PREMIÈRE PARTIE
L'arrêt de mort était prononcé contre le Fils de Dieu , et toutes choses étaient préparées pour l'exécution. On lui signifie qu'il est temps d'aller au sup* plice, et on lui présente sa croix, dont on Toblige à se charger jusqu'au Calvaire. Toutes ses foroes sont épuisées , tout son corps est meurtri de coups et couvert de plaies ; il ne se soutient que par mirade, et à diaque moment il est sur le point de succomber; le chemin qui mène à la montagne, est rude et difficile , et sa croix enfin est dune pesanteur extraor^ dinaire. Il n*importe : les Jui£s n'ont nul égard à tout cela. C'es?t l'Isaac de la loi nouvelle : il feut qu'3 porte lui-même le bois de son sacrifice. Car risaac de l'ancienne loi n'était qu'une figure de celui-d , et ne porta son propre bûcher que pour annoncer ce qui arriverait dans la plénitude des temps au vrai Messie.
Ce ne fut point , au reste , ses seuls ennemis qui lui imposèrent une obligation si rigoureuse : ce fut son Père, qui l'avait ordonné de la sorte, et dont toutes les volontés étaient pour lui autant de préceptes inviolables. Ainsi Abraham prit-il le bois de l'holocauste, selon le terme de l'Écriture; et Payant mis sur les épaules de son fils . il lui commanda de marcher en cet état vers la montagne où 11 se disposait à l'immoler, TuUt quoque ligna hoiocaitsH, etimposuit super Isaacfilium suum. ( Gènes. j 99.)
Le voilà donc, mes frères, ce vénérable Isaac, en qui toutes les nations doivent être bénies ; le foilà ce Fi1s unique de Dieu, qui parait portant le bois de son holocauste sur ses épaules sacrées , et T
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cœar le feo qa\ doit servir à le consumer, je veux dire , le fea de sa charité divine. I! est accompagné de deux infâmes voleurs, lui qui dans le ;iéjour et les splendeurs de la gloire céleste est assis au-dessus de tous les ebœnrs des anges , et qui se Ût voir avec tant d*édat sur le Thabor au milieu de Moïse et d'Élie. Toiit le ciel est attentif à ce spectacle; et jamais y en eut-il un plus digne en effet de ses regards ? L*eseorle qui Tenvironne et qui s*avance avec lui, ce sont les ministres de la justice ; ce sont tous les prêtres, iei pontifies, les princes de la synagogue; c*est toute h soldatesque et tout le peuple, dont Tinnombrable multitude lui fait comme une pompe funèbre. On le presse, on redouble fes invectives et lesimprécations. Psurmi ce tumulte et cette confusion , il traîne quelque temps sa croix, phitdt qu'il ne la porte : mais tous tes efforts ne sufBsent pas au poids qui Taccable , et ans un prompt secours , il n'y a pas lieu d*espérer qull poursuive plus loin sa route, ni qu'il puisse parvenir au terme fktal où les Juifs souhaitent si ardemment de le voir. Cest donc par cette crainte, dit saint Jérdme, et non par compassion, qu'on pense à Faider. On ne veut pas que , par une mort précipitée, il édiappe à une mort mille fois plus douloureuse et plus ignominieuse. La haine de ses persécuteurs ne serait pas assouvie et pleinement rassasiée, s'ils n*étaient spectateurs de toute lahonteet de toute h cruauté de son cruciûement, et s'ils ne repaissaient leurs yeux de ce plaisir barbare. Voilà pourquoi Ton arrête Simon le Cyrénéen. Il s'en défend; mais on rengage par force; il résiste, mais on lui fait vioknee, et on le contraint de suivre Jésus et de le soulager : Ei imposueruni illi crucem portare posi Jesum. (Luc, 25.)
