SUR LA VIE CIIRÉTIE.N.NE
Dira , U Tir de DM ioir» p^r l'anloQ qu'il a avec ellr«. Obli- ISitMHi <)u clirelirn de mourir au , pour recevoir et contrvrr c«tle vie dWlDe. D'ou Tient Dieu iaisac-t-ü id-bax dons In uiitls lattraitau mai.CummeolüélruiUil exieui lepécbe, aiente de» ccUc Tle.
Je tirerai mon raisonnement de deux excellents discours de saint Augustin : le premier c’est le dix-neuvieme Traité sur saint Jean , le second c’est le Sermon dix-huit des paroles de l’apôtre. Ce graud homme, aux lieux allègues, distingue en l’ârae deux sortes de vie : l’une est celle qu’elle communique au corps; l’autre est celle dont elle vit elle-même. Comme l’âme est la vie du corps, ce saint évêque enseigne que Dieu est sa vie '. l’énétroiis, s’il vous plait, sa pensée. L’âme ne pourrait donner la vie à nos corps , si elle n’avait ces trois qualités. 11 faut , premièrement , qu’elle soit plus noble; car il est plus noble de donner que de recevoir : il faut, en second lieu, qu’elle lui soit unie; car notre vie ne peut point être hors de nous ; il faut enfin qu’elle lui communique des opérations que le corps ne puisse exercer sans elle ; car la vie consiste principalement dans l’action. Ces trois choses paraissent clairement en nous : ce corps mortel , dans lequel nous vivons; si vous le séparez de sou âme, qu’est-ce autre chose qu’un tronc inutile et qu’une masse de boue? Mais sitôt que l’âme lui est conjointe , il sc remue , il voit , il entend , il est capable de toutes les fonctions de la vie. Si je vous fais voir maintenant ouc Dieu fait, à l’égard de l’âme,
' .Xrm. rxvi . n" 0 , L V . col. 777.
la même chose que ce que l'âme fait a l'égard du corps, vous avouerez sans doute que, tout ainsi que l’âme est la vie du corps , ainsi Dieu est la vie de l’âme; et la proposition de saint Augustin sera véritable. Voyons ce qui en est , et prouvons tout solidement par les Ecritures.
Et premièrement , que Dieu soit plus nolile et plus émineut que nos âmes; ce serait perdre le temps de vous le prouver. Pour ce qui regarde l’union de Dieu avec nos esprits, il n’y a non plus de lieu d’en douter après que l’Écrilure a dit tant de fois que « Dieu v iendrait en nous , > qu’il > ferait sa demeure chez nous ' , > que ■ nous - serions son peuple, et qu’il > demeurerait en ■ uous ' ; > et ailleurs , que • qui adhère à Dieu • est im esprit avec luH ; • et enfin , que • la « charité a été répandue en nos cœurs par le « Salut-Esprit qu’on nous a donné - Tous ees témoignages sont clairs, et n’ont pas besoin d’explication.
L’union de Dieu avec nos âmes étant établie, il reste donc maintenant a considérer si l’âme , par cette union avec Dieu , est élevée a quelque action de vie dont sa nature ne soit pas capable par elle-même. Mais nous n’y trouverons point de difficultés, si nous avons bien retenu les elioses qui ont déjà été accordées. Suivez, s'il vous plaît, mon raisonnement ; vous verrez qu’il rcleve merveilleusement la dignité de la vie chrétienne. Il ii’y a rien ()iii ne devienne plus parfait en s’unissant a un être plus nuhic : par exemple les corps les plus bruts reçoivent tout à coup un certain éclat , quand la lumière du soleil s’y attache. Par eoiise(|uent il ne se peut faire que l’âine s’unissant à ce premier être tri-s-parfait, très-cxcelleiit et très-bon, elle n’en devienne ineillciire. Et d’autant que les causes agissent selon la perfection de leur être, qui ne voit i|ue l’âme étant meilleure elle agira mieux? Car dans cet état d’uiilon avec Dieu, que nous vous avons montré par les EccUures, sa vertu est fortillé-e par la toute-puissante vertu de Dieu qui s’unit à elle ; de sorte qu’elle participe, en quelque façon , aux actions divines. Cela est peut-être un peu releve ; mais tâchonsde le rendre sensible par un exemple.
Considérez les cordes d’un iiisirument ; d’el- Ics-mémes elles sont muettes et iininobiles. Sontelles touchées d’une main savante, elles reçoivent en clics la mesure et la cadence., et même elles la portent aux antres. Cette mesure et cette cadence, elles sont originairement dans l’esprit du maître ; mais il les fait en qtiel(|ue sorte passer
> Joiin. XIT, 33.
» Uvit. XXVI. li
* I. Cor VI, 17.
* I(rm. V , 3.
; : 1 , VjOOgle
SUR LA VIE
dans les cordes, lorsque, les touchant avec art , il les fait participer à son action. Ainsi l'âme , si j’ose parler de la sorte, s'élevant à cette justice , à cette sagesse , à cette infinie sainteté, qui n'est autre chose que Dieu; touchée, pour ainsi dire, par l'Esprit de Dieu, elle devient juste , elle devient sage, elle devient sainte, et, participant selon sa portée auv actions divines, elle agit saintement comme Dieu lui-mème agit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu, elle espère en Dieu ;et lorsqu'ellecroiten Dieu, qu'elle aime Dieu , qu'elle espère en Dieu , c'est Dieu qui fait en elle cette fol , cette espérance , et ce saint amour. C’est pourquoi l'ai^tre nous dit que « Dieu fait en nous le vouloir et le faire ' : > c'est-à-dire , si nous le savons bien comprendre , que nous ne faisons le bien que par l'action qu'il nous donne ; nous ne voulons le bien que par la volonté qu’il opère en nous. Donc toutes les actions chrétiennes sont des actions divines et surnaturelles auxquelles l'âme ne pourrait parvenir, n'était que Dieu , s'unissant à elle, les lui communique par le Saint-Esprit qui est répandu dans nos coeurs. De plus , ces actions que Dieu fait en nous; ce sont aussi actions de vie, et même de vie éternelle. Par conséquent on ne peut nier que Dieu s'unissant à nos âmes, mouvant ainsi nos âmes, ne soit véritablement la vie de nos âmes. Et c'est là , si nous l'entendons , la nouveauté de vie dont parle l’apAtre ‘.
Passons outre maintenant, et disons : Si Dieu est notre vie, parce qu’il agit en nous, parce qu’il nous fait vivre divinement, en nous rendant participants des actions divines ; il est absolument nécessaire qu’il détruise en nous le péché, qui non-seulement nous éloigne de Dieu, mais encore nous fait vivre comme des bétes, hors de la conduite de la raison. Et ainsi, chrétiens, élevons nos cœurs ; et puisque dans cette bienheureuse nouveauté de vie nous devons vivre et agir selon Dieu , rejetons loin de nous le péché qui nous fait vivre comme des bétes brutes, et aimons la justice de la vertu , par laquelle nous sommes participants, comme dit l’apôtre saint Pierre de la nature divine. C’est à quoi nous exhorte saint Paul , quand il dit : • Si nous vi- ” vons de l’esprit , marchons en esprit : » Si spirHu vivimus, spiritu et amôwfcmus <; c’est-àdire, si nous vivons d’une vie divine , faisons des actions dignes d'une vie divine. Si l’Esprit de Dieu nous anime , laissons la chair et ses convoitises et vivons comme animés de l'Esprit de
' Pkitipp. Il, 13.
* A<nn. VI, 4.
> 11. Pttr.i, 4.
• Galtit. V, 26.