‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 163 sur 408 · ACCORD D£ LA BAISON ET DE JLA FOI · texte numérisé non relu

ACCORD D£ LA BAISON ET DE JLA FOI

M prend le dessus , qu*e]le s'élève , qu'elle défend MB droits , qu'elle mt met un voile sur les yeux , et ne condamne à ne plus marcher que dans les té-

La raison a beau se récrier, cette raison égalecurieuse et présomptueuse, elle a beau de- Mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu en trois personnes, et de trois personnes dans un seul Diea? mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu frit homme sans cesser d'être Dieu , mortel et immortel tout ensemble , passible et impassible, réunissant dans une même personne toute la gloire de la divinité et toutes les misères de notre humanité? mais qa'est-ce que le mystère d*un Dieu-Homme, léellement présent sous les espèces du pain etdu vin dans le sacrement de nos autels? qu'est-ce que tout Is reste? Là-dessus la foi lui dit ce que Dieu dit à la flMr : Tk viendrcu jusque^, tnaU c*e$i là même qm tu t'mrriUras ; c'est là que tu briseras tesflots, U que tu abaisseras les enfiwres de tan orgueil. (Job, E8. ) Arrêt absolu , contre lequel une raison ehréUenoe n'a rien à opposer ni à répliquer. Elle y trouve même des avantages infinis : car c'est ainsi que rhomme , en faisant à Dieu le sacrifice de son tufpê par la pénitence, le sacrifice de son cœur par rbiBOor, lui fait encore le sacrifice de son esprit par la foi. En sacrifiant à Dieu son corps par la péaitence, il honore Dieu comme souverainement équitable; en sacrifiant à Dieu son cœur par Va» BOUT, il honore Dieu comme souverainement aimable, et en sacrifiant à Dieu son esprit par la foi , il honore Dieu coiçme souverainement infaillible flt véritable.

Avantages par rapport à Dieu : mais de plus , à preodre la chose par rapport à l'homme et à sa tranfullîté. Il ne lui doit pas être moins avantageux d'avoir une règle qui seule arrête les vicissitudes perpétuelles de sa raison , lorsqu'elle est abandonnée à elle-même. Or cette règle, c'est la foi. En efist, sans une foi soumise, toutes les lumières de ma raison, au lieu de me rassurer dans le choix d'un parti, et de me mettre l'esprit en repos, ne serviront au contraire qu'à me jete^ chaque jour dans de nouveaux embarras , et à me causer de nouvelles agitations. Car on sait combien la raison humaine , dès qu'on lui donne l'essor, est variable dans ses vues, et combien elle est féconde en idées toujours nouvelles que l'imagination lui suggère. De sorte qu'aujourd'hui nous pensons d'une façon et demain d*nne autre, qu'ai^ourd'hui un sentiment nous platt, et que demain nous le rejetons, qu'aujour- .dliui une difficulté nous fait de la peine , et qu'elle 'n*est pas plutôt résolue, qu'un autre doute vient bientôt après nous troubler : ce qui est surtout mnai en matière de religion , et ce qui est encore fihis commun aux esprits vifs et pénétrants, aux

prétendus sages et aux savants du siècle, qu'à des esprits simples et bornés. D'où il arrive que nous demeurons dans une perplexité où l'on se prête à tout ce qui se présente, et l'on ne Uent à rien. Saint Augustin nous le témoigne assez en parlant de luimême. Il cherchait la vérité, il en faisait son étude, il y employait toute sa philosophie : mais après bien des recherches, et après être tombé dans les erreurs les plus grossières , il était toujours flottant et incertain, et ne trouvait rien où il crût pouvoir se reposer : pourquoi? parce qu'il ne prenait point d'autre guide que sa raison, et qu'elle ne lui auCBsait pas pour tenir son esprit en arrêt , et pour le guérir de ses inquiétudes. De là tant de changements, tant de mouvements inutiles, tant de systèmes différents dont il se laissa pf>6occuper, et dont il ne revint que lorsqu'il pensa sérieusement à se convertir et à embrasser la foi. En quels tonnes s'explique-t-il là-dessus dans ses confessions, et déplore- t-il l'aveuglement où il avait vécu pendant plusieurs années ! Quelles actions de grâces rend-il à Dieu d'avoir rompu le charme d'une science pro-, fane qui lui fascinait les yeux, et de l'avoir réduit à la sainte ignorance d'une foi souple et docile!