Quoi qu'il en soit de l'intention des Juifs, notre Mattre , mes frères, avait en cela même ses vues ; et rien ne se faisait qui ne dût , selon ses desseins , contribuer à nôtre édification. Cependant, à une peine où il reçoit quelque soulagement, une autre succède. Il aperçoit une troupe de femmes, qu'une tendre piété attire après lui , pour compatir du moins à ses maux , s*il n'est pas en leur pouvoir de l'en délivrer. Leurs visages sont baignés de larmes, elles se frappent la poitrine, elles éclatent en gémissements. A eet aspect, que dut ressentir son coeur? De quelle pitié, dit saint Ambroise, paya-t-il lui-même toute la pitié qu*elle$ lui témoignaient? Il ne veut pas qu'elles pleurent pour lui ; mais il les avertit de pleurer pour elles-mêmes. Il ne veut pas qu'elles s'arrêtent î déplorer sa misère ; mais il leur fait entendre qu'elles doivent bien autrement déplorer les affreuses calamités et les misères extrêmes dont leurs enfants sont menacés. Il leur prédit le plus désolant avenir, et un avenir prochain ; qu'alors on dira d'elles : Bien- JMureuses les femmes qui sont demeurées stériles ; ( les entrailles qui n*ont point conçu,
et tes mameHes qui n'ont point donné de lait : qu'alors elles s'adresseront aux montagnes et aux collines, et que dans leur désespoir elles s'écrieront : Montagnes, tombez sur nous; collines, couvreznous. Car si l'on traite ainsi le bois vert , conclut-il , que fera-t-on du bois sec? C'est-à-dire , jugez par ce que je souffre, ce que vous devez un jour, h plus forte raison, souffrir vous-mêmes : Quia si in viridi ligno hœcfaciunt, in aricio quidfietl (Luc, 23.)
Raisonnement invincible, mes chers auditeurs, et preuve la plus convaincante pour nous-mêmes , si nous nous en faisons à nous-mêmes la juste application. Tout nous prêche ici la nécessité indispensable de porter la croix, et la néoessité^ encore plus étroite de la porter après Jésus-Christ; car oes deux nécessités sont bien différentes, et Tune enchérit infiniment sur l'autre. Nécessité de porter la croix : pourquoi ? parce qu*un Homme-Dieu, notre modèle et notre médiateur, l'a portée : d'où il s'ensuit, que nul homme n'a droit de s'en exempter. Et en c^et, c'est un juste, et nous ne sommes que des pécheurs; c'est un fils, et le fils du Trèsriiaut, et nous ne sommes que des esclaves; s'est un Dieu, et nous ne sommes que de viles créatures. De là , les tonséquences sont aisées à tirer, et se trouvent renfermées dans cettecourtect divine parole du Sauveur, qui seule contient tout ce que pourraient exprimer les plus longs discours, et qui devrait être le sujet éternel de nos réflexions : Si in viridi Ugno hœc faciunt, in arido quidjiet f
Jésus-Christ, remarque saint Augustin , n'a porté la croix que parce qu'il l'a voulu : mais la volonté qu'il a eue de la porter lui en a fait une nécessité; et ce qui fut pour lui une nécessité d'engagement libre , est devenu pour nous une nécessité de devoir, une nécessité de loi , une nécessité de condition et d'état. Entre lui et nous , ajoute le même sai/it docteur, il va une différence bien essentielle; car on ne peut pas dire de nous que nous portons la croix parce que nous le voulons. On peut bien dire que nous la voulons porter, on peut bien dire que nous la portons et que nous le voulons ; mais que nous ne la portions que parce que nous le voulons , c'est ce qui ne nous convient pas. Il n'appartenait qu'au Sauveur du monde de la porter de la sorte, et il n'y a que lui dont il soit vrai, non-seulement qu'il Ta portée et qu'il l'a voulu , mais qu'il ne l'a portée que parce qu'il l'a voulu : Non oblatus est et voiuit, ce sont les paroles de saint Augustin f sed obialus est quia v<h
lui/. (AUGUST.)
