ESTIME DU SALUT
dequelgues années; mais, vif ou mort, je ne me aoyerai pas des jugements formidables du Tout- Aussant; et qu*y a-t-il de si rigoureux que je ne doive endurer, plutôt que d'encourir sa haine et de nnonoerà ses promesses? C'est ainsi que raisonnait saint Paul, ce vaisseau d'élection, et ce docteor des nations. 11 se représentait tout ce qu'il y a
pour mettre en sûreté leur salut; il y en a eu , disje, et plaise au ciel qu'il y en ait toujours ! La nécessité du salut était-elle autre chose pour eux que pour nous? y étaient-ils plus intéressés que nous ? Non, sans doute : c'était pour eux et pour nous la même nécessité : mais ils y pensaient beaucoup plus que nous; et en y pensant plus que nous ils la com-
de plus efirayant , de plus aflligeant , de plus déso- prenaient aussi beaucoup mieux que nous. Pensonslant. Il supposait que la tribulation vînt fondre sur lui de toutes parts ; qu'il fût accablé d'ennuis , pressé de la faim, tourmenté de la soif, environné de périls, comblé de malheurs; qu'il fût abandonné aux persécutions, aux croix, aux glaives tranchants; que, dans un déchaînement général , tout Tuiiivers le soulevât contre lui , la terre, la mer, toutes les puissances célestes, toutes les puissances infernales, , toutes les puissances humaines : il le supposait et à la vue de tout cela il s'écriait : Qui me séparera de h eharité de Jésus-Christ^ Il allait plus loin ; et , par la force de la grâce qui le transportait', s'élevant au-dessus de tous les événements, il osait se répondre de lui-même, et ajoutait : Je le sais, et fen suis certain, que ni la mort, ni la vie, ni les OKçes, T^les principautés, ni leprésenty niVavenir, fdcequ'Uyade plus haut, ni ce quùya déplus bas, ni quelque créature que ce soit, ne pourra me détacher de l'amour de Dieu, mon Seigneur et mon Sauveur. ( Bom., 8. ) Voilà comme parlait ce grand apdtre. Et d'oïl lui venait cette constance et cette fermeté insurmontable? c'est qu'il concevait de quel intérêt et de quelle nécessité il était pour lui de sauver son âme, en se tenant toujours étroitement et iméparablement attaché au Dieu de son salut.
Ce sont là , dit-on , de beaux sentiments , ce sont de belles réflexions ; mais , après tout , on ne vit pas de ces sentiments ni de ces réflexions , et cependant il £nit vivre. Avec ces réflexions, on ne fait rien; et toutefois , il faut avoir quelque chose , il faut faire quelque diose , il faut parvenir à quelque chose. J'en eonviens , on ne vit pas de ces réflexions, mais de ces réflexions on apprend à mourir si l'on ne peut vivre nos risquer le salut de son âme. Je l'avoue, avec ees réflexions on ne fait rien dans le monde , on n'amasie rien, on ne parvient à rien; mais de ces réflexions on apprend à se passer de tout , si l'on ne peut rien faire , ni rien amasser, ni parvenir à rien , sans exposer le salut de son âme. Disons mieux, on appreni de ces réflexions que c'est tout faire que de foire son salut, que c'est tout gagner que d'amasser on trésor de mérites pour le salut , que c'est parvenir à tout que de parvenir au terme du salut. Voilà ee que ces réflexions ont appris à tant de dirétieos de l'un et de l'auue sexe : car malgré la eormption dont tous les états du monde ont été inlèetés y il y a toujours eu dans chaque état des fldè- Ict d0 ee caractère prêts à quitter toutes choses
y comme eux, méditons-la comme eux, nous la comprendrons comme eux; et en la comprenant comme ils l'ont comprise, nous en ferons comme eux notre affaire essentielle , et nous y adresserons toutes nos prétentions et toutes nos vues.
Mais , hélas! où les portons-nous ? Quand je vois les divers mouvements dont le monde est agité , et qui sont ce qu'on appelle le commerce du monde ; quand je vois cette multitude confuse de gens qui vont et qui viennent, qui s'empressent et qui se tourmentent, toujours occupés de leurs desseins, et toujours en action pour y réussir et les conduire à bout ; n'ayant que cela dans l'esprit , ne travaillant que pour cela , n'aspirant qu'à cela : au milieu de ce tumulte, j'irais volontiers leur crier avec le Sage : Hommes dépourvus de sens, et aussi peu raison^ nables que des enfanta à peine formés et sortis du sein de leur mère ( Sap., 12 ) , à quoi pensez-vous ? que faites-vous ? Hors une seule chose, tout le reste n*est que vanité {Eccles., 1 ); et, par une espèce d'ensorcellement, cette vanité vous charme, cette vanité vous entraîne, cette vanité vous possède aux dépens de Tunique nécessaire! Je le dirais aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres, aux savants et aux ignorants. Malheur à quiconque ne m'écouterait pas ; et dès à présent , malheur à quiconque demeure là-dessus dans une indifférence et un oubli qu'on ne peut assez déplorer!
ESTIME DU SALUT ET DE LA GLOIRE DU CIEL, PAR LA VUE DES GRANDEURS HUMAINES.
C'est une morale ordinaire aux prédicateurs d'inspirer du mépris pour toutes les pompes et toutes les grandeurs du monde. Ils en font les peintures les plus propres à les rabaisser dans notre estime et h les dégrader. De la manière qu'ils en parient et dans les termes qu'ils s'en expliquent, ce ne sont que de vaines apparences , que des fantômes et des illusions qui nous séduisent, et dont nous devons, att> tant qu'il est possible, détourner nos regards. A Dieu ne plaise que je prétende en aucune sorte déroger à la vérité et à la sainteté de cette morale! Je l'ai préchée comme les autres en plus d'une rencontre, et je suis bien éloigné de la contredire, puis-, que ce serait me contredire moi-même. Mais après tout, quoi que nous en puissions dire, il faut toujours convenir que ces grandeurs et ces pompes humaines, si méprisables d'ailleurs, ne laissent pas
so.