Car si la raison se soumet à la foi , si, dans une parfiiite intelligenoe, elles se donnent mutuellement le secours qu'elles doivent recevoir l'une de l'autre, voilà le moyen prompt et immanquable de pacifier mon âme et de me prémunir contre toutes les attaques dont je puis être assailli au sujet de la religion. De quelque doute que je sois combattu malgré moi, soit par la malice de l'esprit tentateur, soit par les discours d'une troupe de libertins, soit p^ les révoltes involontaires xle ma raison et de son indocilité naturelle, je n'ai point de réplique plus courte ni plus décisive à faire , que celle de Jésus- Christ même au démon qui le vint tenter dans le désert : // est écrit. Oui , U est écrit qu'il y a un premier Être, et qu'il n'y en a qu'un , étemel, invisible, tout-puissant, par qui le monde a été créé , et par qui il est conservé et gouverné. U est écrit que, dans cet Être adorable et cette suprême Divinité, Il y a tout à la fois, et sans confusion , une unité de suDstance, et une trinité de personnes. Il est écrit que, de cette trinité de personnes. Père, fils et Saint-Esprit, le Fils, égal à son Père et ibofoyé de son Père, est venu sur la terre pour la rédemption des hommes; que, tout Dieu qu'il est et qu'il n'a jamais cessé d'être , il s'est fait homme lui-même, il a vécu parmi nous , il est naort sur une croix , . il est ressuscité et monté au ciel. Il est écrit que ce nouveau l^islateur et ce sauveur, voulant demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles, nous a laissé sa chair sacrée et aon préeieux sangsous les appareooes du pain etdu vin, que nous offrons l'un et l'autre en wsrifioe, et que J'un et

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i*autre, pour le soutien de nos âmes, nous sert, comme sacrement, de nourriture et de breuvage. Il est écrit qu'il y aura un jugement où nous serons tous appelés, et que, dès maintenant, il y a une béatitude céleste, où les bons seront à jamais récompensés, et un enfer, où les pécheurs seront condamnés à un tourment sans mesure et sans fin : ainsi des autres articles qui me sont proposés comme des points de créance. Or , du moment que tout cela est écrit, c*est-à<lire, que tout cela m*est révélé de Dieu ou de la part de Dieu ,^ et que cette révélation m'est tellement notifiée par des motifs de crédibilité , qu'il serait contre le bon sens de n' en vouloir pas convenir, je ne demande rien de plui. Je rends à la foi, par mon obéissance, l'hommage qui lui est dû; je lui laisse prendre l'ascendant et exercer son empire. Dès qu'elle parle, je l'écoute, Je me tais, je crois , parce que je me sens assuré de tout ce qu'elle me dit. Autant qu'il me vient à l'esprit de questions , d'objections, de raisonnements où je me perds et que je ne puis démêler, autant de fois que j'ai recours au sentiment de l'apôtre , et je me contente avec lui de m'écrier : O profondeur de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont incompréhensiMes , et que ses voies sont au-dessus de ce qu'on en peut découvrir! rar qui a pénétré dans les pensées du Seigneur, et qui est entré dans son conseil? {Rom», 11.) Suivant ces principes et y demeurant ferme , je résous ' danis un mot toutes les difficultés, je dissipe tous les doutes , je me débarrasse de mille réflexions dangereuses et pernicieuses, du moins très-importunes et inutiles, j'agis en paix, et n'ai d'autre soin que de vivre chrétiennement sdon les maximes et sous la direction de la foi.

Mais comment croire ce que l'on ne comprend pas ? Esprit humain, ne te feras-tu point justice ? ne connattras-tu point ta faiblesse , et pour la connattre, ne te consulteras-tu point toi-même et ta propre raison? Car, à ne consulter même que la raison, qui ne voit pas, à moins qu'on ne soit dépourvu de toute lumière, combien il est déraisonnable et peu soutenable de ne vouloir pas croire une chose, parce qu*elle est au-dessus de nos connaissances , et qu'on ne la peut comprendre? Hé! combien de choses existent dans toute l'étendue de l'univers, combien se passent sous nos yeux et nous sont certaines, sans que nous les comprenions? Parce que nous ne les comprenons pas , en sont-elles ihoins vraies ? Parce qu'on n'a pas compris jusqu'à présent comme se fait le flux et le reflux de la mer, est-il un homme assez insensé pour douter de ce mouvement des eaux si régulier et si constant? Comprenons-nous bien les ouvrages de la nature, et combien y en a-t-il qui échappent à nos prétenàoes découvertes et à toute notre pénétration? Ju-

geons de là si nous éevons être soiftis que Ici myi* tères de Dieu soient hors de notre portée, et qie nous ne puissions y atteindre, et jugeon eneoie de là même si c'est une juste conséquence de diri: Je ne dois point croire que cela soit, fuiique je n'y conçois rien.

