NÉCESSITE DU SALUT
feot in*étre atile, par rapport à la vie présente, n'fant l'état et la condition où je me trouve, mais Mfio je puis me passer de cette vie présente et moratte , et il faudra bien , tôt ou tard , que je la perde, tar conséquent , je n'ai de fond à faire que sur le ihit : c'est la que je dois tendre incessamment , Dîquement, nécessairement, à moins que, par un Sreux désespoir, je ne consente à être immanqualement , pleinement, éternellement malheureut. Terrible alternative ; ou un malheur étemel , qtii ft la damnation , ou une éternelle béatitude , qui it le salut! Voilà sur quoi je suis obligé de me dé* arminer, sans qu'il y ail aucun tempérament à rendre. Le ciel ou l'enfer, point d'autre destinée, i je me sauve, le ciel est à moi , et il ne me sera iBuJs ravi; si je me damne, l'enfer devient irrénniblement mon partage , et jamais je ne cesserai "y souffrir ; car la mort n'est point pour nous un néantissement : ce n'est point, comme pour la tte , une destruction totale ; au contraire , l'homme ft mourant ne fait que changer de vie ; d'une vie XNnte et fragile , il passe à une vie immortelle et wrmanente; vie qui doit être pour les élus le comtfede lafélicité et le souverain bien , et vie qui sera pour les réprouvés la souveraine misère et l'assem* Uage de tous les maux. Ainsi Dieu , dans le conseil le sa sagesse , ^a-^il arrêté, et ses décrets sont irrévocables. Voilà ma créance, voilà ma religion.
De là même, affaire tellement nécessaire, qu'il M m'est jamais permis, en quelque rencontre que assoit, d pour qui que ce soit , de l'abandonner. Un père peut sacrifier son repos et sa santé pour ses Bo&nts; un ami peut renoncer à sa fortune, et se lépouiller de tous ses biens pour son ami ; bien plus , il peut , en faveur de cet ami , sacrifier jusqu'à Il vie. Mais s'agit-il du salut, il n'y a ni lien du sang et de la nature, ni tendresse paternelle, ni amitié si étroite qui puisse nous autoriser à faire le sacrifice fon bien supérieur à toute liaison humaine et à toute considération.
Plutôt que de consentir à la perte de mon âme, je lierrals, s'il dépendait de moi, laisser tomber les nqfaumes et les emphres; je devrais laisser périr le moude entier. Et ce n'est point encore assez : car, Kkm les principes de la morale évangélique, et selon a loi de la charité que je me dois indispensablement i moinnéme , non-seulement il ne m'est point libre le sacrifier, en quelque manière que ce puisse être , mm salut, mais il ne m'est pas même permis de le nsarder et de l'exposer. Le seul danger volontaire, i ^est un danger prochain , est un crime pour moi ; t quoi qu'il m'en pût coûter, ou pour le prévenir, NI pour en sortir, je ne devrais rien ménager ni icn épargner, fallût-il en venir à toutes les extrédlés; fsllût-il quitter père, mère, frères , sœurs ; aDàt-il m'arracher l'œil ou me couper le bras :
BOOIDiUMn. — T. m.
pourquoi cela ? toujours par cette grande raison de la nécessité du salut , qui prévaut à tout et l'emporta sur tout.
Allons plus loin , et , pour nous fhire mieux entendre , réduisons ceci à quelques points plus marqués et plus ordinaires dans la pratique. Je prétends donc que cette nécessité du salut, bien méditée et bien comprise, est , avec le secours de la grâce, le plus prompt et le plus puissant préservatif contre toutes les tentations dont nous pouvons être assaîl« lis, chacun dans notre état. Mais sans embrasser trop de choses , et sans nous engager dans un détail infini , bornons-nous à certaines tentations particulières, plus communes, plus spécieuses, plus violentes, qui naissent de la nécessité et du b^in où l'on peut se trouver en mille occasions , par rapport aux biens temporels et aux avantages du siècle : je m*explique.
