‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 114 sur 408 · SUR LE COURONNEMENT DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LE COURONNEMENT DE JÉSUS-CHRIST

ki opprobres et jusque dans le comble de rhumiliatkm. Au Calvaire et sur la croix , entre deux voleurs eodâàiiuiés au même supplice que lui, et mourant avec lui , il fut déclaré roi ; et malgré toutes les oppontioas de la synagogue , Técriteau qu'on mit au-destus de sa tête en le cruciGant, portait ces mots : Jemde Nazareth, roi des Juifs. (Joan. , 19.) Il est étonnant, chrétiens , que Pilate, après avoir accordé si lÂdhement aux Juifs tout ce qu ils lui avaient demandé touchant la personne du Sauveur , jusqu'à le sacrifier à leur haine, ne voulut néanmoins jamais les entendre, ni rien relâcher, quand ils lui proposèrent d'effacer ces quatre paroles, ou d'y faire au moins quelque changement. Quelque mécontentement qu'ils pussent lui en témoigner, quelques instances qu'ils lai lissent , tous leurs efforts et toutes leurs remontrances furent inutiles. Non, leur répondit-il avec une fermeté inébranlable, il n'y a rien là à réformer : ce que j'ai écrit, est écrit iQuodscrijwi, scripsL (Id.) Pourquoi cela, et d'où lui venait sur ce point une telle résolution? N'en soyons point lorpris, dit saint Chrysostôme : c'est qu'il agissait alors par le mouvement de l'esprit de Dieu qui le conduisait : et comme Caïphe, tout médiant et tout injuste qu'il était , avait prophétisé par l'inspiratioD divirie , sur la mort de Jésus-Christ, aussi Pilate, quoique païen, fut l'organe dont Dieu se servit pour relever solennellement et authentiquement k royauté de ce Messie. Jésus-Christ, parlant de lui-même, avait dit autrement : Je suis roi ; et les Juifs soutenaient opiniâtrement qu'il ne Tétât pas. Il fallait un juge qui terminât ce différend, et un juge désintéressé. Pilate prononce; et après avoir oui les parties , et mûrement examiné le fait, loi qui était étranger et Romain, il décide à Ta? antage du Fils de Dieu, et le reconnaît roi : Jésus Nazaremu, rex. (Id.)

Hais que £ais-je , chrétiens ? n'allons pas si loin: les soldats, en le couronnant, ne commencent-ils pas dès lors à le reconnaître pour ce qu'il est, et tout ignominieux que paraît ce couronnement, n'était-ce pas, selon les vues du ciel, une disposition secrète au jugement que devait rendre Pilate? ce n'était pas là l'intention de cette brutale et insolente milice; mais, remarque saint Ambroise, contre lear intention , ils contribuaient , sans le vouloir et sans le savoir , à l'accomplissement des desseins de Dieu. Dieu voulait que son Fils fût salué comme roi, fût couronné comme vainqueur, fût adoré comme Seigneur et comme Dieu. Or voilà justement ce qui s'exécute; et quoique ce ne fût pour ces soldats qu'un divertissement et qu'un jeu , c'était pour la Providence et la sagesse étemelle qui Tavait réglé de la sorte, un effet réel et une vérité : Et H corde non credunl, Christo tamen suus «ift éilfuU tumor, qui saluUUur ut rex , coronatur woL-^nxtocE. — T. in.

ut Victor^ Deus et Dominus adoratur (Ambb.j; mystère profond et admirable, mes chers auditeurs! mystère digne de toutes nos réflexions. Mettons-le dans un nouveau jour, et tâchons à en découvrir toutes les merveilles.

Car ce qu'il y a , ce me semble , de plus singulier , c'est que les mêmes choses par où les persécuteurs de notre divin Mattre croyaient le déshonorer, ont été les marques les plus naturelles de sa souveraineté , et ont servi à nous en donner l'idée la plus convenable. Prenez garde, ils l'ont couronné d'épines : à qui cette couronne pouvait-elle mieux convenir, qu'à celui qui devait être surtout le roi des âmes souffrantes, et qui ne voulait à sa suite que des sujets préparés à la douleur, aux persécutions , au martyre ? une couronne de fleurs lui eû^ elle été propre, et ces -épines n'exprimaient-eflei pas le vrai caractère de sa dignité royale? En effet , chrétiens , c'est cette couronne d'épines que toute la terre a révérée ; c'est pour cette couronne d'épines que les princes et les plus grands monarques ont témoigné tant de zèle et tant de piété , armant des flottes entières, passant les mers, s'exposant à mille périls , et regardant comme une précieuse conquête de l'enlever à des peuples infidèles ; c'est cette couronne d'épines qu'ils ont rapportée dans leurs États , et qu'ils y ont conservée comme le plus riclie trésor; c'est cette couronne d'épines qui a fait les délices des saints , et toute leur gloire.