A Dieu ne plaise que je pense de hi aorte, viqae j'ose , Seigneur, m'ingérer dans des secrets qoi ne sontprésentementinconnus. Ce serait anepréaooj^ tion ; et selon la menace de votre Saint-Esprit, « voulant contempler de trop près votre majesté, ]e m'exposerais à être aecablé de votre gloire. Le Je» viendra , je l'espère ainsi de votre misMeorde, il viendra cet heureux Jour où j'entrerai dans veire sanctuaire éternel , où vous vous montrera à msA dans tout votre éclat , où je vous verrai faee à ftee. D'une foi ténébreuse , vous me f«rez passer à ne clarté sans nuage et toute lumineuse. Mais jutqœlà , jusqu'à ce jour de la grande révélation, tous m mettez à l'épreuve, et vous voulez que je tous che^ che dans la nuit et par des voies sombres. Ce n'est pas, Seigneur, que vous réprouviez les lumières de ma raison ; au contraire , vous me Pavez donnée c-omme un flambeau pour me guider : mais après en avoir fait l'usage convenable , vous m'ordonnes de lui fermer les yeux, de la réprimer, de Tassajettir, et de l'acscorder par cette sujétion même avec la foi , qui doit avoir toujours la supériorité sur elle et la dominer. Vous Pavez ainsi r^lé. Seigneur, et pour l'honneur de votre parole, et poor mon salut. De bon cœur, j'y consens. Je crois ee qu'il vous a plu de me faire annoncer, et je le crois précisément parce que vous me l'avez dit : Je crois , mon Dieu, mais en même temps j'ajoute , eonme ce père de l'Évangile, J6rlifie% mon peu de foi (Maac, 9); car il me semble, en certaines conjonctures , qu'elle est bien faible cette foi • pour laquelle néanmoins je dois être en disposition de répandre mon sang. Vous la soutiendrez, on vous me soutiendrez moi-même contre les plus violents assauts , et vous ne permettrez pas qu'on fonds si nécessaire et si précieux me soit enlevé.

Là foi sans les oeutbbs, foi srtmiLB

BT sans FBUIT.

1. Sommes-nous chrétiens? ne le sommes-nous pas ?Si nous ne le sommes pas , pourquoi affectonsnous de le paraître, pourquoi en portons-nous le nom? c'est une hypocrisie et un mensonge. Mais si nous le sommes , que n'en pratiquons>nous les œuvres? et n'est^re pas une contradiction énorme, d'être chrétien dans la créance, et païen ou plus que païen dans les mœurs?

Voilà le triste état du christianisme : en voilà le désordre le plus universel. Je dis le plus univer-

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■1; et ponr en feofr à Ta preare, toute fondée sur feipériciiee, noos devons distinguer trois sortes de dhiétiens : des chrétiens seulement de nom, des dvftieosdepure spéculation , et des chrétiens tout à la fois decréanoe et d*action. Chrétiens seulement de nom, et rien de plus: c*est un certain nombre da libertins qui, dans le sein même de la religion, ment sans religion, renonçant au baptême où ils •Dt été régénérés , et à la foi qu'ils y ont reçue. Non pas qu*ils s*en déclarent hautement, ni qu'ils &sseot une profession ouverte d'impiété : ils gardent tODJoars qudques dehors; ils ne produisent leurs asatiments qu'en termes équivoques, ou qu'en pré- •suee de quelques libertins comme eux ; leur apostÊtSit ert secrète : mais enfin, par la corruption de leur eanr^ ils en sont venus à douter de tout et à M rieo croire : Us omt encore V apparence d'hommes frivamtê, et Us smU morts. Upoc,, 8.) Chrétiens de pure spéculation, autre caractère : c'est-à-dire qu*ilt B*ant pas perdu l'habitude et le don de la foi; ils ne contestent aucune de ses vérités, et ils les jespectcnt toutes; ils pensent bien : mais s'il faut pasMT à la pratique, c'est là que leur foi se dément, •oqn*ils la démentent eux-mêmes par l'inutilité de Isor Tie , et souvent même par les plus honteux dérèglements. Enfin, chrétiens de créance et d'action : casent les vrais chrétiens, d'autant plus chrétiens qœ Tcsprit de la foi, dont ils sont remplis, les porte à une pratique plus excellente et plus constante de tons leurs devoirs; et par un heureux retour, d'autant plus animés et plus touchés de cet esprit de foi, qu'ils le mettent plus constamment et plus cieellemment en oeuvre, et qu'ils s'adonnent avec plus de soin à tous les exercices d'une piété agissante et fervente : car, de même que la foi vivifie les ceoTres, on peut dire que les oeuvres vivifient la Coi. Ils croient, et pour cela ils agissent; et parce qulls agissent, leur foi croit à mesure, et devient toujours plus ferme et plus vive.

