‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 110 sur 408 · SUR LE COURONNEBIENT DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LE COURONNEBIENT DE JÉSUS-CHRIST

im» prartiges de notre cbair; tout animale et toute matérielle qu'elle est , il n'est rien de plus subtil et de plus adroit à défendre ses intérêts : ne perdons jamais de vue le grand modèle que nous propose notre mystère, et faisons à notre égard ce que fit Pilate à Tégard des Juifs , lorsque après la flagella- ^ion de Jésus-Christ, il le leur présenta dans Tétat le plus pitoyable , et qu'il dit, Voilà Tbomme , Ecce homo (JoAN., 19); disons-le-nous à nous-mêmes en le contemplant : Voilà Thomme, et voilà le Dieu de mon salut; voilà par où il m'a sauvé, et par où je me sauverai. Les Juifs , en le voyant , n'en devinrent que plus endurcis; mais je puis me promettre que nous en serons touchés, que nous nous sentirons animés d'une ardeur etjd'une résolution toute nouvelle, pour ruiner en nous l'empire de la chair, afin de ne plus vivre désormais que de cet esprit de grâce qui nous élèvera à Dieu , et qui , par les saintes rigueurs de la mortification évangélique, nous conduira à la béatitude étemelle, que je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

COURONNEMENT DE JÉSUS-CflRIST.

Twne miliUt Prmidis tuicipUniu Jesum in prœlorium , congrtgaverunt ad eum umvenam cçhortem : et èxuentes tf «m , eMan^em eoccineam eircunuiederunt et , et pUcientet eonmam de spmii, powerunt $uper caput ejui, et arundinem in dexUm tffut.

Alofs les foldats da goaTerneor ayant emmené Jésus dans le pvétoire, rassemblèrent aotoar de loi toute la cohorte; et après ravoir dépoaillé, ils le couvrirent d*un manteau de pourpre : puis faisant une couronne d*épines , ils la lui mimit sur la tète : ils loi mirent aussi un roseau à la main droite. Saiirr M itthiko, chap. 37.

I^était-ce donc pas assez de tant d'outrages déjà faits au Fils de Dieu? et puisqu'il était enfin condamné à mourir, fallait-il ajouter à Tinjusticeetà la rigueur de cet arrêt, de si amères insultes et de si barbares cruautés ? Il semble , dit saint Chrysostdme , que tout Teufer en cette triste journée fût dédialné , et eût donné le signal pour soulever tout le monde contre Jésus-Cbrist. Car ce ne sont plus même les Juifs , ce ne sont plus les princes des prêtres , ce ne sont plus les scribes et les pharisiens , qui pouvaient avoir des raisons cachées et des sujets particuliers de haine contre ce divin Sauveur; ce ne sont plus là, dis-je, ceux qui le persécutent; mais ce sont les soldats de Pilate , ce sont des gentils et des étrangers , qui en font leur jouet , et qui le préparent au supplice et à Fignominie de la croix par les plus sensibles dérisions, et par toutes les inhumanités que leur inspire une brutale férocité. Les paroles de mon texte nous les marquent en dé-

tail; et voilà le mystère que nous méditerons, s^il vous plaît, aujourd'hui, et que je puis appeler le mystère de la royauté du Fils de Dieu. Car, à bien considérer toutes les circonstances qui s'y rencontrent, j'y trouve tout à la fois la royauté de ce Dieu- Homme , méprisée et reconnue, avilie et déclarée, profanée et néanmoins établie et solidement vérifiée. Je dis méprisée, avilie, profieuiée, par les indignités qu'exercent contre lui les soldats; mais je dis en même temps reconnue, établie, et solidement vérifiée, par une conduite supérieure et une secrète disposition de la Providence, qui se sert pour cela de l'insolence même des soldats et de leur impiété. L'un et l'autre ne sera pas pour nous sans instruction. En voyant la royauté de Jésus-Christ si outrageusement méprisée, nous nous confondrons de l'avoir tant de fois méprisé nous-mêmes , ce roi du ciel et de la terre : et en la voyant si justement reconnue et si solidement vérifiée, nous apprendrons à quoi nous la devons nous-mêmes reconnaître, et en quoi nous la devons honorer. La suite vous développera ces deux pensées, qui comprennent tout le sujet et tout le partage de cette exhortation.

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