‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 164 sur 408 · LA FOI SANS · texte numérisé non relu

LA FOI SANS

4*iâllenri qui tropi enûodre, et eo Toici la raison : car ne nom laissons point abuser d'une erreur d'autant ploa dangereuse qu'elle est plus apparente et phn spédcose, et ne pensons point que tout le mérite abaolnment requis pour le salut eonsiste à éritnr eertains péchés. Dieu , dans sa loi , ne nous a pat dit seulement : Abstenez-vous de ceci ou de cela, maûll nous a dit de plus, faites ceci et faites cela. Le père de famille ne reprit d'aucune action mauv»ee eea ounîers qu'il trouva dans la place publique; mais il les blâma de perdre leur temps , et de ' là uns occupation. Jliez, leur dit'il, r ma ri^ (Matth., 30), et travaillez-y; car aaiii travail vous ne gagnerez rien; et vous ne devez lue récompensés que selon la mesure de votre ouvrage. Tellement que nous ne serons pas moins leqioniables à Dieu du bien que nous aurons omis, qoe da mal que nous aurons commis.

Or« qa*on me dise quel bien pratiquent la plupart des chrétiens , et même de ces chrétiens que je reeomiais volontiers pour gens d'honneur, et à qui f aeeorde sans peine la louange qui leur appartient, lis sont de bonnes mœurs, ils s'en félicitent, ils en font gloire; mais ces bonnes mœurs , à quoi vontdlee, et où se réduisent-elles ? Sont-ce des gens pieux et rdlgieux , qui s'adonnent , autant que leur état le permet, à la prière, qui assistent aux oflices divin, qui se rendent assidus au sacriflce de nos Mitels,qui fréquentent les sacrements, qui se nourrissent de saintes lectures, qui écoutent la parole de Dieu, qui chaque jour se rendent compte à eux- I de la disposition de leur conscience, et qui, I certaines distractions indispensables et ceri af&ires où leur condition les engage, aient leur temps marqué pour se recueillir et pour vaquer au soin de leur âme ? Sont-ce des gens charitables , qui par un esprit de religion s'intéressent au misères et aux besoins d'autrui, et soient même pour cela disposés à relâcher tout ce qu'ils peuvent de leurs intérêts propres ; qui, suivant la maxime de rapôtre, pleurent avec ceux qui pleurent, et, sans se piquer d*une maligne jalousie , se r^jouii' seni avec ceux qui ont s^jet de se r^/ouir {Rom. / 13); qui, selon leurs facultés, contribuent au soulagement des pauvres et à la consolation des affligés, s'appliquent à les connaître, se faisant instruire de ee qu'ils souffrent et de ce qui leur manque, les Tiflîtant eux-mêmes autant qu'il convient , et ne dédaignant pas dans les rencontres de leur porter les eecoon nécessaires ; qui , dans toutes leurs paroles et dans toutes leurs manières d'agir, prennent soigneusement garde à n*offenser personne, et du reste ne pensent aux injures qu'on leur fait que pour les pardonner : doux, humbles, patients, affables à lent le monde, et ne cherchant , à l'égard de tout kpioiide, que les sujets de faire plaisir et d'obli-

LES OEUVRES. u^

ger? Sont-ce des gêna mortifiés et déudiés d'euxmêmes, qui répriment leurs désirs, qui captivent leurs sens, qui crucifient leur chair, qui , par un sentiment de pénitence et en vue de cette abnégation évangélique, dont le Fils de Dieu a fait le point capital et comme le fondement de sa loi, renoncent aux commodités et aux aises de la vie, se retranchent tout superflu, et se bornent précisément au nécessaire?

Hé! que dis-je? connaissent-ils cette morale? la comprennent-ils ? en ont^ils même quelque teinture? Que je la leur propose, et que j'entreprenne de les y assujettir. Ils me prendront pour un homme outré , pour un zélé indiscret , pour un homme sauvage venu du désert. C'est néanmoins la morale de Jésus-Qirist, et c'est à cette morale que le salut est promis : il n'est point promis à une vie douce et tout humaine, quelque innocente au dehors qu'elle paraisse. Je consulte l'Évangile, et voici ce que je lis : Enirefi par la porte étroite y faites effort, U royaume de Dieu ne s'emporte que par violence; il n'y a que ceux qui emploient la force qui le ravissent. Marchez ; c'est-à-dire agissez , tandis que le jour vous éclaire. Varbre qui ne produit poini de bons ft-uits sera coupé et Jeté au feu. Enfin, celui qui ne porte pas sa croix, et ne laportepas tous les jours , ne peut être mon disciple ni digne de moi. Tout cela est court, précis, décisif : c'est Jésus-Christ qui parle, et qui nous donne des règles infaillibles pour juger si noiis serons sauvés ou réprouvés. Toute vie conforme à ces principes est une vie de salut, mais toute une vie aussi qui leur est opposée doit être une vie de réprobation.

