I. Jéfus-Chnst fair plus encore. Pour mieux
établir parmi les hommes la gloire de Dieu , il vient détruire tous les ennemis qui la combattaient. Dieu avait trois grands ebnemis de sa gloûre, le démon, le péché et les biens de la terre, ou plutôt l'amour déréglé des biens de la terre. Le démon avait usurpé un empire si absolu sur les âmes que, de l'aveu même de Jésus-Christ, il passait pour le prince du monde, et l'était en effet, non par une puissance légitime, mais par une possession tyrannique. Le péché, dit saint Paul , régnait depuis Adam jusqu'à Moïse, et depuis IVfoTse jusqu'à Jésus-Christ , causant partout de tristes ravages, désolant le royaume de Dieu, et suscitant contre lui ses propres créatures. Enfin, l'amour déréglé des biens de la terre dominait presque dans tous les cœurs, où les hommes l'avaient placé comme leur idole, et auquel ils sacrifiaient leur conscience et leur salut. Voilà , dis-je , les trois ennemis que le Fils de Dieu est venu attaquer, et sur lesquels il a remporté de signalés avantages pour la gbire de son Père.
n. Cela est si vrai, que le démon n'attend pas même le jour où le Messie devait naître, pour lui céder la place. Si nous en croyons les auteurs païens , qui ne peuvent être suspects lorsqulls rendent témoignage à notre religion , peu de temps avant la naissance de Jésus-Christ, on vit tomber les idoles des faux dieux où l'esprit do mensonge se faisait adorer. Tous les oracles se turent , hors ceux qui annonçaient la venue de ce Dieu-Homme , et plus d'une fois les puissances infernales furent forcées d'avouer que leur règne était fini , et qu'un mattre au-dessus de tous les maîtres approchait pour gouverner le monde et le soumettre à la loi du vrai Dieu. En quoi s'accomplit par avance cette parole de l'Évangile : C'est maintenant que le monde va être jugé, et que le prince de ce monde sera banni, (JOiiN., 12.)
III. Ce n'était là néanmoins que des présages de ce que Jésus-Christ devait faire pour détruire le péché : autre ennemi non moins difficile à vaincre , ni moins opposé à la gloire de Dieu. Afin de bien entendre ce point , il faut supposer d'abord une vérité que la foi nous enseigne , et qui est indubitable, savoir, que tout ce qui s'est passé, et dans l'incarnation , et dans la naissance du Sauveur qui Fa suivie, n'a rien eu defortuit à son égard; mais que tout a été de son choix, et qu'il n'y a pas une circonstance qu'il n'ait prévue en particulier, et qu'il n'ait lui-même déterminée. Les autres enfants, dit saint Bernard, ne choisissent ni le temps où ils naissent, ni le lieu de leur patrie, ni les personnes dont ils reçoivent le jour, parce qu'ils n'ont pas la raison pour en délibérer, ni le pouvoir pour en ordonner; mais le Fils de Dieu avait l'un et Tautre , et comme dans la suite des années il devait
POUR LE TEBfPS DE L'AVENT.
mourir, parce qu'il le voudrait et de la manière qu'il le voudrait, aussi il s'est incarné, et il est né dans lé monde , parce qu'il l'a voulu , et ie la manière qu'il l'a voulu. Si bien que tout ce que les évangélistes nous ont appris , soit de son incarnation, soit de sa nativité ; la pauvreté de Marie sa mère, Tobscurité de Joseph réputé son père, langueur de la saison où il a pris naissance, le plein dénûment et Tabandonnement général où il s'est trouvé, sont autant de moyens dont il a prétendu se servir pour la fin qu'il s'était proposée.
rv. De là il nous est aisé de voir comment tout cela en effet tend à la ruine du péché. Car le Sauveur du monde vient travailler à détruire le péché, parce que, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, il vient satisfaire pour les péchés des hommes, et présenter à Dieu le sacrifice de notre salut. Que lui manque-t-il dès maintenant pour être la victime de ce sacrifice, et une victime parfaite ? La victime, disent les théologiens, doit être changée et comme transformée : or quel changement qu'un Dieu sous lajorme d'un homme! (Philip. , 3.) La victime doit être humiliée; et quelle humiliation qu'un Dieu réduit à l'état d'un enfant, et à l'état même d'un esclave! La victime doit être dépouillée; et est-il un dépouillement semblable à celui d'un Dieu, qui ne doit avoir en naissant, pour retraite, qu'une étable, et pour berceau qu'une crèche? La victime doit mourir, et il est vrai que J^sus-Christ n'a pas même encore paru au monde; mais naître comme bientôt il naîtra, et comme il s'y prépare, dans la souffrance et la^ douleur, exposé à toutes les injures de l'air, n'est-ce pas une espèce de mort? Voilà donc le sacrifice commencé, quoiqu'il ne soit pas achevé ; et par conséquent saint Bernard a raison de dire , que le péché reçoit ici une rude et violente atteinte. Si ce Dieu sauveur ne Tefface pas déjà par son sang , au lieu de sang il va verser des larmes; et ces larmes, dit saint Ambroise, sont des eaux salutaires qui laveront les crimes de ma vie. Larmes d'autant plus précieuses , qu'elles seront plus glorieuses à Dieu ,^ et qu'elles le vengeront de l'ennemi le plus mortel et le plus irréconciliable.
V. Il faut après tout*convenir que la destruction du péché ne serait pas encore complète , si le même Sauveur n'en coupait la racine la plus féconde et la plus contagieuse, qui est la cupidité, Quramour déréglé des biens de la terre. Or, il vient attaquer ce puissant ennemi en deux manières , l'une à l'égard des élus, et l'autre ^ Tégard des réprouvés; l'une à l'égard des justes et des vrais fidèles, et l'autre à l'égard des impies et des mondains. Dans les justes et les âmes fidèles , il triomphera de cette affe^on désordonnée aux richesses du monde, iox honneurs du monde, aux plaisirs du monde.
en la leur arrachant du cœur : et dans les mondains et les impies, il la combattra au moins en la condamnant, en la frappant d'anatlième, en la rendant moins excusable et plus criminelle devant Dieu.
VL Sommes-nous chrétiens, c'est-à-dire, sommes-nous de ces âmes dociles, de ces âmes heu reusement disposées à recevoir les impressions de la grâce de Jésus-Christ et à profiter de ses exemples; la vue de ce Dieu-Homme doit faire immanquablement mourir dans nos cœurs tonte convoitise, et nous détacher de tout ce qui s'appelle biens temporels. Car le moyen alors de le voir pauvre et de vouloir vivre dans l'opulence; de le voir abaissé, et de vouloir vivre dans l'élévation ; de le voir ^ souffrant et mortifié , et de vouloir jouir de ttates « les commodités et vivre dans les délices? Voilà ce qui a formé dans le christianisme tant de pauVres volontaires et tant de p^itents. Voilà ce qui arempG, !■ dans les premiers siècles de l'Eglise,, les déserts de |ti solitaires. Voilà ce qui remplît encore de nos jours les monastères de religieux, et ce qui leur fiiit qoitter tout avec joie, mépriser tout, renoncer pour jamais à tout. Mais sommes-nous de ce mande ré- |ji prouvé, de ce monde avare et intéressé, de ce monde ambitieux et vain, de ce monde sensuel et voluptueux , de ce monde insensible à tous les enseignements que vient nous donner cet Enfant-Dien; i quels arrêts de condamnation ne va-t-il pas porter la contre nous ? quels foudres ne fera-t-il pas gronder sur nos têtes? de quels malheurs ne nous menacera-t-il pas , et quel témoignage ne rendra-Ml pas devant son Père pour notre conviction et pour notre perte éternelle?
VIL II n'y a point de cœur si endurci quf ne doive être ému de tout cela, et c'est ce qui a touché mb grand nombre de mondains. Mais quoi qu'il en soit des autres , faisons-y toute la réflexion que demande rimportance de la chose. N'attirons pas sur nous un jugement aussi formidable que celui des humiliations et des souffrances d'un Dieu incamé. Que le fruit de cet Avent soit de nous mettre en état de le faire naître en nous d'une naissance tonte spirituelle et toute sainte. Or, nous nous mettrons dans cette heureuse disposition en nous eonformant à lui d'esprit, àt cœur et de conduite. Voilà quel doit être le principal sujet de nos entretiens intérieurs , de nos méditations , de nos oraisons , de nos résolutions. Ajoutons au triomphe de Jé^u»-Chri8t, vainqueur de tous les ennemis de la gloire de Dieu, la victoire qu'il remportera sur nous-mêmes, et que nous lui céderons. Par là nous pourrons entrer au rang des justes ^t des prédestinés ; par là ions mériterons de célébrer avec eux les grandeurs de Dieu, et de le glorifier éternellement dans le cM« après l'avoir glorifié sur la terre.