Quand le Sauveur des hommes se présenta à la bienheureuse Catherine de Sienne^ avec deux couronnes à la main , l'une d'épines , et l'autre de roses , et qu'il lui en laissa le choix , délibéra-t-elle un moment ? Avec quelle ardeur et quelle tendresse , avec quels transports dejoie prit-elle les épines et rejetat-elle les roses ! pourquoi ? parce qu'elle savait à quel roi elle s'était dévouée; que ce n'était point un roi de plaisir^ mais un roi de souffrance; que dans sa cour il ne permettait ni délicatesses , ni douceurs humaines , ni commodités de la vie. Doù elle concluait que, s'étant toute consacrée à son service, elle ne devait point souhaiter d'autre partage que les afflictions et les épines les plus aiguës. Nous n'en demanderons point d'autre nous-mêmes , dès que nous serons remplis du même esprit que cette fidèle épouse de Jésus-Christ, ou, pour mieux dire, dès que nous serons remplis comme elle du véritable esprit de la religion que nous professons.

Cependant, mes frères , à ce roi couronné d'épi* nés, il fallait un sceptre, et les soldats y pourvoient. Le sceptre répond parfaitement à la couronne : car c'est un roseau qu'ils lui mettent dans la main. Or, selon la belle observation de saint Augustin , pouvaient-ils mieux représenter la nature de son pouvoir, qui n'a point éclaté par la force ni par la violence, mais par la faiblesse même et par l'infirmité?

SUR LS œURONNEMEMT DE JÉSUS-CHRIST.

Les rofs de la terre ont besoin de troupes, de légions, de corps d'armées, pour dompter leurs ennemis , et pour maintenir leurs sujets dans le devoir et Tobéissance ; ils portent le sceptre , et ce sceptre, disait un ancien, est comme une main empruntée > , pour signifier que si d'eux-mêmes ils n'ont pas le bras assez fort, ils ont de quoi l'affermir et le roidir quand ils voudront l'étendre sur la tête des rebelles. Mais au roi que nous adorons, il ne faut , de la part des hommes, ni appui, ni secours. A le considérer selon le monde, on dirait qu^il n'est rien de plus faible, et quMl n'a ni puissance , ni vertu; c'est un roi pauvre, un roi humble et petit , un roi sans éclat, sans pompe, sans munitions, sans armes; mais comme il est le bras de Dieu , rien de tout cela ne lai est nécessaire; et sans emprunter sa force d'ailleurs, il la trouve dans lui-même : de sorte qu'avec les moyens les plus impuissants, il peut tout et il vient à bout de tout. Pour opérer les plus grands miracles, un roseau lui a suffi : avec ce roseau , qui fut, selon la remarque de saint Athanase, le symbole delà croix, il a subjugué plus de nations que les pi us fameux conquérants; avec ce roseau^ il a confondu les démons et mis toutes les puissances infernales en déroute; avec ce roseau, il a établi son royaume qui est son Église , il l'a élevée sur les ruines de l'infidélité, etrépanduejusqu'aux extrémités du monde ; avec ce roseau , il a brisé l'orgueil des potentats qui s'opposaient à sa sainte loi, il a dissipé tous leurs projets, renversé toutes leurs entreprises, et les a réduits eux-mêmes sôus son empire. O prodige le plus merveilleux ! ô faiblesse toute-puissante!

Sur quoi saint Bernard entrait dans un sentiment bien affectueux et bien touchant : Ah! Seigneur, s'écriait-il, en s'adressant à Jésus-Christ même, puisque les choses les plus faibles acquièrent dans votre main tant de pouvoir et tant de force , et qu'un roseau y a été comme un sceptre et une verge de fer, pour régir les peuples, prenez mon cœur; ce n'est qu'un roseau. fragile, qu'un roseau creux et vide de tout bien , vide de chanté , vide de dévotion et de piété, vide de bonnes œuvres et de mérites; qu'un roseau flexible et mobile , que son extrême légèreté fait tourner à tout vent , et que la moindre impression est capable d'ébranler : mais du moment qu'il sera entre vos mains, vous le remplirez de votre grâce et de la force de votre divm Esprit; vous en ferez un cœur généreux, un cœur ferme, un cœur ardent et fervent , un cœur prêt à surmonter toutes les difficultés, et à vaincre, par une persévérance infatigable, tous les obstacles. Aipsi pariait ce Père; et ne nous persuadons pas, au reste , que ce roseau donné à Jésus-Christ, en forme de sceptre , fdt de l'invention des soldats; il fut du choix même du Fils