Et qu'on ne me demande point en quoi cette vi^ est criminelle, et pourquoi, sans être une vie lîcen* cieuse et vicieuse , c'est toutefois une vie réproti • vée de Dieu. Je ne m'engagerai point ici dans un long détail , ni en des questions subtiles et abstraites : je n'ai en général autre cliose h répondre , sinon que cette vie dont on fait consister la prétendue innocence h s'abstenir de certains excès et de certains désordres scandaleux , n'a point précisément par là les caractères de prédestination marqués dans les textes incontestables et irréprochables que je viens de rapporter. Vivre de la sorte ce n'est certainen.ent point entrer par la porte étroite , ni tenir un chemin rude et difficile. Ce n'est point avoir de grands efforts à faire pour gagner le ciel, ni user de grandes violences. Ce n'est point profiter du temps que Dieu nous donne » ni fiedre de nos annéesun emploi tel que Dieu le veut pour notre avancement dans ses voies et notre perfection. Ce n'est point être de ces bons arbres qui s'enrichissent de fruits , et remplissent par leur fertilité les espérances du maître. En un mot, ce n'est point vivre selon l'Évangile; puisque ce n'est ni se renon-

eer soî-ménie, ni porter sa croh, ni suivre Jésus- Christ. Or, quiconque ne vit passelon TÉvangile ne peut arriver au t«*nie où TËvangile nous appelle , et jeeooclus , sans hésiter, qu*il est hors de la route, qu'il s'égare, qu'il se damne. Ce raisonnement me miffit , et je n'en dis pas davantage. Malgré toutes les justiflcations qu'on peut imaginer, Je ne me départirai jamais de ce principe fondamental et inébranlable. Si tant de chrétiens du siècle et de chrétiennes n'en sont point troublés, leur fausse confiance ne m'empêche point de trembler pour eux , et de trembler pour moi-même. Qu'ils raisonnent comme il leur plaira : s'ils n'ouvrent pas les yeux , et qu'ils s'obstinent à ne vouloir pas reconnaître la fatale illusion qui les séduit, j'aurai pitié de leur aveuglement; mais je ne cesserai point de prier en même temps le Seigneur qu'il me garde bien d'y tomber.

LES ŒUYBBS SANS LA FOI, OEUVRES IHFBUG- TUBUSBS BT SANS MBBITB POUR LA YIB BTBB- NELLB.

L'ap6tre saint Jacques a dit : Faites-moi voir vos œuvres, et je jugerai par là de votre foi ; mais, sans blesser le respect dû à la parole du saint apôtre, ne poorrait-on pas en quelque manière renverser la proposition, et dire aussi : Faites-moi voir votre foi Y et je jugerai par là de vos œuvres; c'est-à-dire que je connaîtrai, par le caractère de votre foi, si )es œuvres que vous pratiquez sont véritablement de bonnes œuvres, si ce sont des œuvres chrétiennes, des œuvres saintes devant Dieu , des œuvres que vous puissiez présenter à Dieu , et qui vous tiennent lieu de mérites auprès de Dieu.

Car il ne faut point considérer nos œuvres précisément en elles-mêmes, pour savoir si elles sont bonnes ou mauvaises, si Dieu les accepte, ou s'il les méprise et les rejette ; mais, pour faire cette distinction , on doit examiner le principe. Or le principe de toute bonne œuvre , de toute œuvre méritoire et recevable au tribunal de Dieu , c'est la foi , puisque la foi selon l'expresse décision du concile de Trente, est la racine de toute justice; d'où il s'ensuit que cette racine étant altérée et gâtée, les fruits qu'elle produit doivent s'en ressentir, et que ce ne peuvent être de bons fruits.