POUR LE TEMPS DE L'AVENT
S Œ. CommeiUJést»€hrist vient aUumer dans ie ccBurde$hommesunzèlearderUpaurlagloirede Dieu.
I. Enfin Jésus-Christ vient allumer dans le eceur te hommes un saint zèle pour la gloire de Dieu : eonmient cela? Premièrement , par la haute estime qu'il nous donne de cette gloire de Dieu ; et secondement, par Fintérét propre et essentiel qu'il nous ÛBt trouver dans cette gloire de Dieu.
n. Car, quand nous nous appliquops à considérer le mystère de rincamation divine, et que voyant Jésus-Christ dans Fétat où la foi nous le propose, nous venons à faire ces réflexions, que c*est pour .léparer la gloire de Dieu , qu*un Dieu est descendu du trône de sa majesté , et qu*il n'a pas cru que ce fui une condition trop onéreuse, de s'avilir de la sorte et des'anéantir; qu'il n'a point connu de moyen plus propre quecelui-là, ni d'autre prix qui pûtégaler le bien qu'il avait à rétablir; que malgré tout ce qa*il loi en devait coûter, il a mieux aimé s'assujettir aux dernières extrémités de la misère humaine, que de ne pas. rendre à son Père toute la gloire qui lui avait été ravie, et de lui en laisser perdre le moindre degré : pour peu que nous raisonnions et que Doos comprenions ces principes, voici les conséquences quise présentent d'elles-mêmes et que nous sommes obligés d'en tirer. Que la gloire de Dieu est donc un bien au-dessus de tous les biens, puisqu'il n'y a point, hors Dieu , d'autre bien à quoi le Fils de Dieu n'ait renoncé pour le rétablissement de cette gloire. Qu'il n'y a donc rien que nous ne devions sacrifier à la gloire de Dieu, puisque le Fils de Dieu s'y est sacrifié lui-même. Que de procurer de la gloire à Djeu, c'est donc ce qu'il y a de plus grand et de plus digne d'un homme raisonnable, à plus forte raison d'un homme chrétien, puisque c'a é(é une œuvre digne même d'un Homme-Dieu. Au contraire, que de blesser la gloire de Dieu, c'est doœ le souverain mal , parce que c'est l'offense de Dieu « et une telle offense qu'elle n'a pu être expiée que par les mérites d'un Dieu, c'est-à-dire, en particulier, que par toutes les douleurs et tous les méfuris qu'il a eu à souffrir, et h. quoi il s'est exposé. Far conséquent, que rien ne nous doit donc être pins précieux , plus sacré, plus cher que la gloire 4e Dieu 1 et que nous ne pouvons mieux employer notre zèle, qu'à la répandre, autant qu'il dépend de nous, et à l'amplifier.
10. Une autre considération nous y doit encore exciter très-fortement : c'est notre intérêt , et de tous nos intérêts le plus, important, qui s'y trouve lié, et qui est notre salut. Car la gloire de Dieu et notre salut sont ici comme inséparables. £t en effet , c^te gloûre de Dieu dans l'incarnation du Verbe divin , coni iste à sauver les honunes et à opérer l'ou-
vrage de notre rédemption : tellement que dans ce mystère , Dieu glorifié et l'homme sauvé , c'est proprement une même chose. Combien donc devonsnous prendre part à une gloire où nous sommes si intéressés! A parler en général, plus nous contribuons volontairement et par zèle à la gloire de Dieu , plus nous nous avançons auprès de Dieu, et plus nous méritons ses récompenses.
IV. Mais par où pouvons-nous glorifier Dieu? Par les moyens que le Sauveur des hommes est venu le glorifier. Jésus-Christ fait connaître la gloire de Dieu, en faisant connaître ses infinies perfections : adorons ces perfections divines, reoonnaissons-les dans la sainte humanité du Fils de Dieu , et rendonslui chaque jour de cet Avent , et même , s'il se peut, à toutes les heures, de fréquents et de pieux hommages. Jésus-Christ vient rétablir la gloire de Dieu en renversant l'empire du démon : chassons nousmêmes de notre cœur ce damnable ennemi , dont nous n'avons que trop écouté en tant de rencontres les suggestions; et pour nous dégager entièrement de sa tyrannie, chassons avec lui bien d'autres démons domestiques qui lui ont ouvert l'entrée, et qui ont secondé ses pernicieux desseins : ce sont nos passions et nos inclinations vicieuses. Jésus-Christ vient réparer la gloire de Dieu par la destruction et l'expiation du péché : pleurons nos péchés , effaçons-les par nos larmes et par notre pénitence; prenons toutes les précautions nécessaires pour nous garantir des rechutes où le monde pourrait nous entraîner, et conservons pour jamais à Dieu nos âmes pures et sans tache. Jésus-Christ vient assurer la gloire de Dieu contre les nouvelles insultes du péché, par le renoncement aux biens de la terre, dont l'amour déréglé corrompait le monde : renonçons à ces faux biens, au moins de cœur, si nous ne nous sentons pas appelés à y renoncer en effet. Quand Dieu permet que nous tombions dans le besoin, dans l'humiliation, dans la souffrance, souvenons-nous que ce sont là les moyens les plus efficaces dont a usé le Fils de Dieu, et qu'il nous a enseignés pour honorer son Père, et pour le dédonmiager en quelque manière de tous les outrage» qu'il a reçus de nous; consolons^ous dans cett€ pensée ; acceptons ce que Dieu nous envoie, et faisons-nous-en un mérite auprès de lui. S'il ne nous traite pas en apparence avec tant de rigueur, et qu'il nous laisse dans une condition aisée, commode, honorable , gardons-nous de toute attache aux commodités que notre condition nous fournît , aux honneurs qu'elle nousprooure, aux richesses dentelle nous accorde la possession et l'usage. Dans l'opu^ lence, ayons l'esprit de pauvreté; dans la grandeur, l'esprit d'humilité ; et parmi tout ce qui peut contribuer à la douceur de la vie, l'esprit de mortiflcatioo. Ne nous eiK tenons pas préei^en^ à Tes-
ISO
POUR LE TEMPS DU CARÊME
prit; mais selon que notre état le comporte , pas- f vorable pour mol, et qu'en effet ce soit poor tous
sons à la pratique. La pratique sans Tesprit ne serait qu'un vain extérieur; mais aussi Fesprit sans la pratique ne serait qu'une illusion.
V. Voilà, Sauveur adorable, les excellentes règles que vous venez nous tracer, et que nous devons suivre; mais pour les pratiquer et pour les suivre, il nous faut une grâce, et une grâce puissante. Or, en est-il une plus puissante que celle même que vous apportez avec vous? Car en nous apportant une nouvelle loi, vous nous apportez une grâce toute nouvelle, qui est la grâce du Rédempteur. Avec le secours deoette grâce, de quoi ne viendrons-nous point àbout pour la gloire de votre Père et pour la vôtre? nous ne cesserons point de vous la demander avec confiance, et vous ne cesserez point de la répandre sur nous avec abondance. Elle nous éclairera, elle nous conduira , elle nous soutiendra. Mais queserace quand à cette grâce intérieure vous ajouterez la force de votre exemple, et que sortant du bienheureux sein où vous êtes enfermé comme dans un sanctuaire, vous vous montrerez au monde, et nous servirez de modèle? Hâtez- vous de paraître : nous vous attendons et nous vous désirons. Que la terre e'ouvre, et[qu'eUe germe le Sauveur. ( Isaï. , 45. ) Qu'il vienne nous remplir de son esprit, nous animer de ses sentiments , nous marquer ses voies , et nous conduire enfin à cette béatitude céleste, où après avoir glorifié Dieu sur la terre, nous devons être nous-mêmes éternellement comblés de gloire.
