SUR LA FLAGELLATION DE JÉSUS-CUBIST
modèle ou le correctif de la nôtre. Dieu nous a doDoe la honte, ou du moins il nous en a donné le principe pour nous servir de préservatif contre le péché. La honte est une passion que la nature nîsoiiDable excite en nous ; et qui nous détourne, nos que nous remarquions même ni comment, ni pourquoi , de tous les excès et de toutes les impuretés du vice. C'est une bonne passion en elle-même ; mais elle n'est que trop sujette «^ se dérégler dans l'usage que nous en fsu'sons; et il nous fallait un aussi grand exemple que celui de Jésus-Christ pour en corriger le désordre. Or , je prétends que jamais cet Homme-Dieu ne nous a fait là-dessus de leçon"" plus solide ni plus touchante que dans le mystère qate nous méditons.
Ed effet, chrétiens, savez-vous d'où lui vient cette confusion qui le jette dans le plus profond aœablenient? Ah ! mon Père, ajoutait-il, comme il n'y a que vous qui connaissiez toute la mesure de mes humiliations , il n'y a que vous qui , par les lumières inGnies de votre sagesse , en puissiez bien pénétrer le fond et découvrir le véritable sujet : Tu Mcis improperium nieum et confusionem meam, {Psal. 68.) Les hommes en ont été témoins, ils en ont vu les dehors , et rien de plus ; mais vous , Seigneur, sous ces apparences et ces dehors qui n'en représentaient que la plus faible partie, vous avez démêlé ce qu'il y avait de plus intérieur et de plus secret , et vous en avez eu une science parfaite : Tu McU confusionem meam. Or, cette science des opprobres de Jésus-Christ , et de la confusion qui lui a couvert le visage, c'est, mes frères, ce qu'il a plu à Dieu de nous révéler. Qu'est-ce donc ici qui l'humilie, et de quoi a-t-il plus de honte? est-ce d'avoir à subir un châtiment qui ne convient qu'aux eKlaves? en consentant à prendre la forme d'un esclave, il a consenti à en porter toute l'ignominie. Est-ce d'être fouetté publiquement comme un leélârat? il proteste lui-même qu'il y est tout disposé , et il est le premier à s'y offrir , parce que c'est obéir à son Père, parce que c'est pour honorer la majesté de son Père et pour satisfaire à sa justice : Qwmiam ego in flagella paratus sum. [Psalm. 37.) Est-ce même de l'état où il paraît devant tout un peuple qui l'insulte et qui lance contre lui les traits de la plus piquante et de la plus maligne raillerie ? loilà, je l'avoue , voilà de quoi faire rougir le ciel , et de quoi confondre le Dieu de l'univers : mais j'ose dire après tout , et vous devez , mon cher auditeur, le reconnaître , que ce qui redouble sa confusion , qne ce qui la lui fait sentir plus vivement , que ce qui la lui rend presque insoutenable, ce n'est point tant rinsolence des Juifs que la nôtre. Expliquonsnous, et oonfondons-nous nous-mêmes.
• Oui, chrétiens, de quoi il rougit ce Saint des jatnts et ce Dieu de pureté , c'est de vos discours li-
cencieux , c'est de vos paroles dissolues , c'est de vos conversations impures , c'est de vos libertés scandaleuses, c'est de vos parures immodestes, c'est de vos regards lascifs, c'est de vos attachements sensuels, de vos intrigues, de vos rendez-vous, de vos débauches, de vos débordements, de toutes vos abominations. Car c'est là ce qu'il se rappelle dans cet état de confusion où le texte sacré nous le propose : c'est de tout cela qu'il est chargé, de tout cela qu'il est responsable à la justice divine, et de tout cela, encore une fois, qu'il rougit d'autant plus que, par l'affreuse corruption du siècle et par l'audace la plus effrénée du libertinage , vous en rougissez moins.
De la, mes frères, j'ai dit que nous devions apprendre à réformer en nous les pernicieux effets de la honte et à sanctifier même cette passion pour l'employer à notre salut. Quel en est le dérèglement et l'abus le plus ordinaire? Je le réduis à deux chefs : l'un , de nous porter sans honte à ce qu'il y a pour nous de plus honteux ; et l'autre , de nous éloigner par honte de ce qui devrait faire notre gloire aussi bien que notre bonheur. Voici ma pensée , qui n'est pasdifQcile à comprendre. Nous n'avons nulle honte de commettre le mal, et nous en avons de pratiquer le bieq ; d'où il arrive que nous péchons le plus ouvertement*, et que souvent même nous nous en glorifions : au lieu que, s'il s'agit d'un exercice de piété, de charité, de quelque bonne œuvre que ce puisse être, ou nous l'omettons lâchement, parce qu'un respect tout humain nous retient ; ou nous ne nous en acquittons qu'en particulier et secrètement, parce que nous craignons la vue du public et les vains jugements du monde. Deux dispositions les plus dangereuses et les plus mortelles. Car il n'est pas possible que j'entre jamais dans la voie de Dieu, ou que je m'y établisse, si je ne me défais de cette honte mondaine , qui me retire de l'observation de mes devoirs et de la pratique des vertus chrétiennes; si je n'acquiers cette honte salutaire, qui nous sert de barrière contre le vice, et qui nous en détourne. Il faut donc que je bannisse l'une de mon cœur , et que j'y entretienne l'autre. La honte du bien, dit saint Bernard, est en nous la source de tout mal , et la honte du mal est le principe de tout bien. Par conséquent je dois apporter tous mes soins à maintenir celle-ci dans mon âme, et combattre celle-là de toutes mes forces. Sans la honte du péché, ajoute saint Chrysostôme, bien loin de pouvoir me conserver dans l'innocence , je ne puis pas niême après ma chute me relever par la pénitence : pourquoi ? parce que la pénitence est fondée sur la honte du péché, ou plutôt, parce que la pénitence n'est autre chose qu'une sainte honte et qu'une horreur efficace du péché. D'où il s'ensuit j que c'est par la lionte du péché que je dois retour-
upràûkm.