Or, c'est sur cela même que je dois former ma résolution ; car si Jésus-Christ a bien voulu porter la croix sans être obligé à le vouloir, que doisje faire moi qui ne puis refuser de la porter et ne le pas vouloir, sans me la rendre d'une part beaucoup plus pesante, et de l'autre absolument inutile ? Quoi
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que je fasse, je la porterai ; et tous mes soins , toutes mes précautions ne m*en préserveront jamais. Quand je serais assis sur le trône , je ne l'éviterais pas; au contraire, je Vy trouverais plus dure et plus accablante qu'en bien d'autres conditions. Dieu Ta ainsi réglé et arrêté : si c'était par la disposition des hommes que cela arrivât, peut-être pourraisje prendre des mesures pour m'en garantir; mais c'est un arrêt du ciel contre lequel il n'y a point de conseil ni de prudence : Non est prudentiay non esùconsilium contra Dominuni, (Prou., 21.) La grande prudence est de me conformer à ce souverain arrêt, puisqu'il est irrévocable, et qu'il n'y a point de tribunal où j*en puisse appeler. Le grand lecret est de me rendre la croix volontaire , et puisque je ne puis avour la gloire de la porter parce que je le veux , le plus sage conseil est d'avoir au moins la gloire de l'accepter et de la vouloir quand je la porte : ne me contentant pas là-dessus d'une certaine persuasion vague et générale, qu'il faut porter sa croix dans le monde , car il n'y a personne qui n'en soit convaincu; mais m'appliquant en particulier ce principe universel, le réduisant aux occasions et aux points qui me sont propres , reconnaissant la croix dans les sujets où Dieu me la présente, et prenant bien garde à ne la pas considérer seulement en spéculation et en idée, ce qui fait Terreur de la plupart des chrétiens, mais la déterminant à ceci et à cela , bénissant Dieu de cette afOiction, me soumettant à cette disgrâce, souffrant avec patience cette douleur, cette incommodité, cette perte de biens , ce rebut et ce mépris de ma personne, parce que tout cela est véritablement la croix, et ma croix qu'il faut porter, puisque la Providence me l'a préparée , et qu'elle me vient de la main du Seigneur.
Je n'en dis pas assez , mes frères; et s'il est nécessaire de la porter cette croix, combien plus l'est-il de la porter après Jésus-Christ ? car de la porter simplement, c'est la chose en soi la plus indifférente. Les pécheurs la portent aussi bien que les faints, et tous les jours on la porte pour se damner comme pour se sauver. Mais de la porter après le Fils de Dieu, c'est-à-dire, dans le même esprit, avec les mêmes vues, et par le même chemin que le Fils de Dieu, voilà le point capital et ce qui opère le salut.
Or, c'est à quoi il nous engage puissamment dans le mystère que nous méditons. Les Pères demandent pourquoi cet adorable Sauveur allant au Calvaire , voulut qu'on le soulageât , et qu'on lui donnât quelqu'un pour porter la croix avec lui. No poavaît-il pas faire un miracle? Ne pouvait-il pas mettre en œuvre cette toute-puissante vertu qui porte le monde, et dans une telle conjoncture ce miracle n'eût-il pas servi à sa gloire? Ne pouvait-il
pas ranimer toutes ses forces, quoique épuisées, et ne le fit-il pas ensuite, lorsque, avant que de rendre son dernier soupir, il poussa vers le ciel un cri qui , selon tous les principes de la nature, n'était point d'un homme mourant ? Ne pouvait-il pas appeler des millions d'anges, et le secours d'un seul n'eût-il pas été pour lui un soutien plus que suffisant? Ah ! mes frères, répond saint Ambroise, il pouvait tout cela; mais tout cela n'était point * de l'ordre de sa prédestination et de la nôtre. Il ne devait point appeler d'anges à son secours, parce que la croix n'était point pour les anges; il ne devait point faire de miracle pour la porter seul, parce que la croix n'était pas pour lui seul. C'était la croix des hommes et la sienne, il fallait donc qu'il la po^ tât avec les hommes, ou que les honuues la portassent avec lui ; et c'est pourquoi îi soufi&e que Simon, ce pauvre étranger, lui soit associé. Bomu ordo nastri profectus, ut prius crucis tuxjugum ipse kumeris imponeret, ddnde nobis tradiderU sitblevanduni (Aubb.) : en cela il s'est proposé notre avancement et notre bien. Il a pris d*abord le joug de la croix et l'a chargé sur ses épaules, et puis il nous l'a donné , comme pour nous dire : Voilà désormais votre partage, n'en cherchez point d'autre ; c'est celui des élus de Dieu. Cette croix n'est pas moins pour vous que pour moi , et eUe doit être même plus pour vous que pour moi, puisqu'elle n'a été pour moi que parce qu'elle devait être pour vous.
