‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 162 sur 408 · SS · texte numérisé non relu

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Mme, ce tilen!oe imposé à la raison, l'humilie; îs c^est uoe humiliation salutaire , qui empêche raison de s'égarer, de s'émanciper, de tourner, ifant Texpression de saint Paul , à tout vent de Btrine, et qui la contient dans les justes limites eUe doit être resserrée , et d'où elle ne doit jalis sortir. De cette sorte , notre foi est ferme , sans B perdre néanmoins de son obscurité ; et elle est Kare, sans rien perdre non plus de sa fermeté. S. Développons encore la chose ; et , pour la ren- ) plus intelligible et lui donner un nouveau jour, ttons-la dans une espèce de pratique. Je suppose dirétien surpris d'une de ces tentations qui atta- BDt la foi , et dont les Âmes les plus religieuses et plus fidèles ne sont pas exemptes elles-mêmes à taios moments. Car il y a des moments où une le, quoique chrétienne, est intérieurement aussi itéepar rapport à la foi, que le fut saint Pierre r let eaux de la mer, quand Jésus-Christ lui dit : même de peu de foi , pourquoi avez-vous douiéî ÂTTH., 14.) Cependant on ne doute pas , on croit . ils d'une foi troublée, d'une foi presque chanceite, et l'impression est si vive en quelques rencon- •, qull semble qu'on ne croit rien, et qu'on ne nt à rien. Épreuve difficile à soutenir, mais que en permet pour épurer notre foi même et pour la rfisetionner. Il a ses vues en cela , et , bien qu'il misse nous délaisser, ce sont pour nous des vues salut, parce qu'il sait que tout contribue àla sancication de ses élus, et qu'au lieu de dégénérer et tomber, c'est dans une faiblesse apparente que vertu se déploie avec plus de force et qu'elle nranee.

Or, en de pareilles conjonctures, dans lesquelles puis me trouver aussi bien que les autres, que is-je, ou que dois-je faire? Après avoir imploré asistattce divine, après m*étre écrié comme le inee des apêtres en levant les mains au ciel : Selleur, sauvez-nous, autrement nous allons péf* ( Id. ), je fais un retour sur moi-même , et pour B fiortifier, j'appelle tout ensemble à mon semn, et ma raison et ma religion. L'une et l'autre B prêtent, pour ainsi dire, la main, et concourent calmer mes inquiétudes et à me rassurer. Ma raison me rappelle ces grands motifs qui m'ont ujoors déterminé à croire, et m'ont paru jusqu'à réseot les plus propres à m'affermir dans la foi i/ai été élevé. Par exemple, elle me présente ee dSe univers et cette multitude innombrable d'êtres Bibles qui le composent. Elle m'en fiait admirer la vcnité, la beauté, l'immense étendue, l'arraoge- «nt, l'ordre, la liaison, la dépendance mutuelle, itilité, la durée depuis tant de siècles et leur per- Itoité : Elle me fut contempler les cieux qui rount sur nos têtes, et dont les mouvements si rate sont toujours si réglés : ces astres qui nous wmmmàijom. — t. dj.