Gardons-nous toutefois de donner dans une erreur condamnée par l'Église, et en ^et très-condamnable, qui est de traiter de péché tout ce qui ne vient pas de la foi. Ce serait outrer la matière et s'engager dans des conséquences hors déraison. Non-seulement les œu\Tes des infidèles n'ont pas toutes été des péchés , mais plusieurs ont été de vrais actes de vertu , et ont mérité , même de la part de Dieu, quelque récompense. Leurs vertus

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n'étaient que des vertus morales ; maïs , après tout, c'étaient des vertus. Dieu ne les récompensait que par des grâces temporelles, mais enfin ces grâces temporelles étaient des récompenses, et Dieu ne récompense point le péché. Leurs œuvres pouvaient donc être moralement bonnes sans la foi; mais elles ne l'étaient m* ne pouvaient l'être de cette bonté surnaturelle qui nous rend héritiers du royaomede Dieu et cohéritiers de Jésus- Christ. Or c'est de ce genre de mérite que je parle, quand je dis que sans la foi il n'y a point de bonnes œuvres.

Ainsi, comme les œuvres sont d'une part l« preuves les plus sensibles de la foi , de même est-il vrai d'autre part que c'est la foi qui fait le discernement des œuvres : tellement que toutes bonnes qu'elles peuvent être de leur fond et devant les hommes, elles ne le sont auprès de Dieu et par rapport à la vie éternelle qu'il nous a promise, qu'autant qu'elles procèdent d'une foi pure, simple et entière. Car, selon le témoignage de l'apôtre, il n'est pas possible de plaire à Dieu sans la foi ; et la disposition nécessaire pour approcher de Dieu est, avant toutes choses , de croire qu'il y a un Dieu, et de se soumettre à tout ce qu'il nous a révélé , ou par lui-même, ou par son Église.

De là il est aisé déjuger si c'est toiyours raisonner juste que de dire : Ces gens-là sont geos de bonnes œuvres , réglés dans leurs mœurs, înéprocbables dans leur conduite , de la morale la plus sévère, n'ayant autre chose dans la bouche, et oe prêchant autre chose : par conséquent, ce sont des hommes de Dieu , ce sont des gens parfaits selon Dieu. Tout cela est beau, ou plutôt tout cela est spécieux et apparent; mais, après tout, les hérétiques ont été tout cela, ou ont affecté de le paraître : témoin un Arius, témoin un Pelage et tant d'autres. On relevait leur sainteté, on canonisait leurs actions , on les proposait comme de grands modèles; mais, avec tout cela, ce n'étaient certai* nement pas des hommes de Dieu , parce qu'avec tout cela c'étaient des gens révoltés contre l'Église, attachés à leurs sens , entêtés de leurs opinions ; en un mot, des gens corrompus dans leur foi.

On a néanmoins de la peine à se persuader que des hommes qui vivent bien ne pensent pas bien, et qu'étant si réguliers dans toute leur manière d'agir, ils s'égarent dans leur créance; mais voilà justement un des pièges les plus ordinaires et les plus dangereux dont les hérésiarques tH leurs fiauteurs se soient servis, pour inspirer le venin de leurs hère-* sies et pour s'attirer des sectateurs ; pi^e que saint Bernard, sans remonter plus haut, nous a si naturellement et si vivement représenté dans la personne de quelques hérétiques de son temps. Que disait-il d Âbailard? CW un homme tout ambigu.

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«f domi lafrieeMiune cmUraéUciion perpétuelle. Au dskan c'est un, JeanrBaptiste, mais au dedans c'est «1 Hérode >. Que disait-il d* Arnaud de Bresse : PIM à Dieu guesa-doctrine/Ût aussi saine que sa vie ut austère! Il ne mange ni ne boit; il est de ces fens que l'apôtre nous a marqués^ lesquels ont teutrextérieur de la piété, mais qui n'en ont pas kfimdniles sentiments*. Ses paroles, ajoutait le méaie saint docteur, en parlant du même Arnaud , ses paroles coulent comme rhuile, et en ont, ce semble, fonction; mais ce sont des traits empoisonnés : car ce qu'il prétend , par des discours si polU et de si belles apparences de vertu, c'est de s'insimier dans les esprits et de les gagner à son parti. Que disait-il de Henri , écrivant à un homme de qualité : Ne vous étonnez pas qu'il vous ait surpris. Cest un serpent adroit et subtil. A le voir, ilneparaUrien en lui que d'édifiant, mais ce n'est là qn'une vainemonlre, et dans Fintérieur, il n'y a point de religion^.

