‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 159 sur 408 · PIIISBBS DIVERSES SUE LE SALUT · texte numérisé non relu

PIIISBBS DIVERSES SUE LE SALUT

J'entendsdireassezcommunément dans le monde au sujet d'un homme qui , après avoir passé toute sa vie dans les affaires humaines, quitte une charge , se démet d'un emploi et se retire : // n'a plus rien mainienaiU qui l'occupe; il va penser à son salut. Il y va penser ? Hé quoi ! il n'y a donc point encore pensé? il a donc attendu jusqu'à présent à y penser? il a donc vécu depuis tant d'années dans un danger continuel de mourir sans avoir pris soin d'y penser? ie salut était donc pour lui une de ces affaires auxquelles on ne pense que lorsqu'il ne reste plus rien autre chose à quoi penser? Quel aveuglement! quel renversement!

11 fera bien néanmoins d'y penser; car il vaut mieux , après tout, y penser tard, que de n'y pen« ser jamais : mais en y pensant, qu*il commence par se confondre devant Dieu, de n'y avoir pas pensé plus têt. Qu'il tienne pour perdu le temps où il n'y a pas pensé, l'eût-il employé dans les plus grands ministères, et eût-il paru dans le plus grand éelat. Qu'il comprenne que, si les autres affidres ont leur temps particulier, l'afijaire du salut est de tout temps, et que tout âge est mûr pour le del. Qa'il admire la patience de Dieu , qui ne s'est point lassée de ses retardements. Surtout qu'il agisse désormais, qu'il redouble le pas, et qu'il se souvienne que la nuit approche (Joàn., 9), et que plus le jour baisse , plus il doit hâter sa marche. Ce ne sera pas en vain : le juste, dont parle le Sage, dans l'é* troit espace d'une première jeunesse, /otimi^tme ample carrière et anticipe un long avenir (SapienU ,4)\ pourquoi le mondain revenu du monde , en reprenant la voie du salut, quoique dans une vieillesse déjà avancée, ne pourrait-il pas, selon le même sens, rappeler tout le chemin qu'il n'a pas fait?

Il est de la foi. que nous ne serons jamais damnés que pour n'avoir pas voulu notre salut , et que pour ne l'avoir pas voulu de la manière dont nous pouvions le vouloir; tellement que Dieu aura le plus juste sujet de nous reprocher ce défaut de volonté , et d'en faire contre nous un titre de condamnation, rrest-ce pas, en effet, se rendre dignes de toutes les vengeances divines, que de perdre un si grand bien lorsqu'il n'y a qu'à le vouloir pour se l'assurer? Mais est-il donc possible qu'il y ait un homme assez ennemi de lui-même et assez perdu de sens, pour ne vouloir pas être sauvé? U est vrai, nous voulons être sauvés, mais nous ne voa|oiia pas nous sauver. Or, Dieu qui veut iiotnfaliil,,M

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qui nous ordonne de le vouloir, ne veut pas simplement que par sa grâce nous soyons sauvés , mais qu'avec sa grâce nous nous sauvions.

Fausse ressource du mondain : Dleunem'apaa fcM pour me damner. Non, sans doute; mais aussi Dieu ne vous a pas fait pour Foffenser. Vous renverser toutes ses vues : de quoi vous plaignez-vous 8^1 change à votre égard tout Tordre de sa providence? Quoiqu'il ne vous ait pas fait pour Toffen* ser, vous l'offensez ; ne vous étonnez plus que quoiqu'il ne vous ait pas ûJt pour vous damner, il vous damne.

Ce n'est point un paradoxe, mais une vérité certaine, que nous n'avons point d'ennemi plusàcraidre que nous-mêmes : comment cela? parce que nul ennemi, quel qu'il soit, ne nous peut faire autant de mal, ni causer autant de dommage , que nous le pouvons nous-mêmes. Que toutes les puissances des ténèbres se liguent contre moi , que tous les potentats de la terre conjurent ma ruine, ils pourront me ravir mes biens, ils pourront tourmenter noon corps, ils pourront m'enlever la vie, et là-dessus je ne serai pas en état de leur résister; mais jamais il ne m'enlèveront malgré moi ce que j'ai de plus précieux , qui est mon Âme. Ils auront beau s'armer, m'attaquer, fondre sur nrai de toutes parts et m'accabler, je la conserverai, si je veux : et, indépendamment de toutes leurs violences, aidé du secours de Dieu, je la sauverai. Car il n'y a que moi qui puisse la perdre , d'où il s'ensuit que je suis donc plus redoutable pour moi que tout le reste du monde, puisqu'il ne tient qu'à moi de donner la mort à mon âme, et de l'exclure du royaume de Dieu.

