ZZ% PETIT NOMBRE
Dieu ce qui lui est dû , qui raiment véritablement, qui le servent fidèlement, qtii cherchent à lui plaire en accomplissant ses saintes volontés; peu qui s*acquittent envers le prochain des devoirs de la charité, qui en aient dans le cœur les sentiments, et qui dans la pratique en exercent les œuvres; peu qui veillent sur eux-mêmes, qui fuient les occasions dangereuses, qui combattent leurs passions, qui résistent à la tentation de l'intérêt, à la tentation de Tambition, à la tentation du plaisir, à la tentation de la vengeance, à la tentation de Tenvie, à toutes les autres, et qui ne tombent, en y succombant, dans mille péchés; peu qui reviennent de leurs égaremenU , qui sedégagent de leurs habitudes vicieuses, qui fiassent, après leurs désordres passés , une pénitence solide , efficace, durable. Et quel est aussi le langage ordinaire sur la corruption des mœurs? ce ne sont point seulement les gens de bien, mais les plus libertins qui en parlent hautement I4'entend-oii pas dire sans cesse que tout est renversé dans le monde , que le dérèglement y est général, qu'il n'y a ni âge, ni sexe, ni état, qui en soit exempt; qu'on ne trouve presque nulle part ni religion, ni crainte de Dieu, ni probité, ni droiture, ni bonne foi, ni justice, ni charité, ni honnêteté, ni pudeur; que ce n'est partout, ou presque partout, que libertinage, que dissolution, que mensonge, que tromperies, qu'envie de s'agrandir et de dominer, qu'avarice, qu'usure, que concussions, que médisances, qu'un monstrueux assemblage de toutes les iniquités? Voilà comment on nous représente le monde, voilà quelle peinture on en fait, et comment on s'en explique. Or, parler de la sorte, n'est-ce pas rendre un témoignage évident du petit nombre des élus?
Et si l'on se retranchait à me dire que c'est la mort, après tout, qui décide du sort éternel des hommes, que ce n'est ni du commencement, ni même du cours de la vie que dépend absolument le salut , mais de la fin , et que tout consiste à mourir dans des dispositions chrétiennes : il est vrai , répondrais-je, mais on ne peut guère espérer de mourir dans ces dispositions chrétiennes, qu'après y avoir vécu ; et puisqu'il y en a très-peu qui y vivent, je conclurais qu'il y en a très-peu qui y meurent. Car il me serait aisé de détruire la fausse opinion des mondains, qui se persuadent que, pour bien finir et pour mourir chrétiennement, il n'est question que de recevoir dans l'extrémité de la maladie les derniers sacrements de l'Église, et de donner certains signes de repentir. Ah! qu'il y a làdessus d'illusions! A peine oserais-je déclarer tout ce que j'en pense.
Non, certes, il ne s'agit point seulement de les recevoir ces sacrements si saints en eux-mêmes et •i sahUaireSy mais U fout les recevoir saintement,