INSTRUCnON
LE TEMPS DU CARÊME
I. Représentez-vous bien que Je carême est un temps consacré à la pénitence , et qu'on peut par conséquent lui appliquer ce que saint Paul disait aux Corinthiens : f^oici maintenant le temps favora* me; voici les jours du salut (2. Cor,, 6); parce qu'il n'y a point de temps dans l'année plus favorable pour nous que celui où nous travaillons à apaiser la colère de Dieu, ni de jours plus précieux pour le salut que ceux qui sont employés à expier nos péchés. C'est donc à vous d'entrer dans ce sentiment de l'apôtre. Quoique toute votre vie doive être une pénitence continuelle, eu égard aux fautes dont vous vous reconnaissez coupable devant Dieu , c'est particulièrement dans le carême que vous devez vous attacher à la pratique et aux exercices d'une vertu si importante et si nécessaire; en sorte que vous puissiez dire : f^oici maintenant le temps/a- * Celte ImtraeUoa tai faite poor une dame de quaUte.
on temps de pénitence. Car quel reprodie auriezvous à soutenir de la part de Dieu . si pendant que toute l'Église est en pénitence, vous n'y étiez pas, et si par le malheur et le désordre ou d'une vie lâche et dissipée, ou d'une vie mode et sensuelle, vous passiez ce temps du carême sans participer en aucune manière à la pénitence publique des chi^ tiens; puisqu'alors, bien loin qu'il fât pour vous ce temps de grâce et de salut dont parle saint Paul , il ne servirait qu'à votre condamnation, et qu'il s'ensuivrait de là que votre impénitence criminelle en tout autre temps , le serait doublement en celui-ci?
n. Il n'y a nulle raison qui puisse vous dispenser de la pénitence, parée que la loi de la pénitence est une loi générale , dont personne n'est excepté; une loi qui dans tous les états de la vie se peut accomplir, et contre laquelle la prudence de la chair ne peut jamais rien alléguer que de vain et de frivole. Plus il vous parait difficile, dans la place où vous êtes, d'observer exactement cette loi plus vous devez faire d'efforts pour vous y assujettir, parce que c'est justement pour cela que vous avez encore phis besoin de pénitence. Vos infirmités mêmes, au lieu de vous rendre impossible l'observation de cette loi , sont au contraire, dans les desseins de Dieu, de puissants secours pour vous aidera y satisfiiire, soit en vous tenant lieu de pénitence, Idrsqu'elies vont jusqu'à l'accablement des forces, comme il arrive dans les maladies ; soit en vous servant de sujets pour remporter sur vous de saintes victoires , quand ce ne sont que des incommodités ordinaires que vous devez alors surmonter par la fe^ veur de l'esprit, afin que vous fassiez de votre corps, selon l'expression du maître des gentils, une hostie vivante et agréable aux yeux de Dieu. La pratique tout opposée où vous avez vécu, doit non-seulement vous confondre, mais vous animer contre vousmême, et vous exciter fortement à réparer tout ce que l'amour propre vous a fait commettre au préjudice de cette divine loi de la pénitence; car voilà les sentiments avec lesquels vous devez commencer le carême, résolue, d'une façon ou d'autre, de subir cette loi, que vous ne devez point regarder comme un joug pesant , ni comme une loi onéreuse , mais plutôt comme une loi de grâce d'où dépend tout votre bonheur.
III. Toute la pénitence du carême, comme l'a très-bien remarqué saint Léon , pape, ne se réduit pas à jeûner ni à s'abstenir des viandes défendues; c'en est bien une partie , mais ce n'est pas la principale ni la plus essentielle. Quoique le précepte de I l'abstinence et du jeûne cesse en certaines conjonetures , celui de la pénitence subsiste toujours ; et comme il y a dans le inonde des chrétiens relâchés.
POUR LE TEMPS DU GABÉM E
qui, par une espèce d'hypocrisie, jeûoent sans faire pénitence, ou parce qu'ils jeûnent sans renoncer à kor péché , ou parce qu'ils trouvent le moyen , par mille adoucissements, de jeûner sans se mortifier, ee qu'on peut appeler Thypocrisie du jeûne, si souleat condamnée dans l'Écriture : aussi , par une ooodoite toute contraire , les âmes fidèles à Dieu , quand le jeûne leur devient impossible, savent bien Aire pénitence sans jeûner, parce que sans jeûner elles savent se vaincre elles-mêmes, s'interdire les délioiBS de la vie, marcher dans les voies étroites du sahit, et pratiquer en tout le reste la sévérité de rÉvangile. Suives cette règle, et tenez-vous d'autant plus obligée à la pénitence, que vous vous sentez moins capable de garder à la lettre et dans la rigueur le commandement du jeûne. Car il est certain que la dispense de l'un ne vous peut être qu'un surcroît d'engagement pour l'autre. Si vous raisonnez en chrétienne, c'est ainsi que vous en devez oser, ain que Dieu ne perde rien de ses droits , et que la délicatesse de votre santé ne vous empêche point de remplir la mesure de votre pénitence.
lY. En conséquence de ces principes, la première chose que Dieu demande de vous, et que vous devez TQiis-même demander à Dieu pour tout ce saint temps, c'est l'esprit d'une salutaire componction, cet esprit de pénitence dont David était pénétré , et dont il faut qu'à son exemple vous vous mettiez en état de ressentir l'impression et l'efficace. Cest-àdire que votre plus solide occupation pendant le carême doit être de repasser tous les jours devant Dieu, dans l'amertume de votre âme, les désordres de votre vie , d'en reconnaître avec douleur la griè- Teté et la multitude , de vous en humilier, de vous en affliger, de ne les perdre jamais de vue; tellement que vous puissiez dire conmie ce saint roi : Seigneur, mon péché m* est toujours présent. (Psatm. 50.) Car, selon l'Écriture, voilà en quoi eonsii^e l'esprit de la pénitence. Or, une excellente pratique pour cela même , c'est que pendant le caléme, TOUS fassiez toutes vos actions dans cet esprit , et par le mouvement de cet esprit ; allant , par exemple, à la messe comme au sacrifice que vous allez offrir vous-même pour la réparation de vos péchés ; priant comme le publicain, et ne vous présentant jamais devant Dieu qu'en qualité de pénitente accablée du poids de vos péchés; jvous assujettissant de bon cœur aux devoirs pénibles de votre état , comme à des moyens d'effacer vos péchés; vous proposant pour motif dans chaque bonne cmvie de rach^er vos péchés ; vous levant et vous couchant avec cette pensée : Je suis une infidèle, et Dieu ne me souffre sur la terre qu'afin que je fasse pénitence de mes péchés. Cette vue continuelle de ▼oa péchés vous entretiendra dans l'esprit de la ), et rien ne vous aidera plus à l'acquérir
et à le conserver, que de vous accoutumer à agir de la sorte.
V. Cet esprit de pénitence, si vous êtes assez heureuse pour en être touchée, doit produire en vous un effet qui le suit naturellement, et qui en est la plus infaillille marque; savoir, la pénitence de l'esprit, c'est-à-dire, une ferme et constante disposition où vous devez être, de mortifier votre esprit, votre humeur, vos passions, vos inclinations, vos mauvaises habitudes , mais par-dessus tout votre orgueil, qui est peut-être dans vous le plus grand obstacle à la pénitence chrétienne : car le fond de la pénitence chrétienne, c'est l'humilité ; et tandis qu'un orgueil secret vous dominera , ne comptez point sur votre pénitence. 11 faut don^ pour répondre aux desseins de Dieu , qu'en même temps que vous célébrez le carême avec l'Église , animée de l'esprit de la pénitence, vous vous appliquiez à être plus humble, plus douce, plus patiente, plus compatissante aux faiblesses d'autrui , plus vide de l'estime de vous-même ; que vous parliez moins librement des défauta de votre prochain, que vous soyez moins prompte aie condsimner; que si, malgré vous, vous en avez du mépris, vous n'y ajoutiez pas la maligne joie de le témoigner; car si vous ne prenez sur tout cela nul soin de vous contraindre, quelque pénitence que vous puissiez faire, vous ne commencez pas par celle qui doit justifier devant Dieu toutes les autres, et sans laquelle toutes les autres pénitences sont inutiles. En vain, disait un prophète, déchirons-nous nos vêtements, si nous ne déchirons nos cœurs : c'est le changement du cœur et de l'esprit qui feit la vraie pénitence ; autrement, ce que nous croyons être pénitence, n'en est que l'ombre et le fantôme. Du reste, il n'y a personne à qui convienne plus qu'à vous cette pénitence de l'esprit, puisque vous confessez vous-même que c'est principalement par l'esprit que vous avez péché.
