‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 165 sur 408 · LA FOI VICTOHIEUSE DU MONDE · texte numérisé non relu

LA FOI VICTOHIEUSE DU MONDE

fait toujours la sainte alliance, et des œuvres avec la foi, et de la foi avec les œuvres I

LA FOI TICTORIEUSI DU MONDB.

- A^ craignez point , disait Jésus-Christ à ses ap6txe&.ftU vaincu le monde. (Joan., 16.) U l'a en effet vaincu : et par où? par la foi quil est venu nous enseigner, et par la sainte religion qu'il a établie sur la terre. ÂusH, écrivait saint Jean aux premiers fidèles , gvdte ett , metfrértt , cette victoire qui nous a /ait triompher atu monde? c'est notre /M. ( 1 . f OAN., S.) Four bien entendre ceci , il faut , sdon la belle obaervaliim de saint Augustin, distinguer dans le monde trois choses qui nous perdent : ses erreurs, ses douceurs et ses rigueurs. Les erreurs du monde nous séduisent, ses douceurs nous corrompent , et ses rigueurs ou ses persécutions nous inspirent une crainte lâche , et nous tyrannisent par un respect humain dont nous ne pouvons presque nous défendre. Or, la religion, je dis la vraie religion, qui est la religion chrétienne, nous élève au-dessus de tout cela, et nous en rend victorieux. Elle nous détrompe des erreurs du monde, elle nous dégoûte des douceurs du monde, elle nous fortifie contre les rigueurs du monde.

L Le monde est rempli d'erreurs , et même d'erreurs les plus sensibles et les plus grossières. Ce sont mille fausses maximes dont il se fait autant de vérités prétendues, et autant de principes incontestables. Quelles sont, par exemple, les maximes de tant de mondains ambitieux , qui mettent la fortune à la tête de tout , et qui , se la proposant comme leur fin, concluent qu*il y faut parvenir h quelque prix que ce puisse être ? Quelles sont les maximes de tant de mondains intéressés , qui se font de leurs richesses une divinité, et qui, pensant ne valoir dans la vie qu'à proportion de ce qu'ils possèdent, regardent le soin d'amasser et de grossir leurs revenus comme une affaire capitale à laquelle toutes les autres doivent céder? Quelles sont les maximes de tant de mondains abandonnés à leurs plaisirs, qui s'imaginent n'être sur la terre que pour se divertir et pour flatter leurs sens , et qui, livrés à des passions honteuses, ne connaissent point de plus grand bonheur que de les contenter en toutes les manières et de vivre au gré de leurs désirs? Mais surtout à quelles maximes la prudence humaine et la politique n'a-t-elle pas donné cours? Voilà les règles de conduite que suit le monde , et où il.se croit bien fondé. Qui voudrait en appeler et les contredire passerait pour un esprit faible, sans connaissance, et , si je l'ose dire, pour un imbécile qui n'est bon à rien , pour un insensé. Ce sont néanmoins des règles , ce sont des maximes

où Ton ne voit, à les bien examiner, ni saine raison, ni humanité, ni charité, ni hoBnétaté,iMpre« bité, ni bonne foi, ni justice, ni équité. Or, li religion nous détrompe de toutes ces erreurs : oon* ment cela ? parce que raisonnant sur des principes tout opposés à ceux dont le monde se laisse prévenir et aveugler, elle en tire des conaéqueBces et des maximes toutes contraires.

Car sur quels principes sont établies tant de maximes erronées et absolamenc fausses dont le monde est infatué? sur l'amour de soi-même, sur l'attachement aux plaisirs, sur la copidité, la sensualité; sur rintérét , l'ambition , la politique ; sur toutes les inclinations de la nature corrompre et toutes les passions du cœur. De telles radnes, il n'est pas surprenant qu'il vienne des fruits infectés et gâtés : et du mensonge, que peut-il nahre autre chose que le mensonge ? Mais la religion a des vues bien différentes, et appuie aes raisonnements et ses décisions sur des principes bien plus solidn el plus relevés, qui sont : un attaolMmenl invMaUe à Dieu et à la loi de Dieu, l'amour du prochain, et même des ennemis , le renoncement à Boî-néme et au monde, le désintéressement, la fidélité, la droiture du cœur, la mortification des sens , .la sanctification de son âme et le zèle de son sdut. De cette opposition de principes suit une opposition entière de maximes et de règles de vie. Ainsi un chrétien , c'est un homme qui juge des dioseï et qui en pense tout autrement que le monde; ei voilà la première victoire que la religion a remportée et qu'elle remporte tous les Jours, en fusant revenhr une infinité de mondains des opinions du monde, et leur en découvrant l'illusion et le danger. Le monde se récrie contre ces vérités, et les rejette comme de vaines imaginations ; mais un chrétien instruit de sa religion s'en tient à l'oracle de saint Paul : Qu'il a plu à Dieu de sauver les hommes par cela même qui parait au monde égarement et folie. (1. Cor., I.)

Je dis par cela même qui paraît égarement d'esprit, mais qui , bien loin de l'être, est plutôt la souveraine sagesse. Car à bien examiner tous les principes et toutes les maximes de TÉvangile, on n'y trouvera rien que de conforme à la raison la plus éclairée et la plus juste dans ses vues. Aussi voyonsnous que dès que le feu de la passion commence h s'amortir dans un homme , et qu'il est plus en état de discerner le bien et le mal, le vrai et le faux, parce qu'il a les yeux plus ouverts, et qu'il eonaidère les objets d'un sens plus rassis , c'est alors que ces maximes et ces principes évaagéliques contre lesquels il se récriait tant lui semblent beaucoup mieux fondés qu'il ne voulait se le persuader. La foi qui se réveille dans son. cœur les lui représente dans un jour tout nouveau pour lui. Plus il s'ap-

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