Ces exemples sufGsent pour nous faire comprendre combien on doit peu compter sur certaines oeavres d'éclat et sur certaine réputation de sainteté, qui souvent ne sont que des signes équivoques « et d'où l'on ne peut conclure avec assurance qu'un homme marche dans la voie droite, ni que ce soit on bon guide en matière de foi. Aussi est-ce encore l'avis que donnait saint Bernard aux peuples de Toulouse. Cétaitun temps de ténèbres, où Tbérésieefaerchait à se répandre; mais, pour les préserver d'une peste si contagieuse , il leur enjoignait de ne pas recevoir indifféremment toute sorte de prédicateurs, et de n'en admettre chez eux aucun qu'ils ne connussent. Car ne vous y fiez pas : Ne vous en tenez précisément nia ce qu'ils vous diront, ni (su zèle qu'ils vous témoigneront ^ nia la haute perfecUon de la morale qu'ils vous prêcheront. Ils vous tiendroni un langage tout divin, et ils vous parlerani comme des anges venus du ciel : mais de même qu'on mêle secrètement le poison dans les pbtM douces liqueurs, avec les expressions les plus chrétiennes, ils feront couler leurs nouveautés , et ils vous les présenteront sous des termes enveloppés a pleins d'artifice. Faux prophètes ^ Umps ravissants déguisés en brebis^.

Cependant les simples se laissent surprendre. Ils ▼oient des hommes, quant à l'extérieur , recueillis, Biodestes, zélés, laborieux, charitables, fidèles à leurs devoirs, et rigides observateurs de la discipline la plus étroite. Cette régularité les charme , et Ils se feraient scrupule d'entrer là-dessus en quelque ( , et de former le moindre soupçon désavan-

> BêêM. EpisL ad Magiêtrum.

> Id«B, MpisL ad Rpucopum CanêtattUemem. 3 Idem , EpUt. ad HUd^onsum.

* ïàgm. Kpiêt. ad Tototantta,

tageux. On a beau leur dire que ce n'est pas là l'essentiel; que c'est la foi qui en doit décider; que si la foi manque, ou qu'elle ne soit pas telle qu'elle doit être , tout le reste n'est rien ; ils prennent ce qu'on leur dit pour des calomnies, pour des jalousies de parti, pour des préventions et de faux jugements. Ainsi le Sauveur du monde s'élevait contre les pharisiens et démasquait leur hypocrisie; mais en vain : le peuple, touché de leur air pénitent et dévot, de leurs longues prières, de leurs abstinences, de leur exactitude aux plus Itères pratiques de la loi , s'at* tachait à eux, les admirait, les révérait, les comblait d'éloges , et, malgré tous les avertissements du Fils de Dieu, ne voulait point d'autres maîtres ni d'autres conducteurs.

Mais après tout, cette vie exemplaire ne fisiit-elle pas honneur à la religion, et ce zèle des bonnes œuvres n'est-il pas utile à PÉglise? A cela, je fais une réponse qui paraîtra d'abord avoir quelque chose de paradoxe, mais dont on reconnaîtra bientôt la solidité et l'incontestable vérité , pour peu (ju'on entende ma pensée. Car je soutiens qu'il y a des personnes, et en assez grand nombre, qui dans un sens feraient beaucoup moins de mal à la religion, et s'en feraient beaucoup moins à eux-mêmes, par une vie licencieuse et scandaleuse , que par leur sainteté prétendue et par l'éclat de leur zèle. Beaucoup moins de mal à la religion : pourquoi ? parce que dès qu'on les verrait sujets à des désordres grossiers, on perdrait en eux toute confiance, et qu'ils se trouveraient par là moins en état de séduire les esprits, et d^établir leurs dogmes erronés. Au lieu de les suivre, on s'éloignerait d'eux , et le mépris où il tomberaient les décréditerait absolument, et leur dterait toute autorité pour appuyer le mensonge. Beaucoup moins de mal à eux-mêmes : comment? parce que, tôt ou tard , l'horreur de leurs désordres pourrait les toucher, les réveiller, leur inspirer des sentiments de repentir et les ramener. Les exemples en sont assez communs. De grands pécheurs ouvrent les yeux, écoutent les remontrances qu'on leur fait, reviennent de leurs égarements; e^ plus mêmeils sont grands pécheurs, plus il est quelquefois aisé de les émouvoir, en leur représentant les excès où ils se sont abandonnés, et les abîmes où la passion les a emportés.