VI. La pénitence purement intérieure ne suffit pas, et tous les oracles de la foi nous apprennent qu'il y faut joindre l'extérieure, parce que la corruption du péché s'étant également répandue sur l'homme extérieur et sur l'homme intérieur, Dieu, dit saint Augustin , exige de nous , selon l'un et Fautre, le témoignage de notre contrition. Conformément à cette maxime, vous devez être durant le carême plus fidèle que jamais aux petites mortifications que Dieu vous a inspiré de vous prescrire à vous-même, afin qu'au nooins en quelque chose vous ayez la consolation, suivant la parole de saint Paul, déporter sur votre corps la mortification du Seigneur Jésus , et qu'elle paraisse dans votre chair mortelle. (2. Cor., 4.) Par la même raison, le temps du carême doit encore allumer votre ferveur, pour rendre aux malades que Dieu confie à vos soins les visites de charité, et même les services humiliants
qaMls attendent de vous : car ces senrices et ces ▼isites sont pour vous désœuvrés de pénitence; et vous devez vous souvenir que comme la foi est morte sans les œuvres , ainsi Tesprit de pénitence s^éteint peu à peu quand il n'est pas entretenu par les œuvres de la pénitence. Vous ne devez pas nen plus négliger, autant qu'il dépend de vous, d'être plus modeste dans vos habits pendant le carême , qu'en tout autre temps de Tannée, puisque le Saint- Esprit, en mille endroits de FÉcriture, fait consister dans cette modestie un des devoirs de la pénitence des pécheurs : d'où vient que les pénHents de la primitive Église se revêtaient du cilice et se couvraient de cendres. Vous ne professez pas une autre religion qu'eux; et tout votre zèle, à proportion, et dans l'étendue de votre condition, doit être de vous conformer à eux.
YII. L'aumône , selon ladoctrinedes Pères , ayant toujours été considérée comme inséparable du jeûne, parce que les pauvres, disaient-ils, devaient profiter de la pénitence des riches, il est évident que cette obligation des riches devient encore bien phis grande à leur égard , quand par des raisons légitimes ils sont dispensés déjeuner. L'aumône n'est plus alors un simple* accompagnement . mais un supplément du jeûne , dont elle doit tenir ta place. Il faut donc qu'elle soit plus abondante, comme étant due à double titre, et du jeûne et de l'aumône même. C'est par là que vous devez mesurer et régler vos aumônes pendant ce saint temps, ne vous contentant pas des aumônes que la loi commune de la charité vous engage à faire en toute sorte de temps, mais en en faisant d'extraordinaires que la loi de la pénitence y doit ajouter, parce qu'il est constant qu'une pécheresse doit bien plus à Dieu sur ce point, qu'une chrétienne qui aurait conservé la grûce de ^on innocence. Vos aumônes , pour être le supplément de votre jeûne, et pour faire partie de votre pénitence , doivent être des aumônes qui vous coûtent'; je veux dire, que vous les devez faire de ce que vous vous serez refusé à vous-même, et qu'une de vos dévotions du carême doit être de sacrifier à Dieu certaines choses dont vous voudrez bien vous priver pour avoir de quoi soutenir votre prochain, préférant le soulagement de ses misères à votre sensualité, à votre curiosité, à votre vanité. C'est par de semblables victimes, dit le saint apôtre, qu'on se rend Dieu favorable.
Vin. Ce n'est pas assez : mais pour sanctifier le carême, il faut de plus retrancher les plaisirs et les vaines joies du monde; rien n'étant plus opposé à l'esprit de la religion , beaucoup plus à l'esprit de In pénitence, que ce qui s'appelle plaisir, surtout dans un temps dédié à la pénitence solennelle de rÉglise. Ainsi une âme chrétienne doit alors , nonfeulement abandonnée tous les divertissements pro-
POUR LE TEMPS DU CARÊME
fanes qui ne sont permis en nul autre temps, comme les spectacles, les comédies, les danse»; mais même les jeux innocents , les conversations mondaines , les assemblées, les promenades , tout ce qui peut faire perdre Tesprit de recueillement et de com* ponction^ Il n'y a pas jusques aux personnes Tes plus séparées du monde par leur état de vie, qui ne doivent entrer dans cette pratique, ayant un soin particulier, pendant le temps du carême, de s'abstenir de certaines récréations, et d'en faire à Dieu le sacrifice. Ce qui doit néanmoins s'entendre des dioses qui ne sont ni nécessaires, ni utiles, et dont on se peut passer sans préjudice d'un plus grand bien. Ce qu'on accorde mêmepourlors ou àlasanté, ou à une honnête relâche de l'esprit , doit être accompagné d*une secrète douleur de se voir réduit à la nécessité de prendre ces petits Sbulagements, et à l'impuissance de faire une pénitence par&ite, telle qu'on voudrait la pouvoir faire pour s'acquitter pleinement auprès de Dieu.
IX. Jésus-Christ, durant son jeûne de quarante jours, se retira au désert, et quitta même ses disciples : d'où vous devez conclure que le carême des chrétiens doit être pour eux un temps de retraite et de séparation du monde, puisque le Fils de Dieu n'en usa de la sorte que pour notre instruction, et non pas pour sa propre sanctification; et que le jeûne qu'il observa ne fut que pour servie de modèle au nôtre. Car c'est ce que tous les Pères de FÉglise nous ont enseigné. Formez-vous sur ce grand exemple. Faites-vous une règle de vous séparer du monde , non par l'amour de votre repos, mais par le désir et le zèle de votre perfection. A l'exemple de votre Sauveur, et conduite comme lui par l'esprit de Dieu, allez passer certains jours dans votre solitude, pour y vaquer à Dieu et à vous-même. Ne vous contentez pas de cela : mais sans changer de lieu , ni en faire dépendre votre dévotion , établissez-vous au milieu de vous-même une solitude intérieore, où, dans le silence et hors du tumulte , vous communiquiez avec Dieu, donnant tous les jours du carême plus de temps à l'oraison et à la prière. Est-il personne au monde , sans exception , à qui cet exerdee de retraite , joint à l'oraison et à une sainte communication avec Dieu, soit si nécessaire qu^à vous? Disposez-vous donc à en tirer tous les avantages que Dieu par sa miséricorde y a attachés pour votre salut. Car c'est à vous-même, et de vous-même, que Dieu dit, par le prophète Osée :Je la conduirai dans la solèlude, et làje lui parlerai au cœur. (Ose., 2.)
X. La parole de Dieu a été , dès les premiers siècles du christianisme , la nourriture spirituelle dont l'Église, pendant le j^ne du carême, a pourvu ses enfants, et l'usage en est encore aujourd'hui très* commun. Vous devez là-dessus, non-seulement accomplir votre devoir, mais l'accomplir exempUl^
POUR LE TEMPS DU CARÊME
■WDl : TOUS afteelionnant à la divine parole qui vous est prMiée, vous y rendant assidue, l'estinant, la goûtant « la méditant , craignant d*en abu- «eroa de la négliger, portant les autres à Fentenère eomme vous, et lui donnant du crédit, quand ee ne serait que pour empéeher Favilissemeat où elle tombe. Par là tous aurez part à la béatitude de ceux qd rbonorent : car c'est Jésus-Christ lui-même fu les a déclarés bienheureux. Au défaut de la prédication, lorsque vous serez hors d'état d*y assister, et même quand vous y assisterez , vous devez aller i la source de cette parole toute sainte , lisant cha- ^ jour du carême Tévangile qui lui est propre ; nais le lisant avec respect , avec attention , avec foi, parce que c'est la parole pure et immédiate du Saint- Esprit, et qu'en ce sens cette parole est encore plus féoérable que celle qui vous est annoncée par le oûnistère des hommes.
XI. Ajoutez qu'une des Ans du carême et de son iastitiition, est de préparer les fidèles à la communion pascale, et que c'est à quoi vous devez singulièrement penser, travaillant plus que jamais à purifier votre conscience, fidsant vos confessions avec plus d'exactitude, rentrant plus souvent en vousoéme pour vous éprouver, afin que dans la solennité de Pâques Jésas^Christ vous trouve plus digne d'approcher de lui et de ses divius mystères. Il sertit bon que vous fissiez pour cela, d'année en année, une espèce de revue durant le carême, pour raoédilBr à vos relâchements et à vos tiédeurs. Par eette tfonfiession générale depuis la dernière, vous TOUS renouvelleriez et vous disposeriez à la fête qui approche , et qui doit être le renouvellement univeraâl de toutes les âmes chrétiennes. Du reste , la plus eioeUeote préparation pour bien communier est, wkm saint Oirysostôme, la communion. même. Tout ne pouvez mieux vous disposer à ceHe de Pâques, que par les communions fréquentes et ferventes du carême. Car voilà pourquoi dans la plupart des Églises d'Occident, comme nous l'apprenons des anciens conciles, la coutume était, pendant le carême, de communier tous les jours. Coutume que saint Charles souhaita si ardemment de rétablir dans l'Église de Milan, n'ayant point trouvé de moyen plus efiBcace pour préparer les peuples au devoir pascal , que d'ordonner dans les temps du earlme la fréquentation des sacrements. Pourquoi donc ne vous conseillerais-je pas la même pratique, puisque j'en ai les mêmes raisons, et que je suppose de votre part les mêmes dispositions ?