' Àfanu» Mitera regum.

de Dieu, qui, selon le témoignage du grand apAtre, a toujours pris ce qu'il y avait de plus infirne et de plus petit dans le monde pour abattre les fofts; ce qu'H y avait de plus vil et de plus bas, pour biH milier les grandeurs ; ce qu'il y avait de plus méprisable ou ce qui le paraissait , en un mot, ce qui n'était rien , pour confondre tout le faste humain et pour anéantir toute puissance mortelle : Infirma mtmdielegUDeus, ut confundatfortia; etignM' lia mundi et contemptibilia elegit Deus, eteaqm non sunt, ut ea qux sunt destrueret. ( l. Cor,, 1.) Ce n'est pas non plus sans mystère qu'on le ooavre enfin d'un manteau de pourpre; il n'est pas di^ ficile d'en apercevoir d'abord toute la con? enaoce : car était-il une couleur plus sortable à un roi qui devait former son royaume sur la terre, et qui devait l'amplifier par l'effusion de son saug? Ah! il devait être Je prince et le roi des martyrs; il devait leur donner le signal de ces guerres sanglantei où leurs corps seraient livrés à tous les tourments, où ils seraient brisés , déchirés , immolés oorome des victimes ; et quel autre signal edt été plus propre à leur annoncer de tels combats et à les aoK mer, que la pourpre dont il est revêtu? La pourpre fut toujours employée à l'investiture des rois ; maîi jamais roi eut-il droit, comme le Sauveur, de 11 porter, puisque jamais roi ne fut consacré oominc lui, ni ne reçut l'onction royale dans son sang? Ci roi de nos cœurs , belles paroles de saint Ambroise, ce roi de nos cœurs se montre à nous sous la pour pre et sous l'écarlate , pour nous désigner les vi» toires et les triomphes du martyre : l>e$ignam martyrum palma*, et régi» potestatii insignU ( Ambe.); Il veut nous faire entendre de quel sauf son Église serait un jour toute empourprée; fl veut nous faire connattre sur quoi son royaum sera fondé, à quel prix il le doit acheter, etqw c'est par le sacrifice de sa vie et par toutes les dou leurs de sa passion qu'il le doit conquérir : Quoi caro ejus fusumpro toto terrarum orbe sanguinmi esset susceptura pro nobis , et passio regnum pa ritura de nobis. ( Id. )

La pourpre des Césars s'était teinte de sang, di saint Jérôme; mais du sang des hommes, qu'il avaient versé et souvent avec autant d'injustice qu de fureur; si elle éclatait, c'était du feu brûlante leur ambition; et si elle rougissait, c'était bie moins de sa propre couleur que de leurs vices. Lea pourpre les faisait donc redouter, poursuit ce sain docteur ; mais la pourpre de Jésus-Christ nous 1 fait également respecter et aimer : car qui ne Fai merait pas , voyant dans cette pourpre , avec le marques de sa royauté , les plus sensibles témoigni ges de sa charité?

Il n'y a dans tout cet appareil qu'une circonstaae qui ne semble pas pouvoir s'accorder avec la m

SUB LE COUBONNEMENT DE JÉSUS-CHBTST.

îctté aouTeraine : ce sont les injures qu*il reçoit , km blasphèmes que profèrent contre lui les soldats , les raproches, les malédictions , les coups dont ils Faediblent. Quels hommages en effet pour un roi! le me trompe, chrétiens, et saint Cyrille de Jérusalem eorrige sur ce point mon erreur : c*est dans la doosème de ses catachrèses. Il prétend, et avec raison, que ces hommages, quelque indignes qu'ils paraissent, n*ont rien eu que de très-conforme à la mission du Sauveur et à sa qualité de roi. Si son royaume, dit-il, eût été comme les autres, un royaume temporel , il faut avouer qu'il n'y eût eu «tre aa royauté et de pareils traitements nulle proportion : mais souvenons-nous, mes frères , ajoute ce saint évéque, et n'oubIionsjamais,quele royaume de notre Mattre ne consiste pas dans les honneurs mondains; ou plutôt, souvenons-nous que ce royaume de Jésus-Christ consiste expressément dans le mépris de tous les honneurs du monde, que e*en est là une des lois fondamentales, que i^en est une des maximes les plus essentielles. Or, an roi qui venait ériger en maxime et en loi le mépris des honneurs , pouvait-il être mieux reconnu que par les affronts et les opprobres ? Voilà donc encore une fois la royauté du Fils de Dieu déclarée , publiée, manifestée dans toute la manière qu'elle devait rétre; et malgré la malignité des Juifs , voilà les vues du ciel suivies avec toute l'exactitude possible, et ses ordres pleinement accomplis.

