joie, l'affluence, remplissent l’âme de sorte qu elles en éloignent tout le sentiment de la misère des antres , et mettent à sec , si l’on n'y prend garde , la source de la compassion. C'est pourquoi le divin apAtre parlant des fortunés de la terre, de ceux qui s'aiment eux-mémes, et qui vivent dans les plaisirs, dans la bonne chère, dans le luxe, dans les vanités, les appelle • cruels
• et impitoyables , sans affection , sans miséri-
• corde, amateurs de leurs voluptés, » homines seipsos amantes, immiles, sine ajifeclione, sine benignitale, voluptatum amalores Voilà une I merveilleuse contexture de qualités différentes. Vous croyiez peut-être, messieurs, que cet amour
' I. Pttral. itix. 17.
• /*. triii ,10, II.