SUB LE COURONNEMENT DE JES1IS-CHBIST
établi que son empire. Mais le voici bientôt détruit : il ne faut pour cela qu'une occasion qui se présente , qu'un exemple qui attire, qu*une difficulté qui naît, qu'un respect humain qui arrête, qu'un dégoût naturel qui survient, qu'une passion qui se réveille. On reprend ses premières voies , on se rengage dans ses mêmes habitudes, on oublie toutes ses promesses, on quitte toutes ses bonnes pratiques; on change de mattre, et de l'empire de Jésus-Christ, on retourne sous la domination et la tyrannie de ses inclinations vicieuses. Peut-être en revient-on encore ; mais pour y rentrer tout de nouveau. Ce ne sont que vicissitudes , que variations, et le plus fragile roseau n'est pas sujet à plus de mouvements opposés, ni à plus de dispositions toutes différentes.
Cependant, mes frères, l'iniquité se soutient jusqu'au bout; et si les soldats couvrent enfin par dérision le Sauveur du monde d'une robe de pourpre , cela même, par rapport à nous , renferme un mystère bien étrange ; je dis un mystère véritable, et que le Saint-Esprit, selon la remarque des Pères, a eu expressément intention de nous déclarer. Car ce n'est pas sans raison , dit saint Augustin , que le prophète Isaïe, s'adressant à la personne du Sauveur, lui demande Tinteiligence de ce mystère, et qu'il veut apprendre de lui ce que signifie cette pourpre : Quare ergo rubrum est indumentum tuum , et pestimenta tua sicut ccUcantium in lorculari? (IsAi. , 63. ) Hé! Seigneur, pourquoi votre robe estelle toute rouge? et pourquoi vos vêtements sontils comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir? Le voulez-vous savoir, chrétiens, la chose vous touche aussi bien que moi. Écoutez ce que ce Sauveur lui-même répond à son prophète : Aspersus estsanguis eorum super vestinienta mea (Ibid); Leur sang a rejailli sur moi , et toute ma robe en a été tachée. Comme s'il disait : Ce sont les dérèglements de mon peuple qui m*ont fait rougir, et c'estdequoi je rougis encore tous les jours. La honte en est retombée sur moi; et ne pouvant faire nulle impression sur ma divinité, elle s'est attachée à l'humanité dont je me suis revêtu. Dans la splendeur de ma gloire, mes habits étaient aussi blancs que la neige; mais depuis que je me suis réduit sous une forme humaine, ils sont devenus rouges comme l'écarlate , parce que je me suis vu chargé de toutes les abominations du monde.
Quel reproche, mes frères, et quel sujet de confusion pour nous-mêmes ! Car la confusion de notre roi doit retomber sur nous-mêmes, et doit encore de plus servir un jour à notre jugement et à notre condamnation. Il aura son temps pour venger l'honneur de sa royauté flétrie et profanée. Tout l'univers alors s'humiliera devant lui; tous les rois de la terre déposeront à ses pieds leurs couronnes ; ■ n*j aura plus là d*autre roi que ce roi de gloire ; et
de quelle frayeur serons-nous saisis , quand nous !• verrons assis sur son trône, armé du glaive de 9a justice, et couronné de tout Téclat de sa divine et suprême grandeur ! C'est à ce dernier jour qu'il fera le terrible discernement de ceux qui l'auront honoré, et de ceux (fui l'auront méprisé; qu'il mettra les uns à sa droite comme ses prédestinés et ses élus, et les autres à sa gauche comme des rebelles et des réprouvés ; qu'il dira aux uns, en les appelant à lui : Venez, possédez mon royaume, vous qui m'avez servi comme votre maître, et qui m'avez obéi comme à votre roi : Tune dicet rex his y qui a dextrit erunt : renite, possidele paratuni vobUt regtwM (IVUtth., 26); et qu'il dira aux autres, en les rejetant : Allez, et retirez-vous de moi; vous n'avez point été mon peuple, et vous n'avez point voula vivre dans ma dépendance ; je ne sais qui vous êtes; et je vous livre à ces puissances de ténèbres qui vous ont si longtemps dominés , et qui vous attendent pour vous faire part de leur sort et de leur malheur éternel : Tune dicet et his qui a sinistris erunt : Discedlte a me in ignem xternum, quiparatus est diabolo et angelis ejus, ( Id. )
Ah! chrétiens, que ferons-nous lorsqu'il nous frappera de ce redoutable anathème? En vain nous commencerons à craindre et à révérer son souverain pouvoir; en vain nous lui crierons mille fois : Seigneur, Seigneur : Tune respondebant ei. Domine (Id.) : en vain, prosternés devant son tribunal, nous lui dirons : Roi immortel, roi de tous les siècles, que toute louange , que toute gloire vous soit rendue : Régi sxculorum immoriali honor et gloria (t.Tinu, l);cene sera plus qu'un culte forcé et eontraint, et il demandait un culte de piété et d'amour; ce ne seront plus que des soumissions d'esclaves, et il voulait une obéissance d'enfants. Or, il n'y a que les enfants qui trouveront place dans son royaume , et les esclaves en seront éternellement bannis. Ce n'est pas qu'il ne retienne toujours sur ces malheureux son empire naturel ; car c'est à lui que son Père a dit : Régnez au milieu même de vos ennemis: Dominare in medio inimicorum tuorum ( Psatm, 109) ; mais comment? pour les gouverner avec un sceptre de fer , et pour leur faire sentir tout le poids de vos justes vengeances : Reges eos in virga ferrea, {Psalm. 1.) Je vais trop loin, mes chers auditeurs , et revenons. Comme il n'y a point de mystère où la royauté de Jésus-Christ ait été plus avilie et plus outragée que dans son couronnement, je prétends d'ailleurs, qu'il n'y en a point où elle ait été plus solidement établie et plus justemeolvèrifiée : c'est le sujet de la seconde partie^