De là même, chrétiens, devons-nous conclure ce que nous sommes, à qui nous sommes, pourquoi nous y sommes , et ce que nous devons enfin devenir, selon le caractère que nous portons, selon les uaé» rapports que nous avons, en qualité de chrétiens, avec Jésus-Christ. Appliquez-vous, s'il vous plaft, à cette importante morale; c'est tout le fruit de cette seconde partie. Nous sommes les sujets d*un roi couronné d'épines; nous appartenons à on roi de souffrances, à un roi d'abjection et d'humiliation; nous ne sommes à lui que pour vivre eomme lui , que pour être animés du même esprit que lui, que pour nous rendre ses imitateurs, eomme nous nous déclarons ses disciples et ses sectateurs. Vérités universellement reconnues dans le durîstîanisme, mais bien peu. suivies dans la pratique, et même, si j'ose le dire, généralement abandonnées et démenties.

Car de ces principes, que s'ensuit-il? Ah! mes frères , que n'en avons-nous mieux compris jusqu'à présent les conséquences , ou du moins que ne commençons-nous à les bien comprendre, et à y conformer désormais tous nos sentiments et toute notre conduite! Prenez garde : nous sommes les sujets dhm roi couronné d'épines ; nous ne devons donc plos tant rechercher les douceurs et les délices de la vie. Caç servir un roi qui n'a que des épines pour

couronne, et vouloir se conronner de roses, n'estce pas une contradiction ? Tel est néanmoins le désordre le plus oommun : et quel autre langage est phis ordinaire dans le monde , je dis dans le monde, même prétendu chrétien, que celui de ces impies, qui se disent les uns aux autres chez le Sage : Fenile, etfruamur bonis qux sunt (Sap. , 2 ) ; Divertissons-nous, et jouissons des biens que nous avons : Corofiemus nos rosis (Ibid.); Faisons-nous des couronnes de fleurs, et des fleurs les plus agréables et les plus douces : Ubique relinquamus signa IX' tUix (Ibid.); Que la joie nous accompagne en tous lieux, et laissons-en partout Aes marques : Quoniam hœc est pars nostra', ethmc est sors ( Ibid.)", Car voilà quel doit être notre partage et notre sort, voilà quelle doit être notre vie.

Il est vrai néanmoins que cette vie molle et délicieuse n'est pas la vie de tous les gens du monde, et qu'il s'en faut bien même qu'elle ne le soit. Mais si ce n'est pas là leur vie en effet, ce l'est au moins en désir. On y aspire sans cesse à cette vie aisée et commode ; on se la propose comme la Gn de ses travaux; on y fait consister le bonheur et la sagesse; on envie la destinée de ceux qui en goûtent la tranquillité, et l'on se plaint de ne pouvoir trouver dans sa condition cette félicité temporelle : comme si c'était un malheur à des sujets de n'être pas mieux traités que leur roi , et qu'au lieu des épines qu'il a portées et consacrées, il ne dût leur fournir dans son service que des plaisirs.

r^ous appartenons à un roi de souffrances : nous ne pouvons donc participer aux avantages et aux prérogatives inestimables de sa royauté , qu'autant que nous participerons à ses douleurs. C'est en cette vue que les saints ont témoigné tant d'ardeur pour les souffrances. Il n'est pas nécessaire que nous les cherchions comme eux , ni que nous les demandions à Dieu : sa providence prend assez soin d'y pourvoir; et par une miséricorde aussi favorable qu'elle nous semble sévère et rigoureuse , il ne . nous laisse point manquer sur la terre de disgrâces et d'afflictions : il n'est question pour nous que d'en bien user ; tellement que cette robe de pourpre , dont nous consentirons à être revêtus , nous soit une robe d'honneur et un vêtement de sainteté à quoi il nous reconnaisse. Mais voici l'erreur la plus déplorable , et c'est celle où les disciples eux-mêmes tombèrent. Ils se persuadaient que Jésus-Christ dans la suite serait un roi temporel , et que sous son règne ils n'auraient rien à souffrir : Domine, si in tempore hoc restitues regnum Israël? ( ^ct. , 1 . ) Ainsi nous nous imaginons faussement, et nous croyons , parce que nous sommes à Dieu , que nous devons être exempts de toutes peines et à couvert de toutes adversités. Nous nous étonnons de voir des gens de bien affligés cX s\\\^\&«!os.tEâ\vccfiXJbik\i^^