éclairent, ce nombre prodigieux d'étoiles qui brillent dans le firmament, cette variété de saisons qui , par des révolutions si constances et si merveilleuses, se succèdent tour à tour et partagent le cours des temps. Elle me fait parcourir de la pensée , plutêt que de la vue, ces longs espaces de terres et de mers, qui sont comme le monde inférieur audessous du monde céleste. Que de richesses j'y aperçois! que de productions différentes, et de toutes les espèces! quelle fécondité! quelle abondance! Y manque-t-il rien de tout ce qui peut servir, non-seulement à l'entretien nécessaire on commode, mais à la splendeur et à l'éclat, mais à la somptuosité et à la magnificence, mais aux douceurs et aux délices de la vie? Sans égard à bien d'autres preuves , que je passe , et sur lesquelles ma raison pourrait insister, en voilà d'abord auUnt qu'il faut pour m'atUcher à la foi d'un Dieu toujours existant et toujours vivant , l'Être souverain , le principe de toutes choses, et l'auteur de tant de merveilles. Car discourant en moi-même, et jugeant selon les règles d'une droite raison , et selon le sens ordinaire et le plus universel , j'observe d'un premier coup d'œil , qu'un ouvrage si bien assorti dans toutes ses parties , et d'une structure au-dessus de tout l'artifice humain , ne peut être le pur effet du hasard. Que ce firmament, ces deux, ces astres, cette terre, ces mers, que tout cela et tout ce que nous voyons, ne s'est point fait de soi-même, ne s'est point arrangé de soi-même , ne se remue point de soi-même , ne subsiste point par soi-même, sans qu'aucune intelligence supérieure y préside, ni jamais y ait présidé. Le sentiment qui me vient donc la-dessus et qui me touche, pour peu que j'y fosse attention , est de reconnaître une première cause et un premier moteur, un ouvrier par excellence , une puissance suprême, de qui tout est émané et qui ordonne tout, qui dispose tout, qui donne à tout l'impression, qui anime et soutient tout. Or cet excellent ouvrier, cette puissance primitive, essentielle, indépendante, toujoun subsistante, c'est ce que nous appelons Dieu , et ce que nous devona honorer comme Dieu.

Je dis honorer comme Dieu; et de degré en degré, la même raison qui me guide me porte plus avant, et me fait passer de la connaissance de Dieu à la connaissance du culte que je lui dois rendre, et qu'il a doit d'exiger de moi. Culte religieux : et qu'y a-t-il de plus raisonnable, soit dans le Créateur, que d'attendre de ses créatures les justea hommages qui lui appartiennent, et de les leur demander; soit dans les créatures, que de glorifier, selon qu'elles en sont capables, le Créateur de qui elles ont reçu l'être, que d'ajouter foi à ses oracles, de se conformer à ses volontés , de pratiquer sa loi, de lui offrir leur encens, et de se dévouer pleine

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ACSœRD DE Lk RAISON ET DE LA FOL

ment h son service? En cela consiste la religion : mais parce que dans la multiplicité des religions qui, par Fégarement des esprits, se sont 4ntroduites parmi lés hommes , il y en a nécessairement de fausses, et que Dieu répreuve, puisqu'elles se contredisent les unes les autres; il est question d*en chercher une véritable , et d*examiner de plus si celle-là même n'est pas Tunique véritable. Or, entre celles qui régnent actuellement dans le monde, je trouve la religion chrétienne , et à la lueur de ma seule raison , j'y découvre des caractères de vérité si marqués, qu'ils doivent convaincre tout esprit sensé, solide, docile, qui ne s'obstine poiiA à imaginer des difficultés, ni à faire naître de vaines disputes.

Quand il n'y aurait point d'autre témoignage que celui des miracles de Jésus-Christ, ce serait une preuve plus que sufGsante. Ce nouveau législateur paraît sur la terre; il y prêche son Évangile, qui est la loi chrétienne ; et , pour autoriser sa prédication , il se dit envoyé de Dieu. Il est évident que si c'est Diou qui l'envoie, et que ce soit au nom de Dieu quMl parle, tout ce qu'il enseigne est vrai , et que nous sommes obligés de souscrire à sa doctrine. Car il faudrait ne pas avoir la plus légère notion de Dieu, pour se persi^ader qu'il pût attester le mensonge et le confirmer. Ce qui reste donc à Jésus-Christ, c'est de prouver sa mission; mais comment l'entreprend-il ?par les miracles qu'il opère. Les choses que Je fais , dit-il , rendent témoignage de moi; si vous ne m'en croyez pas sur ma parole y croyez-en mes œuvres. (Joan., 13.) Et il est encore certain que ces œuvres miraculeuses étant au-dessus des forces de la nature, et ne pouvant procéder que de la vertu d'en haut, si Jésus-Christ a fait réellement des miracles , surtout certains miracles, et qu'il les ait faits pour affirmer qu'il est le Messie, on ne peut plus lui contester cette qualité, ni douter qu'il ne soit venu de la part de Dieu. Autrement Dieu serait l'auteur de l'imposture, en lui communiquant un pouvoir dont il se serait prévalu pour tromper les peuples, et abuser de leur crédulité.

