‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 140 sur 408 · NÉCESSITÉ DU SALUT · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DU SALUT

en arrière; et que deviendrai-je? If n'inçorte : en acquiesçant à ce qu'on me demande, j'offenserab no maître bien plus puissant que tous les maîtres et tous les potentats de la terre, et pour conserver de vaines espérances, je sacrifierais un héritage étemel, je sacrifierais mon âme et je la damnerais : or il la faut sauver. 11 est vrai, l'occasion est belle de me tirer de l'oppression où je suis et d'abattre cet homme qui ne cesse de me nuire et de me traverser; mais, en me délivrant des poursuites d'un ennemi qui, malgré toutes ses violences, et quoi qu'il entreprenne contre moi , ne peut après tout me fairequ'nn mal passager, je me ferais un autre ennemi bien plus redoutable, qui est mon Dieu , et qui , de son bras vengeur, peut également et pour toujours porter ses coups sur les âmes comme sur les corps. A quoi donc exposerais-je mon âme? or il la faut sauver. Il est vrai , ma condition est dure, et je mène une vie bien triste ; je n'ai rien, et je ne vois point pour moi de ressources. On me fait les offres les plus engageantes , et si je les rejette , me voilà dans le dernier abandonnement et dans la dernière misère; mais d'ailleurs je ne les puis accepter qu'au préjudice de l'honneur et surtout qu'au préjudice de mon âme : or il la faut sauver. Oui, il le faut, et à quelque prix que ce soit, et quelque peine qu'il y ait à subir. Il le faut, et quelque infortuné, quelque décadence, quelque malheur qui en doive suivre par rapport aux intérêts humains. U le faut, car c'est là le seul nécessaire, le pur nécessaire. Encore une fois , je dis le pur, le seul nécessaire , parce qu'en comparaison de ce nécessaire, rien n'est proprement ni ne doit être censé nécessaire ; parce que dès qu'il s'agit de ce nécessaire, toute autre chose qui s'y trouve en quelque sorte opposée cesse dès lors d'être nécessaire; parce que c'est à ce nécessaire que doivent se rapporter, comme à la règle primitive et invariable, toutes mes délibérations, toutes mes résolutions , toutes mes actions.

Ce fut ainsi que raisonna la chaste Susanne, lorsqu'elle se vit attaquée de ces deux vieillards qui voulurent la séduire, et qui la menaçaient de la faire périr, si elle ne consentait à leur passion. Que ferais-je, dit-elle, dans le cruel embarras où je suis? quelque parti que je prenne , je ne puis éviter la mort : mais il vaut mieux que je périsse par vos mains que de pécher en la présence de mon Dieu, et de périr éternellement par l'arrêt de sa justice. Ce fut ainsi que raisonna le généreux Éléazar, lorsque de faux amis le sollicitaient de manger des viandes défendues selon la loi , et de se garantir par là de la colère du prince. Ah! répondit ce zélé défenseur de la religion de ses pères , en obéissant au prince et en suivant le conseil que vous me donnex* je pourrais , pour le temps présent , me sauver du supplice où je suis condamné , et prolonger ma vit

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