Or, de ces trois espè^s de chrétiens, il est évident que le plus grand nombre est de ceux que j'ai appelés chrétiens de spéculation, et qui tiennent le milieu entre les premiers et les derniers. Il est ▼rai qu'il y a dans le monde et parmi nous des impies en qui la foi est absolument éteinte. Bien loin d'avoir aucun sentiment de Dieu , ils ne reconnaissent ni Dieu ni loi , ou si l'aveuglement dans lequel ils sont plongés, n'a pu efbcer de leur esprit toute idée d'un Dieu premier moteur de l'univers, du moins, à Texemple de ces philosophes dont perle saint Paul, ne le glorifient-ils pas comme Dieu, et traiteiit-ilsde superstition populaire Tobéissance et le ucré culte que nous lui rendons selon l'Évangile et les enseignements de Jésus-Christ. Mais il faut, après tout, convenir que ce n'est point là l'état le plos commun. Il n'y en a toujours que trop , je le sais

hélas ! et j'en gémis : mais du reste, ce libertinage entier et complet, n'est répandu que dans une petite troupe de gens qui n'osent même le découvrir, oi qui tombent dans le mépris, et se diffament en le laissant apercevoir. Il est vrai , d'ailleurs, que la foi n'est point non plus tellement affaiblie, ni altérée * dans tout le christianisme, qu'il n'y ait encore, jusqu'au milieu du siècle, de parfaits chrétiens qui, par la divine miséricorde, et le secours de la grâce , soutiennent dignement la sainteté de leur profes- . sion , aussi fidèles et aussi religieux dans la conduite, qu'ils le sont dans la doctrine; remplissant avec une régularité édifiante toutes leurs obligations, et confessant Jésus-Christ par leur bonne vie et leurs exemples, commeils le confessentde cœur par leurs sentiments, et de bouche, par leurs paroles. Nous en devons bénir Dieu; mais ce qu'on ne saurait en même temps assez déplorer, c'est que les chrétiens de ce caractère soient si -rares, et qu'à peine nous en puissions compter un entre mille. Ce n'est pas d'au* jourd'huique cette décadence a commencé dans l'Église; mais pour peu qu'on ait de zèle, on ne peut . voir sans une amère douleur combien le mal augmente tous les jours, et combien la charité de ces derniers siècles se refroidit d'un temps à l'autre.

Reste donc de conclure que la foi de la plus grande* partie des chrétiens se réduit toute à un simple acquiescement de l'esprit, sans effets, sans fruits, et que c'est là le renversement le plus général. Car. quelques plaintes que forment, au sujet de la foi» les personnes zélées , et de quelque manière que s'énoncent les prédicateurs dans leurs discours , quand ils s'écrient qu'il n'y a plus de foi sur la terre, et qu'elle y est abolie , quand ils s'adressent à Dieu comme le prophète > et qu'ils lui demandent : Seigneur, qui est-ce qui croit à la parole que nous annonçons, et où trouve-t-on de la foi ? quand à la vue de ce déluge de vices qui se sont débordés de toutes parts, et qui infectent tant d'âmes, du moins à la vue de l'extrême tiédeur et de l'affreuse inutilité où s'écoulent, jusqu'à la mort, toutes nos années, ils en attribuent la cause à un défaut absolu de foi : ces expressions, qu'une sainte ardeur inspire, ne doivent point être prises à la lettre nidans toute la rigueur de leur sens. Ce seraitoutrer hi chose, et pour ne rien exagérer, i^ me semble que tout ce qu'il y a de réel en tout cela , c'est que la foi subsistant encore, dans le fbnd, ce n'est plus, par la dépravation et le> malheur des temps, qu'une racine infructueuse , et que ce sacré germe, dont les productions autrefois étaient si merveilleuses, si promptes, si abondantes, n'opère phis ou presque plus : pourquoi ? parce que ce n'est plus qu'une fèi languissante ou : comme endormie, parce que nous ne hi faisons entrer, ni dans nos délibérations, ni dans nos résolu* >' tions , ni dans nos actions; parce que, sans l'efiboiK