C'est ainsi , dis-je , qu'il nous parle : et parée que la plupart des hommes n'entendent pas ce langage, et qu'ils ont peine à l'écouter, parce qu'an lieu de s'attachera la pratique de cette grande maxime, ils se repaissent de vaines idées et de fausses apparences; parce que tout le fruit qu'ils recueillent de la passion de Jésus-Christ, est d'en concevoir, à certains moments, quelques sentiments tendres et affectueux ; parce qu'en même temps que nous la pleurons, nous n'y voulons participer en aucune manière, versant des larmes de dévotion au souvenir et à la vue de la croix , mais du reste employant tous nos efforts à l'éloigner de nous autant qu'il nous est possible; enfin, parce que la considération des souffrances du Sauveur n'a pu encore nous . mettre dans cette disposition chrétienne , de vouloir souffrir avec lui , que fait-il ? Il s'adresse à nous pour nous faire la même leçon qu'il fit à ces t femmes de Jérusalem : NoUteflere super tne. (Luc, 23. ) Détrompez- vous, nous dit-il, et instruisezvous. Pleurer ma passion, c'est sans doute un saint entretien , mais ce n'est point de cela seulement qu'il s'agit; et si vous vous en tenez là, autant vaudrait de n'y point penser, et de ne la pleurer jamais : car il y a si longtemps que vous la pleunK sans que vos pleurs aient produit en voua
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; solide et véritable. Super vos ipsosflete : \ par pleurer sar vous-mêmes , et puis I pourrez pleurer sur moi. Pleurez sur tant de diiordres où vous vous laisser sans cesse entrainor; pleurez sur Féternel malheur dont vous êtes neoacés, et à quoi vous vous exposez ; pleurez de ce qu'après avoir cent fois médité le mystère de oa croix, vous n*en êtes pas moins sensuels, pas moins amateurs de vous-mêmes, pas moins ennemis de tout ce qui peut mortifier ou votre cœur, ou votre chair ; pleurez dé ce que , malgré toutes Tos larmes et toute votre compassion pour moi , fOQS n*en êtes pas plus déterminés à partager avec moi mes peines , ni à tenir la même route que moi ; pkores de ce que vous n^avez point encore appris de mon exemple à faire chrétiennement oe que ■éaamoins vous ferez nécessairement jusqu'au dernier jour de votre vie , qui est de marcher dans la isiede la tribnlation et de la croix : NoUteflere su^ firme; sedntper vos ipsosflete. A cela, mes frères, qie devons-nous répondre, et en quels sentiments Avoas4ioos là-dessus entrer ? Je les réduis à trois : la premier, d*une vive douleur; le second, d'une ' knd>ie reeonnaissance , et le troisième , d'une ferme résolution, car ce que je dois d*abord témoigner àDîea, et ee que je dois amèrement et véritablement ressentir devant Dieu c'est un regret sincère d'avoir depuis tant d'années si mal porté ma croix ; jt veux dire de l'avoir portée par contrainte et non par vertu : de Tavoir portée en me défendant, en me révoltant, en me plaignant, en me désolant, en flMiniiQraDt; de l'avoir portée pour le monde, pour ks vains respects du monde , pour les fausses espéranees du monde, et jamais pour le ciel ni pour Dieu; de l'avoir par conséquent portée sans mérite et même à ma condamnation, au lieu de la porter pmr mon salut , et de m'en faire un moyen de sanctifleation.
Tels sont en effet, chrétiens, les déplorables parements où nous tombons à l'égard deè souffrinees et des afflictions de la vie. Nous portons la croix ; mais , si j'ose user de cette expression , nous la portons conmie des forçats qu'on tient enchaînés, et qu'on soumet au joug et au travail à force ée eoops. Ainsi la porta ce Simon de Cyrène; il failat le menacer, l'intimider, l'arrêter : Hune an- ^srittveruntuttoUerHcrucem, (Matth., 27.) Nous |N>rtons la croix, mais en faisant tous les efforts posables pour la secouer et nous en décharger. De là tant de mesures qu'on prend ; tant d'inquiétudes et iPagîtationsoù l'on entre, tant de mouvements que i'on se donne ; et parce que tous ces mouvements, t agitations et ces inquiétudes , toutes ces i n'ont communément d'autres succès que 4s nsottnmrmenter davantage, bien loin d'apporter Dt an mal qui nous presse; de
là les chagrins , les mélancolies , les amertumes de cœur, les emportements, quelquefois les plus violents désespoirs et les blasphèmes les plus impies contre le Seigneur et sa providence. Nous portons la croix , mais nous la portons pour nous avancer dans le monde et selon de monde : car y a-t-il une croix plus rude que celle d'un homme intéressé, qui pour satisfaire son avare convoitise, se mine de soins et de fatigues ; que celle d'un homme vain et orgueilleux, qui, pour un honneur frivole, se consume d'études et de veilles; que celle même d'un homme sensuel et voluptueux , que sa passion expose à mille dégoûts, et qu'elle dévore de soupçons et de jalousie? Nous portons la croix; et ne la portant pas comme nous le devons, nous nous la rendons infructueuse devant Dieu, et inutile pour le royaume de Dieu.