XII. Enfin le carême, de la manière qu'il est institué dans le christianisme., se rapportant tout entier ao grand mystère de la passion de Jésus-Christ, qui en est le terme, c'est surtout dans cette sainte quarantaine que vous devez être occupé du souvenir des sottAranees da Sauveur. Souvenir que Jésus-
Christ attend de vous, et auquel vous ne pouvez manquer sans vous rendre coupable de la plus énorme ingratitude. Souvenir qui vous doit être infiniment avantageux, et que vous ne pouvez perdre sans renoncer aux plus solides intérêts de votre salut. C'est, dis-je, dans le temps du carême oue vous devez vous l'imprimer profondément, ce souvenir, afin qu'il ne s'efface jamais de votre âme, et qu'à tous les moments de votre vie vous puissiez vous écrier : Ah I Seigneur, j'oublierais plutôt ma main droite que je n'oublierais ce que vous avez souffert pour moi. Il est donc important que vous ne passiez aucun jour du carême sans lire dans les évangélistes quelque chose de la passion du Fils de Dieu et de sa mort. Quels miracles de vertu , pour peu que vous y soyez attentive , n'y découvrirez-vous pas? Le souvenir des souffrances d'un Dieu vous rendra tous les exercices de la pénitence non -seulement supportables, mais aimables ; et Tune des plus douces pensées pour vous et des pratiques les plus consolantes dans la suite du carême, sera d'unir votre pénitence à la pénitence de Jésus-Chnst. Telle était la dévotion de saint Paul, quand il disait : Je suis attaché à fa croix avec Jésus-Christ (Gaiat., 2); ne séparant point la croix de Jésus- Christ d'avec l'a sienne, et n'en faisant qu'une des deux. Mais pour parvenir à cette dévotion du grand apôtre, il faut que le mystère de la passion soit le sujet le plus ordinaire de vos considérations et de vos réflexions.
Xm. Voilà les avis que j'ai à vous donner pour un temps qui vous doit être si précieux. Vous ne pouvez trop reconnaître la bonté de Dieu qui vous l'accorde , et qui veut bien accepter le bon emploi que vous en ferez pour la rémission de vos fautes. Car il y a dans cette conduite de Dieu envers vous une double miséricorde , dont vous ne sauriez assez le bénir, ni lui témoigner assez de reconnaissance Hé! Seigneur, devez- vous lui dire, qu'ai* je fait, et par où ai-je mérité que vous m'ayez ainsi attendue, et que vous m'ayez fourni un moyen si facile de payer à votre justice tant de dettes dont je me trouve chargée? Vous n'avez pas voulu me perdre comme des millions d'autres; et bien loin de me traiter comme eux dans toute la rigueur de vos jugements, vous vous relâchez en quelque sorte pour moi de tous vos droits. A combien de pécheurs et de pécheresses moins coupables que moi, avez-vous refusé ce temps de pénitence, et quelle proportion y a-t-il entre cette pénitence que votre Église m'impose, et toutes les infidélités de ma vie? Mais plus vous m'épargnez, mon Dieu, moins je m'épargnerai moi-même; et plus vous usez d'indulgence envers une misérable créature pour lui faciliter la juste réparation qu'elle vous doit, plus j'userai de sévérité pour vous rendre , non pas toute la gloire que je vous ai ravie, et
qui TOUS est dae« mais toute celle au moins que je suis en état de vous procurer. Que n*ai-je été toujours animée de ce sentiment ! je n'aurais point tant écouté mille prétextes , que Tesprit du monde, qne la nature corrompue, que ma feiblesse et mon amour-propre me suggéraient. Mais si je n'ai pas profité du passé, vous voyez, Seigneur, la résolution où je suis de ne laisser rien échapper du présent, ni de Tavenir , autant qu'il vous plaira de me donner encore de jours. Daignez, mon Dieu, me confirmer dans cette heureuse disposition; et comme votre grâce me l'inspire, qu'elle m'aide à la soutenir. Ainsi soit-il.
POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
INSTRUCTION
POOE
LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
SDA LIS DEUX DOdFLBS QUI ALLÈRENT A BDIAQft.
l'Évangile nous parle de deux disciples qui s'en allèrent à un bourg nommé Emmaûs (Luc, 24), et nous les représente en trois dispositions dangereuses. Ils ne croyaient plus que ûiblement en Jésus-Christ, ils n'espéraient presque plus en lui, et par une suite nécessaire, ils ne lui étaient plus guère attachés. Mais ce Dieu sauveur se joignant à eux sur le chemin d'Emmaûs , et s'entretenant avec eux, raffermit leur foi, ranime leur espérance, et rallume enfln toute l'ardeur de leur charité. Nous pouvons tirer de là de très-solides leçons pour nousmêmes, et nous en faire une juste application.
S I. Comment Jésus- Christ raffermit la foi des deux disciples.
La foi de ces disciples n'était plus qu'une foi chancelante et faible, depuis qu'ils avaient vu leur mattre condamné à la mort et livré au supplice honteux de la croix.Ils avaient de la peine à se persuader qu'un homme traité de la sorte, et mort si ignominieusement, pût être ce Messie qu'ils attendaient, ce Blessie qui devait sauver Israël , ce Messie dont ils s'étaient formé une si haute idée. Voilà ce que nous pouvons appeler le désordre ou le scandale de leur foi. Car c'est, au contraire, pour cela qu'ils devaient croire en Jésus-Christ : c'est, dis-je, parce qu'ils l'avaient vu mourir dans l'opprobre et crucifié. Ainsi, de ce qui devait être pour eux un motif de créance et de foi , ils se faisaient un obstacle à la foi même. Ils commençaient à douter et à ne plus croire, par la même raison qui eût dû les déteminer à croire, et le mystère de la croix leur
devenait, comme aux Juifs incrédules, uo sujet de trouble; au lieu que s'ils eussent bien raisonné, c'était le mystère de la croix qui devait les rassurer et les confirmer.
Que fait donc le Fils de Dieu? Il leur reproche leur aveuglement, et les convainc par trois arguments invincibles, capables de confondre leur incrédulité et la nôtre.
I. Il leur montreque tous les prophètes qui avaient parlé du Messie , après l'avoir si hautement exalté, et l'avoir annoncé comme le libérateur d'Iaraâ, avaient en même temps déclaré qu'il souffrirait tout ce qu'en effet il avait souffert. Il leur fait le dénombrement de toutes ces prophéties où se trouvaient marquées si distinctement et en détail les différentes circonstances de son suplice , le jour de sa mort, le prix donné à celui qui l'avait vendu, l'emploi qu'on avait fait de cet argent , le partage de ses habits, le fiel et le vinaigre qu'on lui avait présenté à boire, et le reste. D'où il les' oblige à conclure que |eur incrédulité est npn-seulement mal fondée, mais absolument insensée et déraisonnable, puisqu'il s'ensuivait de là que s'il n'avait pas été trahi et livré, s'il n'avait pas été comblé et rassasié d'opprobres, s'il n'avait pas été condamné et attaché à la croix, il ne serait pas celui qu'avaient prédit les prophètes, ou que ces prophètes se seraient trompés à son égard , leurs prophéties n'ayant pas été accomplies dans sa personne. Contradiction dont lem foi eût dû être ébranlée et scandalisée. Mais, parce que ce Dieu sauveur avait enduré la mort et le tourment de la croix , tout s'accordait parfaitement et se conciliait. Les oracles étaient vérifiés; il ne manquait rien à l'accomplissement des Écritures; on voyait dans lui ce Messie, d'une part victorieux et triomphant, et de l'autre sacrifié et immolé; d'une part le plus beau des enfants des hompoes, et de l'antre meurtri et défijguré; d'une part le Dieu de gloire, et de l'autre l'homme de douleur : preuve convaincante et sans réplique.
