SUR LE COURONNEMENT DB JESUS-CBRIST
plus grands eriminelt, épargnait-on toujours la tête Y parce que c'est le chef où domine la raison , et où résident les plus nobles puissances de Tâme. Mais par rapport à Jésos*Christ, il n'y a plus de règles. Il fautqu*il soit couronné; mais que son couronnement lui coûte clier. Il feut que ce soit nn couronnement de souffrances et un martyre. Les épines , appliquées a?ec force, le percent de toutes parts; autant de pointes, autant de plaies ; le sang coule tout de nouveau, et, selon la parole du prophète qui s'accomplit à la lettre, depuis la plante des pieds jasçDl'an sommet de la tête, il n*y a plus rien en cet hoomie de douleurs qui n'ait eu sa peine et son tourment : yi pltmia pedii usque ad verticem non est in eo $anUa$. ( Is ai. , 1 . )
Du moins, si Ton en demeurait là; mais tout cela ne peut suffire à des coeurs si dUrs et si impitoyables. Il faut qu'on lui rende dans cet état les hommages qui loi soot dos, e'est-à-ëîre, des hommages proportionnés à la ponrpre , an sceptre et à la couronne qu'il porte. Comment donc l'adorent-ils? En s'humiliant par raillerie devant lui, et lui disant, un genou en terre et d'un ton moqueur : Nous vous saluons, roi des Juifs : jéve, Rex Judœorum. (Matth., 27.) Quels tributs lui payent-ils? Ils lui crachent au visage, ils le meurtrissent de soufflets, ils lui ôtent la canne qu'il tient dans la main et lui en déchargent mille coups sur la tête. Tout ce que je dis, c'est ce quelesévangélistesnous ont rapporté, et je n'njonte rien au témoignage qu'ils ont rendu : Et expuentes in eum; acceperunt (xrundlnem, et percutiebant caput^us.{lé.)
Toilà, chrétiens, à quoi fut exposé le Roi des rois; voilà, j'ose l'espérer de votre piété, voilà ce qui vous touche, C9 qui vous pénètre, peut-être ce qui vous attendrit jusqu'aux larmes, ou ce qui vous anime au moins de la plus juste indignation. Mais du reste, n'allumons point inutilement notre zèle contre les ennemis de Jésus-Christ : réservons-le pour nous-mêmes , et tournons-le contre nous-mêmes. Car n'est-ce pas ainsi que nous avons cent fois traité ce roi de Puni vers, et que nous le traitons tous les jours? Nous le couronnons, mais nous le couronnons d'épines, et d'épines mille fois plus piquantes que toutes celles dont il fut couronné par ses bourreaux. Je m'explique, et concevez ceci , je vous prie.
Nous sommes chrétiens, et en qualité de chrétiens, nous faisons profession d'appartenir à ce Dieu sauveur, comme à notre roi. Nous savons, et la foi nous l'enseigne, que toute puissance lui a été donnée au-dessus de toutes les nations du monde, et même au-dessus de toute la cour céleste : Data est miM omnis potestas in cœlo et in (erra, (/cf., 38.) Nous savons qu'il a été établi de son Père, pour iilement en Sion , Ego autem eons- '
têtuiussttm Rex abeo super Sion {Psaim. 1); mais, pour étttndre son empire jusqu'aux extrémités dé la terre : Postula a me, et dabo Ubi génies hsereMeh tem Utam^H possessiomem tuam terminas terrm. ( Ibid. ) Il est vrai qu'il dit à Pilateque son royaono n'était point de ce monde; mais il ne prétendait point en cela lui faire entendre que ce monde ne fât pas soumis à sa domination. H ne voulait lui dire autre chose, sinon qu'il n'était venu dans le mondeqne pour y exercer une domination spirituelle, et non pohit une domination temporelle : car voilà le sens de ces paroles : iî^^trm metfm non e9# <fe Aœ mtmdo. (JoAif ., 18.) Domination qu'il n'a ftut cengiatflr que dans FEvangile qu'il nous a annoncé, que dana la loi qu'il nous a prêcbée, qœ dans les préceptes, dans les conseils, dans les exemples et les règles de conduite qu'il nous a donnés : Ego autem coi^ stitutus sum Rex ab eo, prtedicans prsxeptum ^us. iPsalm. 2.) Nous savons, dis-je, tout eela , mes frères; et prévenus de ces connaissances et de ces {principes de religion, nous embrassons l'ÉTanglle de cet envoyé de Dieu, nons acceptons la loi de ce souverain législateur; nons recevons sa morale, et nous révérons, ce semble , ses préceptes et ses maximes; nous allons à ses autels lui ofirir notre culte, et nous nous prosternons en sa présence pour Tadorer. Ainsi , pour m'exprimer de la sorte, le voilà proclamé roi par notre bouche, et couronné de nos propres mains : Et cœperunt satutare eum : Ave, Rex. (Mabc, 15.)
