‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 180 sur 408 · SOLIDE DEVOTION · texte numérisé non relu

SOLIDE DEVOTION

humain , ni que tout à coup il lève Tétendard de la sévérité avec empire et avec ostentation ; mais quil édifie par son humilité, par sa charité, par sa douceur, par sa patience, par tous les exercices d*une vraie et solide piété. Car comment oserait-il entreprendre de guérir le prochain, tandis que ses plaies saignent encore, et qu'elles ne sont pas bien fermées? Il a assez à faire de pleurer ses péchés, de détruire ses mauvaises habitudes, de réparer devant Dieu et devant le monde la vie scandaleuse qu'il a menée, et il doit se souvenir que le public n'attend pas sitôt de lui des prédications, mais des exemples.

Après vous être si souvent et si longtemps écartée de votre devoir, après avoir fait parler de vous et de votre conduite dans tout on quartier, toute une ville, tout un pays (car vous ne le savez que trop, et il n'y a point à vous le dissimuler), vous vous êtes enfin reconnue; et désormais, par une pénitence «xemplaire, par une vie pieuse et remplie de bonnes œuvres, vous expiez le passé, autant que vous croyez le pouvoir, et tâchez de satisfaire à la justice de Dieu. Voilà de quoi Ton ne peut assez bénir le ciel, ni assez vous féliciter vous-même. Mais.j'apprends d'ailleurs qu'en devenant plus régulière par rapport à vous, vous devenez en même temps d'une rigueur outrée à l'égard du prochain; qu'au soupipn le plus léger qui vous passe dans l'esprit, vous éclatez sans ménagement, et vous traitez sans pitié les personnes qui dépendent de vous; qu'une ombre dans eux vous fait peur, et que vous prenez tout en mauvaise part. Quoi donc! vous ne pouvez une fois pardonner aux autres la moindre faute? Hé! tant de fois il a fallu vous pardonner les plus grands scandales!

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