SUR LES DEVOIRS
dans la suite : ear l'indocilité est le coimncncciiicnt de tous les vices; et cette charité, qui fait profiter dans le salut [des autres,] doit non-seulement vous afiliger et vous causer des gémissements en la présenee de Dieu ; mais il faut encore qu'elle vous anime à travailler fortement, pour déraciner Jusqu'aux moindres semences du mal ; parce que l'efflcacité malheureuse du péché se développe avec l'âge.
Vous devez donc, mes filles, veiller beaucoup sur elles et sur vous-mêmes dans l'exercice de votre institut, lorsque vous y êtes employées, pour faire en sorte quelles ne voient rien en vous qui ne les porte au bien, et qui ne leur persuade la vertu : et surtout ne soyez point oisives devant elles; parce que vous leur devez l'exemple. Je vous recommande très -expressément de ne les point porter à avoir cet air de distinction des modes et des vanités du monde : car de la vanité , qui les porte à l'immodestie , on tombe malheureusement dans l'impureté. Je sais bien qu'il y a des parents qui les aiment de la sorte, et qui les veulent voir ce qu'on appelle enjouées , agréables et jolies ; mais je vous prie , n'ayez point de condescendance pour eux, ne les écoutez point, tenez ferme; et faites-leur entendre que le plus bel ornement d'une fille chrétienne est la modestie , la pudeur et l'humilité. Voilà les dispositions qu'elles doivent avoir sortant de chez vous; voilà ce qu'elles doivent apprendre auprès des épouses de Jésus-Christ et entre leurs mains : c'est de conformer leurs moeurs à la piété et aux maximes du christianisme, pour animer de cet esprit tous les états et toutes les actions de leur vie.
Pour vous, mes filles, renouvelez-vous dans tous vos bons propos; je vous y exhorte par les entrailles delà miséricorde de Dieu : renouvelezvous et souvenez- vous de la sainteté de votre v ocation , et pourquoi vous avez quitté le monde : ç'a été pour vivre dans la retraite, dans la solitude, et de la vie de Jésus-Christ, séparées du tumulte et des embarras du siècle , et pour vous unir à Dieu dans cet heureux état de séparation de toutes les choses d'ici-bas. Mais souvenezvous aussi que le démon travaille incessamment pour vous perdre , et pour détruire en vous l'œuvre de Dieu ; et s'apercevant des bons effets qu'a déjà produits la visite, il fera comme il est dit dans l'Évangile ■ : étant sorti d'une demeure qu’il avait occupée ; la trouvant nette et purifiée , il se propose d'y revenir : il lui donne de nouvelles attaques , et appelle ses semblables pour user même de violence. Ainsi , après avoir été
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chassé et contraint de s'éloigner de ce lieu par les grâces que Dieu vous a conférées par notre ministère en cette visite ; voulant s'approcher encore de cette maison , qu'il avait tâché de troubler et d’inquiéter ci-devant par ses ruses; la trouvant, dis-je, maintenant dans le repos et dans le calme, ornée et parée, cet ennemi de la paix viendra, n'en doutez point, mes filles, pour attaquer derechef la place. Cet ennemi de votre salut redoublera ses su^estions , et fera tous ses efforts pour y rentrer par de nouvelles batteries.
Veillez donc et priez , de peur de la tentation ; car la chair est infirme ; craignez , mes sœurs , ce serpent qui entre et qui s'insinue par les sens, en glissant son venin malicieusement et imperceptiblement; défiez-vous de cet esprit rusé : ce n’est qu’un trompeur. Il vous dira , comme à nos premiers parents : • Vous serez comme des « dieux ' ; > mais ne l’écoutez pas, ne vous laissez pas sMuire : car que prétend ce malin, par ce langage, sinon de vous faire raisonner, de vous faire présumer et de vous élever, en vous persuadant ce qui serait contraire à la soumission et à la docilité 7 1 1 vous portera à vous imaginer que vous pouvez bien vous dispenser de cette humble obéissance , et de tant de renoncements à vous-mêmes. Vous serez comme des dieux ; je veux dire qu'il vous fera croire que vous êtes audessus de tout , que vous avez des lumières , de bonnes raisons; tout cela tendra à vous jeter dans l’indépendance. Ne croyez point ce tentateur; ne vous laissez point séduire par les suggestions de ce serpent. Non, mes filles, ce n'est point comme des dieux que vous devez être; c’est comme Jésus-Christ humilié et obéissant; c'est comme Jésus-Christ souffrant et cruclflé qu’il faut que vous soyez : ce doivent être là toutes vos prétentions ; tous vos désirs ne doivent vous élever qu'à tendre sans cesse à vous rendre en tout semblables à lui par les humiliations de la croix. L’ennemi de votre bien pourra même vous dire , pour vous décevoir et pour vous tromper : Vous ne mourrez pas “ ; non , non , vous ne mourrez pas : ce n’est pas là grande chose ; ce ne sera pas là un péché mortel ; quand je me dispenserais de cette soumission parfaite, de cette humble et paisible disposition; ce n’est point là si grande chose. Toutefois sachez, mes filles , que tout péché volontaire dispose au péché mortel qui tue l'âme , et qu'il ne faut pas qu’une épouse de Jésus-Christ se livre à aucune infidélité : quand même ce ne serait pas un péché, vous devez appréhender et fuir tout ce qui
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» Ibid. 4.