II. Il les fait souvenir que lui-même qui avait mis fin à la loi et aux prophètes, il leur avait parlé plus d'une fois de son crucifiement et de sa mort ; qu'A les en avait avertis par avance, et qu'il les y. avait ainsi préparés, afin que dans le temps ils n'en fossent point surpris, et qu'ils rappelassent la mémoire de tout ce qu'il leur avait dit. Rien donc ne devait plus les fortifier que de voir toutes ces prédictions si ponctuellement exécutées : comme, au contraire , rien n'eût dû les jeter dans une plus grande incertitude > ni ne les eût fait douter avec plus de fondement, que s'il était mort d'une autre manière « et qu'il n'c^t pas été exposé à une pareille persécutioii, ni à tant d'indignités. Et en effet, aprte leur «vw dit expressément : Nous allons à Jéntêolem^ «I toutce que las prophètes onfécritchtFiUdetHmÊtaÊÊ
POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
i'aeeoÊiipBra;onieUvreraaux Gentils, on le eauvrira d'Ignominie, on hd crachera au visage, il seraflagelléf eiensuileonle mettra en croix; après , dis-Je^ leur avoir tenu ce langage, ëi révénement Q*y eût pas répondu , qu*eussent-ils pu penser de lui? et bien loin de le reconnaître pour le Messie, n*ettssent-ils pas eu si^et de juger qu'il n'était pas même prophète? Mais par une règle tout opposée, ayant été eux-mêmes témoins de ce qui s'était passé , ayant su la prédiction , l'ayant entendue de sa bouche, et la comparant avec le succès où rien n'était omis de tout ce qu'elle contenait, n'avaient-ils pas en cela de quoi les soutenir, de quoi les consoler, et ne devaient-ils pas dire : Voilà justement ce que notre Mattre nous avait marqué; toutes ses paroles étaient véritables, et c'est sans doute l'envoyé de Dieu? Tellement que c'était dans eux une extrême folie et l'aveuglement le plus grossier, de prendre de là même un scandale directement contraire, DOD-sealement à la foi , mais au bon sens et à la raison.
m. Indépendamment des anciennes prophéties et èd ses propres prédictions, il leur fait entendre et leor explique , comment il était nécessaire que le Christ souffrit, et que par ses souffrances il entrât dans sa gloire. (Luc, 24.) Nécessaire qu'il souffirft , parce qu'il devait satisfaire à Dieu , parce qu'il devait réformer le monde, parce qu*il devait nous donner l'exemple, parce qu'il devait être, en 00O8 servant de modèle , notre règle , notre soutien , Botre consolation. Nécessaire que par ses souffrances il entrât dans sa gloire, parce qu*une des marines de sa divinité devait é(re de parvenir par l'hunâiation de ki croix , à la possession de toute la grâce dont un Dieu est capable. Ce moyen si singulier et si disproportionné ne convenait qu*à Dieu , et surpassait toutes les vues et toutes les forces de fhomme. Démonstration encore plus sensible pour nous et plus touchante que pour les disciples d*Kiiimaiîs, puisque nous voyons dans Teffet, ce quils ne faisaient que prévoir dans l'avenir. Jésus-Christ est monté au plus haut des cieux , et par la voie de la tribulation et de la confusion , il est arrivé au comble de la félicité et de Isr gloire. Si tout cela ne sert pas à rendre notre foi plus ferme, ne peut-on pas nous dire à nous-mêmes : O hommes aveugles et incrédules !ild.)
Quoi qu'il en soit , voilà le caractère de l'incrédulité, qui a été le vice de tous les siècles, et qui n'est encore que trop commune dans ces derniers âges. Combien sur le fait de la religion , y a-t-il , jusqu'au milieu du christianisme , de gens incertains et indéterminés ? combien y en a-t-il de lents et de tardifs à croire ? combien d'ignorants et de grossiers dans les choies de Dieu, combien même d'absolument impia et libertins? Or, à bien exammer les principes
les plus ordinahres qui les font penser, juger, douter, décider, parler, on trouvera souvent que ce qui altère leur foi , c'est cela même qui devrait l'augmenter: que ce qui trouble leur foi , c'est cela même qui devrait la calmer; que ce qui les déUche de la foi, c'est cela même qui devrait les y attacher. Une simple explication des choses, s'ils voulaient l'écouter avec docilité , et déposer pour quelques moments leurs vains préjugés, leur ouvrirait les yeux, et leur ferait apercevoir l'erreur qui les séduit.
Demandons à Dieu le don de la foi : car c'est un don de Dieu, et Tun des plus grands dons. Conservons-le avec tout le soin possible; et ne nous le laissons pas enlever par des opinions tout humaines, qui n'ont d'autre fondement ni d'autre attrait que leur nouveauté , pour engager les esprits frivoles et remplis d'eux-mêmes. Tenons-nous-en aux prophè» tes et à l'ancienne doctrine de l'Église. Afln d'exciter souvent notre foi et de la réveiller formons-en de fréquents actes ; et s'il nous vient des difficultés, faisons-nous instruire ; mais pour l'être, écoutons avec attention , avec soumission , sans obstination. Au contraire, ne prêtons jamais l'oreille à tout ce qui pourraitblesser la foi. Ces sortes de discours sont toujours pernicieux et très-nuisibles à ceux même qui n'y veulent pas déférer. Il est rare que les âmes les plus fidèles n'en remportent pas certaines impressions , qu'elles ont de la peine à effacer et dont il est aussi difQcile de se défaire, qu'il est aisé de les prendre.
Entre tous les articles de notre foi, tâchons surtout à nous bien pénétrer de cette vérité essentielle, qu'il a fallu que Jésus-Christ endurât toutes les ignominies et toutes les douleurs de sa passion, avant que de recevoir la gloire de sa résurrection. Cette pensée nous préservera d'un double scandale. Car le monde naturellement se révolte contre une religion qui nous propose pour objet de notre culte un Dieu crucifié : mais plus nous comprendrons ce mystère des souffrances et des humiliations de notre Dieu , plus nous le trouverons adorable, lly a encore un autre scandale qui n'est que trop commun ; c'est d'être surpris de voir sur la terre la plupart des gens de bien dans l'afQiction , et en particulier de nous y voir nous-mêmes ; mais du moment que nous aurons une foi vive de l'obligation où était Jésus-Christ même de subir la mort, et la mort de la croix , pour entrer dans une vie éternellement glorieuse, nous nous estimerons heureux d'avoir part à son calice, nous reconnaîtrons en cela une providence et une miséricorde toute spéciale sur nous; nous nous confondrons des plaintes et des murmures où nous nous sommes portés; et nous appliquant les paroles du Fils de Dieu, nous nous écrierons : O infidèles et insensés! ne faUait'il pas que U Christ lui-même
qui vous est dae« mais toute celle au moins que je suis en état de tous procurer. Que n'ai-je été toujours animée de ce sentiment ! je n'aurais point tant écouté mille prétextes , que Tesprit du monde, que la nature corrompue, que ma feiblesse et mon amour-propre me suggéraient. Mais si je n*ai pas profité du passé, vous voyez. Seigneur, la résolution où je suis de ne laisser rien échapper du présent, ni de Favenir , autant qu'il vous plaira de me donner encore de jours. Daignez, mon Dieu, me confirmer dans cette heureuse disposition; et comme votre grâce me Finspire, qu'elle m'aide à la soutenir. Ainsi soit-il.
INSTRUCTION
poum LA SECONDE FÊTE DE PAQUES,
SDA LIS DEUX DOdFLBS QUI ALLÈRENT k BDIAQft.
l'Évangile nous parle de deux disciples qui s'en allèrent à un bourg nommé Emmaûs (Luc, 24), et nous les représente en trois dispositions dangereuses. Ils ne croyaient plus que ûiblement en Jésus-Christ, ils n'espéraient presque plus en lui, et par une suite nécessaire, ils ne lui étaient plus guère attachés. Mais ce Dieu sauveur se joignant à eux sur le chemin d'Emmaûs , et s'entretenant avec eux, raffermit leur foi, ranime leur espérance, et rallume enfin toute Fardeur de leur charité. Nous pouvons tirer de là de très-solides leçons pour nousmêmes, et nous en faire une juste application.
S L Comment Jésus- Christ rafJèrmU la foi des deux disciples,
La foi de ces disciples n'était plus qu'une foi chancelante et faible, depuis qu'ils avaient vu leur mattre condamné à la mort et livré au supplice honteux de la croix.Ils avaient de la peine à se persuader qu'un homme traité de la sorte, et mort si ignominieusement, pût être ce Messie qu'ils attendaient, ce Blessie qui devait sauver Israël , ce Messie dont ils s'étaient formé une si haute idée. Voilà ce que nous pouvons appeler le désordre ou le scandale de leur foi. Car c'est, au contraire, pour cela qu'ils devaient croire en Jésus-Christ : c'est, dis-je, parce qu'ils l'avaient vu mourir dans l'opprobre et crucifié. Ainsi, de ce qui devait être pour eux un motif de créance et de foi , ils se faisaient un obstacle à la foi même. Us commençaient à douter et à ne plus croire, par la même raison qui eût dû les déterminer à croire, et le mystère de la croix leur
POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
devenait, comme aux Juifs incrédules, un sojelda trouble; au lieu que s'ils eussent bieo nisooaé, c'était le mystère de la croix qui devait les nssonr et les confirmer.
