RELIGIEUSE
Eh quoi , mes sœurs , ne serait-ce pas une désolation universeileTet comment pourrait-on vivre et subsister, si, ayant semé de bon grain dans ses terres, on ne trouvait que de méchante ivraie? JesaU bien que la terre, pour produire ses fruits, a besoin de la rosée du ciel , et des influences du soleil. Mais combien plus nos Ames ont-elles besoin de ces pluies de grâce , de ces rosées célestes, de ce soleil de justice qui nous donne la fécondité des bonnes œuvres I 11 veut bien que nous nous servions des secours extérieurs , mais c'est lui qui donne l'accroissement.
Rendez compte d'un grand nombre de grâces que vous avez reçues. N'avais-je pas semé de ton grain dans cette terre? d'où vient donc que je ne trouve que des ronces et des épines? Que font dans ce cœur ces affections humaines, cet oubli de Dieu et de sa perfection ? Que fera-t-on de cette paille inutile , quand le Maitrc dira â scs serviteurs : • Que la paille soit séparée du bon « grain ; jetez-la au feu , et que le blé suit rois « dans mon grenier '? • Mes sœurs : si vous êtes cette paille inutile et qui n’est propre â rien , vous serez jetées an feu de la damnation éternelle ; et le bon grain sera porté dans ces greniers non pas terrestres, mais dans ces tabernacles éternels.
Ah! qu'il faudrait souvent nous demander ce compte à nous-mêmes; afin qu'il n'y ait rien â redire , s'il se peut , à ce dernier et redoutable compte qu'il faudra rendre, que personne ne pourra éluder! Et c’est pour ce sujet que je vous le demande aujourd'hui ; afin d’éviter cet éternel et épouvantable jugement auquel il faudra que cette âme paraisse immédiatement devant Dieu , toute nue , et revêtue seulement des bonnes œuvres qu'elle aura faites et pratiquées en ce monde.
Où est donc ce grand zèle de votre perfection , que vous devez avoir, et qui doit animer toutes les actions et la conduite de votre vie? Combien devez-vous faire état de vos âmes qui ont été rachetées d'un grand prix , comme est le sang de Jésus-Christ! « Dieu a tant aimé le monde, qu'il
• a donné son Fils unique pour notre salut ’. > Et il ne s’est pas contenté, cet aimable Sauveur, de venir une fois à nous dans le mystère de l'incarnation ; il se donne encore tous les jours à nous par la sainte communion , dans le sacrement de son amour, pour embraser nos cœurs des plus pures flammes de sa charité , et nous consomme en lui , comme il dit lui-méme : • afin
• qu’ils soient tous en moi , comme je suis dans
• mon Père*. ■ Cest Jesus-Christ qui veut que
■ Vitoa. im.xi.
’ Jntm. III» 16.
* Ibid. xwi. 2t
nous ayons avec lui la même union qu’il a avec sou Père ; jugez quelle perfection cela demande de vous.
Commençons donc à examiner sur vos vœux , et les obligations que vous avez toutes de tendre à la perfection de votre vocation. Que chacune mette la main à la conscience, et qu'elle considère si elle a cet esprit de pauvreté exact et détaché de tout, et même du désir d’avoir et de posséder quelque chose.
La pauvreté ne consiste pas seulement vous dépouiller de tous les biens , et de toutes les commodités superflues et inuliles; mais encore du plus intime de l’âme, par un dépouillement entier de toutes les pensées , désirs et affections aux choses du monde. Ce ne serait pas avoir une véritable pauvreté , si l'on avait le moindre désir et attachement pour les choses de ce monde , et si l’on SC portait d'inclination â ce qui est des biens de la terre. Car remarquez ce que dit saint Paul :
« Une vierge ne doit s’occuper que du soin des « cbosesduSeigneur,etdecequipeutluiplaire'. i- Si vous avez donc un désir, je dis un simple désir des choses de la terre , vous n’avez point la véritable pauvreté, qui demande un dégagement entier des moindres attaches, puisqu’elle ne vous permet pas un simple retour vers les choses de la terre , pour votre propre satisfaction : mais il faut que toute affection étrangère soit anéantie en vous , pour que votre cœur soit tout rempli de l’amour de votre divin époux. Voila une pensée bien profonde, et une grande perfection â laquelle vous devez tendre , et à quoi vous devez faire de sérieuses réflexions.
Vous ne devez pas Ignorer ce que c’est que d’embrasser la perfection évangélique , de faire des vœux de pauvreté , de chasteté , d’obéissance ; puisque vous vous êtes engagées volontairement. Donc , par la pauvreté Intérieure et extérieure que vous avez vouée, vous avez renoncé aux biens, aux honneurs et aux plaisirs. Ce n’est donc pas pratiquer la pauvreté que d’avoir quelque chose en propre; parce que cela serait contraire à la perfection de votre état, qui exige que vous soyez dégagées de tout.
Venons à la chasteté. La chasteté demande do vous une séparation entière de tout plaisir ; c’està-dire , en un mot , ne pas donner la moindre satisfaction aux sens extérieurs, et renoncer absolument à tout ce qui peut satisfaire la nature et la concupiscimcc, et que vous soyez comme des anges par la pureté de vos pensées. Il faut avoir cette pureté de corps et d’esprit, pour ne pas souffrir la moindre affection sensible et bu-
* 1 for. ni, M ctirqq