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de ootre eœur, oeus PefEaçons de notre souvenir el que ces rentes, quelque importantes et quelque toadiantei qu^elIes soient, ne nous étant jamais présentes h la pensée, elles ne doivent faire sur nous nulle impression. D'où il arrive que dans le plan de notre vie, elles ne servent ni à nous détourner du mal , ni à nous porter au bien , quoiqu'elles nous aient été surtout révélées pour l'un et pour l'autre. II. Je dis que c'est pour nous détourner du mal et pour nous porter au bien , que nous oiit été révélées les vérités de la foi. Car si Dieu nous a donné la foi, ce n'est point seulement afin que notjne foi soit pour nous une règle de créance, mais une règle de conduite, jévani même la création du monde y dît l'apôtfe. Dieu nous a choisis en Jésus- Christ, et il nous a appelés, qftn que nous fussions saints et sans tache devant ses yeux. ( Ephes. , 1 .) Voilà ce peuple parfait que le divin précurseur vint d'abord , selon la parole de Zacharie , préparer au Seigneur, et à qui le Seigneur lui-même a voulu mettre ensuite les derniers traits. De là ces grandes maximes ei ces principes de morale dont toute la loi évangélique est composée. Piotre adorable Maître ne s'est pas contenté de les enseigner aux hommes et de nous les expliquer, mais il a voulu , pour notre exemple, les pratiquer. Que dis-Je? il a plus fait; et pour nous montrer combien il avait à coeur cette pratique , et combien il la jugeait essentielle dans la religion , avant que d'enseigner, il a commencé par pratiquer. De là même , ces leçons si fréquentes, ces exhortations desap6tres, lorsqu'ils instruisaient les fidèles, et qu'ils les formaient au christianisme. De quoi leur parlaient-ils plus souvent? des bonnes œuvres. Que leur recommandaient-ils plus fortement? les bonnes œuvres. Que leur reproeliaient-ils plus vivement? leurs négligences et leurs relâchements dans les bonnes œuvres : c'était là presque l'unique sujet de leurs épîtres et de leurs prédications. Car sans rapporter en particulier tous les points dont ils leur enjoignaient une pratique journalière et assidue, voilà , dans une vue générale, ce qu'ils prétendaient leur marquer en les conjurant de se comporter toujours d'une manière digne de leur vocation, de diercheren toutes choses le bon plaisir de Dieu , d'achever l'ouvrage que la grâce avait commencé dans eux , et de faire en sorte que nen ne manquât à leur perfection et à leur sanctification, afin que rien ne manquât à leur salut étemel et à leur gloire. Tels étaient les enseignements de ces premiers prédicateurs de la loi : pleinement instruits des intentions du FîIb de Dieu, et suivant le même esprit , ils réprouvaient une foî lâche et nonchalante, et ne cauonisaicBt qu'âme foi vigilante, entieprenante, édi-

£t certes comment Fentendons-nous, si nous

nous flattons d'obtenir la vie bienheoreoM par la foi sans les œuvres de la foi ? Est-ce à la foi seule que Jésus-Christ a promis son royaume? Est-ee la foi seule qui nous justifie? La foi est le fondement de la sainteté chrétienne, et les œuvres en doivent être le complément : 6tez donc les œuvres, je sub en droit de vous dire, comme l'apôtre saint Ja& ques : Si quelqu'un a la foi et qu'il n'ait poisU les ceuvres , de quoi cela hd servirit-tMt est-ce que la fol fe pourra sauver? ( Jac, J.)

On m'opposera la parole de saint Paul, et l'exemple d'Abraham tiré du quinzième chapitre de la Genèse, où il est dit qu'Abraham crut, et que sa foi lui fut imputée à justke. Il est vrai , Abraham et tant d'autres, soit patriarches, soit prophètes de l'ancienne loi , se sont rendus par la foi recommandablés auprèi de Dieu; mais par quelle foi?eonsul> j tons le même saint Paul, et II nous l'apprendra ; c'est au chapitre onzième de son épîtrà aux Hé* breux, où il décrit avec une éloquence toute divine, ce que la foi inspira de plus héroïque et de plus grand à ces hommes incomparables.