maines ; et comme oe qui nous touche nous est encore beaucoup plus sensible , il ne faut que le plus léger accident qui nous arrive , pour nous troubler et nous déconcerter. D'où vieut cela ? c'est que nous ne considérons pas que ce sont là justement les apanages du roi que nous servons, que c^t par là qu'il nous distingue, et qu'il nous fait entrer au nombr*e de ses élus.

Enfin, nous dépendons d'un roi ignoré du monde, abject et obscur selon le monde, regardé , si je puis m'exprimer de la sorte , comme un roseau dans le monde : comment donc sommes-nous si jaloux d'y paraître et de nous y élever? Je vous laisse, mes frères, faire vous-mêmes cette monstrueuse opposition, d'un roi volontairement réduit dans le dernier mépris et dans l'humiliation la plus profonde, et d'un vil sujet qui ne pense qu'à s'agrandir, et qu'à tenir au-dessus des autres un rang qui le fasse craindre, qui le fasse honorer, qui lui attire des respects et de la considération parmi les hommes. Car n'est-ce pas là le terme où tendent tous les désirs , toutes les réflexions, tous les projets et toutes les démarches d'une multitude infinie de chrétiens, adorateurs d'un Dieu abaissé, moqué, outragé? C'est à vous, mes chers auditeurs , à le dédommager de tant d'outrages qu'il a reçus de ses ennemis , et qu'il a si souvent reçus de nous-mêmes. Les Juifs n'en ont point voulu pour leur roi ; mais uous l'avons clioisipour le nôtre. Allons lui ofifrir nos hommages, et des hommages dignes de lui : l'hommage d'une tendre componction, l'hommage d'une sainte mortification , Phommage d'une sincère humilité de cœur et d'action. Voilà par où il veut être honoré , et par où nous parviendrons à régner un jour avec lui dans la gloire, oue je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

JÉSUSCHRIST PORTANT SA CROIX

Sutceperunt nttUm Jetum, et eduxerunt. El hojulan» êibi crucem, exivit in eum qui dicitur Calvariœ locum. .

Alon ils prirent lésas, et ils remmenèrent; et Jésas, chargé de sa croix , sorUt pour ailer aa lieu appelé Calvaire. Saint Jean, cbap. 19.

Vous voyez, chrétiens, quel doit être aujourd'hui le sujet de notre entretien : Jésus-Christ sortant du prétoire de Pilate , et marchant vers le Calvaire , chargé de sa croix. Voilà le triste objet que j'ai à vous représenter. Après tant de scènes ditîérentes, et toutes également lugubres, nous approchons enfin do la funeste catastrophed'une tragédie si sanglante. Il fôut que le sacrifice soit consommé, et que la vie-

SUR JÉSUS-CHRIST PORTANT SA CROIX

time perde la vie. Cest pour cela qu'on le conduit m Calvaire , ce Juste , ce Saint des saints , cet Homnie^ Dieu condamné à la mort, et qu*on lui donne même à porter la croix qui lui est destinée. Contemplonsle dans cette marche, mes chers auditeurs : et soivons-le nous-mêmes pas à pas. Que veux-je dire? mon dessein est de vous apprendre comment nous devons nous-mêmes dans le christianisme porter la croix, et la porter après Jésus-Christ. Car il y a pour nous des croix en ce monde; il y en a , vous le savez, de toutes les sortes , et nous avons chacun la ndtre. Or, il nous est d'une conséquence infinie de la bien porter, en la portant sur les traces de Jésiis-ChrisI; et c'est de quoi je vais tout ensemble vous £Ekîre voir, et la nécessité, et la facilité. Nécessité de porter k croix après Jésus-Christ; ce sera la première partie: facilité de porter la croix après Jésus-Christ ; oe sera la seconde. Que ces deux points bien compris peuvent produire d'heureux efifets, etqu'ilssont capables de nous rendre tant de souffrances où nous sommes tous les jours exposés , et plus salutaires qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent, et plus supportables! Ap* pliquez-vous.

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