Mais cette couronne.que noua lui présentons, de quelles épines n'est-elle pas mêlée; ou plutdt , de quelles épines n'est-elle pas toute composée? Car ne nous trompons point, mes chers auditeurs, et ne nous arrêtons point à de spécieuses démonstrations. Quand en même temps que nous couronnons Jésus- Christ, nous le renonçons du reste dans toute la conduite de notre vie; quand après lui avoir rendu devant un autel, ou an pied d'un oratoire, je ne sais quel culte d'un moment et de pure cérémonie, nous agissons ensuite d'une manière toute contraire à l'Évangile qu'il nous a prêché; que nous violons impunément et habituellement la loi qu'il nous a annoncée; que nous suivons dans la pratique une tout autre morale que celle qu'il nous a enseignée; que nous abandonnons les règles, les maximes, jes principes qu'il nous a tracés; que nous traitons même de faiblesse, et que nous tournons en raillerie la fidélité de quelques âmes chrétiennes qui refusent de s'en départir, et font une profession ouverte de s'y conformer; quand nous ne prenons pour guides dans toutes nos démarches que le monde, que notre ambition, que notre plaisir, que notre intérêt, que nos ressentiments, que nos passions et tous nos désirs déréglés ; encore une fois, quand nous nous déclarons ses sujets, et que néanmoins nous en usons
SUR LE œURONNEMENT DE JÉSUS-CHRIST.
a sorte, et nous nous comportons en mondains D païens, n*est-pas le couronner d'épines? et ne t-on pas alors dire de nous ce que le texte sacré s rapporte des soldats : Etplectenies coronam de lis, poswrmU super caput ejus f (Màtth., 27. ) ar jamais les épines qui lui percèrent la tête, lui »t-elles plus douloureuses et plus sensibles que ; de désordres, que tant d'injustices, que tant engeances, que tant de médisances, que tant d*imes, que tant d*excès et de débauches, où tous joars l'on se porte jusque dans le christianisme, est proprement son royaume? Est-ce donc là le Ht que nous lui payons? Les rois, dit saint Beri, se font des couronnes de ce qui leur est offert les peuples qui leur sont soumis, et c>omme Tor le tribut qu'ils exigent de leurs sujets, de là it aussi qu'ils ont des couronnes d*or : mais que ni de nous notre Dieu , et que lu! produisonss autre chose que des épines , c'est-à*dire , que
négligences et des lâchetés, que des imperions et des infldélités, que des habitudes vicieuf que des attaches criminelles ? tellement que re âme est comme ce cliamp , ou comme cette le dont a parlé le Sage, lorsqu'il dirait : J'ai passé
Je champ du paresseux, et j'ai considéré la le de l'insensé, Per agrum homlnis pigri tran- :, et per vineam viri stulii{Prov,, 24); mais aî-je aperçu? tout était plein d'orties, et toute urface était couverte d'épines : Ft ecce totum ieverant urtlcx, et operuerantsiiper/tciem ejus tœ. (Tbid.)