D*autant plus redoutable que je me suis toujours présent à moi-même, parce que je me porte partout moi-même , et avec moi toutes mes passions , toutes mes convoitises, toutes mes habitudes et mes mauvaises inclinations. Aussi , quand je demande à Dieu qu'il me défende de mes ennemis, je lui demande , ou je dois surtout lui demander qu'il me défende de moi-même. Et de ra^ part, pour me mettre moi-même en défense, autant qu'il m'est possible ,je dois me comporter envers moi , comme je me comporterais envers un ennemi que j'aurais sans cesse à mes côtés , et dont je ne détournerais jamais la vue, dont j* observerais jusqu'aux moindres mouvements; sur qui je tâcherais de prendre toujours l'avantage, sachant qu'il n'attend que le moment de me frapper d'un coup mortel. Celui qui hait so» âme dans la vie présente y disait en ce

I le Fils de Dieu, lagardera pour la vieéter- , (Joàn., 19.) Triste, mais salutaire condition- Jde nMNume, ffkf ainsi obligé de se tourner con- 9, ai de ne jKMivoir se sauver que par I

une guerre perpétueUe avec soi-mtee, que par la haine de soi-même!

Nous disons quelquefois à Dieu, dans l'ardeur de la prière : Seigneur, ayez pUU de mon âme. Les plus grands pécheurs le disent à certains roomenU où les pensées et les sentiments de la religion se réveillent dans eux, et où ils voient le danger et l'horreur de leur état : Ah ! Seigneur, ayez pitié de mon âme. Mais Dieu, parla parole du Saint-Esprit , et par la bouche du Sage , nous répond : jéyezen pUié vous-même de ceUe âme que j'ai confiée à vos soins, et qui est votre âme' Je l'ai formée à mon image, je l'ai rachetée de mon sang, je Fai enrichie des dons de ma grâce, je l'ai appelée à ma gloire, je veux la sauver; et si elle s'écarte de mes voies, des voies de ce salut étemel que je lui ai proposé comme sa fin dernière et le terme de ses espérances , je n'omets rien pour la ramener de ses égarements , pour la relever de ses chutes, pour la purifier de ses taches, pour la guérir de ses blessures , pour la ressusciter par la pénitence, et pour lui rendre la vie. N'est-ce pas là l'aimer? n^est-ce pas en avoir pitié? Mais vous, vous la défigurez, vous la profanez, vous la sacrifiez à vos passèons , vous la perdez , et tout cela par le péché. N'est-ce donc pas à vous-même qu'on doit dire : Ayez pitié de votre âme. Ayez-en pitié, d'autant plus que c'est la vôtre. Quand ce serait l'âme d'un étranger, l'âme d'un infidèle et d'un païen , l'âme de votre ennemi, vous devriez être sensible à sa perte , et vous souvenir que c'est une âme pour qui Jésus-Christ est mort. Mais outre cette raison générale , il y en a une

qui

ble qui n'est pas touché de sa misère, et qui n'a nulle pitié de lui-même * ?

Un courtisan veut s'avancer, &ire son chemin, s'élever à une fortune après laquelle il court et où il a porté ses vues ; il ne s'embarrasse guère si les autres se poussent et s'ils réussissent dans leurs projets. Cest leur affaire, dit-il, et non la mienne, chacun y est pour soi. Voilà comment on parle, au regard de mille affaires, comment on pense, et oe n'est pas toujours sans raison : car dans une infinité de choses, c'est à chacun en effet de penser à sol, et les intérêts sont personnels. Or si cela est vrai dans les affaires humaines, combien l'est-il plus dans Paffaire du salut? Chacun y est pour soi. Cest-à-dire qu'à l'égard du salut chacun gagne ou perd pour soimême , et ne gagne ou ne perd que pour soi-même , indépendamment de tous les autres. Si je me sauve.

■ MiterêTê anima ttut. Eocl., 30.

s Qmid mittfiui mitero non miaeranU teipêumi

Ano.

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