Mais des gens an contraire dont la vie est exempte de certains vices, et qui d'ailleurs s'adonnent à mille pratiques très^rétiennes en ellesHnémes , et trèspieuses, voilà ceux auxquels il est plus difficile de se détromper et d'apercevoir l'illusion qui les aveugle et qui les perd. A force de s'entendre canoniser, ils se persuadent sans peine qu'ils sont tels en e£fet qu'on les vante de tous côtés. Cette bonne idée qu'ils conçoivent d'eux-mêmes les entretient dans la fiiuss* idée dont ils se sont laissé çré^remv ^<!B»t «u \s^4nfr-

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trine ils ont les rues les plus justes , et qu*il8 sont les défenseurs de la vérité. Ils se regardent comme les appuis de la foi, et ils croient rendre service à Dieu, en tenant ferme contre TÉglise même de Dieu, contre toute autorité et toute puissance sapérieure, soit laîgue, soit ecclésiastique. De cette sorte, ils s'obstinent dans un schisme dont ils sont les principaux agents , ils y vivent en paix , et ils meurent dans une opiniâtreté insurmontable, d*autant plus malheureux qu'il leur en coâie plus pour se perdre, et qu'ils se damnent à plus grands frais. Ce qui leur manque, ce ne sont pas les œuvres, mais la foi. Ils font tout ce qu*il faut faire pour se sanctifier ; mais n'ayant pas le fondement de toute la sainteté, qui est la foi, je veux dire l'obéissance, la docilité, la pureté de la foi, avec tout ce qu'ils font, ils ne se sanctifient pas. Ils ne bâtissent que sur le sable , ou , selon la figure de saint Paul , l'édifice qu'ils construisent n'est qu'un édifice de paille. De sorte qu'au jour du Seigneur ils seront de ces prophètes dont il est parlé dans l'Évangile, et qui se présentant à Dieu pour être jugés, lui dWonii Seigneur, n'avonsnous pas prophéiiêé en votre nom? n'anons^nous pas en voire nom chassé les démons f n^avons-nous pas fait des miracles? mais à qui Dieu répondra : Je ne vous connais point ; retirez-vous de moi, mourais ouvriers, ouvriers d'iniquité. (Matth., 7.) II. Il y a encore d*autres œuvres faites sans la foi , quoique faites avec la foi : Je m'explique. Œuvres faites avec la foi : car dans le fond on est chrétien , on est catholique, on est uni de croyance avec l'Église, on ne rejette aucune de ses décisions, et on les reçoit toutes purement et simplement. Mais d'ailleurs, œuvres faites sans la foi, parce que la foi n*y n point de part, que la foi n'y entre point, que ce n'est point la foi qui les inspire, qui les dirige, qui les anime. Tout chrétien qu'on est, on agit en païen, je ne dis pas en païen sujet aux vices et au dérèglement des mœurs où conduisait de lui-même le paganisme ; mais je dis en honnête et sage païen. C'est- . à-dire qu'on agit, non point par la foi, ni par des \ues de religion, mais par la seule raison, mais par une probité naturelle, mais par un respect tout humain , mais par la coutume, l'habitude, l'éducation, mais par le tempérament, l'inclination, le penchant.

On rend la justice , parce qu'on est droit naturel lement et équitable; on sert le prochain, parce qu'on est naturellement officieux et bienfaisant; on assiste les pauvres, parce que naturellement on est sensible ' aux misères d*autrui , et qu'bn a le cœur tendre et affectueux; on prend soin d'un ménage, et on s'applique h bien conduire une maison , parce que naturellement on est rangé et qu'on aime Tordre ; on remplit toutes les fonctions de son ministère, de son emploi, de sa dwrge, parce que Thonneur le de-

mande , parce que la réputauon y est engagée, parée qu'on veut toujours se maintenir en crédit et sur un certain pied ; on s'occupe d'une étude, on pas» les journées et souvent même les nuits dans un travail continuel, parce qu'on veut s'instruire et savoir, qu'on veut réussir et paraître, qu'on veut s'avancer et parvenir : ainsi du reste, dont le détail serait infini.