En effet, sans vouloir ici les nommer tous, et sans en faire un dénombrement trop étendu, quelle fut la foi d'Abraham? il crut :.mals il ne se borna pas à croire; ou plutêt, parce qu'il crut et quil crut efficacement et d'une fbi parfeite, il quitta sa patrie ainsi qu'il lui était ordonné , il s'éloigna de ses proches, il offrit son fils unique, il se mit en devoir de l'immoler, et ne ménagea rien pour rendre hommage à Dieu et lui témoigner son obéissance. Quelle fut la foi de Moïse ? il crut : mais il ne se contenta pas de croire : ou plutôt, parce qu'il crut et qu'il crut vivement et d'une foi pratique, il renonça à toutes les espérances humaines, il sacrifia dans une cour étrangère les titres les plus pompeux et la plus riche fortune, il se réduisit dans une condition humble et dans un état de souffrances, s'estimant plus heureux d'être affligé avec le peuple de Dieu que de goûter les fausses douceurs du péché parmi les idolâtres. Quelle fut la foi d'un Gédéon , d'un Jephté, d'un David , de tant de glorieux combattants et de zélés Israélites? Ils crurent : mais ils ne s'estimèrent pas quittes de tout en croyant; on plutôt» parcequ'ilscrurent , et qu'ils crurent bien et d'une foi courageuse, les uns s'exposèrent à mille périls pour la cause du Seigneur, lui soumirent les nations ennemies, et subjuguèrent les royaumes; les autrès passèrent par les plus rudes épreuves, endurèrent pour le Dieu de leurs pères et pour sa loi les phis rigoureux traitements, et périrent par le tranchant de l'épée; d'autres, séparés du monde ^ confinés dans des déserts , cachés dans de sombres cavernes, menèrent la vie la plus austère, et ressentirent toutes les misères de la pauvreté et de l'indigence : tous se regardant sur la terre comme

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! étrangers, et D'ayant nulle prétention , nui inet temporel qui les attachât, ne s'employèrent à chercher sans cesse, et par les vœux de leur ur,et parle mérite de leurs œuvres, cette cité Bite que la foi leur faisait entrevoir de loin et elle les appelait, car telle est en abrégé la pein- • que TapAtre nous a tracée de ces saints de la mière alliance. C'est ainsi que la foi agissait is eux, ou qu'ils agissaient par la foi , persuadés ils ne pouvaient sans cela espérer Taccomplisse- Ht des promesses qui leur avalent été faites, uï nr en possession de l'héritage qui leur était itiné.

[jfê saints de la loi nouvelle en ont-ils jugé autre- Dfc à l'égard d'eux-mêmes? ont- ils pensé que te loi de grâce leur donnât un privilège particu- *, et qu'indépendamment des ceuvres, la qualité eiiréUeB leur fdt un titre sufOsant pour être ad- I au rang des élus? Si c'était là leur morale , et I ne comptaient que sur la foi, pourquoi se consulent-ilsde veilles et de travaux? pourquoi s'extélient-lls d'abstinences, déjeunes, de mortiflca- •s ? pourquoi se refusaient-ils tous les plaisirs des s, et faisaient-ils à leur corps une guerre si telle? qu*étalt-il nécessaire qu'ils s'exerçassent itinudlement en des pratiques d'humilité, de K, de charité? que leur importait-il d'être à la prière et à l'oraison, et d'y passer ique les journées entières et les nuits? que ne taient-ib de leurs retraites? que ne se répanentrils dans le monde? que ne se donnaient-ils a de reUche et plus de repos? Nais encore après t d*0Mivres saintes, après s'être épuisés pour la ire de Dieu, pour le service du prochain, pour r propre saocîifieation et leur progrès personnel ; èa avoir amassé d'immenses trésors, comment 10 qualiûaient-ils que de serviteurs inutiles ? com- ■I, à les en croire, se trouvaient-ils les mains vily.cidéploraientrîls avec autant de confusion que nauinie de oceur leurs besoins spirituels et leur lAment extrême ? d'où leur venait ce tremblement jtL 'ÛM étaient uisîs au si^et de leur salut , et au rreoir dea arrêts du ciel ? Ils avaient tout entre- B, tout exécuté, tout soutenu, et il semblait néanîiiaqu*ilsn'eussent rien fait. lie nous en étonnons kse'eatqu'ils étalent convaincus de Tindispensa- I aécessité des œuvres pour rendre leur foi salule, H .qu'ils eraignaient de ne pas remplir sur a Ipute la mesure qui leur était prescrite. àv^oa-nous moins à craindre qu'eux, et soma-eoua moins exposés à cette malédiction dont Ha de Dieu frappa le figuier stérile? Il s'appro- I de ce figuier, il y chercha des fruits; mais n'y faal que des ftuilles : Que Jamais , dit4l, tu ne 4e$ dkfruiif ei que personne jamais ne mange m qtà vienne de toi. (Matth., 21.) L'effet sui-

