PREMIÈRE PARTIE
Jamais la barbarie fut-elle plus ingénieuse que dans la passion de Jésus-Christ , à satisfaire son aveugle fureur Pet quelles lois si sévères ont jamais produit aucun exemple d'un supplice pareil à celui que vient d'imaginer une cohorte entière de soldats , et qu'ils mettent en œuvre contre cet adorable Maître? Ils avaient entendu dire qu'il prenait la qualité» de roi ; et pour se jouer de cette royauté prétendue, selon leur sens, le dessein qu'ils forment est de lui en déférer avec une espèce de cérémonie et d'appareil tous les honneurs , et d'observer à son égard tout ce que l'on a coutume de pratiquer envers les rois. On le conduit encore dans le prétoire de Pilate, on lui présente un siège qui lui doit servir de trône, on lui commande de s'asseoir, tous se rangent autour de lui : Congregaverunt ad eum uni» versant cohortem (Màtth. , 27); et chacun témoigne son empressement pour être admis au nombre de ses sujets.
Ce n'est pas assez : afin de le revêtir des marques de sa dignité, on le dépouille de ses habits collés sur son corps déchiré et tout ensanglanté par la cruelle flagellation qu'il a endurée. On lui jette siu* les épaules un manteau de pourpre comme son manteau royal ; on lui met un roseau à la main , qui lui Uent lieu de sceptre, et qui représente son autorité et son pouvoir. On fait plus encore, et pour diadème on prend une couronne d'épines qu'on lui enfonce dans la tête. De toutes les parties de ce corps sacré, il n'y avait que la tête qui fût restée saine, et qu'on n'eût point attaquée. Aussi dans les supplices dej