Tout cela est bon en soi; mais, dans le motif, tout cela est défectueux. Il est bon de rendre à ch»^ cun ce qui lui est dû, de protéger l'innocence et de garder en toutes choses une parfaite équité. Il est bon de se prêter la main les uns aux autres, de se prévenir par des offices mutuels, et d'obliger autant qu*on peut tout le monde. Il est bon de consoler les affligés, de compatir à leurs peines et de les secourir dans leurs besoins. Il est bon de veiller sur des enfants, sur des domestiques, sur toute une famille, d*en administrer les biens et d*en ménager les intérêts. Il est bon, dans une dignité, dans une magistrature, dans un négoce, de vaquer à ses devoirs, et de s'y adonner avec une assiduité infatigable. Que dirai-je de plus? il est bon de cultiver ses talents, de devenir habile dans sa profession, de travailler a enrichir son esprit de nouvelles connaissances : encore une fois , il n'y a rien là que de louable ; mais voici le défaut ciipital : c'est qu*il n'y a rien là qui soit marqué du sceau delà foi , ni par conséquent du sceau de Dieu. Or le sceau de Dieu, le sceau de la foi ne s'y trouvant point, ce ne peut être, pour m'exprimer ainsi, qu'une monnaie fausse dans l'estime de Dieu, et de nulle valetur par rapport à l'éternité. Car on peut nous dire alors ce que disait le Sauveur des hommes : Qu'attendez-vous dans le royaume du ciel , et quelle récompense méritez-vous? Eh! les païens ne faisaient-ils pas tout ce que vous faites? (Matth., 6.)Et qu'avez-vous au-dessus d'eux, puisque vous n'agissez point autrement qu'eux, ni par des principes plus relevées? En effet, il y a eu dans le paganisme, comme parmi nous , des juges intègres, déclarés, sans acception de personne, en faveur du bon droit, et assez généreux pour le défendre aux dépens de leur fortune et même au péril de leur vie. Il y a eu d'heureux naturels, toujours disposés à faire plaisir, et ne refusant jamais leurs services. Il y a eu des flmes compatissantes, qui, par un sentiment de miséricorde , s'attendrissaient sur toutes les calamités, ou publiques, ou particulières, et pour y subvenir répandaient leurs dons avec abondance. Il y a eu des hommes d'une droiture inflexible, d'une fermeté iiié> branlable, d'un désintéressement à toute épreuvt^ d'un courage que rien n'étonnait, d'une patience que rien n'altérait, d'une application que rieo ne lassait , d*one attention et d'une vigilance à qui rien n*échappait. Il y a eu des femmes d'une régularité

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l^nfidte et d'une conduite irrépréhensible. Que de lertm ! mais quelles vertus ? rertus morales , et rien m delà. Elles méritaient les louanges du public , dies méritaient même de la part de Dieu quelques récompenses temporelles, et les obtenaient; tllee étaient bonnes pour cette vie, mais sans être iTaucun prix pour Tautre, parce que la foi ne les vivifiait pas, ne les sanctifiait pas, ne les consacrât pas.

Telles sont les vertus d'une infinité de chrétiens , Idles sont leurs ceuvres. Leur voix est la voix de Jaeob ; mais leurs mains sont les mains d*£8aû ; c*està-^Ure qu'il ont la foi , mais comme s'ils ne Tavaient point, puisque dans toutes leurs actions ils ne font oui usage de leur foi. A considérer dans la substance les œuvres qu'ils pratiquent, ce sont des œuvres dignes de la foi qu'ils professent; et ce seraient des œuTies dignes de Dieu, si la foi les rapportait à Dieu; mais c'est à quoi ils ne pensent en aucune sorte. Ils consultent, ils délibèrent, ils forment des desseins, ils prennent des résolutions, ils les exécutent; dans le plan de vie où leur condition les engage, ils se trouvent chargés d'une multitude d'afbires , et pour y suffire ils se donnent mille mouvements, mille soins, mille peines; ils ont. selon le cours des choses humaines et selon les conjonctures, leurs contradictions, leurs traverses à essuyer; ils ont leurs chagrins, leurs ennuis leursdégoûts, leurs adversités, leurs souffrances à porter. Ample matière, riche fonds de mérites auprès de Dieu, si la foi, comme un bon levain, y répandait sa vertu; ai, dit-je, toutes ces délibérations et tous ces desseins étaient dirigés par des maximes de foi , si toutesces fatigues et tous ces mouvements étaient soutenus par des considérations divines et de foi ; si toutes ces souffianceset toutes ces afOictions étaient prises, acceptées, offertes en sacrifices, et présentées par un esprit de foi ; tout profiterait alors pour la vie étemelle, et rien ne serait petdu.