I ne peut s'en taire, ce Roi digne de toutes nos rations et de tout notre amour, mais dont nous fenons si indignement la souveraine majesté , et uinous causons tous les jours de si vives dours. Il nous adresse sur cela ses plaintes, et sa ce nous les fait entendre au fond du cœur : is oi!k tombe sa parole ? comme ce bon grain de rangile , elle tombe au milieu des épines : Et id cecidit inter spinax ( Luc. , 8) , c'est-à-dire , (Ile tombe dans des cœurs sensuels et tout chars, dans des cœurs vains et enflés d'orgueil , dans
cœurs possédés du monde et de ses biens périsles, dans des cœurs corrompus. Ces épines croist toujours, elles s'étendent, elles se multiplient, ]a*à ce qu'elles viennent à étouffer tous les sencnts de la grâce du Seigneur, et qu'elles arrêtent te la vertu de sa divine parole : Et simul exorspinx suffocaverunt iliud, (Id.) > n'est pas tout , reprend saint Bernard , et nous honorons encore autrement la royauté du Fils de !U. Outre les épines dont nous le couronnons, IS ne lui faisons porter pour sceptre qu'un rou : comment cela ? Par nos inconstances et nos kretés perpétuelles en tout ce qui concerne son nce. Aujourd'hui nous sommes à lui, et demain
nous n'y sommes plus. Aujourd'hui nous nous rangeons sous son obéissance pour exécuter fldèlement ses ordres, et demain nous les transgressons. Au* jourd'hui nous lui jurons un attachement inviolable, et demain nous secouons le joug, et nous nous révoltons : tantôt pour Dieu , et tantôt pour le monde; tantôt dans l'ardeur d'une dévotion tendre et affectueuse, et Uintôt dans le relâchement d'une vie tiède et inutile. Or tout cela qu'est-ce autre chose que de lui mettre un roseau dans la main pour nous gouverner? Je veux dire que c'est ne lui donner sur nous qu'un empire passager, sans solidité et sans consistance.
Car son empire est dans nous-mêmes et au milieu de nous-mêmes : Regnum Del intra vos est ( Luc. , 17 ) : et quelque absolu qu'il soit. Il ne subsiste (ne vous offensez pas de cette proposition, je l'expliquerai) , il ne subsiste qu'autant que nous' le voulons , et que nous nous y soumettons. Si nous le voulons toujours , et si nous nous y soumettons toujours, il durera toujours : mais si nous ne le voulons et si nous ne nous y soumettons que par intervalles, ce ne sera plus un empire stable et permanent. Ce n'est pas que Jésus-Christ , vrai Dieu comme il est vrai homme, n'ait sur nous un empire indépendant de nous, un empire inaliénable, immuable, éternel, un empire que nous ne pouvons troubler, parce qu'il est au-dessus de tous nos caprices et de tous nos changements : mais outre ce premier empire , cet empire essentiel et nécessaire , il y en a un que nous pouvons lui donner ou lui refuser, parce qu'il l'a fait dépendre de nous-mêmes et de notre volonté. Ainsi, que nous lui soyons volontairement et librement soumis comme à notre roi, que volontairement et de gré nous nous attachions à lui, nous observions ses commandements, nous Iu| rendions tous les devoirs que nous prescrit la religion, Voilà l'empire que nous pouvons lui ôter. Je ne dis pas que nous pouvons lui en ôter le droit , mais Peffet, puisqu'il nous a laissé notre libre arbitre pour demeurer dans la sujétion qui lui est due^ et pour satisfaire à tout ce qu'elle nous impose, ou pour nous en retirer malgré toutes nos obligations, et pour vivre selonnos appétits et nos aveugles convoitises.
Or , c'est de cet empire , dont il est néanmoins si jaloux, que nous faisons comme un roseau qui plie au moindre souffle, et qui tourne de tous les côtés. Que ne lui disons-nous point à certains jours et à certaines heures, où l'esprit divin se communique plus abondamment à nous, et nous touche intérieurement? De quels regrets sommes-nous pénétrés à la vue de nos égarements, et que ne nous proposons-nous point pour l'avenir? Quelles résolutions, quels serments de ne nous détacher jamais de ses intérêts, et de garder de point en point toute sa loi? Rien donc, à ce qu'il semble , rien alors de mit ux