Que fait donc le Fils de Dieu? Il leur reproche leur aveuglement, et les convainc par trois aigu« ments invincibles, capables de confondre leur incrédulité et la nôtre.
I. Il leur montrequetouslesprophètesqoiavaieiil parlé du Messie , après l'avoir si hautement exalté, et l'avoir annoncé comme le libérateur d'Israël, avaient en même temps déclaré qu'il souffrirait tout ce qu'en effet il avait souffert. Il leur ûiit le dénombrement de toutes ces prophéties où se trouvaient marquées si distinctement et en détail lesdiffiérentes circonstances de son suplice , le jour de sa mort, le prix donné à celui qui l'avait vendu, l'emploi qu'on avait fait de cet argent , le partage de ses habits, le fiel et le vinaigre qu'on lui avait présenté à boire, et le reste. D'où il les' oblige à conclure que ^eur incrédulité est non-seulement mal fondée, àiais absolument insensée et déraisonnable, puisqu'il s'ensuivait de là que s'il n'avait pas été trahi et livré, s'il n'avait pas été comblé et rassasié d'opprobres, s'il n'avait pas été condamné et attaché à la croix, il ne serait pas celui qu'avaient prédit les prophètes, ou que ces prophètes se seraient trompés à son égard , leurs prophéties n'ayant pas été aoeoa> plies dans sa personne. Contradiction dont lem %à eût dû être ébranlée et scandalisée. Mais, parce que ce Dieu sauveur avait enduré la mort et le ! de la croix , tout s'accordait parfaitement et se < cillait. Les oracles étaient vérifiés; il ne i rien à l'accomplissement des Écritures; on voyait dans lui ce Messie, d'une part victorieux et triomphant, et de l'autre sacrifié et immolé; d'une part le plus beau des enfants des hompoes, et de raatrs meurtri et défiguré; d'une part le Dieu de gloire, et de l'autre l'homme de douleur : preuve convaineanta et sans réplique.
II. Il les fait souvenir que lui-même qui avait mis fin à la loi et aux prophètes, il leur avait parié plus d'une fois de son crucifiement et de sa mort ; quH les en avait avertis par avance, et qu'il les y. avait ainsi préparés, afin que dans le temps ils n*ea tesent point surpris, et qu'ils rappelassent la mémoire de tout ce qu'il leur avait dit. Rien donc ne devait plus les fortifier que de voir toutes ces prédictions si ponctuellement exécutées : comme, au contraire , rien n'eût dû les jeter dans une plus grande inœrtîtude> ni ne les eût fait douter avec plus de fondement, que s'il était mort d'une autre manière, et qu'il n'eût pas été exposé à une pareille perséeuUoni ni à tant d'indignités. Et en effet, apn^ leur avoir dit expressément : Nous allons à Jéntêolem^ si touicequelesprophéteson(écrUduFil$detiiama»e
POUR LA SEœNDE FÊTE DE PAQUES.
i'aceon^pGra; on lelivrera aux Gentils, on le cour vrira éTlgnominie, on hd crachera au visage, il seraflagellé, elensuileonle mettra en croix; après « dis-Je, leur avoir teau ce langage, ëi révénement n*y eût pas répondu , qu*eussent-ils pu penser de lui? et bien loin de le reconnaître pour le Messie, n*eussent-ils pas eu sujet de juger qu'il n'était pas même prophète ? Mais par une règle tout opposée, ayant été eux-mêmes témoins de ce qui s'était passé , ayant su la prédiction , l'ayant entendue de sa bouche, et la comparant avec le succès où rien n'était omis de tout ce qu'elle contenait, n'avaient-ils pas en cela de quoi les soutenir, de quoi les consoler, et ne devaient-ils pas dire : Voilà justement ce que notre Mattre nous avait marqué; toutes ses paroles étaient véritables, et c'est sans doute l'envoyé de Dieu? Tellement que c'était dans eux une extrême folie et l'aveuglement le plus grossier, de prendre de là même un scandale directement contraire, non-seulement à la foi , mais au bon sens et à la raison.
m. Indépendamment des anciennes prophéties et de ses propres prédictions, il leur fait entendre et leur explique , comment il était nécessaire que le Christ souffrit, et que par ses souffrances il entrât dans sa gloire. (Luc, 24.) Nécessaire qu'il souffirtt, parce qu'il devait satisfaire à Dieu, parce qu'il devait réformer le monde, parce qu*il devait nous donner l'exemple, parce qu'il devait être, en nous servant de modèle , notre règle , notre soutien , BOtre consolation. Nécessaire que par ses souffrances il entrât dans sa gloire, parce qu*une des marques de sa divinité devait ê(re de parvenir par l'huniliation de la croix , à la possession de toute la grâce dont un Dieu est capable. Ce ino^'en si singulier et si disproportionné ne convenait qu*à Dieu , et surpassait toutes les vues et toutes les forces de l'homme. Démonstration encore plus sensible pour nous et plus toucliante que pour les disciples d*Kinmaûs, puisque nous voyons dans Teffet, ce quils ne faisaient que prévoir dans Tavenir. Jésus-Christ est monté au plus haut des cieux , et par la voie de la tribulation et de la confusion, il est arrivé au comble de la félicité et de Isr gloire. Si tout cela ne sert pas à rendre notre foi plus ferme, ne peut-on pas nous dire à nous-mêmes : O hommes aveugles et incrédules! {Id,)
Quoi qu'il en soit, voilà le caractère de l'incrédulité, qui a été le vice de tous les siècles, et qui n'est encore que trop commune dans ces derniers âges. Combien sur le fait de la religion , y a-t-il, jusqu'au milieu du christianisme, de gens incertains et indéterminés ? combien y en a-t-il de lents et de tardifs à croire ? combien d'ignorants et de grossiers dans les choses de Dieu , combien même d'absolument impies et libertins? Or, à bien examiner les principes
les plus ordinahres qui les font penser, juger, douter, décider, parler, on trouvera souvent que ce qui altère leur foi , c'est cela même qui devrait l'augmenter: que ce q|ii trouble leur foi , c'est cela même qui devrait la calmer; que ce qui les déUche de la foi , c'est cela même qui devrait les y attacher. Une simple explication des choses, s'ils voulaient l'écouter avec docilité , et déposer pour quelques moments leurs vains préjugés, leur ouvrirait les yeux, et leur ferait apercevoir l'erreur qui les séduit.
Demandons à Dieu le don de la foi : car c'est un don de Dieu, et Tun des plus grands dons. Conservons-le avec tout le soin possible; et ne nous le laissons pas enlever par des opinions tout humâmes , qui n'ont d*autre fondement ni d'autre attrait que leur nouveauté , pour engager les esprits frivoles et remplis d*eux-mêmes. Tenons-nous-en aux prophètes et à rancienne doctrine de l'Église. Afln d'exciter souvent notre foi et de la réveiller formons-en de fréquents actes ; et s*il nous vient des difficultés , faisons-nous instruire; mais pour l'être, écoutons avec attention, avec soumission , sans obstination. Au contraire, ne prêtons jamais l'oreille à tout ce qui pourrait blesser la foi . Ces sortes de discours sont toujours pernicieux et très-nuisibles à ceux même qui n*y veulent pas déférer. Il est rare que les âmes les plus fidèles n*en remportent pas certaines impressions, qu*elles ont de la peine à effacer et dont il est aussi diiticile de se défaire, qu'il est aisé de les prendre.