Je dis rien, quelque peu de chose que ce soit : car voilà quel est le propre et l'efficace de la foi, quand elle opère par la charité et par une intention pure et chrétienne. On ne peut mieux la comparer qu'à ce grain évangélique , qui de tous les légumes est le plus petit, mais qui, semé dans une bonne terre , croit , s^élève , pousse des branches , se couvre de feuilles et devient arbre. Partout où la foi se communique , étant accompagnée de la grâce , et partout où elle agit, elle y imprime un caractère de sainteté, et attache aux moindres effets qu'elle prodoit un droit spécial à l'héritage céleste. Ne fût-ce qu'on Terre d'eau donné au nom de Jésus-Christ, c'est assez pour obtenir dans Tétemité une couronne de gloire. Les apôtres passèrent toute une nuit à pâdier, et ils ne prirent rien : pourquoi ? parce que JéSQS-Ghrist n'était pas avec eox; mais du moment

que cet Homme-Dieu parut si*r le rivage, et que par son ordre et en sa présence ils se remirent au travail, la pèche qu'ils firent fut si abondante, que leurs fiJets se rompaient de toutes parts, et qu'ils eurent beaucoup de peine à la recueillir. Image sensible où nous devons également reconnaître, et l'inutilité de toutes nos œuvres pour le salut, si la foi , animée de la charité et de la grâce , n'en est pas le principe et conune le premier moteur ; et leur excellence, si ce sont les fruits d'une foi vive et agissante, et si c'est par l'impression de la foi que nous sommes excités à les pratiquer.

Étrange aveuglement que le nôtre, quand nous suivons d'autres règles en agissant, et que nous nous conduisons uniquement par la politique du siècle et par la prudence de la chair! Combien vois-je tous les jours de personnes de l'un et de l'autresexe, de tout âge et de tout état, qui , dans les occupations et les embarras dont ils sont sans cesse agités , ne se donnent ni repos ni relâche; qui , du matin au soir, obligés d'aller, de venir, de parler, d'écouter, de répondre, de veiller à tout ce qui est de leur intérêt propre ou de leur devoir, mènent une vie trèspfatigante; qui, dans le commerce du monde, sont exposés a des déboires très-amers, à des contre-temps très-désagréables, à des revers très-facheux , à des coups et à des événements capables de déconcerter toute la fermeté de leur âme ; qui , par la délicatesse de leur complexion où le dérangement de leur santé, sont afOigés de fréquentes maladies, d'infirmités habituelles, souvent même de douleurs très-aiguès ? Or en quoi ils me paraissent tous plus à plaindre, et ce qu'il y a pour eux sans eontiedit de plus déplorable, c'est quêtant de pas, de courses, de veilles, d'inquiétudes, de tourments d'esprit; que tant d'exerdcesdu corps très-pénibles, et quelquefois accablants ; que tant d'accidents, d'infortunes, de mauvais succès, de pertes, de contrariétés, de tri« bulations, d'humiliations, de désolations, de frûblesses et de langueurs; que tout cela, dis-je, et mille autres choses , qui leur deviendraient salutaires avec le secours de la foi, ne leur soient, au regard du salut, d'aucun profit, parce que, tout abîmés dans les sens, ils ne savent point user de leur foi , et qu'ils ne la mettent jamais en œuvre. Sans rien faire plus qu'ils ne font, et sans rien souffrir au delà de ce qu'ils souffrent, ils pourraient, par le moyen de cette foi bien épurée et bien employée, amasser d'immenses richesses pour un autre monde que celui-ci, et grossir chaque jour leur trésor; au lieu que se bornant aux vues profanes d'une natuse aveugle, et aux vains raisonnements d'une sèche philosophie, toutes leurs années s'écoulent sans fruits, et qu'à la fin de leurs jours ils n'ont rien dans les mains dont ils puissent tirer devant Dieu quelque avantage. Heureux donc le chrétien qui

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