Or, que Jésus-Christ ait fait des miracles , et des miracles du premier ordre, et des miracles en trèsgrand nombre, et des miracles les plus éclatants, et des miracles dont la fin principale était de se faire connaître comme l'envoyé de Dieu : qu'il ait chassé des corps les démons et délivré les possédés ; qu'il ait exercé sur les éléments un empire absolu, et qu'ils aient obéi à sa voix; qu'il ait commandé à la mer, apaisé ses flots, calmé les tempêtes; qu'il ait guéri toutes sortes de maladies, rendu la vue aux aveugles , l'ouïe aux sourds, l'usage de la langue aux muets, le sentiment et le mouvement aux \ paralytiques, la vie aux morts; enfin que, par le :

prodige le plus singulier et le plus inoiii, il se aoft ressuscité lui-même après avoir été mis à DKMrt, et enfermé dans le tombeau, c'est de quoi une raisoi éclairée et dégagée de tout préjugé ne peut refiuer de convenir. H n'y a qu'à considérer mûrement et par ordre toutes les circonstances dont ces bits m trouvent revêtus , leur variété , leur édat , le tempi, ies occasions, les lieux, les campagnes, les plaeei publiques où ils se sont passés, la multitude de gens qui en ont été spectateurs, on qui , sur le récit qu'ils en entendaient, comme de mbadei avérés et tout récents , embrassaient la foi et formaient ces troupes de chrétiens si célèbres par leur »èle et leur sainteté ; les qualités irréprochables du témoins qui les ont vus , qui les ont rapportés, qui les ont publiés jusqu'aux extrémités de la terre, qui les ont transmis a la postétité dans leurs Évangfles, qui les ont soutenus sans se démentir jamais , et eu ont défendu la vérité aux dépens de leur fortune, de leur repos , de leur vie : il n'y a , dis-je , qu*à foire une discussion exacte de chacun de ces points , et d'autres que je n'ajoute pas; il n'y a qn*à les bien peser, et on avouera que , de tous les faits historiques , nuls ne sont plus solidement appuyés , ni jAos à couvert de la censore. Mais , encore une fois , eétte perquisition , à qui doit-elle appartenir, et du ressort de qui est-elle, si ce n'est du ressort de la raison? C'est à la raison d'éclaircir d'abord tout cela, de le vérifier, et d'en tirer des preuves authentiques en faveur de la religion.

III. Cependant, après m'être convahica par là, et par cent autres motifs, que je dois m*en tenir à la loi de Jésus-Christ ; après m'être, pour ainsi dire, démontré à moi-même, par la voie du raisonnement, que c'est une loi divine, une loi que l'esprit de vérité , qui est l'esprit de Dieu . a dictée ; après avoir conclu en général et par une conséquence nécessaire , que cette loi ne peut donc me tromper, et que je ne puis m'égarer en la solvant, que tout ce que cette loi m'enseigne, est donc tel en effet qu'elle me l'enseigne, et que tout œ qu*elfo me propose de dogmes à croire , sont autant dHnrticles de foi auxquels je suis indispensablement obl%6 d'adhérer; que de vaciller là-desAis, et de demeorer un moment dans une suspension volontafam, ce serait donc un crime et une infidélité digne de la damnation étemelle ; enfin , après avoir bien corn pris le grand oracle du prince des apdtres , que cette loi ayant été donnée aux hommes pour ébns la seule règle de notre créance et de nos mœurs, U n'est point sous te ciel d'autre nom en vertu duquel nous puissions être sauvés, que le nom de /éno- Christ (/^c/., 4), du reste, si ma raison veut aller plus loin , et qu'elle prétende percer Tablme des impénétrables mystères que la religion nous a révélés, mais dont elle nous a caché le fond , c'est là que la

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