vit de près l'anatlième : le figuier dans l'instant même perdit tout son suc, et sécha jusque dans ses racines. Ce ne fut plus qu'un bois mort et propre à brûler. Figure terrible! Quand le souverain juge viendra, ou qu'il nous appellera à lui pour décider de notre éternité, ce qu'il examinera dans nous, ce qu'il y cherchera , ce ne sera pas seulement la foi que nous aurons conservée, mais les œuvres qui l'auront accompagnée : ainsi nous le déclare legrand apêtre dans les termes les plus exprès : Nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ, qfin que chacun reçoive selon le bien qu'il entra pratiqué, ou selon le mal qu'il aura commis. (2. Cor., 1.) L'apôtre ne dit pas précisément que nous recevions selon que nous aurons cru ou que nous n'aurons pas cru, mais selon que nous aurons agi, ou que nous n'aurons pas agi conformément à notre croyance.

Et n'est-ce pas aussi ce que nous voyons clairement exprimé dans la sentence ou de salut ou do damnation que prononcera le Fils de Dieu , soit à. l'avantage des justes en les glorifiant, soit a la ruine des pécheurs en les réprouvant? Que dira-t-il aux uns? renez, vous qui êtes bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dés le commencement du monde :carfai eu/aim, et vous m'avez donné à manger, et le reste. Que dira-t-il aux autres? Retirez-vous, maudits, et allez au feu éternel, parce que J'ai été pressé de ta faim, et que vous n'avez pas eu soin de me nourrir. ( M ATTH. , 25. ) Il n'est point là parlé de la foi , non pas qu'elle ne soit supposée , et que dans le jugement qui sera porté, ou en notre faveur ou contre nous , elle ne doive avoir toute la part qu'elle mérite, mais enfin il n'en est point fait mention. Il n'est point dit aux prédestinés, ^ous êtes bénis de mon Père , parce que vous avez été soumis aux vérités de mon Évangile, comme il n'est point dit aux réprouvés, jetiez, maudits, au feu étemel, parce que vous avez été incrédules : mais il semble que tous les motifs de ce double jugement ne soient pris que de la pratique, ou de l'omission desœuvres chrétiennes. J'ai eu soif, et vous m'avez donné, ou ne m'avez pas donné à boire; Je n'avais point de lO' gement, et vous m'avez recueUU, ou ne m*avez pas recueilli chez vous; j'étais malade, et vous m'avez, ou ne m'avez pas afsisté. (Id.) Tout cela ne regarde en apparence que les œuvres de miséricorde,mais comprend en général toutes les autres, qui y sont sous-entendues.

En vain donc je pourrai dire alors à Dieu : Seigneur, j'étais chrétien et j'avais la foi , si je no puis ajouter que j'ai mis en œuvre cette foi, que j'ai pru- ' fité de cette foi, que cette foi m'a servi à exciter et à entretenir ma ferveur dans l'exercice de toutes les vertus, qu' vec cette foi, et par les grandes.

coDsidératîoiit que cette foi présentait contîntiellement à mon esprit Je me suis détaché du monde, j*ai combattu mes passions, j*ai mortifié mes sens, j*aî jeûné, j'ai prié, j*ai fait raum6ne, fe n'ai rien omis de tous ntes devoirs; si, dis-je, ces mérites de Faction me manquent, Dieu produisant contre moi cette foi même que j'ai reçue sur les sacrés fonts, et que j'ai professée, n'aura de sa part point d*autre réponse à me faire, que celle de ce mattre de l'Évangile au serviteur paresseux : Méchant serri* teur, pourquoi n'avex-vous pas employé votre talent? pourquoi l'avez-vous gardé inutilement dans vos mains, au lieu de le mettre à profit, afin qu'à mon retour j'en retirasse quelque intérêt?