Il y a des extrémités fâcheuses où se trouvent réduites une infinité de personnes; et que fait alon l'ennemi de notre salut, ou pour mieux dire, que fait la nature corrompue? que fait la passion et l'amour-propre, plus à craindre mille fois pour nous que tous leS démons? Cest dans des conjonctures si critiques et si périlleuses que tout concourt à nous séduire et à nous corrompre. Le prétexte de la nécessité nous devient une prétendue raison dont il est difficile de se défendre, et la conscience n^a point de barrières si fortes que cette nécessité ne puisse nous faire franchir. Par exemple, on manque de toutes choses , et pourvu qu'on voulût s'écarter des voies de l'équité et de la bonne fol, on ne manquerait de rien ; on aurait non-seulement le nécessaire, mais le commode, et on l'aurait abondamment. On voit déchoir sa feraille de jour en jour, elle est sur le point de sa ruine; et pourvu qu'on voulût entrer dans les intrigues criminellei d'un grand, et seconder ses injustes desseins, on s'en ferait un patron qui la soutiendrait et rélèverait. On est embarqué dans une affaire de conséquence; c'est un procès dont la perte doit causer un dommage irréparable : il est entre les mains d'un juge accrédité dans sa compagnie ; et au lieu de solliciter ce juge assez inutilement , si l'on voulait, aux dépens de la vertu, écouter de sa part d'autres sollicitations et y condescendre, on pour^ rait ainsi se procurer un arrêt favorable et un gain assuré. On a un ennemi dont on reçoit mille chagrins ; c*est un homme sans raison et sans modération, qui nous butte en tout, qui nous persécute; et si l'on voulait user contre lui de certains moyens qu'on a en main , on serait bientôt à couvert de ses atteintes. Quel empire ne faut-il pas prendre sur soi et sur les mouveqients de sou cœur pour ne pas succomber à de pareilles tentations, et pour demeurer ferme dans son devoir ?
Car, eneore une fois , de quoi n*68t-on pas capable quand la nécessité presse, et à quoi n*a-t-elle pas porté des millions de gens qui du reste avaient d'assez bonnes dispositions, et n'étaient de leur fonds ni vicieux ni méchants? De combien d'iniquités la pauvreté et l'indigence n'est-elle pas tous les jours le principe ? combien a-t-elle fait de scélérats , de traîtres, de parjures, d'impies, d'impudiques, de ravisseurs du bien d'autrui , et de meurtriers qui sans cela ne l'auraient jamais été , qui ne l'ont été en quelque manière que malgré eux et qu'avec tou- .tes les répugnances possibles ; mais enfin qui l'ont été, parce qu'ils ont cru y être forcés? Non-seulement ils l'ont cru , mais de là souvent ils se sont persuadés que jusque dans leurs crimes ils étaient excusables ; et voilà ce qui rend encore la nécessité plus dangereuse. On se fait aisément défausses consciences , on étouffe tous les remords du péché , on se dit à soi-même que , dans la situation où l'on est et dans toutes les circonstances qui l'accompagnent, il n'y a point de loi , et que tout est permis; on exagère cet état, dont on veut se prévaloir, et l'on prend pour dernière extrémité et pour nécessité absolue ce qui n'est que difficulté, qu'incommodité, que l'effet d'une imagination vive et d'une excessive timidité. Quoi qu'il en soit, tout cela mène à d'étranges conséquences, et les suites en sont affreuses.
Or quel est pour nous , en de semblables attaques, le plus solide appui et le soutien le plus inébranlable? le voici. C'est de se retracer fortement le souvenir de cette nfiaxime fondamentale. Il n'y a qu'une chose nécessaire (Luc, 17 ); c'est de s'armer de cette pensée, selon la figure de l'apôtre, comme d'une cuirasse, comme d'tt;i casque, comme d'un bouclier qui résiste aux traits les plus enflammés ( Ephes., 6 ) de l'esprit tentateur, et que rien ne peut pénétrer. C'est, dis-je, d'opposer nécessité à nécessité, la nécessité de sauver son âme, qui est une nécessité capitale et souveraine, à la nécessité de sauver sa fortune , de sauver ses biens , de sauver sa vie.
Car je dois ainsi raisonner : Il est vrai, je pourrais rétablir mes affaires, si je voulais relâcher quelque chose de cette intégrité si exacte et si sévère, qui n'est guère de saison dans le temps où nous sommes , et qui m'empêche de faire les mêmes profits que tant d'autres : mais en me rétablissant ainsi selon le monde je me perdrais selon Dieu , je perdrais mon âme : or il la faut sauver. Il est vrai , si je ne me rends pas à telle proposition qu'on me fait , je choquerai le maître qui m'emploie ; j'aliénerai de inoï le protecteur qui m'a placé , et qui peut dans la suite me faire encore monter plus haut ; je serai obligé de me retirer, et n'ayant plus personne qui s'intéresse pour moi, ni qui m'avance, je resterai