Entre tous les articles de notre foi, tâchons sûrtout à nous bien pénétrer de cette vérité essentielle, qu*il a fallu que Jésus-Christ endurât toutes les ignominies et toutes les douleurs de sa passion, avant que de recevoir la gloire de sa résurrection. Cette pensée nous préservera d'un double scandale. Car le monde naturellement se révolte contre une religion qui nous propose pour objet de notre culte un Dieu crucifié : mais plus nous comprendrons ce mystère des souffrances et des humiliations de notre Dieu , plus nous le trouverons adorable. Il y a encore un autre scandale qui n'est que trop commun ; c'est d'être surpris de voir sur la terre la plupart des gens de bien dans Taflliction , et en particulier de nous y voir nous-mêmes ; mais du moment que nous aurons une foi vive de l'obligation où était Jésus-Christ même de subir la mort , et la mort de la croix , pour entrer dans une vie éternellement glorieuse, nous nous estimerons heureux d'avoir part à son calice, nous reconnaîtrons en cela une providence et une miséricorde toute spéciale sur nous; nous nous confondrons des plaintes et des murmures ou nous nous sommes portés; et nous appliquant les paroles du Fils de Dieu, nous nous écrierons : O it^fidéles et insensés! ne faUait'U pas que le Christ lui-même
smJJrU, H qu'il entrât ainsi dam sa glaire? (Luc, 34.)
S n. Comment Jésus-Christ ranime l'espérance des deux disciples.
La foi des deux disciples étant devenue si faible et si chancelante, c*était une conséquence nécessaire que leur espérance s'affaiblît à proportion . Ils avaient espéré en Jésus-Christ; mais on peut dire qu'ils n'espéraient plus, ou qu*ils n'espéraient qu'imparfaitement. Ils avaient espéré, comme ils le témoignenteux-mémes : Nous espérions (Luc.) ; mais ils n'espéraient plus, ou ils n'espéraient qu'imparfaitement; car si leur espérance eût toujours été la même, ils n'eussent pas dit seulement : Nous espérions; mais ils auraient ajouté : Nous espérons encore, et nous sommes sûrs que notre attente ne sera point trompée. Ce n'est plus là leur disposition : pourquoi? parce qu'il y a avait deux erreurs dans leur espérance, l'une par rapport au fond , et l'autre par rapport au temps.
L Erreur par rapport au fond. Ils espéraient que Jésus-Christ rétablirait le royaume temporel dlsraél; qu*il délivrerait lés Juifs de la servitude où ils étaient réduits; qu'il remettrait toute la nation dans la gloire et dans l'éclat où ils avaient été; qu'il les comblerait de prospérités , et les rendrait puissants dans le monde : voilà ce qu'ils avaient conçu , et ce qu'ils s'étaient promis de lui. Or en cela leur espérance était une espérance mondaine et toute terrestre. Espérance qui n'avait point Dieu pour objet, qui ne s'élevait point au-dessus de l'homme, qui n'allait point au solide bonheur ; mais qui s'attachait à des biens périssables , au lieu de chercher avant toutes choses le royaume de Dieu et sa justice. Espérance qui tenait encore du judaïsme, et n'avait rien de la loi de grâce. De sorte qu'ils étaient par là semblables à ces Israélites qui avaient soupiré après les oignons d'Egypte, qui avaient méprisé la manne du ciel , et s'étaient dégoûtés des viandes déHcates que Dieu leur préparait dans le désert. Espérance qui les rendait tout charnels , comme ces anciens Juifs, au goût desquels Dieu s'était accommodé , ne leur promettant que la fertilité de leur moissons, que l'abondance du blé et du vin, que la défaite de leurs ennemis, en un mot, que des avantages humains. Mais par-dessus tout, espérance fausse et erronée : car Jésus-Christ leur avait fait expressément entendre que son royaume ne serait pas de ce monde. Il devait les délivrer, mais de leurs péchés, et non point de la servitude des hommes. Il ne 8*était point engagé à les rendre heureux dans la vie , puisque au contraire il leur avait dit : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il porte sa croix, ^ÊÊSLwie suive. (Mâtth., 16.) Bien loin de leur
POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES
promettre des prospérités sur la terre, il ne leor
avait annoncé que des souffrances. En quoi doue consistait leur erreur ? En ce qu'ils confondaient lef dioses , interprétant d'un royaume temporel et visible, ce qui n'était vrai que d'un royaume spirituel et intérieur, et ne comprenant pas la nature des biens que la venue de Jésus-Christ et sa mission leur devaient procurer.
N'est-ce pas là ce qui nous arrive à nouMnémes? Nous espérons en Dieu; mais si nous nous consultons bien, et si nous démêlons bien les vrais sentiments de notre cœur, nous trouverons que nous n'espérons en Dieu que dans la vue des biens de cette vie, que dans la vue d'une fortune passagère, que dans la vue de mille choses que nous attendons de lui, mais qui n'ont nul rapport à lui. Nous espérons en Dieu : mais nous ne l'espérons pas lui-même, ou du moins nous ne l'espérons pas lui-même préférablement à tout ; et loin d'espérer en lui de la sorte, nous 1« faisons servir indignement à nos espérances mond.ines, n'espérant en lui que pour satisfaire nos désirs corrompus , et pour venir à bout de nos plus injustes prétentions. .
De là vient que quand nous voyons ces espérances frustrées, nous commençons à perdre confiance en Dieu, et que nous disons comme les disdples d'Emmaiis : Nous espérions. J'espérais que servant Dieu avec quelque fidélité, il aurait soin de moi, qu'il m'assisterait, qu'if me protégerait, qu'il me délivrerait de la persécution de mes ennemis. Tespérais qu'ayant recours à lui , il écouterait mes prières, il seconderait mes desseins, il bénirait mes entreprises : mais rien de tout cela ; et après tant de vœux , je me trq^ve encore dans le même état. Au lieu de dire : J'espérais que m'attacbant à Dieu, je recevrais de lui de puissants secours pour opérer mon salut et pour acquérir les vertus ; j'espérais, ou qu'il écarterait de moi les tentations qui m'attaquent, ou qu'il m'aiderait à les surmonter (espérances solides , espérances infaillibles, puisqu'elles sont fondées sur la parole de Jésus-Christ); au lieu, ditje, de parler ainsi , on tient dans le secret du cœur ui langage tout contraire : J*espérais qu'en prenant le parti de la piété, je passerais des jours tranquiilei et à couvert des orages du siècle; j'espérais y avoir plus de douceurs et plus d'agréments. Nous etpérions : marque donc que nous n'espérons plus : et pourquoi? parce que nous espérions mal, e'est-idire que nous n'avions qu'une espérance trompeuse et mal conçue.
Non, mes frères, dit saint Augustin, qu*aueuD de vous ne se promette un félicité temporelle, parce qu'il est chrétien. Jésus-Christ ne nous a point admis parmi ses disciples à cette condition. Quand uo soldat s'enrôle dans une milice , on ne lui dit point qu'il vivra bien à son aise, qu'il sera bien traité,
POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQTTFS
en couché; mais on ravertitjpi^ilfaut r, s*exposer; et comme il s'y attend, il étonné des marches pénibles qu*on lui des périls où on l'engage. Nous somits de Jésus-Christ : ce divin conqué- S8 nous a enrôlés dans sa sainte milice, r amasser des richesses , non pas pour i hauts rangs, ni pour être grands selon )n pas pour jouir de toutes nos cornus pour nous sanctifier, mais pour s nous le péché , mais pour combattre nos passions, mais pour avoir part à es et à ses humiliations. Il est vrai qu'il éme temps promis un bonheur et une mais ce bonheur et cette récompense , son royaume, ne sont pas de ce monde, il nous a cent fois répété dans son sur quoi nous avons dû compter. Par quoi que nous ayons à soutenir de fàla nature et dans la vie présente , nous point être surpris ni déconcertés; et e qui doit donner à notre espérance un lissement et un nouveau degré de fer-
tre erreur des deux disciples, fut à Véps. Le Fils de Dieu leur avait prédit itérait le troisième jour; ce troisième )as encore passé, et ils ne laissent pas r déjà leur impatience : Nom voici, i troisième jour que toutes ces choses I, sans que nous ayoïu rien vu, (Luc, ; pas , ajoutent-ils , que quelques fenité avant le jour au sépulcre , et qu'elles t rapporté que le corps n'y était plus, s de nous y sont aussi allés , et ont en les choses comme les femmes les I. Tout cela devait relever leur espé- ; conforter : mais leur empressement r tout cela, et au lieu d'attendre en ! persévérance, ils s'inquiètent et se
>ncore la disposition de la plupart des •us espérons en Dieu; mais nous ne sa- 'est que d'attendre avec tranquillité et ^omplissement des promesses de Dieu.
i que Dieu nous exauce tout d'un cx)up. ssons de lui demander si souvent et si t le moindre délai nous rebute : comme rance n'était pas une condition néces- *ière, pour obtenir les grâces du ciel; s grâces divines ne valaient pas bien lUS attendons de la part du monde, et imes si constants à poursuivre et à re- •mme si Dieu n'était pas le maître de que ce ne fût pas à lui de juger en