Qu'est-ce que ce talent, sinon la foi? qu'est-ce que ce serviteur paresseux, sinon un de ces chrétiens oisift et négligents, qui tiennent leur foi comme ensevelie, et en qui elle paraît morte? Ce serviteur paresseux, quoique seulement paresseux et sans avoir dissipé son talent, fut traité de méchant ser- Titeur, et par cette raison seule , il fut condamné et rejeté du maître; et ce chrétien négligent et oisif, quoique seulement oisif et négligent, sans s'être écarté de la foi , sera traité de mauvais chrétien , et par ce titre seul , Dieu le jugera coupable et le renoncera. Coupable, parce que la loi, dans les vérités qu'elle nous révèle, lui fournissant les plus poissants motifs pour allumer tout son zèle et pour rengager aune vie toute sainte, il y aura été insensible et n'y aura pas fait l'attention la plus légère. Coupable, parce que la foi lui dictant elle-même qu'exclusivement aux oeuvres elle n'était pas suffisante pour lui assurer un droit à Khéritagc céleste, il ne l'aura poiut écoutée sur un article aussi important que celui-là, et n'en aura tenu nul compte. Coupable, parce que la foi étant une grâce, et l'une desgrftces les plus précieuses, il en fallait user, puisque les grâces dirines ne nous sont point données à d'autre fin ; et que n'en ayant fait aucun emploi , il ne se sera pas conformé aux vues de Dieu sur lui , et n'aura pas rempli ses desseins. Coupable, parce qu'ayant eu la foi dans le coHir, et l'ayant même confessée de bouche ; il l'aura démentie dans la prati. que; qti'il l'aura contredite et tenue dans une espèce de servitude; qu'il aura résisté à ses connaissances et à ses lumières; qu'il l'aura déshonorée, en la dépouillant de sa plus belle^loire, qui est la sainteté des oeuvres; qu'il l'aura scandalisée devant les libertins, en leur faisant dire que, pour être chrétien, on n'en est pas plus homme de bien. Enfin coupable, par comparaison avec tout ce qu'il y aura eu avant lui et après lui de chrétiens fervents, appliqués, laborieux , qui n'avaient pas pourtant une autre foi que la sienne; et même coupable par comparaison avec une multitude innombrable d'infidèles et d'i-

LA FOI SANS LES OEUVRES

elle eût fait autant de uints, s'ils eussent été édai. fi rés comme lui de l'Évangile.

Voilà pourquoi Dieu le réprouvera , et lui fen entendre cette désolante parole : Je ne voeu connais point. Non pas qu'à Tégard des chrétiens il en soit tout à fait de même qu'à l'égard du aerriteor paresseux. Le mattre, en condamnant eeserrHeor inutile, lui fit enlever le talent qu'il loi avait confié : mais en réprouvant ce làdie chrétien , Dieu h! laissera l'excellent caractère dont il Pavait iionoié. Jusque dans l'enfer, ce sera toufours un chrétien; mais il ne le sera plus que pour sa honte, que ponr. son supplice, que pour son désespoir. Cette glorieuse qualité de chrétien qu'il aura ai longtemps oubliée, quand il était pour lui d'un souverain intérêt d'y penser, il ne l'oubliera jamais, lorsqu'il en voudrait perdre l'idée, et que le souvenir qu'il en conservera ne pourra plus servir qu'à le toonnenter. Quels regrets fera-t-elienattre dans son cœur, quand die lui remettra les prétentions qu'elle lui donnait au royaume de Dieu , et que par une indolence molle où il se sera endormi, il se verra déchu de toutes ses espérances? A quels reproches rexposerat-elle de la part de tant de gentils réprouvés connne lui , mais uns avoir été revêtus du même caractère, ni avoir eu le même avantage que lui? Et quoi! vous êtes devenu semblable à nous! vous avei encouru le même sort! Que vous demandait-on de st difficile? et comment avez-vous perdu un bien dont votre foi vous découvrait le prix inestimable, et que vous pouviez acquérir à si peu de frais?

m. Que peuvent dire à cela ces honnêtes gens du siècle, qui passent pour chrétiens, et qui le sont en effet, mais dont la foi, toute renfermée au dedans, ne se produit presque jamais au dehors par aucun acte de christianisme, ni aucune des oeuvres les plus ordinaires de la religion ? Car voilà où la foi en est réduite, même parmi ceux qui, dans le monde, ont une réputation mieux établie, et font voir dans leur conduite plus de régularité et plus de probité. Telle est la vie de tant de femmes, en qui je conviens qu'il n'y a rien à reprendre par rapport à la sagesse et à l'honneur de leur sexe. Telle est la vie de tant d'hommes qui , dans l'estime publique, sont réputés hommes d'ordre et de raison , droits , intègres , ennemis du rice, et ne se portant à nul excès. Je veux bien là-dessus leur rendre toute la justice qu'ils méritent ; je ne formerai point contre eux des accusations fausses et mal fondées; je ne leur imputerai ni libertinage, ni débaudie, ni passions honteuses , ni commerces défendus, ni colères , ni emportements , ni fraudes, ni usurpations, ni concussions. Que sur tous ces sujets et sur d'autres ils soient hors d'atteinte, j'y consens, mais je ne les tiens pas dès lors assurés de leur salut. Si ào)âtres en qu\ h foi eût fructifié au centuple et dont d'une part j'ai de quoi espérer pour eux , je no toIs .

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