Encore si elle nous devenait seulement Inutile, mais nous la portons à notre ruine , et cette même croix par où Dieu voulait nous attirer à lui et nous assurer la possession de sa gloire, sera éternellement contre nous un titre de réprobation , puisque ee sera une grâce dont nous aurons abusé et dont Dieu nous demandera compte. Voilà de quoi je dois m'humilier en la présence de Dieu. Ah ! Seigneur, je ne serai pas moins jugé selon les maux dont vous m'aurez affligé sur la terre, que selon les biens dont vous m'aurez comblé; et votre justice ne me punhra pas moins du mauvais usage des uns que des autres, car les uns et les autres partaient également de votre miséricorde , et devaient contribuer à l'accomplissement de ses favorables desseins. Je vois, mon Dieu, toutes les pertes que j'ai faites, et j'en gémis. Heureux de n'y être pas insensible, et d'en concevoir actuellement le vrai repentir qu'il vous plaît de m'en inspirer.
L'autre sentiment est celui d'une humble reconnaissance envers Dieu qui nous a mis dans cette nécessité de porter la croix et de souffrir. Nonseulement je ne dois pas la regarder , cette nécessité inévitable, comme un malheur; mais je la dois considérer comme un des plus solides avantages de cette vie. Non-seulement j'y dois consentir, mais j'en dois être bien aise, mais j'en dois louer Dieu, mais je dois m'écrier avec samt Augustin : FeUx necessitas ! ( August.) O salutaire et précieuse nécessité; car puisque c'est la croix qui me doit sauver, n'est-ce pas un bien pour moi qu'elle me suive partout, et qu'il ne soit pas en mon pouvoir de l'éloigner de moi et de m'en préserver .> Si Dieu me laissait sur cela le choix , je n'aurais pas le courage de la chercher, et il y a bien de l'apparence que je succomberais aux révoltes de la nature et aux ré* pugnances de mes sens qui se soulèvent contre , et qui ne peuvent s'en accommoder. Ainsi je passerais nMs jours sans combats, sans victoires sur moi-
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même, sans mortification et sans pénitence. Or, une vie sans pénitence est une vie de damnation : mais grâces au Seigneur dont la sagesse y a pourvu , il ne m*e8t pas libre de fuir la croix et de m'en garantir. II n'y a que la manière de la porter qui dépend de moi , et dès qu'il ne s'agit plus que de la manière , on a moins de peine à se résoudre et à prendre le plus sage et le meilleur parti. Je serais bien aveugle et bien ennemi de moi-même, si, me trouvant attaché inséparablement à la croix , je ne la portais pas au moins de bonne gr^ce , et ne tâchais pas d'en profiter.
Quel est donc le dernier sentiment qui me reste à prendre? c'est une ferme résolution de bien porter ma croix jusqu'à ce que je sois arrivé au sommet de la montagne , c'est-à-dire , jusqu'à ce que je sois parvenu à la fin de noa vie et au terme de ma félicité éternelle où je suis appelé de Dieu. Car m'appliquant les paroles de l'ange au prophète Élie, je me dis à moi-même : Surge (Reg., 19) ; Prends courage, mon âme, et ne te laisse point abattre. Tu n'es pas au bout de ta course. Il y a encore bien du chemin à faire pour y atteindre , et puisque la voie qui nous y conduit est celle de la croix , il y a bien encore pour toi des croix à porter : Grandis erUm tibi restât via. (Ibid. ) C'est ici qu'il faut de la fermeté et de la persévérance. On en voit qui portent assez bien la croix une partie du chemin , qui la portent bien pour un temps ; mais qui se relâchent ensuite et qui demeurent. Ce n'est point à eux que la couronne est promise , et ce n'est point ainsi qu'on emporte le prix. Il n'est réservé qu'au vainqueur, et on ne Test qu'après avoir fourni toute la carrière. Mais il en doit coûter pour cela ; vous le dites, mon cher auditeur; et moi je vais vous montrer, non plus la nécessité, n^ais la facilité de porter la croix après Jésus-Christ. Ceci demande une attention toute nouvelle, et ce sera la seconde partie.